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Réalisé, produit et écrit par Gaspar Noé en 1998.
Avec Philippe Nahon, Blandine Lenoir et Frankye Pain.

Cet article traite également de Carne, la préquelle à Seul contre tous, réalisé en 1991.

ATTENTION ÂMES SENSIBLES!

Premier film du cinéaste français Gaspar Noé, Carne, en 1991 était un monument en termes de film trash tel que l'on n'en avait pas vu en France depuis longtemps. 7 ans après débarque Seul contre tous, reprenant exactement les mêmes personnages que Carne, notamment ce boucher nihiliste complètement salaud interpreté à la perfection par Philippe Nahon, qui trouve ici ce qui est à ce jour très clairement son meilleur rôle. Carne s'arrêtait sur une touche d'espoir, l'espoir que ce boucher antipathique, véritable enculé au passage, puisse recommencer sa vie... Et Seul contre tous reprend sans cet espoir, dans la crasse qui semble entourer tous les films de Noé, et la ou Carne étonnait déja par son côté trash et ultra-violent, Seul contre tous lui va encore plus loin dans un trip hallucinogène qui prend ses bases dans les bas-fonds, suivant de très près ce boucher, jusqu'au point de retranscrire toutes ses pensées à l'écran par une voix-off qui montre une fois de plus que Gaspar Noé est clairement un des cinéastes les plus fous de notre temps... Sortant 15 punchlines par minute, Nahon signe une prestation comme on en voit rarement, s'appropriant le rôle avec un charisme et une classe incroyable, affichant une gueule de cinéma comme ça fait plaisir d'en voir dans ce Seul contre tous, récit de l'histoire d'un boucher nihiliste ayant des sentiments troubles pour sa fille unique... Retour sur un grand classique du cinéma français, un film extrêmement subversif et clairement le plus couillu que Noé ait pu réaliser en termes de subversion.

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Gaspar Noé est un réalisateur qui ne brosse personne dans le sens du poil. Certains aimeront ou certains n'aimeront pas, de la même manière que certains réalisateurs hardcore tels que Lucio Fulci ou Ruggero Deodato, toutefois, Seul contre tous  est le plus exagéré en la matière en cela qu'il n'a même pas le côté "grand cinéma" présent dans Irréversible ou Enter The Void... Ceux qui ont été traumatisés par le trip psychédélique et le côté épileptique de ces derniers peuvent se jeter sur ce Seul contre tous sans peur de perdre leurs yeux, toutefois c'est à un film très lent et terriblement dérangeant qu'ils regarderont, faisant beaucoup penser à Stanley Kubrick dans sa propension à afficher des plans ou les actions s'effectuent à un rythme très réaliste et ou il ne semble parfois rien se passer, "référence" sans aucun doute volontaire car il ne faut pas oublier que Kubrick est le réalisateur préféré de Noé... Toutefois, la ou Kubrick est parfois très chiant, Noé ne l'est pas une seule seconde, compensant son manque d'action par une voix-off prononcée par Philippe Nahon, très perturbante, violente moralement et surtout subversive, car la est le but de Seul contre tous, déranger et bouger le spectateur de sa zone de comfort, pour cela, Gaspar Noé fait appel à sa voix-off et surtout à une ambiguité terrible. En effet, Seul contre tous à pour personnage principal un boucher nihiliste, raciste, le fils caché de Le Pen en somme, toutefois, Gaspar Noé ne dénonce rien. Pour autant, il n'appuie pas sa thèse, préférant laisser une analyse plus fouillée d'un scénario en somme très simple et contrairement à Irréversible moins favorable à l'analyse. Gaspar Noé laisse au soin du spectateur d'interpréter ses intentions comme il le souhaite, en cela, Seul contre tous est terriblement dérangeant, seulement cela ne se limite pas à l'aspect moral. Visuellement, le film est également un calvaire, ainsi si il n'y a pas cette caméra rotative et ces effets de lumières hallucinants présents dans les métrages suivants de Noé, le film se morfond dans un visuel cradingue (à ce titre, les screens sont moches en partie parce que la photographie du film est volontairement "vieille") et dans une violence visuelle terriblement crue (la vache, on s'en rappellera encore dans 10 ans de la scène de fin).

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Rajoutez à cela des prestations d'acteurs elles aussi très neutres, bien que terriblement géniales, Philippe Nahon en tête, et des personnages tous aussi crades et cons les uns que les autres et vous tenez un film à polémique. Pour autant, aussi méchant et bourrin soit-il, Seul contre tous dispose d'une réalisation et d'un sens du cadre très soigné complété par un casting de mochetés comme on en à jamais vu, d'une ambiance très spéciale et surtout de très bonnes idées : que dire de cette percussion, terriblement dérangeante puisque systématiquement elle fait sursauter quiconque est attentif au film, renvoyant encore une fois à Kubrick qui utilisait le même procédé en fin de chaque musique de The Shining? (mais je vais peut-être chercher loin, enfin dans tous les cas vous avez compris ce que je voulais dire.) Seul contre tous, non content d'être un des films les plus trashs vus sur un écran (moralement du moins) se permet en plus d'être terriblement subversif, mais que serait le film sans ses acteurs? Car en soit, si dans nimporte quel film, la réalisation à une part importante, un film tel que Seul contre tous repose majoritairement sur ses acteurs et laissez-moi vous dire une chose, c'est qu'ils ne sont pas en reste, ainsi si la plupart feront un peu de la peine à côté de Philippe Nahon, ils incarnent pour la plupart de manière très crédibles les connards qu'ils incarnent en particulier Frankye Pain, qui joue une véritable sangsue, une merde à pattes qui finira très mal. Le seul personnage "bon" dans tout ça est la fille du boucher, jouée par Blandine Lenoir, handicapée mentale et qui ne prononce pas un mot du film, mais surtout symbole de l'espoir dans ce Seul contre tous, car si les films de Gaspar Noé sont terriblement trashs et perturbants, il y a toujours une dose d'espoir, espoir toujours representé par un enfant. Seul contre tous ne fait pas défaut à cette "tradition" et c'est dans l'amour qu'il porte à sa fille que le boucher trouve l'espoir pour continuer, ainsi, et même si le personnage est un véritable enculé, il trouve l'espoir à travers une scène très émouvante dont vous vous en souviendrez, croyez-moi.

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Si je devais résumer Seul contre tous en quelques lignes, je dirai simplement que c'est un film FRANCAIS couillu... Qui ne plaira certainement pas à tout le monde mais qui vaut l'expérience, pour la bonne et simple raison que Gaspar Noé s'essaye à chaque film à un style très différent... Mais ça reste toujours aussi trash et aussi fou, toujours aussi violent moralement et anti-conventionnel, rien que pour cela, Gaspar Noé mérite le respect éternel, signant un film ultra-violent dont le but est clairement de diviser le public, une oeuvre polémique en somme, une belle baffe dans la gueule que pour ma part je reprends avec plaisir : ce n'est pas le cas de tout le monde et je le conçois, mais Seul contre tous est une expérience à faire, très clairement, du moment que vous n'êtes pas dérangé outre-mesure par des propos outranciers ou que vous êtes habitués à ce que tous les films ne vous brossent pas dans le sens du poil...

-Ze Ring-