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RÉALISATION
| SERGIO LEONE
ECRITURE | SERGIO LEONE,
à partir du film Yojimbo, le garde du corps d'Akira Kurosawa.
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

CLINT EASTWOOD | Joe
MARIANNE KOCH | Marisol
GIAN MARIA VOLONTÉ | Ramón Rojo

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Nous sommes en 1964. Les westerns américains affluent, John Wayne passe des mois dans le désert et bute des salauds d'indiens à tour de bras, le tout sans tacher sa chemise. C'est à ce moment-là qu'arrive Pour une poignée de dollars, présentant des personnages mal rasés, mal fringués, solitaires, égoïstes, à la gachette facile et avides d'argent. Les femmes y sont traitées comme de la merde et le film est bercé dans une violence discrète mais belle et bien présente la ou elle était complètement absente chez les films de notre "ami" John 'Marion' Wayne (et oui les amis, pour ceux qui ne le savaient pas, avant de prendre le nom terriblement viril de John Wayne, ce dernier s'appelait Marion Robert Morrison... Le pauvre.), bref c'est une vision bien plus réaliste de la vie dans l'Ouest que nous offre ce qui est reconnu comme le premier grand western spaghetti. Et oui, Sergio Leone, considéré comme le meilleur réalisateur de westerns spaghettis de tous les temps (et c'est certainement pas moi qui vais dire le contraire.), est aussi le précurseur du genre, et si l'on ne remerciera jamais assez celui-ci pour ses oeuvres mais aussi pour celles qu'il a engendré comme les géniaux Django et Companeros de Sergio Corbucci, il ne faut pas oublier qu'il y a un revers à cette médaille. En effet, pour faire son film, Sergio Leone s'est simplement contenté de reprendre le Yojimbo d'Akira Kurosawa (que je n'ai pas encore vu) et de le porter dans l'Ouest. Bien évidemment, il y a toujours la touche du maitre Leone mais le problème est bien la : du coup, voila quand certains abrutis viennent me dire que Django est un vulgaire copier-coller de Pour une poignée de dollars, je leur répondrais que, non seulement ils pètent portnawak puisque l'univers de Corbucci est bien plus hardcore, mais qu'en plus ce n'est que justice partant du principe que Leone à lui-même ouvertement plagié Kurosawa.
Malgré tout, force est de constater que ce plagia est largement excusé. D'une part pour la vague de westerns spaghettis géniaux que Leone à engendré, de l'autre, parce que dans son plagia, Leone à tout de même révélé plusieurs personnalités majeures du 7ème art : Clint Eastwood, qui, je le rappelle, jouait dans des séries télés pourries avant ça, Ennio Morricone, un des plus grands compositeurs de tous les temps, mais aussi Gian Maria Volonté, un des plus grands acteurs italiens. Moi des plagias comme ça, j'en veux tous les jours... Mais venons-en au film, car c'est bien ça qui nous intéresse, alors Pour une poignée de dollars, qu'en est-il?

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Pour une poignée de dollars est une véritable leçon de cinéma. En terme de rythme, d'acteurs, de personnages, de dialogues, de musique et surtout de mise en scène, tout est bon dans ce film. Pourtant à bien des égards Pour une poignée de dollars est très certainement le moins bon film de Sergio Leone (je n'ai jamais vu ses deux péplums et personnellement ça me branche pas particulièrement.) et la raison à cela est simple : le film est loin d'être aussi complet, profond et surtout aussi épique que les autres crus du monsieur, faisant de Pour une poignée de dollars un film majeur dans le sens ou Sergio Leone, pour la première fois se déchaine et lance une vague incroyable de westerns, mais un film mineur sur sa filmographie dans le sens ou par la suite ses autres films feront oublier ce dernier... A tort? Certainement pas, car la comparaison avec les autres films de Leone est inévitable tant la ressemblance entre ses 3 premiers westerns (La trilogie du dollar, pour les incultes, aussi appelée la trilogie de l'homme sans nom) est frappante et tant ceux-ci atomisent 150 fois ce premier opus, mais en soit peu importe puisque malgré les comparaisons Pour une poignée de dollars demeure un western de très bonne facture et un pur plaisir filmique, la raison? Sergio Leone maitrise en tous points son film et plus particulièrement sa mise en scène, livrant un western spaghetti stylisé et épique, imposant toutes les trademarks qu'on lui connait, utilisant la force du regard de ses acteurs comme personne, livrant des gros plans purement et simplement magnifiques (voir les deux images au-dessus), chaque plan est étudié dans les moindres détails faisant de Pour une poignée de dollars un film techniquement parfait (mais c'est une habitude avec Sergio Leone), et puis par sa mise en scène et son montage, Sergio Leone livre tout de même quelques passages d'anthologie (une autre habitude de Sergio Leone.) comme ce duel final inventif, long et épique, porté par la partition d'un des plus grands génie de la musique cinéma... J'ai nommé Ennio Morricone.

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La partition du monsieur, qui va même plus loin que le film lui-même, illustre à merveille les moments épiques de ce dernier tout comme le caractère de ses personnages, personnages portés par des acteurs au charisme incroyable, je pense bien évidemment à Clint Eastwood (à mes yeux, le meilleur acteur de western, derrière Franco Nero et Lee Van Cleef.) mais aussi au rare mais génial Gian Maria Volonté, grand acteur qui eut un succès tellement fou suite à ce film que Melville l'a engagé pour jouer le rôle de Vogel dans son Cercle Rouge! Ces deux acteurs interprètent à merveille leur personnage, deux bad mother fuckers en puissance qui se battent pour le profit, et si l'un des deux, à un moment donné, agira dans un pur élan de vertu, c'est leur nature purement égoiste qui prime et qui en font des personnages solitaires et taciturnes, les deux éléments qui font des personnages de western spaghetti les personnages les plus classes de la planète, personnages que Sergio Leone prend du temps pour développer plus en profondeur malheureusement le principal problème de Pour une poignée de dollars est la puisque le film va bien trop vite pour donner une véritable profondeur et une véritable identité à des personnages qui n'en ont à la base aucune, et si l'interprétation, le charisme des acteurs et les dialogues génialissimes sont la pour cacher ce défaut, reste que ce défaut est bien la et que l'on sent suite à la vision du film un véritable manque de relief chez des personnages qui ont pourtant tout pour rester dans les esprits! Heureusement, les prochains films de Leone palieront à ce défaut et de loin, puisque Il était une fois en amérique est l'un des films les plus complets qu'il m'ait été donné de voir.

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Alors voila en somme Pour une poignée de dollars est un excellent premier western spaghetti pour Leone. Très bien interprété, très bien écrit, très bien structuré, magnifiquement illustré musicalement et doté d'une mise en scène touché par la grace, il souffre malheureusement d'un manque de profondeur chez ses personnages... Mais bon, avec un aussi beau duel final, on ferme les yeux la-dessus. A voir pour quiconque cherche à approfondir sa culture western, pour les fans de Sergio Leone et pour tous ceux qui n'ont vu que les westerns du gros Marion!

-ZE RING-