A toute épreuve
RÉALISÉ PAR | JOHN WOO.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO ET BARRY WONG.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | MICHAEL GIBBS ET JAMES WONG.

CHOW YUN-FAT | Tequila Yuen.
TONY LEUNG CHIU-WAI | Long.
ANTHONY WONG CHAU-SANG | Johnny Wong.
PHILIP KWOK | Mad Dog.
TERESA MO | Teresa Chang.
PHILIP CHAN | Superintendant Pang.

Tequila Yuen, un flic tête brulée, jure de venger la mort de son partenaire et s'allie pour cela à un flic infiltré dans l'organisation du traffiquant d'armes Johnny Wong.

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En 1992, John Woo est dans une sale situation après l'échec radical de son plus gros film en date : UNE BALLE DANS LA TÊTE. Il décide alors de tourner un dernier film avant de s'exiler à Hollywood pour tourner l'affreux mais fun HARD TARGET avec Jean-Claude Van Damme. A la même époque, la rétrocession d'Hong Kong à la Chine se rapproche de plus en plus, et la situation criminelle empire radicalement : des fusillades ont lieu dans lesquelles des innocents sont tués. Enragé par la situation, John Woo, comme à son habitude, décide d'utiliser sa caméra comme catharsis et de balancer tout ce qu'il à a offrir dans un dernier film avant de tirer sa révérence et de partir vers des contrées artistiquement moins riches. Et si la suite lui donna clairement tort, puisque son escapade à Hollywood fut un désastre innomable, il faut être clair : on ne fait pas de meilleur cadeau de départ qu'A TOUTE ÉPREUVE, qui, sans égaler les incursions de Woo dans le film de guerre et dans le polar, THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, s'impose très rapidement ce qui devient en fin de film une évidence : c'est le film d'action ultime, l'actionner définitif et insurpassable, une oeuvre qui encore aujourd'hui continue d'influencer les plus grands, et à permis a John Woo d'ajouter à son palmarès pour la deuxième fois l'exploit d'avoir démodé tout ce qui se faisait ailleurs en matière d'action d'un coup.

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Aussi étonnant cela puisse t-il paraître, il n'y a en réalité rien de bien surprenant tant A TOUTE ÉPREUVE révplutionne d'un bout à l'autre les codes communément admis du film d'action. Faisant preuve d'une grâce visuelle dont il n'avait jamais fait preuve auparavant, John Woo signe non seulement son film le plus abouti en matière de mise en scène mais pousse aussi son style et son genre, -l'heroic bloodshed-, dans ses retranchements les plus incroyables. Si vous croyiez que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER étaient visuellement incroyables, alors sachez que vous n'avez encore rien vu, tant A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'aboutissement ultime et définitif de toutes les expérimentations visuelles du grand John Woo. Celles-ci sont ici d'autant plus marquantes que Woo les pousse suffisamment loin pour qu'elles soient encore plus éloquentes que n'importe quel dialogue. Un plan suffit ici pour iconiser définitivement un personnage et s'inscrire à long terme dans la mémoire du spectateur, et la manière dont le maître filme ses personnages en dit long sur leurs personnalités et leurs motivations, en plus de magnifier leur charisme et leur présence chaque fois qu'ils apparaissent à l'écran. Racontant son histoire à l'aide de ses visuels, Woo fait aussi évoluer ceux-ci en les faisant sortir des codes esthétiques posés dans THE KILLER. Plutôt que de placer son film dans un contexte baroque, Woo mêle l'éxubérance de sa mise en scène à la violence, la froideur et le réalisme d'une cité en pleine décadence. Les décors y sont poisseux et crades, et lorsqu'ils ne le sont pas, ils sont froids et glauques... L'étonnant mélange entre les maniérismes magnifiques du maître et sa façon singulière de filmer Hong Kong crée une esthétique détonnante, tantôt presque naturaliste pour être à d'autres moments d'un insolite exemplaire, lorsque le film plonge dans des décors à la teinte bleutée déconcertante. A TOUTE ÉPREUVE à été pendant très longtemps le film le plus maîtrisé de John Woo, et pour cause, outre son esthétique, sa maîtrise se ressent également dans le scénario et, c'est une évidence, dans les fusillades.

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Impossible de ne pas parler de John Woo et encore moins d'A TOUTE ÉPREUVE sans parler des fusillades, car ne nous voilons pas la face, on ne regarde pas un film comme A TOUTE ÉPREUVE pour son scénario (même si celui-ci est très réussi, mais j'y reviendrai), mais parce que ça tire dans tous les sens... Ceux qui ne sont pas familiers avec le film vont être servis de ce point de vue, car non seulement ça tire dans tous les sens, mais en plus ça commence dans le feu de l'action et ça s'arrête jamais. John Woo enchaine ici les scènes d'action d'anthologie, qu'il s'agisse de cette fusillade incroyable dans une maison de thé ou la fusillade de 45 minutes dans un hopital, toutes sont filmées avec la même virtuosité, la même fluidité et la même exigeance... Outre son sens du cadre sidérant et sa capacité évidente à former des plans magnifiques, Woo se fait ici maître du montage, en faisant évoluer ses nombreux personnages au milieu de ses scènes d'action spectaculaires sur des plans différents en permanence sans jamais perdre le spectateur... Tout cela, il le doit à sa gestion de l'espace, très rarement surpassée, et à sa maîtrise du rythme. Chaque fusillade, chaque gunfight à son rythme propre et immerge le spectateur dans un véritable ballet de balles ou ça tire en permanence de tous les côtés sans jamais que cela soit too much : tout est parfaitement dosé, et mieux encore, Woo prend son spectateur à contrepied en amenant le climax de chaque scène la ou il n'attend pas, ainsi, si la mythique et culte glissade sur la rambarde de Chow Yun-Fat peut apparaître comme le sommet de la scène en question, il est en fait largement surpassé deux minutes après. Surprenant, A TOUTE ÉPREUVE l'est constamment, notamment grâce aux idées et délires visuels divers mais toujours inventifs et sublimes auxquels s'adonne le grand John pour notre plus grand plaisir de spectateur. D'ailleurs, d'un point de vue strictement sensoriel, A TOUTE ÉPREUVE apparaît comme l'un des films les mieux chorégraphés de tous les temps, et si les personnages se tirent mutuellement dessus à coups de pistolets plus gros qu'eux en faisant exploser la totalité de décors bel et bien modernes, impossible de ne pas penser au wu xia pian et au kung fu pian tant chaque plongeon, chaque saut de côté, chaque acrobatie mise en scène ici est la preuve de la grâce presque martiale du film.

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Cette grâce est toutefois constamment contrebalancée par la brutalité et la violence propre à John Woo, qui livre ici une oeuvre brute et profondément enragée. Si on connait tous le traitement ultra-stylisé de la violence propre à John Woo, on ne peut qu'être surpris lorsque celui-ci se met à descendre sans aucune concession des innocents dans une maison de thé ou à dégommer des infirmières à coups de mitraillette, et en cela, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'un des films les plus ultra-violents du maître... Si la plupart de ses précédents films s'échignaient à infliger la violence uniquement à ceux qui étaient profondément impliqués dans les histoires qu'il dépeignait, ici, personne n'est épargné, et si, derrière le meurtre brutal de nombreux innocents, il ne semble n'y avoir que de la vacuité, chaque plan est en fait le témoin direct de la rage envers le crime organisé et les Triades qu'animait alors John Woo. Assurémment subversif, A TOUTE ÉPREUVE est d'autant plus brutal qu'il tranche radicalement avec les autres films de John Woo dans la mesure ou le côté shakespearien et romancé qui en étaient la grande marque est ici presque totalement absent et laisse davantage la place à la démonstration pure et simple de toute la brutalité d'une époque... Pour autant, ce qui demeure le plus intéréssant ici c'est la manière dont Woo dépeint et stylise la violence avec beauté et exubérance. Il est juste de parler pour ce film de chorégraphie de la violence, tant chaque tir et chaque mort est "sublimé" a grands coups de ralentis et de jeux de montage, sans pour autant perdre leurs dimensions profondément viscérales et leur violence. Celle-ci à d'ailleurs un rôle très important dans le film dans la mesure ou c'est constamment à travers les scènes d'action que les personnages évoluent en même temps que l'histoire. Les épreuves physiques qu'endurent les personnages poussent en permanence le film vers l'avant, jusqu'a un climax ou tous reviennent soit profondément changés soit ne reviennent pas du tout.

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Et c'est bel et bien en ce sens qu'A TOUTE ÉPREUVE est une baffe technique et visuelle. John Woo y renouvelle tellement bien les codes du genre qu'il investit et pousse sa mise en scène tellement loin qu'il est capable de supplanter presque tous les moyens de narration classique, -a savoir la grande majorité des dialogues-, par des scènes visuellement spectaculaires, mais aussi par conséquent de livrer une oeuvre plus mature. Le fort de John Woo n'est pas les dialogues, et ceux-ci, dans certaines de ses précédentes oeuvres, sont parfois assez naïfs et à la limite de la niaiserie. Ce n'est aucunement le cas ici, dans l'image prend le pas sur la parole, parfois au risque de prendre le pas sur l'histoire et le scénario... Et malheureusement, c'est bien ce qui arrive, car si A TOUTE ÉPREUVE est bel et bien une baffe absolue, il peine à se hisser au niveau des monuments inégalables que sont THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, notamment parce que le film est hélas loin d'être aussi abouti scénaristiquement qu'il ne l'est visuellement. Si on ne reprochera pas au film la simplicité de son scénario, qui est suffisamment efficace pour qu'on oublie ses tares, il est difficile de ne pas en venir à reprocher au film son manque de véritable souffle épique et sa sécheresse émotionnelle... C'est dommage, mais dans le même temps, Woo signe un film d'une complexité rare, en abordant avec classe et virtuosité des sujets aussi complexes que la double identité et amenant avec plus de maturité les amitiés viriles à la Chang Cheh qui lui sont si chères. Pourtant, malgré ces qualités objectives évidentes, la déçeption à ce niveau est bien là : A TOUTE ÉPREUVE n'agit bel et bien pas comme une baffe émotionnelle, et ce, en dépit des acteurs, qui font un travail incroyable sur leurs personnages en plus de faire preuve d'un charisme rarement égalé (Chow Yun-Fat vole la vedette, comme d'habitude, Tony Leung est sidérant, quand à Anthony Wong et Philip Kwok, ils composent deux badass mother fuckers d'anthologie comme on les aime). Le film n'est jamais touchant d'une quelconque façon, et c'est bien dommage.

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Pourtant, peut-on décemment reprocher à un grand réalisateur d'évoluer comme il le devrait? UNE BALLE DANS LA TÊTE était lui-même bien moins romancé que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER, et, en ce sens, on peut bel et bien voir une évolution logique et inévitable au sein de l'oeuvre de Woo avec A TOUTE ÉPREUVE. Il semble en plus clair que l'ambition de ce dernier avec ce film n'était pas de toucher à l'émotion, mais plutôt de déchainer sa rage dans un monument visuel filmique, de donner tout son génie au genre qu'il avait fondé avant de passer définitivement à autre chose, Woo n'étant jamais revenu à l'heroic bloodshed. A TOUTE ÉPREUVE est d'ailleurs l'un des derniers films du genre, et paradoxalement, c'est la dernière grande évolution que celui-ci ait vécu... Et, en quelque sorte, ne peut-on pas voir dans ce film un véritable chant du cygne du genre? Ne peut-on pas voir dans ces figures qui n'ont d'héroïque que leurs ambitions (Tequila est l'équivalent chinois de l'inspecteur Harry et Long, en tant qu'infiltré, doit tuer des innocents) la déchéance du genre en plus de sa dernière évolution marquante? Pour toutes ces raisons, les quelques reproches que je peux faire à A TOUTE ÉPREUVE sont pour moi tout à fait insignifiants, d'autant plus que ce que le film manque en souffle épique et en émotion, il le rattrape en spectacle, en divertissement, et en génie visuel quasi-orgasmique.

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A TOUTE ÉPREUVE
est le film d'action définitif. John Woo y fait preuve d'un génie visuel et d'une propension à innover sans jamais de faire concession qui n'a jamais été égalée par l'avenir. Avec TIME AND TIDE, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme le chant du cygne du polar hong-kongais et de l'heroic bloodshed, un genre qui, malgré toutes ses qualités, n'a réellement vécu que 6 ans au travers d'une figure importante : John Woo, qui est ensuite parti aux Etats-Unis ou sa carrière à été littéralement sabordée. Quel dommage, surtout quand on pense à tout ce que le cinéma hong-kongais avait à offrir : de l'inventivité artistique, de l'émotion, et de la générosité à foison. Ce cinéma est désormais fini, en dépit des efforts de réalisateurs comme Tsui Hark pour le ressusciter, et c'est bien dommage. Personne n'a jamais fait mieux que les hong-kongais dans les genres qu'ils ont investi par la suite, et si on a maintenant accès à bon nombre de leurs films, malgré cela, ce cinéma me manque. Dans tous les cas, A TOUTE ÉPREUVE est un indispensable, un film que tout cinéphile se devrait de voir et de posséder, une oeuvre majeure qui va révolutionner votre vision du cinéma d'action et qui va surtout vous exploser les rétines. Un plaisir sensoriel rarement surpassé. Un chef d'oeuvre.

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-ZE RING-

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