05 juin 2012

L'ENFER DES ARMES

Jaquette1

RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | TSUI HARK ET CHEUK-HON SZETO.
MUSIQUE COMPOSÉE ET CHOISIE PAR | SIU-LAM TANG ET LEUN YU.

CHI LIN CHEN | Wan-chu.
ALBERT AU | Paul.
LUNG TIN SANG | Lung.
CHE BIU LAW | Ko.
LO LIEH | Inspecteur Tan.

Trois jeunes font exploser une bombe dans un cinéma. Wan-chu (Chi Lin Chen), une jeune fille psychotique et dangereuse, les menace de les livrer a la police s'ils ne l'aident pas à monter un autre attentat à la bombe.

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Après les échecs de THE BUTTERFLY MURDERS et HISTOIRES DE CANNIBALES, Tsui Hark à plus la rage que jamais. Il s'apprête donc à se lancer dans son projet le plus radical, le plus subversif, le plus nihiliste et surtout le plus controversé : le mythique L'ENFER DES ARMES. Avant même qu'il soit sorti, le film provoqua un scandale, menant au retournage de plus d'un tiers du film pour le rendre moins subversif et moins violent, ce qui a donné la version internationale, qui fut la seule visible pendant 20 ans... Jusqu'a ce que l'éditeur HK VIDEO retrouve la version non censurée du film et la ré-édite. Aujourd'hui, c'est bien de celle-là dont on va parler. Malgré la qualité par moments très mauvaise de l'image et du son de cette dernière, un constat s'impose très vite : au vu d'un tel monument de subversion, toutes les actions de censure commises à l'égard de L'ENFER DES ARMES ne paraissent que peu étonnantes...

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Souvent considéré comme l'ORANGE MÉCANIQUE chinois, L'ENFER DES ARMES n'a pourtant que très peu en commun avec le film de Stanley Kubrick. En effet, si Tsui Hark met en scène des jeunes aux actes destructeurs, ce dernier ne cherche jamais à étudier le problème de la violence chez ces derniers mais se sert davantage de ce trio principal comme un moyen de dénoncer les très nombreux problèmes de la société hong-kongaise, et ce, avec hargne. Tout comme THE BUTTERFLY MURDERS et HISTOIRES DE CANNIBALES, L'ENFER DES ARMES est un film violemment enragé ou tout le monde se prend sa petite baffe : les occidentaux (n'oublions pas qu'en 1980, Hong Kong est au bord de la rétrocession), les jeunes, les bourgeois, la police... Seul le personnage de Wan-chu se distingue. Tsui Hark met une fois de plus en avant le protagoniste féminin de son récit et valorise cette dernière, et ce malgré sa philosophie de vie nihiliste et dangereuse... Pourtant, dans la logique inhérente au film et à son propos, la philosophie nihiliste de ce personnage parait valoir bien mieux que les actes de violence dangereux auxquels le trio de jeunes principal ne s'adonne que par jeu... Si L'ENFER DES ARMES montre une jeunesse hong-kongaise complètement désoeuvrée et sans repère, cela n'empêche pas Tsui Hark de les mépriser et de le montrer de la manière la plus explicite possible. Malgré cela, ces trois personnages restent au centre de la descente aux enfers ultra-violente que L'ENFER DES ARMES constitue. Au travers du regard de ces personnages, Hark livre un portrait pessimiste et noir de la société hong-kongaise, toutefois, cela lui permet aussi comme à son habitude de jouer avec brio avec les genres qu'il exploite... Toutefois, si Hark à pour habitude de mêler à tous les genres, même à ceux qui s'y prêtent en apparence le moins, des éléments de comédie, ici, il n'y en a aucun. En effet, L'ENFER DES ARMES est très certainement, avec THE BLADE, le film le plus noir et le plus sans concession de son réalisateur, et si malgré leur noirceur et leur violence, on pouvait trouver dans THE LOVERS ou HISTOIRES DE CANNIBALES des éléments comiques, ici la violence et la subversion prennent le pas sur tout le reste.

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Et à vrai dire, tant mieux, tant cela donne à L'ENFER DES ARMES une dimension viscérale presque inégalée dans la filmographie du grand Tsui Hark. Ce dernier enchaine les scènes de violence avec un rythme modéré certes mais avec une intensité incroyable, et sacrifie ses personnages à un rythme infernal et ce toujours de manière inattendue. Hark ne fait aucune concession et livre une oeuvre ou les scènes de violence choquantes et perturbantes s'enchainent sans aucune forme de pitié. La violence, ici, est utilisée à 100 pourcents pour soutenir le propos subversif d'Hark, loin d'être particulièrement compliqué ni même très subtil, Hark le montrant au travers de métaphores visuelles évidentes et d'une violence à la limite de l'excès... Et une fois de plus, tant mieux, tant l'ambition de L'ENFER DES ARMES est de provoquer un véritable bouleversement social. Et si, de ce point de vue, malgré la qualité évidente du film, il en demeure un échec, on ne peut pas en dire autant de son impact sur le cinéma... En effet, il y un avant et un après L'ENFER DES ARMES pour le cinéma hong-kongais, le film ne cessant de pousser dans ses plus grands retranchements les limites de ce dernier. En effet, en 1980, le cinéma hong-kongais subit un véritable essoufflement, les cinéastes ne semblent plus avoir d'inspiration... Jusqu'a ce que Tsui Hark arrive avec L'ENFER DES ARMES et ses potes de la nouvelle vague, qui l'aideront par ailleurs à retourner le film après lorsqu'il sera jugé "insortable" par la censure... L'ENFER DES ARMES incarne en effet parfaitement la démarche du mouvement hong-kongais des années 80-90, c'est-à-dire délivrer un cinéma original notamment au travers du détournement des codes narratifs (et visuels, en ce qui concerne les plus grands génies du mouvement, comme Hark ou John Woo) ou encore de l'usage extensif d'une violence graphique stylisée, le tout ayant finalement pour but de retourner le cinéma sur sa tête... Mission accomplie avec L'ENFER DES ARMES, après cela, le cinéma hong-kongais ne sera plus jamais le même, d'autant plus que malgré son bide injuste, il permettra à Hark de se faire une réputation de fou furieux et de tourner son premier grand succès : ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE...

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Une fois, en regard de la qualité du métrage, il n'y a la rien de bien étonnant dans la mesure ou la mise en scène de L'ENFER DES ARMES est toute aussi réussie que son propos subversif. En effet, si l'on est encore très loin des réussites visuelles que sont THE BLADE et TIME AND TIDE, L'ENFER DES ARMES demeure tout de même un pur monument de mise en scène, ou la violence est perpétuellement stylisée mais ce sans les maniérismes qui illustrent habituellement Tsui Hark. L'immersion est réelle et le tout s'avère prenant à chaque instant, merci à la rigueur et à la maitrise visuelle du maître qui soigne chaque plan et magnifie chaque scène par une gestion de l'espace et du temps absolument incroyable... Qui plus est, les choses s'enchainent avec ce légendaire L'ENFER DES ARMES avec un rythme non-stop et la diversité des situations dans lesquels se foutent les protagonistes empêche absolument toute forme de répétition... Vous l'aurez compris, comme nimporte quel film de Hark qui se respecte, L'ENFER DES ARMES, avant d'être une oeuvre subversive et dérangeante, est avant tout un divertissement ; un divertissement des plus costauds il est vrai mais un divertissement quand même, un film d'une pureté et d'une sincérité absolue ou les genres se mélangent pour le plus grand plaisir du spectateur médusé. A tout cela se rajoutent les superbes interprétations de Lo Lieh et de Chi Lin Chen, donnant vie à des personnages que Hark n'oublie jamais, les développant toujours de manière la plus ambigue possible et de manière détaillée et précise.

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L'ENFER DES ARMES, c'est une des oeuvres les plus subversives et les plus provocatrices jamais filmées à Hong Kong. Mais c'est également une oeuvre viscérale, traumatisante, qui laisse complètement sur le carreau. Mais surtout c'est le premier très grand film d'un cinéaste dont j'ai pas encore fini de parler ici... Tsui Hark signe avec L'ENFER DES ARMES son troisième film seulement, toutefois, il s'agit très certainement d'une de ses oeuvres les plus abouties, d'une maîtrise et d'une force qui inspire le respect et qui lui permet aisément de se glisser parmi les meilleures oeuvres tournées à Hong Kong... Un film révolutionnaire d'une importance qu'on aurait bien tort de sous-estimer et que tout cinéphile qui se respecte devrait voir au pas de course. Car au-dela de son aspect révolutionnaire, L'ENFER DES ARMES est également un film purement jouissif, et l'un des rares à trouver l'équilibre parfait entre hargne, subversion et divertissement. Ca donne envie, non?

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-ZE RING-

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19 janvier 2011

FULL CONTACT

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Une tuerie absolue réalisée et produite par Ringo Lam.
Ecrit par Yin Nam.
Avec Chow Yun-Fat, Simon Yam, Anthony Wong Chau-Sang, Ann Bridgewater et Bonnie Fu.
Musique composée par Teddy Robin Kwan.

Full Contact est un de ces films très peu connus mais qui méritent clairement de l'être beaucoup plus. Donnant envie d'entrée de jeu grâce à un casting en béton et réalisé par ce qui était à une époque l'un des plus grands réalisateurs hong-kongais, Full Contact ne deçoit pas, bien au contraire, le film est une excellente surprise puisque non content d'être un polar décomplexé, ultra-bourrin et plein d'excellentes idées, on se rend compte très rapidement que Matrix n'a rien inventé et que bon nombre d'idées de ce dernier viennent à la base de ce Full Contact. Ainsi on se surprendra à suivre les balles tirées par les protagonistes de très près au ralenti, et même si c'est très mal fait, Full Contact, tout en étant très bourrin, parvient aussi à être excellent scénaristiquement tout en étant terriblement innovant visuellement, mais Ringo Lam n'oublie pas non plus un côté osé, ainsi on enchaine les séquences d'anthologie dans ce film à l'ambiance crade qui ne brosse pas dans le sens du poil, à titre d'exemple, à un moment donné Bonnie Fu se masturbe dans la voiture de Chow Yun-Fat pour le perturber pendant un braquage... A l'image de son casting, Full Contact est une bombe. Explications.

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Full Contact part d'une base simple : Chow Yun-Fat et Anthony Wong sont amis, mais Anthony Wong est endetté, du coup, ils font un braquage avec le cousin d'Anthony Wong, Simon Yam... Mais celui-ci force Anthony Wong à trahir Chow Yun-Fat, qui revient, une main en moins, pour buter tout le monde, pourtant, le film, en 1h30, prend le temps de développer des personnages beaucoup plus profonds qu'ils n'en ont l'air, l'un animé par la vengeance et l'autre par une certaine forme de rédemption, personnages animés par des acteurs impressionnants de charisme et de crédibilité, Chow Yun-Fat en tête (même si ses cheveux font un peu rire), suivi de près par Simon Yam dans un rôle de mother fucker d'anthologie (et dont la prestation n'est cette fois-ci pas pénalisée par un doublage français tout pourri inclus dans le film, je pense notamment à Une balle dans la tête et à la mythique réplique "Ne bouge pas, sinon je te tuer")et Anthony Wong dans le rôle d'un personnage très ambigu psychologiquement mais qui lui permettent de quitter son mythique rôle de Johnny Wong dans A toute épreuve. Full Contact est donc scénaristiquement génialement construit, et si peu de réflexion ressortent de ce film, cette perte qui n'en est soit pas une est largement rattrapé par le côté osé, violent et bourrin du film, ainsi, Ringo Lam procède, pour ses scènes d'action de la même manière qu'il procède avec ses personnages. En conséquence, ces dernières sont plus ou moins lentes mais très rythmées et électriques, et soutenues par des chorégraphies ainsi que des idées pour l'époque absolument dingues, malheureusement ces idées, et c'est notamment le cas de ce duel entre Chow Yun-Fat et Simon Yam ou la caméra suit les balles au ralenti, patissent parfois du manque de moyen ce qui donne lieu à des trucs terriblement moches à voir, au même titre, la musique est bien naze, elle fait son effet certes mais elle reste naze, enfin cela dit quiconque à vu plus de trois films hong-kongais dans sa vie sait à quoi s'attendre au niveau du son.

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Je pense que personne me contredira maintenant si je dis que ses cheveux font un peu de la peine.

Mais Full Contact est également osé, puisque d'une part il brise tous les clichés et stéréotypes du genre mais aussi parce qu'il est moralement pas très gentil, j'ai déja donné un exemple expliquant le pourquoi du comment mais dans son ensemble, le film prend le spectateur à rebrousse-poil et surprend sur tous les points, au niveau de l'originalité comme je l'ai dit plus haut, mais aussi au niveau de ses personnages, d'autant plus Full Contact est une oeuvre complètement délirante, ou les serviettes se transforment en pistolets ou en couteaux baignant dans une violence visuelle absolument terrible. Ne perdant pas son rythme endiablé une seule seconde, Full Contact est une véritable tuerie, certainement pas exempte de défauts, mais brillament dirigée par Ringo Lam et soutenu par des acteurs absolument terribles, alors oui, si on pourra reprocher que les bruitages font un peu pitié, que la musique est bien moche, que les effets spéciaux passent pas trop et que la coupe de Chow Yun-Fat fait un peu rigoler, ce serait bouder notre plaisir car Full Contact, tout en étant un grand moment de divertissant très original est également un grand film d'acteurs et de personnages... Alors si Full Contact n'atteint pas le rang de chef d'oeuvre en raison des restrictions budgétaires et des problèmes de l'époque, ainsi que d'un ou deux personnages qui peuvent agacer, il reste un film à voir car croyez-moi, des films décomplexés et niqués du bocal qui parviennent à rester crédibles, sérieux, bourrins, violents et scénaristiquement énormes, c'est assez rare d'en voir.

-Ze Ring-

P.S. Les attentifs auront remarqué que le film est passé de la catégorie POLAR à la catégorie CATÉGORIE III. Qu'est-ce que la catégorie III, me direz-vous?
Voila la réponse à toutes vos questions --> http://cine-hk.chez-alice.fr/Hkcine/SITE/DOSSIERS/categorie-III/intro-cat3.htm

Posté par ZE RING à 22:45 - - Commentaires [25] - Permalien [#]
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