Jaquette
RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | TSUI HARK ET KOAN HUI.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | RAYMOND WONG ET WAI LAP WU.

CHIU MAN-CHEUK | Ding On.
MOSES CHAN | Tête d'Acier.
XIN XIN XIONG | Fei Lung.
VALERIE CHOW | La prostituée.

Au Moyen-Âge, en Chine...En apprenant les circonstances tragiques de la mort de son père, Ding On (Chiu Man-Cheuk), un jeune forgeron, décide de retrouver l'assassin de celui-ci. Mais attaqué par une horde de bandits, il perd un bras...

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Tsui Hark est le fondateur et le fer de lance du mouvement cinématographique hong-kongais né dans les années 80... Toutefois, si ce mouvement est né avec LE SYNDICAT DU CRIME de John Woo, souvent considéré comme le pilier du mouvement, il est très souvent oublié que 6 ans avant cela, Tsui Hark posait toutes les bases de ce dernier avec L'ENFER DES ARMES, c'est-à-dire retourner littéralement le système du cinéma hong-kongais pour ensuite le révolutionner... L'ENFER DES ARMES fut un premier pas, par la suite Tsui Hark ne cessa pas de lancer des modes en produisant bon nombre de films (tels que la trilogie SWORDSMAN ou HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS, ou encore tout simplement la trilogie du SYNDICAT DU CRIME) mais surtout réalisera bon nombre d'oeuvres de genres divers, l'occasion pour Hark de détourner les codes des genres qu'il exploite avec des oeuvres comme par exemple PEKING OPERA BLUES, THE LOVERS, ou bien THE BLADE. Et c'est de THE BLADE dont il est question aujourd'hui, chef d'oeuvre du Wu Xia Pian (film de chevalerie chinois) qui prend les codes du genre pour littéralement les retourner et livrer un ovni cinématographique, qui, aussi culte soit-il, n'a malheureusement pas tout le respect qu'il mérite.

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D'un autre côté, rien de bien étonnant, Tsui Hark livrant avec THE BLADE l'oeuvre la plus extrême de sa carrière. En effet, si pendant ses 30 années d'activité, il n'a eu de cesse de rechercher le chaos au cinéma, c'est avec THE BLADE que c'est le plus frappant. Avec ce film, les intentions de Tsui Hark sont très claires : plonger le spectateur dans un chaos visuel et sonore vertigineux, et cela se ressent à l'écran par un montage véritablement furieux ou tout s'enchaine avec une frénésie qui envoie sans aucune pitié tout ce qui s'est fait en la matière 6 pieds sous terre! Ne nous voilons pas la face, THE BLADE c'est du jamais vu, un film ou les choses s'enchainent avec une telle vigueur, une telle force et un tel chaos ambiant qu'il est quasi impossible d'en décrocher... Toutefois, encore faut-il accrocher aux délires visuels d'un Tsui Hark en colère, se servant de sa caméra comme catharsis et balançant toute la noirceur de son oeuvre a la gueule d'un spectateur on ne peut plus démuni. Je le répète, THE BLADE est l'oeuvre la plus extrême et la moins équilibrée de son réalisateur, pour cette raison, beaucoup resteront sur le carreau et ne parviendront jamais à rentrer dans le film... Les pauvres, tant THE BLADE est une oeuvre unique en son genre qui envoie chier sans aucune concession tous les codes du genre qu'il exploite pour devenir quelque chose de véritablement exceptionnel. Vision sans concession et noire du mythe du sabreur manchot, exploré dans les mythiques UN SEUL BRAS LES TUA TOUS et LA RAGE DU TIGRE (pour ne citer qu'eux), THE BLADE est également l'occasion de plus pour son réalisateur d'explorer la facette de l'homme (et je veux bien dire l'homme, pas l'être humain) la plus noire et la plus désespérée. Nihiliste, THE BLADE l'est assurément et sert, comme d'hab, d'intermédiaire entre ce fou furieux de Hark et un spectateur qui ne sait pas encore quel constat obscur il va se prendre dans les dents. C'est bien simple, Tsui Hark livre une vision tellement réaliste d'une époque souvent romancée qu'elle en devient presque excessive de noirceur!

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En conséquence, il n'y a rien de plus efficace pour montrer le chaos et l'horreur du contexte du film que les choix de mise en scène de Tsui Hark... Discutables sans doute pour ceux qui n'adhèrent pas aux délires visuels du monsieur mais on ne peut plus efficaces pour ceux qui réussissent à rentrer dans son trip. THE BLADE, à bien des égards, pourrait sembler bordélique, pourtant, il est clair, du moins lorsqu'on regarde le film avec ses yeux, que le chaos que Tsui Hark met en scène est paradoxalement on ne peut plus réfléchi... Le montage frénétique est d'une organisation rigoureuse et minutieuse, d'ou la réussite indéniable de l'entreprise : à des plans superbes s'allie un montage on ne peut plus fou, donnant lieu à une orgie visuelle certes parfois perdant un peu trop le spectateur mais le plongeant dans une immersion à toute épreuve... A cela se rajoute un travail sonore absolument assourdissant, l'élément supplémentaire montrant clairement la visée de Tsui Hark : attaquer les sens de la manière la plus viscérale envisageable. Le tout fonctionne a merveille, confronté à ce chaos des plus extrêmes, le spectateur ne sait vraiment plus ou se mettre! Dans cette situation, le spectateur ne peut qu'être ébahi face à des bastons incroyablement chorégraphiées, dans lesquelles se mélangent prouesses martiales sidérantes et violence percutante, à ce titre, le combat final est très certainement la meilleure scène de baston jamais réalisée, un véritable monument de barbarie jamais égalé!

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Dans tout ce bordel, Tsui Hark ne peut s'empêcher de jouer avec les codes de son histoire... Ainsi du personnage chevaleresque qu'était le sabreur manchot dans LA RAGE DU TIGRE, on passe à Ding On, sabreur impitoyable en quête de vengeance... Ce qui n'est pas un hasard puisque le tout s'inscrit directement dans une optique on ne peut plus "Harkienne". En effet, si ses films sont souvent considérés comme des "films d'hommes" (tout comme son pote John Woo), ce sont les femmes qui sont au centre de ces derniers et THE BLADE ne fait pas exception... Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les 2 premières minutes du film, ou dès le départ la narration est donnée par une femme, personnage pivotal du récit, pivotal dans le sens ou THE BLADE est tout autant un film de sabre que c'est une histoire d'amour, on ne peut plus nihiliste certes (comme c'est souvent le cas avec Tsui Hark) mais une histoire d'amour quand même, montrant une fois de plus la propension qu'a Tsui Hark à manipuler sans aucune limite la codification des genres... Ce qui n'a pas de limites non plus chez Tsui Hark, c'est son ambition. En effet, s'il est bien connu pour son génie il l'est également pour son ambition presque mégalomaniaque, ce qui a donné lieu, par exemple, à des coupes de 2 heures sur son génial SEVEN SWORDS et donc a des défauts narratifs évidents... Fort heureusement, pas de ça ici, la narration est claire comme de l'eau et véritablement ingénieuse, en conséquence, THE BLADE est une oeuvre d'une fluidité incroyable mais qui s'avère être en plus brillament écrite... THE BLADE avance d'idée scénaristique brillante en idée scénaristique encore plus brillante, doublés d'idées visuelles époustouflantes (la scène ou Ding On s'entraîne... Quel pied!) renforcé par le talent technique sidérant d'un Tsui Hark au sommet de sa forme.

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Vous l'aurez compris, THE BLADE est une oeuvre exceptionnelle, qui, par sa forme on ne peut plus extrême, ne plaira certes pas à tout le monde mais demeure une expérience qui vaut le coup d'être tenté! THE BLADE est sans doute le Wu Xia Pian ultime, le chef d'oeuvre de tout un pan du cinéma asiatique... Une oeuvre nihiliste et noire mais aussi un plaisir sensoriel incroyable et sans aucun égal. THE BLADE est une oeuvre d'une très grande importance, et d'une très grande influence sur le cinéma dans sa globalité, par ailleurs, au cas ou mon conseil ne serait pas suffisant, Quentin Tarantino ne cesse de faire l'éloge du film et va même jusqu'a dire de Tsui Hark que c'est le meilleur metteur en scène de tous les temps... Et vous vous doutez bien que je suis d'accord. ;)

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Si vous avez aimé ce film, vous aimerez...

  • L'ENFER DES ARMES de Tsui Hark.
  • SEVEN SWORDS de Tsui Hark.
  • TIME AND TIDE de Tsui Hark.
  • LA RAGE DU TIGRE de Chang Cheh.

-ZE RING-

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