CAS JAQ

RÉALISÉ PAR | MARTIN SCORSESE.
ÉCRIT PAR | MARTIN SCORSESE ET NICHOLAS PILEGGI.
PRODUIT PAR | BARBARA DE FINA ET JOSEPH P. REIDY.

ROBERT DE NIRO | Sam "Ace" Rothstein.
SHARON STONE | Ginger McKenna.
JOE PESCI | Nicky Santoro.
JAMES WOODS | Lester Diamond.
FRANK VINCENT | Frank Marino.
PASQUALE CAJANO | Remo Gaggi.
KEVIN POLLAK | Philip Green.
DON RICKLES | Billy Sherbert.
ALAN KING | Andy Stone.
L.Q. JONES | Pat Webb.

"Las Vegas agit comme une drogue sur ceux qui croient pouvoir y faire fortune.
Tout y est plus intense, et il est extrêmement difficile de résister à sa séduction."
- MARTIN SCORSESE

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Ceux qui me connaissent savent que pour moi, Martin Scorsese est un des plus grands et que TAXI DRIVER est son chef d'oeuvre absolu, une oeuvre sacro-sainte et absolument intouchable qui siège dans mon top 10 depuis des années... Ce n'est aujourd'hui plus le cas, et la raison de ce changement d'avis soudain est du à la revision récente de ce que je considère désormais comme le meilleur film de Scorsese et comme un des plus grands films jamais faits : CASINO. Ce n'est pourtant pas l'avis de tout le monde, "tout le monde" reprochant souvent aux films de gangsters de Scorsese d'être trop froids, trop violents et trop axés sur des personnages insupportables et mauvais le plus souvent incarnés par la tête de turc des détracteurs de Scorsese : Joe Pesci, grand acteur qui n'a malheureusement joué que dans peu de grands films. Et oui, en effet, tout le monde n'aime pas ce film, comme pour beaucoup de films il est difficile de trouver des gens entre ceux qui détestent et ceux qui adorent CASINO, la raison à cela est simple : CASINO est un film jusqu'au boutiste et dans ce sens c'est une oeuvre extrême qui à parfaitement sa place dans ses colonnes (et oui je tiens à rappeler que ce blog est avant tout destiné aux oeuvres extrêmes ou oubliées.), et puis je dois être honnête, impossible pour moi de résister à l'envie de chroniquer ce film, mon plus gros coup de coeur du moment qui m'a laissé sur le cul 3 heures alors que ma première vision il y a 10 ans était très mitigée... Cette critique est également l'occasion pour moi d'annoncer que j'abandonne le système de sommaire des films à venir sur le blog que j'ai adopté il y a quelques mois : il s'avère en effet être davantage une restriction et je ne parviens pas à tenir la cadence avec mes prévisions... Bien évidemment tous les films prévus seront chroniqués en temps voulu mais je préfère ne pas me forcer à écrire certains de mes avis afin de continuer à vous founir en articles de qualité!

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Vous n'avez pas aimé LES AFFRANCHIS? Cet article n'est pas fait pour vous. En effet si LES AFFRANCHIS est une oeuvre jusqu'au boutiste, froide, ultra-violente et sans concessions, CASINO l'est encore plus et risque de vous coller une sacrée mornifle qui, soit vous trouera le cul, soit vous fera chier comme un rat mort, il est donc préférable de voir l'autre film de gangster de Scorsese : LES AFFRANCHIS, avant de vous aventurer sur ce CASINO, souvent considéré comme une pale copie des AFFRANCHIS, à tort, non seulement parce que CASINO pète a mille coudées au-dessus de ce dernier, deuxièmement parce que si effectivement LES AFFRANCHIS pose des bases reprises sur CASINO, ce sont deux oeuvres très différentes dans leur traitement et leur rythme, surtout dans leur rythme en fait, point sur lequel LES AFFRANCHIS est assez standard en regard de ce CASINO qui est une oeuvre au rythme éffréné et non-stop qui donnera à beaucoup de monde l'impression, à la fin du métrage, d'avoir assisté à une scène géante de 3 heures. En effet, dans CASINO on trouve rarement de coupures claires et nettes dans la construction, ce procédé donne au film une fluidité incroyable, empêchant tout le monde rentrant un minimum dans le film de s'ennuyer une seule seconde... Autant le dire, s'il y a un screenplay parfait en ce monde, c'est celui de CASINO, prodige de construction et de fluidité qui à du donner beaucoup de travail au duo gagnant Scorsese - Pileggi (qui à également bossé avec Scorsese sur LES AFFRANCHIS, ce qui explique les éventuelles similitudes avec CASINO.), toutefois ce screenplay est loin de reposer uniquement sur sa construction, au contraire puisqu'on y trouve des dialogues absolument magnifiques, tous brillamment écrits sans exception... Chaque réplique fait mouche, certains échanges feraient rougir de jalousie d'autres des plus grands cinéastes ayant oeuvré dans le genre (Tarantino pour ne citer que lui.) et chaque dialogue est un pur bonheur.

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Ces dialogues sont portés par deux des acteurs les plus talentueux de leur génération : Robert De Niro, donnant à son personnage de flambeur faiblard qui se la pète une profondeur qu'aucun des autres acteurs du film ne parvient à donner... Tout chez ce personnage est magnifique : ses costumes, sa façon de s'exprimer, sa gestuelle, De Niro rentre une fois de plus dans le rôle avec brio et prouve encore une fois qu'il peut jouer NIMPORTE QUOI, pour preuve la même année il incarne Neil McCauley dans HEAT et livre une prestation presque opposée à celle qu'il livre dans CASINO : celle d'un salaud qui s'enrichit en volant les autres de manière complètement légale et qui agit violemment par l'intermédiaire d'hommes de mains, à l'opposé on retrouve Joe Pesci, qui incarne un rôle similaire à celui de Tommy DeVito dans LES AFFRANCHIS, le côté psychopathe en moins, le côté salopard encore plus accentué, en effet Pesci joue ici un enfoiré de première, voleur et meurtrier dont l'amitié de longue date avec le personnage de De Niro va se dégrader... Autour de ces deux personnages se développe Ginger McKenna, interprétée par Sharon Stone, qui trouve ici son meilleur rôle (facile) et livre une superbe prestation, parvenant même à tenir la cadence avec les deux géants qui l'entourent... Dans des rôles secondaires, on retrouve le mythique James Woods dans un rôle de petite merde ou il excelle, Frank Vincent dans le même rôle que d'habitude, L.Q. Jones en cow-boy des temps modernes et bien d'autres... Tous interprètent leur personnage avec précision et justesse, tous excellent et tous font preuve d'un charisme incroyable que la caméra du maitre Scorsese ne manque jamais de foutre sur pellicule...

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CASINO est un des films les mieux mis en scènes du maitre, en effet Scorsese y fait preuve d'une maitrise technique incroyable, faisant avancer ses personnages dans des décors grandiloquents et tous servis par une des plus belles photographies qu'il m'ait été donné de voir, le bonhomme enchaine les prouesses techniques : plans-séquences sidérants, travellings absolument magnifiques, plans chargés de détail et tous éclairés avec génie, CASINO est une merveille visuelle ou se cotoye l'ambiance chaude, lumineuse et chatoyante et la violence froide caractéristique du cinéma de Scorsese. En effet, ceux qui considèrent encore TAXI DRIVER comme le film le plus hardcore du maitre feraient bien de mater CASINO, ou la violence, toujours surprenante et atroce, frappe à tout moment et est toujours filmée de la manière la plus froide possible... Il n'y a aucune forme de stylisme dans la violence présentée chez Scorsese, ici elle est toujours percutante et gratuite pour certains, ce à quoi je répondrai que CASINO est un film réaliste et que chez les gangsters de la vraie vie il n'y a aucune forme d'explication dans la violence... CASINO est un film violent sur des hommes violents et affreux, pourtant impossible de ne pas s'attacher à ces derniers et c'est la que CASINO et les autres films de Scorsese brillent : ils nous présentent des personnages violents (Travis Bickle... Jake La Motta...) que l'on suit et que l'on soutient mais plus les films avancent plus on en vient à se poser la question de si oui ou non on devrait soutenir ces personnages... Peu importe la réponse que vous trouverez à cette question, CASINO mène petit à petit vers un final qui personnellement me ferait presque pleurer (même si je pense que je vais me sentir seul la.).

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En effet, le dénouement du film, aussi dramatique soit-il, en laissera un certain nombre indifférent : les personnages du film sont tous de gros enculés, difficile de s'y attacher pourtant quiconque rentrera dans l'univers du film sera profondément touché par l'autodestruction progressive des personnages, car, comme tous personnages Scorsésiens, le trio de personnages est un trio de personnages profondéments destructeurs, figures symboliques à travers desquelles Scorsese, comme à son habitude, déconstruit le mythe américain, ici représenté par Las Vegas, une cité superbe en apparence, qui brille de mille feux en surface mais qui cache arnaques, vols, meurtres et toutes autres sortes de saloperies... Véritable symbole du rêve américain, et de l'Amérique de manière générale, Las Vegas se fait dans CASINO complètement défoncer. "Tout à Las Vegas est fait pour piquer votre argent.", voila qui résume très bien la vision de Scorsese et Pileggi sur la ville, peuplée de voleurs et de tricheurs jusque dans les casinos, d'ailleurs Scorsese à même l'audace de faire des boss des casinos les véritables tricheurs... Dans TAXI DRIVER, Scorsese déconstruisait le mythe du vigilante en faisant de son vigilante un psychopathe raciste, dans CASINO, c'est carrément tout un mythe que Scorsese déconstruit pour donner une vision sans doute plus terre-à-terre de la réalité... Cette thématique (la déconstruction du mythe américain par des figures symboliques autodestructrices) est la thématique la plus récurrente chez Scorsese, inutile de dire donc que son oeuvre (dans sa globalité) est extrêmement subversive, ce qui explique très facilement qu'il y ait autant d'admirateurs de Scorsese que de détracteurs...

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CASINO est thématiquement complet, on retrouve donc ce combat entre deux personnages liés l'un a l'autre, ici par une amitié de longue date, mais on retrouve également la femme manipulatrice que l'on retrouve dans presque tous ses films... Tous ces éléments s'accordent pour donner une histoire d'une cohérence absolument incroyable, d'un réalisme à couper le souffle mais qui nécessite cependant d'être ouvert au sujet, toutefois, ici Scorsese fait preuve d'une maitrise incroyable de son scénario, et s'il m'était arrivé de reprocher à MEAN STREETS son trop d'enjeux qui nuisait légèrement au film, ici ce n'est jamais le cas : le nombre important de personnages n'est jamais sujet à confusion, et tous les enjeux se rejoignent pour que CASINO soit un film Scorsésien dans sa forme : l'ascension des personnages dans leur business, puis leur chute inévitable causée par leur propre orgueuil... Scorsese maitrise son sujet, son scénario, ses acteurs, son équipe, en gros il maitrise son film... La conséquence de cette maitrise est très simple.

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Un film maitrisé de bout en bout, ca s'appelle un chef d'oeuvre. Et un film maitrisé de bout en bout par un grand maitre comme Martin Scorsese, ca s'appelle un chef d'oeuvre intergalactique. En somme, je sais même pas ce que vous foutez encore la à lire cet article loin de rendre justice a cette bombe atomique qu'est CASINO, mon film préféré de Scorsese à ce jour qui m'a collé une baffe dans la tronche dont je me rappellerai très longtemps et j'espère que ce sera votre cas à vous également... En gros si vous n'avez toujours pas compris : COURREZ VOIR CE FILM.

CAS10You took your boots off? You put your feet on the table... you shit-kicking, stinky, horse-manure-smelling motherfucker you! You fuck me up over there, I'll stick you in a hole in the fucking desert! You understand?

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-ZE RING-

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