Bonjour à tous,

Comme promis, aujourd'hui je vais vous présenter ce qui est à ce jour le projet qui me tient le plus à cœur : j'ai nommé Baseball Bat Samir.
Seulement, si ce projet me tient à cœur c'est en grande partie, non seulement parce que j'ai envie de faire du cinéma, mais surtout parce qu'il reprend bon nombre d'éléments de ma vie. Ainsi, je pense qu'on peut vraiment parler d'un projet personnel. C'est principalement du au fait que le personnage principal de l'histoire de Baseball Bat Samir à suivi à peu près le même parcours que moi, évidemment j'ai modifié pas mal de choses, car ce scénario est destiné à un film et non pas à un documentaire et je me permets donc une histoire plus ou moins décomplexée. Pour être clair, j'ai grandi et je vis actuellement dans un quartier ou pas mal d'abrutis se prennent pour Tony Montana, des abrutis que j'ai fréquenté un bout de temps et avec qui je me suis tapé le visionnage de cette bouse de Ma 6-T Va Crack-Er au moins 605 fois, c'est donc très agacé par cette tendance à faire des films sur le quartier pour dire de manière fondamentale que le quartier c'est des gentils et le système il est méchant que je me suis lancé sur Baseball Bat Samir, chronique et portrait d'un ex-taulard revenant au quartier de manière temporaire, le temps de trouver un travail et un appartement en dehors des HLM. Le but de cette chronique n'est clairement pas de faire l'apologie des mentalités pourries qui règnent dans les quartiers défavorisés mais bel et bien de foutre un bon coup de savate dans la gueule des abrutis qui se croient dans le Bronx et qui utilisent le fait que notre système soit pourri pour être encore plus pourri.
Alors voila, la base de Baseball Bat Samir c'est ça, un type qui revient au quartier histoire de recommencer sa vie à zéro mais se rend vite compte qu'il ne peut pas rester sans réagir face à la crasse, la merde et l'aphasie... Alors si le tout fait volontairement penser à Seul contre tous, la deuxième partie de mon scénario vire en Taxi Driver et de manière générale en vigilante movie majoritairement influencé (et je ne m'en cache pas) par le cinoche de Quentin Tarantino et Martin Scorsese, par la violence et le montage si particulier des films de Gaspar Noé et le côté trash et bourrin du Old Boy de Park Chan-Wook.
Enfin voila, après cette petite parenthèse sur les origines de ce projet, voila les deux premières scènes de, je l'espère, mon film. :)

BASEBALL BAT SAMIR

 

SCENE 1

 

-La musique commence d'entrée de jeu : http://www.youtube.com/watch?v=S3CAJ2s2_Lc&feature=related Les passages ou la musique s'excite sont coupés.-

-Plan sur un ciel très gris. Il fait vraiment moche, le ciel est tellement gris que le jour est presque sombre. La caméra descend petit à petit sur un personnage se tenant debout, le dos tourné à un bâtiment gris dans une ville presque dénuée de couleurs. Les gens passent devant ce bâtiment et devant ce personnage en petit nombre, tous vêtus comme s'ils allaient à un enterrement, bref c'est noir et pas très beau et l'intention est ici clairement d'envoyer la sauce d'entrée de jeu et de montrer que ce sera une "oeuvre" (en toute modestie, je prétend clairement pas être un bon scénariste) pessimiste. Ce personnage est vetu de vieilles baskets et d'un vieux jean, d'un vieux bomber tellement pourri qu'on se demande d'ou il l'a sorti. Sa barbe et ses cheveux sont volontairement négligés, et il semble s'adonner régulièrement à la clope puisque le premier truc qu'on le voit faire est sortir un paquet de cigarettes de sa poche et en fumer une, toujours de loin. Petit à petit, la caméra se rapproche de lui pour se focaliser sur son visage, pendant qu'il fume sa clope, regarde sa montre, tape du pied pour se réchauffer, se frotte les mains pour se les rechauffer avant de les remettre dans ses poches... Bref, il s'ennuie et semble attendre quelqu'un. Finalement, il finit sa cigarette. Plan sur le personnage en entier. Il la jette, la musique s'arrête à ce moment-là. Il l'écrase ensuite du pied. Plan de dos : on voit le personnage se mettre à marcher dans la rue, les mains dans les poches de son bombers pourri jusqu'a une cabine téléphonique. Il entre, sort une pièce d'un vieux portefeuille complètement défoncé et l'insère dans le téléphone de la cabine.-

Pensées du personnage : Qui je vais pouvoir appeler pour venir me chercher?

-Après quelques secondes de réflexion, le personnage compose un numéro et attend que son interlocuteur décroche.-

Interlocuteur : Allo?
Personnage :
Abdel, c'est toi?
Abdel :
Ouais... A qui j'ai l'honneur?
Samir :
C'est Samir. Je viens de sortir de prison.
Abdel :
J'avais cru comprendre ça. 11 ans, putain. T'es bien rentré?
Samir :
-il glousse- C'est un peu ça le souci. Personne est venu me chercher. Et je me vois mal faire le trajet sans véhicule.
Abdel :
Merde mec. Je savais pas que tu sortais aujourd'hui, sinon je serai venu te chercher... Ca fait une bonne heure de route jusqu'a Besancon, l'ami, je peux pas t'aider sur ce coup.
Samir :
Arrête tes conneries, vieux, qu'est-ce qui t'en empêche?
Abdel :
J'ai pas deux heures à dépenser à l'instant présent la!!
Samir :
Arrête un peu, mec, deux heures c'est rien et je pense que tu me dois bien ça non?
-Abdel reste silencieux.-
Samir :
Bon allez, dis moi oui ou non mec, reste pas la à rien dire.
Abdel :
Ouais, ok, vas-y je m'occupe de tout. J'arriverai d'ici... D'ici dès que je peux.
Samir :
Merci Abdel, tu me rends un sacré service.

-Samir raccroche. Ensuite il sort de la cabine et va s'asseoir sur le banc qui se trouve à côté. Il regarde sa montre. Pendant que l'on entend ses pensées, on remarque clairement que l'attendre le fait chier.-

Pensées de Samir : Et bin... On peut dire que les choses commencent pas très bien. Ca fait quand même bizarre de voir que personne, de tous mes prétendus êtres chers, aient pris la peine de conduire une petite heure pour venir me chercher après 11 ans d'absence. Enfin, je devrai pas être étonné, les visites n'étant pas ce qui était le plus courant pendant ces 11 années. Et puis l'autre la, avec son baratin... J'ai besoin de quelqu'un pour me déposer du coup je vais rien dire mais je l'attend au tournant le con... Après toutes les fois ou j'ai cassé en deux les types à qui il devait de l'argent, ça me rend dingue qu'il arrive à me refuser ce petit service. C'est pas comme si je lui demandais de sauter d'un pont non plus, je veux dire je lui demande juste de conduire, une heure certes mais qu'est-ce qu'une heure quand il s'agit de revoir un "vieil ami" qu'on a pas vu depuis 11 ans jour pour jour? Enfin s'il me considère encore comme un ami. Je pense que c'est plus le cas de grand monde. La dernière fois que ma mère est venue me voir, c'est pour me dire que j'étais un con et qu'elle me détestait, je pense que c'est assez révélateur de la situation dans laquelle je vais finir une fois que je serai retourné au quartier. J'arrive pas à croire que je retourne une fois de plus dans ce quartier pourri qui à détruit ma vie... J'espère que la situation à évolué la-bas, sinon je risque pas d'y rester longtemps. Je risque surtout de me barrer le plus vite possible... Même si la situation à changé, cela dit. L'odeur de pourri de ces HLM de merde n'est pas une odeur qui s'efface facilement et je n'ai que des mauvais souvenirs la-bas... Tout empeste la-bas... Les gens... La mentalité des gens... Les immeubles dans lesquels ces gens à la mentalité pourrie vivent... Les bancs sur lesquels ces pouilleux squattent 24 heures sur 24... Le shit de ces enculés pue aussi. Le shit pue déja à la base, mais à leur contact son odeur empire. Il y a comme une odeur de fric, de business exclusif à la putain de rue dans leur stupéfiant de merde, une vieille odeur d'arnaque qui serait même évidente à un type sans odorat La rue c'est ça... C'est celui qui pue le plus le vice et la merde qui s'en sort le mieux, car rares sont les mecs de banlieue à utiliser leurs neurones pour mener leurs études à terme... Non pas que j'adhère à l'idée de travailler comme un esclave 20 ans de ta putain de courte vie pour choper un travail, mais entre un prof et un dealer je choisirais le prof sans hésiter une seule seconde. Rien que le fait de penser que j'ai grandi dans la merde entouré par toute une troupe de fils de putes hypocrites et que j'aimais ça me donne envie de gerber. Une chose est sure : ce coin pourri, j'y resterai pas longtemps. Surtout si je dois vivre avec ma conne de mère. Juste le temps pour moi de me trouver un taff et un appartement... Après ils peuvent tous aller se faire foutre, mourir ou bruler vif, c'est pas mon problème. Je veux un changement radical dans la vie pourrie que j'ai eu jusqu'a maintenant et pour ça il ne faudra pas s'éterniser la-bas... Enfin, pour l'instant tout ce que je peux faire, c'est attendre que mon prétendu ami arrive. Une fois que je serai de retour "chez moi", je pourrai réfléchir à ce que je vais faire.

-Ecran noir, synchronisé avec une lourde percussion qui rappelle volontairement beaucoup Seul contre tous.-


 

SCENE 2

-Plan sur la voiture en marche d'Abdel, vue sur le côté. A travers la vitre on peut voir Samir, regarder la route défiler au fur et à mesure que la voiture avance. Ce plan dure quelques secondes. Puis un autre intervient : la caméra se place derrière les sièges d'Abdel et de Samir, ainsi on ne peut que les entendre et aperçevoir brièvement leur visage s'ils tournent la tête.-

Abdel : Qu'est-ce que tu comptes faire?
Samir :
Comment ça ce que je compte faire?
Abdel :
Bin, tu sais bien... Qu'est-ce que tu comptes faire pour faire de l'argent?
Samir :
Je vais faire comme n'importe quel type normal. Je vais chercher un travail.
Abdel :
Quel genre de travail?
Samir :
Le premier que j'ai l'occasion de prendre.
Abdel :
J'ai une occasion pour toi. Tu te rappelles d'Ibrahim?
Samir :
Oui. C'est quoi le rapport?
Abdel :
Il a un... "truc" à vendre. Il offre 25% de la tune au premier qui peut l'aider.
Samir :
Quel genre de "truc"?
-Abdel reste silencieux.-
Samir :
Ecoute, j'sais pas pour toi... Mais moi je sais que dealer, insulter et taper les types que je connais pas et jouer les petits cons je préfère le laisser aux gamins. C'est fini pour moi.
Abdel :
Tu sais que tous les mecs du quartier disent ça quand ils sortent de taule?
Samir :
Ouais.
Abdel :
Tu sais aussi que le lendemain ils sont tous au coin en train de vendre du shit?
Samir :
Mais est-ce que toi tu sais ce que j'ai en tête? Tu sais rien de ce que je vais faire, Abdel.
Abdel :
Mais arrête des conneries, de toutes façons sans le shit impossible que tu fasses suffisamment de tunes pour grailler mec!
Samir :
Tu vis dans un rêve ou bien? L'homme à inventé ce truc... Ca s'appelle un travail... Tu travailles un mois et à la fin t'as un truc appelé "argent"... Et avec cet "argent" tu payes ta bouffe et tes impots!
Abdel :
Attends parce que tu vas me faire croire que toi tu peux trouver un travail?
Samir :
La majorité des gens d'ou on vient trouvent leur travail au quartier... Suffit de connaitre les bonnes personnes... Y a plein de types qui m'engageraient simplement parce que j'en chie. Et au pire, je pourrai toujours taffer dans un restau ou sur un chantier.
Abdel :
Ouais, tu vas travailler deux jours, tu vas en avoir marre et tu te remettras à dealer.
Samir :
Pense ce que tu veux, c'est pas mon problème... Comme on dit, "y a que les cons qui changent pas d'avis". Et j'ai comme l'impression que t'as décidé d'être con.
Abdel :
Espèce de vieux type, faut pas se vexer comme ça! Tiens, un peu de musique pour détendre l'atmosphère.
-Abdel fout une zik de rap.-
Samir :
Vas-y vire moi cette merde! C'est pas de la zik, c'est du bruit, vire-moi ça!
-Abdel arrête la musique.-
Abdel :
T'apprécies plus du Booba?
Samir :
Ca me parait difficile d'apprécier un petit trou du cul issu d'une famille riche qui se prend pour un enfant de la cité, alors qu'il est incapable d'articuler deux mots ou d'écrire un texte et qui se permet encore de péter plus haut que son cul.
Abdel :
Wesh qu'est-ce qui t'arrives, ils t'ont foutu un balai dans le cul en prison?
Samir :
Si tu le dis. J'espère juste pour toi qu'un jour, t'ouvriras tes yeux et que tu te rendes compte que tout ça, votre rap, vos survets Lacoste, vos dégaines et votre "ghetto" ce n'est qu'un tas de merde que vous agrandissez tous les jours avec vos mentalités de petits cons.
Abdel :
Wesh, t'es déprimé? Il t'arrive quoi aujourd'hui? Je mets du putain de rap, tu me casses les couilles pour que je l'enlève, tu supportes plus le quartier, je te propose des coups tu me rembarres coup sur coup, wesh qu'est-ce qui t'arrives t'as la maladie du français ou quoi?
Samir :
La quoi?
Abdel :
La maladie des français. T'agis comme une tapete de gouère!
Samir :
Mais qu'est-ce que c'est que ces conneries? Est-ce que tu te rends compte de la connerie de ce que tu viens de dire?
Abdel :
C'est tous des fils de putes. C'est un fait. Ils nous ont colonisé pendant des années, après ils nous ont envoyé en première ligne pour qu'on se prenne des obus dans la gueule, et après ils ont fini par aller faire la guerre en Algérie et à torturer tout le monde, et maintenant ils font les bons types, je nique tous leurs mères moi!
Samir :
T'oublies une partie de l'histoire, gamin. Les français ont torturé des algériens certes, mais crois pas que les algériens étaient blancs comme neige. Faut arrêter de se poser en victimes et d'utiliser ça comme un prétexte pour faire les cons... Tous les français ne sont pas des batards. J'en connais des très biens et va falloir te rendre compte qu'a un moment donné quand vous faites les fous et que vous cramez des caisses vous passez plus pour des cons qu'autre chose et ça permet de donner bonne conscience aux batards qui nous exploitent. Réfléchis à ça.
Abdel :
Toi t'as passé 11 ans en cellule avec un gouère. Je le sens. T'inquiète pas... On va retourner voir les mecs du quartier. Ca va passer. Tu vas redevenir un vrai arabe des cités.
Samir :
Y a de quoi de si bien à être un "vrai arabe des cités"?
Abdel :
Le respect de tout le monde gros...
Samir :
{il l'interrompt} Tu veux dire la crainte? La crainte que quand t'insultes un type du quartier il revient avec 15 autres tous armés comme s'ils partaient pour la guerre du Vietnam?
Abdel :
Mais y a que comme ça que tu fais comprendre à ces batards de français qu'il faut pas faire les fous!
Samir :
Je me demande... C'est moi qu'a changé ou c'est toi qu'a interverti ta tête et ta queue?
Abdel :
Voila Montbéliard. Je te dépose la. Tu prendras le bus pour rentrer, j'ai des trucs à faire.

-Plan à l'opposé du véhicule. On voit la voiture d'Abdel arriver et se ranger sur le trottoir de l'arrêt de bus. Samir en descend et ferme la porte avant d'aller s'asseoir à l'arrêt de bus. A ce moment-là, la caméra se rapproche alors de Samir, jusqu'a limite le coller. Par chance, un bus passe juste à ce moment-là. Il attend qu'il arrive à son niveau, puis se lève, rentre dans le bus et achète un ticket avant d'aller s'asseoir sur un des sièges du milieu.-

Pensées du personnage : Je méprise les types comme Abdel. C'est un vicieux, un rapace, un opportuniste, un enculé et un raciste. Et d'ou il vient, ils sont tous comme ça. Ca fait flipper, on dirait un syndicat. "La nuit des cons vivants". Ces types la n'ont aucun respect pour personne... Pourquoi faudrait leur en donner? Ils ne connaissent que la crainte, la merde et le fric mal gagné, à tel point qu'ils en redemandent lorsque l'état leur chie à la gueule, en bons pseudo-rebelles qu'ils sont. Et tout ce processus de victimisation est pitoyable. Tout le monde le sait que les cités n'est pas un lieu très propre, mais il le serait sans doute plus si ses habitants n'aimaient pas vivre dans la crasse et s'ils n'avaient pas le cran de s'imposer comme les grandes victimes de ce monde. Ce ne sont que des prétextes pour que ces cons puissent se donner bonne conscience quand ils brulent la voiture d'un pauvre mec qui n'a rien demandé à personne... Et une bonne excuse aux parents quand ils se rendent compte que leur fils deale et fume du shit. Mais y a pas d'excuse pour s'adonner à la facilité. Il est plus simple de se droguer que de combattre la dureté de la vie. Il est plus simple de tout péter que de contrôler les aspects sauvages de l'être humain. Et c'est une des deux choses dont ils ne sont pas conscients... La deuxième étant qu'il y a des gens qui, eux, en sont tout à fait conscients.

Enjoy! (Ou pas!)

-Ze Ring-