16 février 2013

L'ÉCHELLE DE JACOB

Jaquette
RÉALISÉ PAR
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ADRIAN LYNE.
ÉCRIT PAR | BRUCE JOEL RUBIN.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | MAURICE JARRE.

TIM ROBBINS | Jacob Singer.
ELIZABETH PENA | Jezzie.
DANNY AIELLO | Louis.

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Avec L’ECHELLE DE JACOB, on touche à une sorte de cauchemar que peu de films ont réussi à aussi bien maîtriser. Underground, toujours à la frontière du propos politique, sans espoirs, L'ÉCHELLE DE JACOB est une plongée sans concession dans l'horreur, réussissant haut la main là où HELLRAISER 5 échouait.

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Il est vraiment rare d'être confronté à un film aussi obsédant et aussi manipulateur, car si il pose toujours des contextes très précis (il façonne parfaitement ses personnages malgré la narration très aléatoire du film), il les fait toujours évoluer vers des ambiances malsaines, infernales, et tant ainsi à rejoindre le cinéma Lynchien en utilisant un imaginaire rappelant PINK FLOYD'S THE WALL (essentiellement pour les visages aux traits effacés). Chaotique, le film l'est sur bien des aspects, puisqu'à chaque fois qu'il commence une nouvelle étape de son récit, il brouille un peu plus nos repères, nous faisant évoluer constamment dans un inconnu agressif, où la menace est invisible, mais qui s'incarne toujours peu à peu pour nous livrer de véritables visions cauchemardesque (la séquence de la soirée est l'une des plus marquante, où un monstre reptilien apparaît carrément au milieu du piste de danse pour "posséder" la femme de Singer). Pourtant, le film commence par une escarmouche au Viet Nam, montrant notre personnage principal subir un assaut des viet congs alors que la moitié des hommes sont en train de péter un câble. Une scène de folie qui rappelle immédiatement APOCALYPSE NOW, sans la gradation dans la folie (ici, elle est directement balancée à la face du spectateur). Alors que l'horreur est ici bien réelle (et complètement réaliste), on retrouve notre personnage de retour au pays (il y a une absence totale de repères temporels, un façon pour le film de brouiller davantage les pistes). Il s'est remarié, son ancienne femme l'a quitté suite à la mort de leur enfant. Et c'est pendant son travail que des visions commencent à l'assaillir. Après une troublante expérience dans le métro (pure vision d'angoisse) et de mystérieux poursuivants aux traits effacés, notre personnage est de plus en plus ébranlé sur sa santé mentale. On suit alors son quotidien, qui se révèle de plus en plus altéré, et régulièrement traversé d'ellipses qui viennent morceler la trame et semer le doute. L’ECHELLE DE JACOB n'a rien d'un film linéaire, il fragmente pour mieux nous perdre au milieu des morceaux de son histoire.

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Le médecin de Singer (seul personnage toujours vu positivement, veuillez noter le grand nombre de plan qui le filment en contrejour d'une source lumineuse façon ange) disparaît du jour au lendemain, son entourage devient menaçant (sa femme prend les traits d'un démon, le plonge dans un bain de glace pour faire baisser une fièvre (en ayant l'air de l'aider, elle semble aggraver volontairement la situation)...), et il est de plus en plus convaincu que quelque chose s'est passé pendant son service au Viet Nam. Retrouvant alors ses anciens frères d'armes, il tente de lancer une enquête pour confirmer ses soupçons. Et le cauchemar prend un nouveau tournant. Il devient juridique (tous les hommes de lois se retournent brutalement contre Singer), et affectifs (tous les anciens du front disparaissent ou le méprisent). Le cauchemar évolue sans cesse, et il faudra attendre la toute fin pour avoir une piste pour rationaliser tout ce que l'on vient de voir. Mais l'ambigüité de la narration est sans cesse entretenu par la récurrence des visions du Viet Nam qui montrent Singer en pleine agonie (Hm hmm... Non, ce n'est pas aussi simple) et l'intervention de flash back assez bien pensés viennent densifier cette histoire et donner de l'épaisseur à tous ses personnages, et plus particulièrement à Jacob Singer (Tim Robbins tient là sa meilleure performance avec MYSTIC RIVER), avec qui nous traverseront cet épouvantable quotidien, empli de folie et à la lisière d'une dénonciation tardive du conflit (mais le film n'est clairement pas axé politique, il prend le contexte pour mieux planter ses ambiances de folie envahissante...).

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Un cauchemar qu'on associe vite à une sorte de purgatoire, sans pour autant céder complètement à un discours religieux. Les symboles sont là, mais jamais le film ne prend un ton prosélyte, et d'ailleurs, le personnage principal n'affiche pas de croyances particulières (il se documente simplement sur des démons). Cette explication un peu basique, permet surtout d'expliquer la narration éclatée du film, confondant les souvenirs et les épreuves jusqu'à ce que ses proches viennent le guider en dehors de son enfer (avec montée d'un escalier vers une lumière aveuglante). Si l'explication est là et a contribué à l'intérêt qu'on a accordé à cette œuvre hors norme, je la trouve un peu rapide, le film étant pour moi une série d'hallucinations d'un homme à l'agonie, que la vie abandonne et toutes les angoisses qui en naissent. Mais un soupçon de mysticisme pour faire gonfler le tout ne peut pas faire de mal. Un chef d'œuvre à part entière, aussi touchant que déstabilisant, toujours cité comme référence d’un petit jeu vidéo prénommé SILENT HILL...

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • THE MACHINIST de Brad Anderson.
  • PINK FLOYD'S THE WALL d'Alan Parker.
  • ANGEL HEART d'Alan Parker.

-JAMESLUCTOR-

7

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24 juillet 2012

FAMILY PORTRAITS, A TRILOGY OF AMERICA

JAq
RÉALISÉ PAR
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DOUGLAS BUCK
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ÉCRIT PAR | DOUGLAS BUCK.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | EDWARD DZUBAK ET DAVID KRISTIAN.

NICA RAY | L'épouse (Cutting Moments)
GARY BETSWORTH | L'époux (Cutting Moments) / L'intégriste (Home)
SALLY CONWAY | La victime (Prologue)

Cutting moments s’intéresse à une famille sans histoire. L’autorité paternelle est forte, et ce dernier ne supporte pas la sexualité, et toise froidement sa femme chaque fois qu’elle tente de briser l’écrasante monotonie du quotidien. Peu de dialogues, mais une frustration latente qui s’accumule jusqu’à un final gorissime et métaphorique.
Home s’intéresse à un homme à l’enfance frustrée, écrasée par un père à l’autorité envahissante. On suit par étape sa vie, son mariage et sa vie de famille, toujours sous le signe de la frustration implicite.
Prologue s’intéresse à un violeur plusieurs années après ses méfaits, ainsi qu’à sa victime, qui revient reprendre sa vie dans le village de son enfance. Peu à peu, ces deux êtres vont à nouveau se rapprocher.

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Douglas Buck a fait une carrière d’ingénieur dans l’électricité. Il a supervisé une grosse installation dans un aéroport de New York, et a commencé là sa carrière de réalisateur. Il tourne en 1997 un moyen métrage, Cutting moments, et tournera l’année suivante Home. Il tournera un troisième moyen métrage, Prologue, en 2003. Ces trois films d’un peu plus d’une demi heure, réunis, ont donné l’œuvre FAMILY PORTRAITS, A TRILOGY OF AMERICA. Un véritable brûlot qui incendie la vie américaine en banlieue pavillonnaire, classique modèle de réussite tranquille où chacun a son confort personnel. Si Prologue s’en écarte, ses deux premiers films vont salement décrire les problèmes psychologiques de différents personnages vivant dans ces zones urbaines.

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Jusqu’auboutistes, sérieuses, sèches… Ces trois œuvres forment une trilogie de moyens métrages en tout point admirable, réussissant sur les plans de la symbolique et de la psychologie de chaque personnage. Si leur état d’esprit est mis en scène de façon outrancière (Cutting moments aura une conclusion pour le moins atroce et exagérée), il reste parfaitement compréhensible, toujours en pertinence avec le message illustré par le film. Résultat : on a vraiment des personnages épais en face de nous, pas des pantins qui accomplissent des actions immorales gratuitement. On distingue alors les thèmes que Douglas veut développer : l’autorité paternelle, toujours de mise dans ce genre de famille américaine, et ici complètement étouffante (la vision du couple américain est passablement sordide, vu qu’aucun sentiment positif ne semble émaner de l’entité paternelle, qui impose sa volonté et qui transforme ses enfants en une copie de lui-même). La frustration est aussi particulièrement bien exposée, représentée chez l’enfant, complètement autiste dans Cutting moments ou masochiste dans Home (et de la même façon chez le violeur en proie aux remords) par la flagellation ou la scarification, et chez les femmes par l’appétit sexuel insatisfait, sans que ce manque soit remplacé par quoi que ce soit (la religion, apparaissant dans Home, ne sert qu'à repousser le problème à plus tard). La famille n’est qu’un mot, elle ne représente en rien l’affection qu’elle sous entendait. Enfin, la destruction familiale (et sa lente reconstruction dans Prologue) est brillamment illustrée, de la façon la plus sournoise possible puisqu'elle se fonde sur les deux premiers thèmes cités (en tout cas pour Cutting moments et Home) pour finir, par accumulation, dans de véritables pétages de câbles. Les deux premiers moyens métrages, très cohérents, aboutissent tous dans une orgie de gore, surréaliste pour Cutting moments (où les parents, ayant ruiné leur existence, passent leurs dernières heures à se mutiler), affreusement plate pour Home (des cadavres dans le flou, du sang sur les murs, on n'a pas vu la violence, il n'en reste que les traces). La destruction est totale, la présence féminine est réduite à néant par le mépris masculin, l'enfant reproduit ce schéma de pensée, la structure familiale semble sans issue. Mais quelques années plus tard, après ces chefs d'oeuvre de destruction, Douglas Buck semble s'intéresser à la reconstruction.

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Il est toutefois nécessaire de souligner que le dernier film, Prologue, de loin le plus soigné au niveau des caractères, est très intéressant dans son approche des deux personnages qui tranche avec la mécanique des autres films. On peut même faire une comparaison grossière avec TERROR FIRMER, et sur la réaction de la victime en face du violeur. Le film passe en effet son temps à illustrer le comportement de 2 personnes. Un vieil homme qui a complètement perdu goût à la vie, qui se scarifie régulièrement et qui attend la mort. On comprendra alors qu'il a violé une gamine de son village avant de lui couper bras et de lui briser la colonne vertébrale. Comment se reconstruire après un traumatisme pareil ? C'est ce à quoi le film va s'intéresser, puisqu'il va filmer le retour de la jeune fille (désormais adulte) auprès de ses proches, et qu'il va, peu à peu, arranger un nouveau face à face. Sans parler de tension, l'anxiété grandit au fur et à mesure que les portraits s'épaississent, et finalement, c'est l'un des dénouements les plus subtils et les plus touchants que j'ai pu voir au cinéma qui nous est offert. La classe moyenne américaine semble aller très mal, et si on se focalise sur les points communs à ces trois moyens métrages, il s'agit probablement du silence. L'écrasement des femmes, l'acceptation passive de l'autorité paternelle et la solitude accablante qui imprègne chaque seconde de l'oeuvre (les repas de famille sont à se frapper la tête tant l'absence de communication les broie...). Que ce soit l'épouse qui se tait quand son mari entretient une relation incestueuse avec leur enfant (en hors champ) dans Cutting moments, un mari qui reste sourd aux demandes de sa femme dans Home ou la femme d'un violeur qui se mure dans le silence et finit par devenir folle dans Prologue, le silence mine tous les personnages de l'intérieur, les isolant des autres, et finissant carrément par les faire souffrir.

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Vraiment, si le ton des films reste lourd, sérieux et focalisé dans son illustration de l’envers de la médaille, il est d’une sincérité qui m’a vraiment bluffé, en plus de la baffe colossale qu’il procure au spectateur non averti. Mention spéciale dès lors à tous les acteurs, qui sont tous d’une justesse sobre alors qu’on a affaire à de parfaits inconnus. Vraiment, FAMILY PORTRAITS est un drame méchant, nihiliste pendant sa majeure partie, mais qui se conclut d’une manière admirable. Vraiment un des meilleurs drames qui ait jamais été tournés, et une démonstration remarquable des talents de Douglas Buck, qui nous offrira par la suite le magnifique remake de SISTERS et le tromatisant TERROR FIRMER.

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ AUSSI...

  • Le segment THE ACCIDENT de Douglas Buck dans THE THEATRE BIZARRE.
  • FAUX SEMBLANTS de David Cronenberg.
  • SEUL CONTRE TOUS de Gaspar Noé.

-JAMESLUCTOR-

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06 septembre 2011

CASINO

CAS JAQ

RÉALISÉ PAR | MARTIN SCORSESE.
ÉCRIT PAR | MARTIN SCORSESE ET NICHOLAS PILEGGI.
PRODUIT PAR | BARBARA DE FINA ET JOSEPH P. REIDY.

ROBERT DE NIRO | Sam "Ace" Rothstein.
SHARON STONE | Ginger McKenna.
JOE PESCI | Nicky Santoro.
JAMES WOODS | Lester Diamond.
FRANK VINCENT | Frank Marino.
PASQUALE CAJANO | Remo Gaggi.
KEVIN POLLAK | Philip Green.
DON RICKLES | Billy Sherbert.
ALAN KING | Andy Stone.
L.Q. JONES | Pat Webb.

"Las Vegas agit comme une drogue sur ceux qui croient pouvoir y faire fortune.
Tout y est plus intense, et il est extrêmement difficile de résister à sa séduction."
- MARTIN SCORSESE

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Ceux qui me connaissent savent que pour moi, Martin Scorsese est un des plus grands et que TAXI DRIVER est son chef d'oeuvre absolu, une oeuvre sacro-sainte et absolument intouchable qui siège dans mon top 10 depuis des années... Ce n'est aujourd'hui plus le cas, et la raison de ce changement d'avis soudain est du à la revision récente de ce que je considère désormais comme le meilleur film de Scorsese et comme un des plus grands films jamais faits : CASINO. Ce n'est pourtant pas l'avis de tout le monde, "tout le monde" reprochant souvent aux films de gangsters de Scorsese d'être trop froids, trop violents et trop axés sur des personnages insupportables et mauvais le plus souvent incarnés par la tête de turc des détracteurs de Scorsese : Joe Pesci, grand acteur qui n'a malheureusement joué que dans peu de grands films. Et oui, en effet, tout le monde n'aime pas ce film, comme pour beaucoup de films il est difficile de trouver des gens entre ceux qui détestent et ceux qui adorent CASINO, la raison à cela est simple : CASINO est un film jusqu'au boutiste et dans ce sens c'est une oeuvre extrême qui à parfaitement sa place dans ses colonnes (et oui je tiens à rappeler que ce blog est avant tout destiné aux oeuvres extrêmes ou oubliées.), et puis je dois être honnête, impossible pour moi de résister à l'envie de chroniquer ce film, mon plus gros coup de coeur du moment qui m'a laissé sur le cul 3 heures alors que ma première vision il y a 10 ans était très mitigée... Cette critique est également l'occasion pour moi d'annoncer que j'abandonne le système de sommaire des films à venir sur le blog que j'ai adopté il y a quelques mois : il s'avère en effet être davantage une restriction et je ne parviens pas à tenir la cadence avec mes prévisions... Bien évidemment tous les films prévus seront chroniqués en temps voulu mais je préfère ne pas me forcer à écrire certains de mes avis afin de continuer à vous founir en articles de qualité!

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Vous n'avez pas aimé LES AFFRANCHIS? Cet article n'est pas fait pour vous. En effet si LES AFFRANCHIS est une oeuvre jusqu'au boutiste, froide, ultra-violente et sans concessions, CASINO l'est encore plus et risque de vous coller une sacrée mornifle qui, soit vous trouera le cul, soit vous fera chier comme un rat mort, il est donc préférable de voir l'autre film de gangster de Scorsese : LES AFFRANCHIS, avant de vous aventurer sur ce CASINO, souvent considéré comme une pale copie des AFFRANCHIS, à tort, non seulement parce que CASINO pète a mille coudées au-dessus de ce dernier, deuxièmement parce que si effectivement LES AFFRANCHIS pose des bases reprises sur CASINO, ce sont deux oeuvres très différentes dans leur traitement et leur rythme, surtout dans leur rythme en fait, point sur lequel LES AFFRANCHIS est assez standard en regard de ce CASINO qui est une oeuvre au rythme éffréné et non-stop qui donnera à beaucoup de monde l'impression, à la fin du métrage, d'avoir assisté à une scène géante de 3 heures. En effet, dans CASINO on trouve rarement de coupures claires et nettes dans la construction, ce procédé donne au film une fluidité incroyable, empêchant tout le monde rentrant un minimum dans le film de s'ennuyer une seule seconde... Autant le dire, s'il y a un screenplay parfait en ce monde, c'est celui de CASINO, prodige de construction et de fluidité qui à du donner beaucoup de travail au duo gagnant Scorsese - Pileggi (qui à également bossé avec Scorsese sur LES AFFRANCHIS, ce qui explique les éventuelles similitudes avec CASINO.), toutefois ce screenplay est loin de reposer uniquement sur sa construction, au contraire puisqu'on y trouve des dialogues absolument magnifiques, tous brillamment écrits sans exception... Chaque réplique fait mouche, certains échanges feraient rougir de jalousie d'autres des plus grands cinéastes ayant oeuvré dans le genre (Tarantino pour ne citer que lui.) et chaque dialogue est un pur bonheur.

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Ces dialogues sont portés par deux des acteurs les plus talentueux de leur génération : Robert De Niro, donnant à son personnage de flambeur faiblard qui se la pète une profondeur qu'aucun des autres acteurs du film ne parvient à donner... Tout chez ce personnage est magnifique : ses costumes, sa façon de s'exprimer, sa gestuelle, De Niro rentre une fois de plus dans le rôle avec brio et prouve encore une fois qu'il peut jouer NIMPORTE QUOI, pour preuve la même année il incarne Neil McCauley dans HEAT et livre une prestation presque opposée à celle qu'il livre dans CASINO : celle d'un salaud qui s'enrichit en volant les autres de manière complètement légale et qui agit violemment par l'intermédiaire d'hommes de mains, à l'opposé on retrouve Joe Pesci, qui incarne un rôle similaire à celui de Tommy DeVito dans LES AFFRANCHIS, le côté psychopathe en moins, le côté salopard encore plus accentué, en effet Pesci joue ici un enfoiré de première, voleur et meurtrier dont l'amitié de longue date avec le personnage de De Niro va se dégrader... Autour de ces deux personnages se développe Ginger McKenna, interprétée par Sharon Stone, qui trouve ici son meilleur rôle (facile) et livre une superbe prestation, parvenant même à tenir la cadence avec les deux géants qui l'entourent... Dans des rôles secondaires, on retrouve le mythique James Woods dans un rôle de petite merde ou il excelle, Frank Vincent dans le même rôle que d'habitude, L.Q. Jones en cow-boy des temps modernes et bien d'autres... Tous interprètent leur personnage avec précision et justesse, tous excellent et tous font preuve d'un charisme incroyable que la caméra du maitre Scorsese ne manque jamais de foutre sur pellicule...

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CASINO est un des films les mieux mis en scènes du maitre, en effet Scorsese y fait preuve d'une maitrise technique incroyable, faisant avancer ses personnages dans des décors grandiloquents et tous servis par une des plus belles photographies qu'il m'ait été donné de voir, le bonhomme enchaine les prouesses techniques : plans-séquences sidérants, travellings absolument magnifiques, plans chargés de détail et tous éclairés avec génie, CASINO est une merveille visuelle ou se cotoye l'ambiance chaude, lumineuse et chatoyante et la violence froide caractéristique du cinéma de Scorsese. En effet, ceux qui considèrent encore TAXI DRIVER comme le film le plus hardcore du maitre feraient bien de mater CASINO, ou la violence, toujours surprenante et atroce, frappe à tout moment et est toujours filmée de la manière la plus froide possible... Il n'y a aucune forme de stylisme dans la violence présentée chez Scorsese, ici elle est toujours percutante et gratuite pour certains, ce à quoi je répondrai que CASINO est un film réaliste et que chez les gangsters de la vraie vie il n'y a aucune forme d'explication dans la violence... CASINO est un film violent sur des hommes violents et affreux, pourtant impossible de ne pas s'attacher à ces derniers et c'est la que CASINO et les autres films de Scorsese brillent : ils nous présentent des personnages violents (Travis Bickle... Jake La Motta...) que l'on suit et que l'on soutient mais plus les films avancent plus on en vient à se poser la question de si oui ou non on devrait soutenir ces personnages... Peu importe la réponse que vous trouverez à cette question, CASINO mène petit à petit vers un final qui personnellement me ferait presque pleurer (même si je pense que je vais me sentir seul la.).

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En effet, le dénouement du film, aussi dramatique soit-il, en laissera un certain nombre indifférent : les personnages du film sont tous de gros enculés, difficile de s'y attacher pourtant quiconque rentrera dans l'univers du film sera profondément touché par l'autodestruction progressive des personnages, car, comme tous personnages Scorsésiens, le trio de personnages est un trio de personnages profondéments destructeurs, figures symboliques à travers desquelles Scorsese, comme à son habitude, déconstruit le mythe américain, ici représenté par Las Vegas, une cité superbe en apparence, qui brille de mille feux en surface mais qui cache arnaques, vols, meurtres et toutes autres sortes de saloperies... Véritable symbole du rêve américain, et de l'Amérique de manière générale, Las Vegas se fait dans CASINO complètement défoncer. "Tout à Las Vegas est fait pour piquer votre argent.", voila qui résume très bien la vision de Scorsese et Pileggi sur la ville, peuplée de voleurs et de tricheurs jusque dans les casinos, d'ailleurs Scorsese à même l'audace de faire des boss des casinos les véritables tricheurs... Dans TAXI DRIVER, Scorsese déconstruisait le mythe du vigilante en faisant de son vigilante un psychopathe raciste, dans CASINO, c'est carrément tout un mythe que Scorsese déconstruit pour donner une vision sans doute plus terre-à-terre de la réalité... Cette thématique (la déconstruction du mythe américain par des figures symboliques autodestructrices) est la thématique la plus récurrente chez Scorsese, inutile de dire donc que son oeuvre (dans sa globalité) est extrêmement subversive, ce qui explique très facilement qu'il y ait autant d'admirateurs de Scorsese que de détracteurs...

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CASINO est thématiquement complet, on retrouve donc ce combat entre deux personnages liés l'un a l'autre, ici par une amitié de longue date, mais on retrouve également la femme manipulatrice que l'on retrouve dans presque tous ses films... Tous ces éléments s'accordent pour donner une histoire d'une cohérence absolument incroyable, d'un réalisme à couper le souffle mais qui nécessite cependant d'être ouvert au sujet, toutefois, ici Scorsese fait preuve d'une maitrise incroyable de son scénario, et s'il m'était arrivé de reprocher à MEAN STREETS son trop d'enjeux qui nuisait légèrement au film, ici ce n'est jamais le cas : le nombre important de personnages n'est jamais sujet à confusion, et tous les enjeux se rejoignent pour que CASINO soit un film Scorsésien dans sa forme : l'ascension des personnages dans leur business, puis leur chute inévitable causée par leur propre orgueuil... Scorsese maitrise son sujet, son scénario, ses acteurs, son équipe, en gros il maitrise son film... La conséquence de cette maitrise est très simple.

CAS7 CAS8 CAS9

Un film maitrisé de bout en bout, ca s'appelle un chef d'oeuvre. Et un film maitrisé de bout en bout par un grand maitre comme Martin Scorsese, ca s'appelle un chef d'oeuvre intergalactique. En somme, je sais même pas ce que vous foutez encore la à lire cet article loin de rendre justice a cette bombe atomique qu'est CASINO, mon film préféré de Scorsese à ce jour qui m'a collé une baffe dans la tronche dont je me rappellerai très longtemps et j'espère que ce sera votre cas à vous également... En gros si vous n'avez toujours pas compris : COURREZ VOIR CE FILM.

CAS10You took your boots off? You put your feet on the table... you shit-kicking, stinky, horse-manure-smelling motherfucker you! You fuck me up over there, I'll stick you in a hole in the fucking desert! You understand?

Si vous aimez ce film, vous aimerez aussi...

-ZE RING-

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01 septembre 2011

BEATRICE CENCI - LIENS D'AMOUR ET DE SANG

BCJAQ

RÉALISÉ PAR | LUCIO FULCI.
ÉCRIT PAR | LUCIO FULCI ET ROBERTO GIANVITI.
PRODUIT PAR | GIORGIO AGLIANI
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | ANGELO FRANCESCO LAVAGNINO
ET SILVANO SPADACCINO.

TOMAS MILIAN | Olimpo Calvetti
ADRIENNE LARUSSA | Beatrice Cenci
GEORGES WILSON | Francesco Cenci
MAVIE HÔRBIGER | Lucrezia
ANTONIO CASAGRANDE | Don Giacomo Cenci

A l'époque de l'inquisition, Francesco Cenci (Georges Wilson), un seigneur sanguinaire, terrorise son entourage. Beatrice (Adrienne Larussa), sa fille, tente d'échapper à son père. Se rendant compte des agissements de celle-ci, il décide de l'enfermer au donjon. La jeune femme commence alors un jeu de manipulations afin de se soustraire au joug de son bourreau.

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Attention, baffe intergalactique qui risque de vous envoyer K.O. un bon coup. BEATRICE CENCI est un des Fulci les plus méconnus, au grand dam de ce dernier qui l'a toujours considéré comme son meilleur film. La raison à cela est simple : BEATRICE CENCI est le film le plus extrême du bonhomme, non pas parce que c'est insoutenable visuellement comme on en a l'habitude avec pépé Lucio, mais davantage parce qu'il offre une vision noire de l'humanité et plus particulièrement de la religion qui ne plaira pas à tout le monde, d'ailleurs personne ici ne s'étonnera du scandale qu'a fait BEATRICE CENCI à sa sortie en Italie en 1969, scandale qui à failli mettre un terme à la carrière de Lucio Fulci. Le film ne sortira jamais en salles en France et il faudra attendre des années pour que l'éditeur défunt Néo Publishing, dans sa générosité habituelle, l'édite en DVD (DVD qui est aujourd'hui disponible dans son édition simple pour 2€ sur priceminister), dans une édition qui déchire qui plus est, entièrement non-censurée et d'une belle qualité qui permet à cette perle subversive de faire péter tout son potentiel. BEATRICE CENCI, un scandale oui, mais surtout un chef d'oeuvre et l'oeuvre la plus jusqu'au boutiste d'un des cinéastes les plus jusqu'au boutistes et extrêmes de l'histoire du cinéma. J'ai découvert cette petite perle aujourd'hui et je ne m'en suis pas encore remis : d'une subversion incroyable et d'une rare sauvagerie, BEATRICE CENCI est un des films les plus importants de Lucio Fulci dans le sens ou les bases de la vision noire de l'humanité et de la décadence de cette dernière au travers du sexe (L'ÉVENTREUR DE NEW YORK) ou de la religion (dire le nom auquel je pense serait vous gacher un grand film...) sont ici posées. Fulci, qui à l'époque, n'avait fait que des comédies et un western avec Franco Nero (LE TEMPS DU MASSACRE), surprend tout le monde avec cette oeuvre sans concessions ou la religion catholique s'en prend méchamment la gueule, à partir de cet instant il sera pendant longtemps la tête de turc de critiques visiblement abrutis, c'est dire combien les italiens lui en voulaient...

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La raison de ce scandale, inutile de la chercher. Fulci ne fait pas de détour et va droit au but. Présentant l'Eglise comme de véritables enculés avides de fric, celle-ci s'en prend plein la gueule pendant 1h30 de métrage, en effet, ici il n'y en a pas un qui soit mieux que l'autre, tous sont de véritables enfoirés sans pitié et sans aucun remords tant qu'ils arrivent à leur fins : dans BEATRICE CENCI, les personnages incarnant la religion catholique sont à la fois voleurs, assassin et tortionnaire, en effet BEATRICE CENCI contient son lot de scènes chocs en particulier lorsque celles-ci s'attardent sur les tourments infligés aux personnages principaux. Assez atroces, ces scènes sont d'autant plus difficiles à avaler lorsque les tortionnaires se donnent bonne conscience ("Moins vous serez riche, moins vous commettrez de scélératteries!" Autant dire que ça n'a pas plu à tout le monde...), autant le dire clairement : Fulci n'y va pas par 4 chemins et rend le message de son film très clair, message qu'il sera obligé de transmettre par le biais du cinéma d'exploitation en raison du scandale qu'a causé ce BEATRICE CENCI, ce même message qui atteint son apogée subversive lors d'un final intelligent et qui risque de vous foutre K.O. un petit moment... Evidemment, la subversion du film n'est pas sa seule force et on retrouve ici ce qui fait la force du cinéma de Fulci : premièrement, la photographie est IM-PE-CCABLE, soutenant avec brio des décors magnifiques qui renverraient presque au baroque par moments. Ces décors, au passage sobrement mais superbement éclairés, sont mis en scène par un Fulci au meilleur de sa forme dont on retrouve toutes les trademarks : léger érotisme, une ambiance légèrement onirique également et bien évidemment la violence.

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La violence, si elle est bien présente ici, risque de décevoir les fans de Fulci qui ne se sont pas aventurés du côté de sa période giallo (LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME, LE VENIN DE LA PEUR, L'EMMURÉE VIVANTE...), en effet inutile de vous attendre à du gore grand guignol façon FRAYEURS ou L'AU-DELA, car BEATRICE CENCI, s'il contient son lot de scènes de violence est davantage construit autour d'une violence certes moins impressionnante visuellement mais beaucoup plus forte moralement tant elle ébranle le spectateur émotionnellement : chaque scène de torture, -dont le réel motif, explicité à la fin, risque de vous foutre le blues un bon coup-, fait mal. Fulci joue avec la sensibilité de ses spectateurs en construisant des personnages relativement attachants malgré l'interprétation et l'écriture loin d'être phénoménales, personnages qu'il détruit avec une froideur et une sauvagerie sans précédents lors de scènes de violence brillament orchestrées et mises en scène. En effet, si le film de Fulci ne brille pas par le jeu de ses acteurs (la faute au doublage italien, le seul disponible sur le DVD de Néo... Un doublage anglais aurait sans doute été mieux, puisque ça aurait signifié Tomas Milian avec sa vraie voix!) ni par son écriture (correcte toutefois, faut pas déconner, et suffisamment intelligente pour permettre de véhiculer un propos aussi violent que celui de BEATRICE CENCI.), ses défauts sont rattrapés par le talent de Lucio Fulci à orchestrer nimporte quelle scène avec brio, quelles que soient les circonstances, Fulci livre des plans absolument magnifiques et monte son film avec talent. L'addition de tout cela donne une grande intensité à BEATRICE CENCI et le choix de monter le film dans un ordre non-chronologique s'il peut rebuter est parfaitement justifié et donne un rythme intéréssant au film de Fulci.

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Du côté des acteurs, on retrouve Tomas Milian (COMPANEROS, BRIGADE SPÉCIALE, LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME), doublé en italien malheureusement, ce qui est une hérésie dans la mesure ou ce dernier fait preuve de talents d'acteur considérables lorsqu'il utilise sa vraie voix, mais on retrouve également la assez mauvaise Adrienne Larussa et le pas très bon quand il se met à causer italien mais charismatique et imposant dans le rôle d'un bad mother fucker en puissance Georges Wilson (LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME), dont la carrière en Italie à été plus ou moins florissante en partie grâce à Fulci, mais je m'égare... Tous, s'ils ne brillent pas par des performances sidérantes, font preuve de présence et de charisme et maintiennent suffisamment de niveau dans leur interprétation pour que leurs répliques soient supportables à l'écoute, répliques qui, s'ils ne sont pas brillantes par leur écriture, ont le mérite de toutes faire passer leur message et d'aller droit au but, pour autant Fulci n'utilise jamais une quelconque forme d'écriture informative, bien au contraire, comme à son habitude, c'est la caméra qui parle le plus et c'est davantage sa mise en scène qui est informative, qualité que j'aime beaucoup chez ce cinéaste tant l'écriture informative à tendance à m'agacer...

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A cela se rajoute une ambiance assez étrange, assez glauque que l'on retrouvera dans LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME (LE chef d'oeuvre de Fulci à mes yeux.), ambiance, comme je le disais, servie par des décors impressionnants de beauté et par une musique loin d'être mémorable mais qui illustre suffisamment bien BEATRICE CENCI musicalement... J'entends beaucoup me dire que ca tchatche un peu trop dans ce BEATRICE CENCI, je ne suis pas d'accord une seule seconde... Certes, il y a beaucoup de dialogues mais tous sont utiles à faire avancer un propos pas nécessairement facile à digérer pour tout le monde (Ce film n'est PAS pour les catholiques...) mais qui moi m'a fait violemment plaisir, alors oui peut-être ces scènes de dialogues ont tendance à nuire légèrement au rythme du film à la longue... Mais si ça amène un tel niveau de subversion, on peut pardonner non?

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En somme, BEATRICE CENCI est un chef d'oeuvre, un véritable coup de poing dans la tronche qu'il est difficile d'oublier, certainement un des meilleurs films de Lucio Fulci et sans doute son oeuvre la plus subversive, le bonhomme, sans aucune concession, balance dans la gueule de son pauvre spectateur un message nihiliste au possible : le plus horrible des monstres, c'est nous! BEATRICE CENCI est le premier film d'une oeuvre inégale certes mais tellement passionnante... LUCIO FULCI IS GOD et BEATRICE CENCI est sans doute un de ses meilleurs films, une oeuvre puissante et sombre, à voir donc.

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Si vous aimez ce film, vous aimerez aussi...

  • LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME, deLucio Fulci.
  • LE VENIN DE LA PEUR, deLucio Fulci.
  • L'EMMURÉE VIVANTE, de Lucio Fulci.

 -ZE RING-

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24 août 2011

DOLLS

Dolls JAQ

RÉALISÉ PAR | TAKESHI KITANO.
ÉCRIT PAR | TAKESHI KITANO.
PRODUIT PAR | MASAYUKI MORI ET TAKIO YOSHIDA.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JOE HISAISHI.

MIHO KANNO | Sawako
HIDETOSHI NISHIJIMA | Matsumoto
TATSUYA MIHASHI | Boss Hiro
CHIEKO MATSUBARA | Ryoko
KYÔKO FUKADA | Haruna Yamaguchi

Trois histoires croisées, trois histoires d'amour bouleversantes, suivant d'abord la trame de l'histoire des amants enchainés, Kitano bifurque vers deux autres histoires finalement simillaires....

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Pourtant impossible de dissocier ces trois histoire les unes des autres au risque d'enlever tous son sens au film, il aborde l'AMOUR, l'amour comme solution à tout, l'amour comme souffrance ultime, l'amour comme délivrance... Ainsi, ne considérer que l'histoire des amants à la corde relève de l'incompréhension, tant celle-ci n'est qu'une infime partie de la vision que Kitano a de l'amour. Alors évidemment tout cela n'est pas nouveau mais la vision originale de Kitano et sa folie picturale font de DOLLS une oeuvre absolument unique, une synthèse artistique, aussi proche du théatre, dont il s'inspire, que du cinéma ou de la peinture, sublimée par la musique splendide d'Hisaishi qui depuis maintenant plus de dix ans illustre avec brio chaque film du Maitre, par des compositions d'une simplicité forçant l'admiration, il souligne à chaque note les obsessions de Kitano tel son double musical, et ce n'est donc pas pour rien qu'Hisaishi se retrouve sur DOLLS qui contrairement à ce que l'on peut entendre est un film typiquement KITANIESQUE (et oui néologisme).

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En effet si certains ont reproché à Kitano d'avoir oublié sur DOLLS ce qui faisait la force de son cinema (c'est à dire une violence sèche et froide et une éternelle obsession de l'enfance et des Yakuzas) c'est qu'ils n'ont finalement pas su voir ce film comme il l'auraient dû, car DOLLS est par bien des égards le film le plus violent de Kitano (de l'avis même du maitre) non grace à des scénes sanguinolantes mais grace à un tourbillon de sentiments proprement déchirants, jetés à la face du spectateur avec la plus grande passion, provoquant des émotions si fortes qu'elles tireraient les larmes au plus dur des mercenaires de L'AGENCE TOUS RISQUES. (Euuuuh je crois que je m'égare.)

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L'enfance y est également très présente notemment au travers de la thématique du jeu et de la marionnette, ici ce ne sont pas des yakuzas qui sont de grands enfants, mais Kitano lui même qui s'amuse à manipuler ses personnages de la même manière que les marionnettes dont il s'inspire. Le résultat est une tornade visuelle dévastatrice, un choc émotionnel intense, une poésie d'une extraordinaire intensité, une peinture bouleversante de l'amour, un cadeau que Kitano nous offre avec la générositée et la sincérité qui le caractérisent... Un chef d'oeuvre tout simplement.

Si vous aimez ce film, vous aimerez aussi...

-KITANO JACKSON- (ardant défenseur de Kitano et oui ça se voit dans mon pseudo)

Dolls 5

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15 juillet 2011

MEAN STREETS

MSJAQUETTE
RÉALISÉ PAR
|
MARTIN SCORSESE.
ÉCRIT PAR | MARTIN SCORSESE ET MARDIK MARTIN.
PRODUIT PAR | JONATHAN T. TAPLIN

HARVEY KEITEL | Charlie
ROBERT DE NIRO | Johnny Boy
AMY ROBINSON | Teresa
DAVID PROVAL | Tony
RICHARD ROMANUS | Michael
CESARE DANOVA | Giovanni

En 1973, à New York, a Little Italy, Johnny Boy et Charlie, des malfrats à l'affut de combines louches, côtoient les mafiosi qu'ils envient. Pour accéder au haut du pavé, une règle impérative : respecter la loi d'honneur du milieu. Charlie, lui, a ses chances, car il a un oncle mafieux. Mais le problème se pose pour Johnny, un bagarreur inconscient, et surtout, criblé de dettes...

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Raaah, MEAN STREETS... Ce film que, fut un temps, je considérais comme le film le plus mauvais de Martin Scorsese. Et oui, à l'age de 14 ans, j'ai vu ce film et j'ai détesté! Mais une maturité cinématographique ça se forme et après deux ans passés à revoir le film plus ou moins régulièrement et à l'apprécier plus à chaque vision, je peux désormais affirmer une chose : non seulement ce film à révélé Martin Scorsese, Harvey Keitel et Robert De Niro, mais c'est également un des plus grands chefs d'oeuvres de Scorsese, inutile de dire qu'une fois que j'ai dit ça il est clair que MEAN STREETS vaut le détour. D'entrée de jeu, MEAN STREETS témoigne d'une grande intelligence de la part de son créateur, en effet, par son générique, jouissif au demeurant et porté par une musique terrible des Ronettes, Scorsese présente tous ses personnages et tous les aspects de son oeuvre, Scorsese, dès le départ, pose ses obsessions sur pellicule et de ce point de vue, MEAN STREETS est une de ses oeuvres les plus importantes. En effet, si Scorsese est bien connu pour se spécialiser dans les films de gangsters n'est pas un hasard, premièrement parce qu'il à tout de même réalisé, avec Francis Ford Coppola, les meilleurs films du genre (Les affranchis et Casino pour les très incultes.), mais surtout parce que toute la filmographie du monsieur tourne autour du même thème sous-jaçent : la déconstruction du mythe américain de par l'utilisation de figures symboliques autodestructrices. Pour sa première incursion majeure dans le monde du 7ème art, Scorsese choisit les gangsters comme figures symboliques, mais contrairement à Casino et Les affranchis, il ne réalise pas un film de gangsters dans la pure tradition du genre mais plutôt un drame, qui tourne davantage autour des obsessions et des ambitions d'un même personnage qu'autour de l'ascension d'un criminel renommé.

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Des figures autodestructrices symboliques, il y en a deux ici : Charlie (Harvey Keitel), dont l'oncle est un mafieux qui s'empêche lui-même d'atteindre ses objectifs en transgressant les règles qu'impose plus ou moins son oncle (Cesare Danova), et Johnny Boy (Robert De Niro), fouteur de merde endetté et un peu schtarb sur les bords, qui, forcément, attire toutes les emmerdes possibles et imaginables. De par ces deux figures symboliques, Scorsese déconstruit le mythe du gangster tel qu'il est souvent représenté : dans MEAN STREETS, les gangsters sont des petites frappes, qui se font rouler toutes les cinq minutes (Michael qui se fait vendre des bagues japonaises au lieu de lentilles, ou encore ce même Michael qui se fait voler 20$ par deux trous du cul.) et qui restent dans l'ombre des figures véritablement importantes du milieu : l'oncle de Charlie, par exemple, élément important du scénario tant beaucoup d'enjeux de ce dernier tournent autour de lui, et Mario, joué par un acteur discret mais excellent : Victor Argo. Dans tout ça se trouve une figure également récurrente chez Scorsese : la femme, ici, Teresa (Amy Robinson), est une fois de plus un élément pivotal du scénario. Involontairement manipulatrice, la femme est dans MEAN STREETS un élément pivotal du scénario (comme toujours chez Scorsese), scénario par ailleurs profondément ancré dans la réalité de l'époque tant il traite furtivement de plusieurs des sujets les plus importants des années 70 : justice corrompue/inefficace (Dirty Harry, Serpico, Un justicier dans la ville...), conséquences de la guerre du Vietnam (The Deer Hunter...), le racisme (Et la j'aurai bien dit Mississipi Burning mais 1988 c'est pas tellement les années 70...), rajoutez à cela que Scorsese aborde tranquillement une de ses plus grandes obsessions : la religion catholique (Scorsese, avant de faire du cinéma, voulait devenir prêtre), le film vire par ailleurs limite à la subversion puisqu'ici , L'Eglise est violemment critiquée par certains personnages qui la considèrent comme un business (et c'est pas moi qu'irait dire le contraire)... Bref, MEAN STREETS est un film complet thématiquement, à tel point qu'il est difficile de tout aborder en quelques lignes.

MS2(De gauche à droite : David Proval, Robert De Niro, Harvey Keitel et la queue de billard ainsi que le gros bide de George Memmoli.)

Toute cette maitrise thématique témoigne des talents d'écriture des deux scénaristes du film, c'est-à-dire Martin Scorsese lui-même et un autre, moins connu mais qui à également scénarisé deux petites perles signées Scorsese, j'ai nommé RAGING BULL et NEW YORK, NEW YORK, Mardik Martin. C'est donc un screenplay et des dialogues de très grande qualité qui sont offerts à l'heureux spectateur (ou pas, j'y reviendrai.) de ce MEAN STREETS. De réplique culte en réplique culte, de scène qui tue en scène qui tue, MEAN STREETS s'impose très rapidement en monument cinématographique de par son écriture, tant quiconque adhère au film ne pourra jamais lui trouver de temps morts, au contraire, chaque instant de ce film est du pur bonheur de par sa construction dramatique parfaite et de par ses dialogues savoureux, soutenus par des acteurs dont on ne dira jamais assez de bien : Harvey Keitel, qui tient ici le rôle principal, mais surtout Robert De Niro, qui va jusqu'a voler la vedette à son ami Keitel. On trouve aussi Amy Robinson (plus une productrice qu'une actrice), Richard Romanus, Cesare Danova et David Proval, quatre acteurs méconnus qui livrent dans ce MEAN STREETS des prestations irréprochables, donnent vie à des dialogues aussi excellents qu'eux et animent le film de manière magistrale. Scorsese fait donc preuve de talents de direction d'acteurs incroyables, talents auxquels il devra beaucoup par la suite tant tous ses films reposent beaucoup sur les acteurs qui les animent, et si ce dernier à toujours été bien entouré (Paul Schrader, Mardik Martin, De Niro, Keitel, Joe Pesci, Leonardo DiCaprio...), il est tout de même bon de préciser que son entourage est toujours meilleur chez lui que chez les autres, ce qui est tout de même assez significatif des talents du bonhomme.

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Et puis, comme en témoigne l'image ci-dessus, MEAN STREETS brille également du point de vue visuel : servi par une photographie incroyable et un travail sur les lumières plus qu'honorable, le film enchaine des ambiances travaillées et présente un environnement urbain filmé comme aucun autre : ainsi, si la plupart du temps, New York est filmée comme une ville nocturne et sombre, ses plus étroits recoins semblent tout à fait différents. Le bar de Tony, à titre d'exemple, dispose d'une ambiance assez étrange, assez glauque mais également chaleureuse et agréable dans le même temps, bercé en permanence dans une lumière rouge, puis on retourne dans la nuit et hop, nous voila dans un endroit tout à fait, bercé dans une lumière blanche très acceuillante et agréable, bref MEAN STREETS multiplie les ambiances, la photographie et l'éclairage change toutes les deux secondes, d'une manière qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler TAXI DRIVER... Tout cela sert une mise en scène qui pète à mille coudées au-dessus de nimporte quel cinéaste actuel : Scorsese sert des travellings et des plans-séquences incroyables et chaque plan magnifie les acteurs qui semblent être en parfaite symbiose avec le réal, bref, visuellement MEAN STREETS est une parfaite réussite soutenue par une B.O. incroyable, Scorsese livre une ambiance terrible, ambiance qu'il reproduira dans TAXI DRIVER et qu'il améliorera dans le très électrique et délirant A TOMBEAU OUVERT. MEAN STREETS, par sa mise en scène, est un film intimiste dont les faux raccords dans le montage, tellement nombreux qu'ils semblent volontaires (je ne vois pas d'autres solution) n'entachent jamais la qualité.

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Evidemment, les qualités de MEAN STREETS ne s'arrêtent pas la, le film présentant un éventail de personnages étonnant, tous presentés très rapidement dans leurs aspects les plus profonds  et efficacement en 2 minutes, même si la manière dont c'est fait n'est pas nécessairement des plus subtiles, puis après Scorsese et Martin prennent leurs temps pour poser leurs enjeux, enjeux tellement nombreux qu'ils poseront problème à beaucoup de gens pour la raison simple que le film semble s'égarer dans ce trop d'enjeux, au contraire, en réalité tous ces enjeux se rejoignent pour n'en créer qu'un : la réussite dans ses objectifs de Charlie, ainsi de par sa construction, MEAN STREETS ressemble limite à une mini-fresque cinématographique. Dans ce nombre important d'enjeux, Scorsese développe néanmoins 5 personnages très intéréssants à partir des bases posées en deux minutes au début du film, détaille absolument tout et livre donc des personnages complets et intéréssants à suivre, malheureusement voila tout le monde n'en sera pas capable pour la raison simple qu'est le sujet, en effet, tout le monde n'aime pas les films sur les gangsters, en témoigne mon ami Sebmagic qui sera très certainement la pour en discuter, il faut adhérer au sujet pour adhérer à MEAN STREETS et c'est ici le problème majeur du film, vous pensez bien que personnellement, je m'en fous, bien que je puisse comprendre la difficulté à adhérer à ce petit chef d'oeuvre!

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A mes yeux, MEAN STREETS est un chef d'oeuvre, ni plus ni moins, et s'il n'égale pas la splendeur d'oeuvres comme CASINO, LES AFFRANCHIS ou TAXI DRIVER, MEAN STREETS, dans la filmo de Master Scorsese, se range au moins au niveau de perles monstrueuses comme RAGING BULL ou SHUTTER ISLAND, et ca, ça fait plaisir! Un film à voir pour tout aficionado de Scorsese et même pour tout le monde en fait, tant c'est une oeuvre majeure pour le 7ème art et un film important dans la filmo du bonhomme... Un indispensable en somme.

Si vous aimez ce film, vous aimerez aussi...

-ZE RING-

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02 juin 2011

IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE

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RÉALISATION | SERGIO LEONE
ÉCRITURE
| SERGIO LEONE, FRANCO FERRINI, FRANCO ARCALLI, ENRICO MEDIOLI, PIERO DE BERNARDI, LEONARDO BENVENUTI, ERNESTO GASTALDI, ET STUART KAMINSKI A PARTIR D'UNE NOUVELLE DE HARRY GREY.
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

ROBERT DE NIRO | David "Noodles" Aaronson
JAMES WOODS | Maximilian "Max" Bercovicz
ELIZABETH McGOVERN |
Deborah Gelly
JAMES HAYDEN | Patrick "Patsy" Goldberg
WILLIAM FORSYTHE | Philip "Cockeye" Stein
LARRY RAPP | "Fat" Moe Gelly
TUESDAY WELD | Carol
TREAT WILLIAMS | James Conway O'Donnell
RICHARD BRIGHT | Chicken Joe
DANNY AIELLO | Vincent Aiello
JOE PESCI | Frankie Minaldi
BURT YOUNG | Joe

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Nous y voila. La fin de la carrière de Sergio Leone. Son dernier film, et, accessoirement, son meilleur, j'ai nommé Il était une fois en Amérique. Atteindre la perfection est chose impossible, surtout au cinéma, il est possible de s'en rapprocher énormément mais jamais de l'atteindre, et dire qu'avec Il était une fois en Amérique on tient un film qui se rapproche de la perfection est peu dire tant le film est l'oeuvre la plus proche de la perfection d'un perfectionniste, Sergio Leone. Malheureusement, Il était une fois en amérique, qui dure 3h40 et est monté dans un ordre non-chronologique, à été massacré au montage en Amérique : le film à été remis dans son ordre chronologique, ce qui ne fait aucun sens, presque 2 heures de métrage ont été amputées et le bouquet, Ennio Morricone n'a même pas été crédité au générique pour sa musique! La honte, encore un bel exemple de l'ouverture d'esprit des Américains et de leur volonté de mettre main basse sur tout : que ce soit pour le pétrole ou pour le cinéma, partout ou ils passent ils foutent la merde mais je ne pense pas vous apprendre grand chose... A ce jour, la version de 3h40 visible en DVD du film n'est pas la version intégrale de celui-ci... Le syndrome Une balle dans la tête en somme. Et il n'y a pas de contenu ultra-violent ou ultra-sexuel dans ce film pour justifier de telles coupes, juste une volonté de couper la moitié du film pour faire le double de recettes... Messieurs les Américains, vous êtes des enculés, je doute que grand monde se sente ici visé par cette accusation mais peu importe, c'est la colère qui parle.

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La première chose qui interpelle avec Il était une fois en Amérique (et pour être interpellé par ça suffit de lire les noms sur la boite.) c'est son casting : Robert De Niro, James Woods, Richard Bright ainsi que Joe Pesci et Burt Young dans des rôles très secondaires, rien que ça. Avec un tel casting, inutile de dire que du point de vue "acteurs" Il était une fois en Amérique est une totale réussite, tous les acteurs se donnant à fond : inutile de parler de la qualité de la prestation de Robert De Niro qui tient ici un de ses meilleurs rôles, par contre James Woods lui tient très clairement le rôle de sa vie, il est tellement investi dans son rôle qu'il parvient même à tenir la mesure avec De Niro et Pesci, qui fait une apparition qui bien fait plaisir aux côtés de... Burt Young! Qui je le rappelle joue le rôle de Paulie dans Rocky, oui je sais voir ce mec dans un film de mafieux est assez inattendu mais peu importe puisque sa courte apparition est complètement géniale, quoi qu'il en soit, ici les acteurs ont un rôle très important dans la mesure ou l'on suit les deux même personnages pendant 3h40, 3h40 constituées de flashbacks, flashbacks qui commencent pendant l'enfance du personnage de De Niro (à ce titre, les gamins qui jouent les protagonistes enfants sont génialissimes) et qui remontent jusqu'a l'époque contemporaine... Une véritable fresque cinématographique en somme, le genre de film qui laisse présager un brise-coeur comme fin et Il était une fois en Amérique ne déroge pas à cette règle sacro-sainte du genre, puisque le film est de loin l'un des plus émouvants qu'il m'ait été donné de voir, à la fin de ce chef d'oeuvre retenir ses larmes est chose difficile... Et ceux qui pensent ne jamais pleurer devant un film de mafieux, je dirai simplement que c'est pas parce que y a De Niro et Pesci dans le même film que celui-ci ressemblera aux Affranchis, non, dans Il était une fois en Amérique le personnage principal est nostalgique, en proie aux remords et est très loin des personnages des bad mother fuckers impitoyables et opportunistes dépeints dans les films de Scorsese, en somme, à tous les détracteurs des Affranchis et de Casino, vous pouvez vous jeter les yeux fermés sur Il était une fois en Amérique qui se rapproche en réalité plus d'un drame que d'un film de gangsters pur souche. La vision particulière du milieu de Leone fait ainsi d'Il était une fois en Amérique une oeuvre aussi nostalgique que son protagoniste, et Leone s'investit tellement dans son film qu'on pourrait presque le sentir vieillir en même temps que les personnages dont il dresse le portrait... Émouvant? Carrément oui, surtout quand on sait que Leone est mort quelques années après ce film, personnellement à l'époque ou j'ai vu ce film j'avais 9 ans et je n'étais pas au courant que Leone était décédé, mais à la vision d'Il était une fois en Amérique j'ai tout de suite senti qu'il avait quelque chose de spécial... Et ce quelque chose de spécial, c'est quelque chose de très simple : Il était une fois en Amérique est le chant du cygne de son auteur.

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C'est donc une oeuvre hors pair que nous livre Sergio Leone avec Il était une fois en Amérique. Et ceux qui ne l'ont pas encore vu comprendront très facilement ma colère envers ces chers Américains pour avoir charcuté ce chef d'oeuvre après l'avoir vu... Tout est absolument brillant : les acteurs sont géniaux cela va sans dire mais le reste l'est également. Et que pour la première fois Leone quitte le western ne change rien à la qualité de sa mise en scène : même si elle est ici bien plus sobre on trouve quelques moments qui se démarquent du reste par leur mise en scène magistrale, ce moment de suspense en début de film dans le bar de Fat Moe est un brillant exemple, en somme Leone en restant plus sobre que dans ses précédentes oeuvres réussit tout de même le pari de livrer une mise en scène immersive à souhait et loin d'être démunie de purs moments de gloire, la classe. Et puis cette mise en scène s'étend même dans le scénario, encore une fois et pour la troisième fois, Leone soulève le doute sur son personnage principal, et ce par le biais de flashbacks, la différence par rapport a ses deux précédents films c'est que ces flashbacks ne font ici pas office de retournement de situations mais permettent d'amener le retournement de situation, au passage, ce dernier vous laissera sur le cul et vous foutra les larmes aux yeux... Mais je m'en voudrais de spoiler donc je n'en dis pas plus : une chose est sure, Il était une fois en Amérique n'est pas un film qu'il faut remettre dans son ordre chronologique tant il perd de son sens... Par ailleurs, non content de faire de son personnage principal un personnage ambigu, et de livrer un retournement de situation plus qu'inattendu, Leone laisse aussi planer le doute sur deux des éléments les plus importants de la conclusion de son oeuvre... Il était une fois en Amérique est donc une oeuvre scénaristiquement intelligente, soutenue par une mise en scène génialissime et par une musique sublimissime du légendaire Ennio Morricone, mais ses qualités ne s'arrêtent pas la.

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Et oui, car au milieu des vedettes que sont De Niro et Woods on retrouve aussi des acteurs secondaires génialissimes... Les quelques apparitions d'Elizabeth McGovern (qui tient ici un rôle majeur.) sont géniales, celles de Danny Aiello (qui donne son nom à son personnage.) sont très savoureuses, Richard Bright, un des acteurs fétiches, affiche ici une sale gueule incroyable et livre une très bonne prestation, Treat Williams est très bon et James Hayden, William Forsythe, Larry Rapp et Tuesday Weld malgré leurs peu de répliques font preuve d'une présence étonnante et s'intègrent parfaitement au récit, récit dôté d'un rythme d'une rare qualité, en effet, sur les 3h40 de métrage il n'y a pas une seule seconde qui soit chiante, le tout se suit et s'enchaine avec une aisance et un confort déconcertant, 3h40 qui servent au développement de personnages attachants et charismatiques et qui mènent à un dénouement fatidique qu'on préférerait tous éviter une fois qu'on le connait tant il est déchirant... Et pourtant, paradoxalement, ceux qui sont comme moi ne pourront s'empêcher de mater le film 5 fois d'affilée tant il est sublime. Leone fait le récit d'une histoire difficile et sans faire preuve de violence graphique excessive, d'un autre côté, Il était une fois en Amérique sera choquant pour certains et particulièrement pour les femmes, je m'explique, des trois femmes qu'il y a dans le film, une est une pute et les deux autres se font violer. Mais doit-on interpréter Il était une fois en Amérique comme une oeuvre machiste pour autant? Non et à la limite même si la réponse à cette question était oui, peu importe dans la mesure ou Il était une fois en Amérique est le récit de la vie de Noodles tel que celui-ci la voit...

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Niveau dialogues, Il était une fois en Amérique est un film d'exception, en même temps avec Leone et Gastaldi sur le même film pas de quoi s'étonner, d'ailleurs l'écriture du film à pris 12 ans, donc en soit le fait que celui-ci soit bien écrit est loin d'être surprenant mais il vaut tout de même le coup d'être noté : des répliques cultes, y en a un paquet, et toutes servent une fonction précise, Leone préférant exprimer ce qu'il à a exprimer par sa mise en scène plutôt que par des dialogues, un exercice difficile mais que Leone réussit sans mal (challenge qu'il avait déja relevé et réussi avec son western Il était une fois dans l'ouest, ce mec était un génie.). Le scénario d'Il était une fois en Amérique, parfait? Certainement, le scénario de ce film en plus d'être superbement écrit étant génialement structuré, rajoutez à cela des acteurs de génie, une mise en scène de génie et une musique à pleurer et vous tenez un chef d'oeuvre absolu, maintenant si vous êtes assez fort pour me trouver un autre défaut à ce film que le faux grain de beauté du gosse qui joue Noodles enfant, je vous félicite... Car Il était une fois en Amérique est clairement à mes yeux un des meilleurs films de tous les temps, et dire que Leone en plus de rentrer dans la légende avec ce film tire sa révérence avec une classe incroyable est peu dire... En somme, vous allez vous depêcher d'acheter le film et de le mater avant que je m'énerve. :-D

-ZE RING-

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08 mai 2011

A SCENE AT THE SEA

ASATS_JAQUETTE

Un film réalisé par Takeshi Kitano en 1991.
Ecrit par Takeshi Kitano.
Avec Kurôdo Maki, Hiroko Oshima, Sabu Kawahara, Toshizo Fujiwara et Susumu Terajima.
Musique composée par Joe Hisaishi.

Un éboueur sourd muet trouve une planche de surf abimée lors de son travail. Il s'adonne ensuite quotidiennement à ce sport, accompagné par sa petite amie sourde muette également.

Nous sommes en 1991 et cela fait deux ans que Takeshi Kitano fait du cinéma. Il a réalisé l'ultra-stylisé mais très lent Violent Cop et il vient de finir l'hilarant mais également très lent Jugatsu. D'un coup lui vient une idée, celle de faire un film sur un surfeur sourd-muet... Mouais, perso comme ça j'étais pas très convaincu lorsque j'ai reçu mon coffret contenant les 6 premiers films du monsieur... Mais ce qu'il faut se dire c'est qu'A Scene at the sea est le premier chef d'oeuvre sur la longue liste des chefs d'oeuvres de sieur Kitano, en effet A Scene at the sea se range parmi les meilleurs films du bonhomme et envoie six pieds sous terre ses deux premiers films. La raison à cela est simple : son style, Kitano l'a forgé au fur et à mesure qu'il à avancé dans sa carrière, et si jusqu'a Kids Return, la lenteur de ses films était son plus gros problème, ici il utilise cette lenteur à bon escient pour faire un film 100% contemplatif mais sans oublier d'en faire un film et surtout sans oublier de créer des personnages très attachants, dans la pure tradition des films de Kitano puisque tous ses personnages principaux sont quasi-muets (et ce dans presque tous ses films.) et puis il y a également une raison qui pourrait sembler mineure à première vue, ici capitale puisque pour la première fois Kitano donne à ses films une véritable bande-son signée par l'homme qui n'est plus ni moins que le meilleur compositeur au monde : Joe Hisaishi. Vous êtes toujours pas chaud? (Au passage, Seb et Mona, si vous me lisez ce film est fait pour vous.)

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A Scene at the sea
, annonciateur d'un style? Bien évidemment tant tous les codes des films de Kitano sont définis ici, toutes ses obsessions sont installées concrètement ici : l'aspect contemplatif (putain il est impossible à écrire ce mot) de ses films, son obsession autour de l'enfance et de la violence sont regroupées ici pour la première fois faisant d'A Scene at the sea un film majeur dans la filmographie de Beat Takeshi tant il a révolutionné celle-ci, et puis évidemment A Scene at the sea est conceptuel à souhait, d'une part par son scénario cela va sans dire mais aussi par sa réalisation unique en son genre, évidemment par la suite Kitano restera dans la même veine et surpassera à plusieurs reprises ce chef d'oeuvre, reste qu'a l'époque de sa sortie A Scene at the sea était un ovni, par ailleurs, pour ceux qui ne considèrent pas ce film comme un pur Kitano de par l'absence de violence visuelle je dirais simplement qu'il va falloir se réveiller car la violence de ce film se trouve davantage dans son ambiance désenchantée et dans la tornade d'émotions que Kitano nous balance dans la gueule que dans son visuel, par ailleurs visuellement A Scene at the sea touche également à la perfection. Les images qui nous sont montrées ici sont absolument magnifiques, la photographie de toute beauté, A Scene at the sea nous présente une mer tantôt magnifique tantôt polluée et crade (il ne faut pas oublier que les mers les plus polluées au monde se trouvent au Japon.), faisant du film une expérience visuelle très agréable, Kitano est conscient que son film repose sur la force des images puisque celui-ci est contemplatif à 100%, évidemment séparer ces images aussi magnifiques soient-elles de la musique serait complètement con puisque celle-ci fait la moitié du travail et Kitano en est conscient, on est donc suivis pendant 1h30 par la partition sublimissime bien que très kitsch (mais bon du kitsch comme ça moi j'en demande tous les jours.) de Joe Hisaishi, qui signe une des plus belles musiques qu'il m'ait été donné d'écouter (le souci avec Hisaishi c'est qu'on parle souvent de "meilleures" ou de "plus belles" quand on parle de ses oeuvres.)... Encore une fois et pour la première fois, le duo Kitano-Hisaishi signe une perle visuelle et musicale et ce ne sera que la première d'un sacré paquet...

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Mais Kitano c'est aussi un scénariste de génie et pour la première fois il le prouve... Car si Violent Cop et Jugatsu sont, il faut l'avouer, un brin mollassonnes et descendues par une lenteur bien trop exacerbée, ici le monsieur se sert de la lenteur de son long-métrage pour prendre le temps de dresser le portrait de deux personnages muets, Kitano nous montre la routine quotidienne de ces deux personnages, joué par Kurôdo Maki et Hiroko Oshima, un acteur et une actrice qui expriment un nombre incroyable de choses juste par la force du regard, d'un simple coup d'oeil ils nous font comprendre tout ce qu'il y a à comprendre et en l'espace d'un instant, faisant d'A Scene at the sea un film très agréable à suivre, d'une part pour cet aspect du film, de l'autre pour sa légéreté et ses aspects comiques, en effet Kitano dans ses envolées lyriques ne peut s'empêcher d'introduire quelques gags dans son film... A Scene at the sea est donc un film très léger malgré son ambiance désenchantée, le portrait de Shigeru, surfeur sourd muet extrêmement attachant... Kitano prend 1h30 pour rapprocher le spectateur de son personnage jusqu'a un final très surprenant, qui en plus d'être une véritable leçon de montage est un pur moment d'émotion qui fera lacher des larmes même aux plus insensibles, moment d'intensité qui va même jusqu'a égaler le final d'Hana-Bi (qui est mon film préféré, ça en dit long je pense.)... Soyons clair : A Scene at the sea est un des films les plus touchants qu'il m'ait été donné de voir et si vous n'êtes pas touchés par cette magnifique histoire alors vous n'avez pas de coeur! :p

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Que dire d'autre sur ce A Scene at the sea finalement? Je ne parlerai pas des acteurs, ils ont genre deux lignes chacun même si les apparitions furtives de Susumu Terajima sont très très sympas... Tout ce que je dirai de plus c'est qu'A Scene at the sea est le film fondateur de la filmographie de Kitano... L'essence même de sa filmo est ici, A Scene at the sea marque en effet le début de son style, installe des codes a peine abordés dans ses deux premiers films, mais avant tout il s'agit d'un pur plaisir cinéphile, aussi beau visuellement que musicalement qu'émotionnellement... Un film majeur des années 90 à coup sur, un pur chef d'oeuvre, à voir absolument pour quiconque s'intéresse a Beat Takeshi. Pour ma part j'ai vu le film 3 fois et chaque visionnage à été une claque dans la gueule, A Scene at the sea est donc un must absolu que je vous recommande à tous... Et je vais me répéter mais, Seb et Mona, si vous me lisez, ce film est fait pour vous! =P

-ZE RING-


ASATS4

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13 avril 2011

HANA-BI

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Un des plus grands films de l'histoire du cinéma, réalisé par Takeshi Kitano en 1997.
Ecrit par Takeshi Kitano.
Avec Takeshi Kitano, Kayako Kishimoto, Ren Ôsugi et Susumu Terajima.
Musique composée par Joe Hisaishi.

Nishi (Takeshi Kitano) est un flic taciturne. Lorsqu'il apprend que sa femme Miyuki (Kayako Kishimito) est sur le point de mourir et que son ami et partenaire Horibe (Ren Ôsugi) perd l'usage de ses jambes après une fusillade, il quitte la police et décide de commettre un hold-up pour apaiser les misères de ceux qui l'entourent.

PUTAIN. Voila ma réaction après revision de ce chef d'oeuvre, film que j'avais largement sous-estimé (puisque je l'avais vraiment pas aimé quand j'étais tout jeune), puisqu'il s'agit en réalité d'un des 5 meilleurs films qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie. Hana-Bi, considéré quasi-unanimement comme le chef d'oeuvre de Takeshi Kitano, -et c'est certainement pas moi qu'irait contredire la majorité pour une fois-, est également son film le plus personnel. J'y reviendrai plus tard, il y a beaucoup de choses à dire la-dessus et l'envie ne me vient pas maintenant, ce qu'il faut savoir d'entrée de jeu c'est qu'Hana-Bi est le reflet parfait de la filmographie de Takeshi Kitano : visuellement magnifique, musicalement porté par la partition d'une beauté inégalable de Joe Hisaishi et qui s'achève comme tous ses films sur un brise-coeur comme lui seul sait les faire. Mais bien évidemment je compte bien développer tous ces points, et quelques autres, d'ailleurs, dans la suite de cet article, que j'espère que vous apprécierez. :)

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Hana-Bi est construit comme à peu près tous les films de Takeshi Kitano : il installe tout d'abord sa situation initiale, et il prend son temps pour le faire. Après cela, il y a une période de détente, on est spectateur de beaucoup moins de violences, période de détente qui mène lentement mais surement au dénouement final, qui brisera le coeur même aux plus insensibles, Hana-Bi, comme je le disais ne fait pas exception à cette règle, au contraire, puisqu'il la magnifie en rendant ce schéma scénaristique encore plus efficace qu'il ne l'était déja à la base, et puis d'ailleurs Kitano ne change pas ses habitudes non plus quand au rôle qu'il joue : il interprète une fois de plus un personnage brisé par la vie, violent, taciturne, mais derrière cette façade impénétrable se trouve un homme plein d'amour, ici Kitano pousse cette règle d'or jusqu'au bout, le détective Nishi étant presque toujours plongé dans un mutisme insondable, frappant des mecs toutes les deux secondes dans des élans de violence d'une rare intensité, mais Nishi est un homme brisé par la maladie de sa femme et qui culpabilise en raison de la tragédie qui à frappé Horibe, joué avec brio par Ren Ôsugi, un des acteurs secondaires favoris de Kitano avec le génial Susumu Terajima puisqu'ils ont un rôle dans presque tous ses films. Le personnage d'Horibe à lui seul mérite quelques lignes, d'une part parce que bon nombre de scènes d'une intensité émotionnelle extrêmement rare lui sont consacrées mais surtout parce qu'il permet à Kitano d'aborder un sujet qui lui est très personnel : le suicide. En effet, je le rappelle et je l'apprends à ceux qui ne le sauraient pas déja que Takeshi Kitano à subi en 1994 un accident de moto, qu'il à a demi-mot avoué être une tentative de suicide. A la suite de cet accident, Takeshi Kitano à subi une paralysie partielle et se remit à la peinture. Le personnage d'Horibe se trouve dans la même situation : dans l'incapacité de bouger autrement que sur une chaise roulante, il passe son temps à peindre et essaye à un moment donné de se suicider... Par ailleurs, ce n'est pas un hasard si les peintures crées par Horibe sont en réalité celles que Kitano à peint après son accident, ce n'est qu'un indice de plus qui permet d'affirmer que Kitano s'identifie dans son film au travers du personnage d'Horibe, d'ailleurs les séquences sous l'effigie de ce dernier sont assez nombreuses et toutes sont particulièrement soignées, certaines extrêmement émouvantes, émotionnellement surpuissantes, et laissez-moi vous dire que si vous n'avez pas un caillou à la place du coeur vous allez vous en rappeler longtemps, impossible d'oublier la tornade de sentiments puissants que Kitano nous balance à la gueule dans son chef d'oeuvre Hana-Bi.

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Ensuite Hana-Bi marque définitivement l'évolution du style de Takeshi Kitano. En effet, dans tous ses films avant celui-ci (exception faite pour A Scene at the sea) la violence visuelle froide et sèche qu'on lui connait prenait le pas sur l'émotion et empêchait ses films, pourtant déja géniaux au passage, d'être vraiment émotionnellement puissants, ici Kitano trouve l'équilibre parfait et livre un film dans le même temps ultra-violent visuellement mais aussi moralement dans le sens ou il nous envoie des baffes à la Rocky Balboa, mais, contrairement à Violent Cop et Jugatsu, non pas avec ses poings mais avec les émotions qu'il prend son temps pour créer, alors si on retiendra les passages mettant en scène Ren Ôsugi, au niveau émotionnel, rien ne peut surpasser la fin du film, véritable monument d'émotion qui peut largement se targuer de concurrencer (voire de surpasser!!) la bouleversante scène finale d'A Scene at the sea, autre chef d'oeuvre de Kitano qui trouvera d'ailleurs bientôt son chemin vers le site, en effet la fin d'Hana-Bi est un véritable brise-coeur, ceux qui connaissent un peu l'univers de Kitano la devineront dès le début du film mais peu importe, car Kitano on ne le connait pas pour son originalité mais bien pour sa capacité à nous véhiculer des émotions fortes, capacité qu'il à acquis grâce à trois choses : ses talents de mise en scène, la beauté visuelle de ses films et la musique de son pote Joe Hisaishi. EXPLICATIONS.

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Takeshi Kitano à toujours fait preuve de grands talents de mise en scène. Dans Violent Cop, son premier film et son moins bon avec sa comédie scato dispensable Getting Any?, le bonhomme faisait déja preuve de talents de mise en scène considérable. Plus il à fait de films, plus il s'est approché de l'univers esthétique qu'on lui connait maintenant, mais il à surtout fait une rencontre déterminante : celle de Joe Hisaishi, compositeur de tous ses films de A Scene at the Sea a Dolls (exception faite pour Getting Any? qui est de toutes façons une grosse tache sur la filmo de Beat Takeshi...), véritable double musical de Takeshi Kitano, la partition de ce qui est à mon sens le meilleur compositeur de tous les temps aide grandement à donner leur intensité aux scènes brillament mises en scènes d'Hana-Bi (et des autres films de Kitano d'ailleurs). Absolument grandiose, la bande-son d'Hana-Bi est l'une des plus fines compositions d'Hisaishi et fait une bonne partie du travail, mais comme je le disais, Kitano et Hisaishi ne font qu'un et c'est pour ça que l'un n'est rien sans l'autre (il n'y a qu'a voir Violent Cop et Jugatsu, l'absence d'Hisaishi s'en ressent pas mal même si les films demeurent excellents!) mais heureusement Kitano remplit sa part du contrat et livre un film à l'esthétique à mourir... Disposant d'une des plus belles photographies qu'il m'ait été donné de voir, Hana-Bi est visuellement absolument magnifique, Kitano livre des plans à tomber par terre, des plans qui vous feraient pleurer tellement c'est beau, heureusement dans ses élans contemplatifs Takeshi Kitano n'oublie pas de faire un film et livre un scénario solide, génialement construit même s'il ne prend aucun risque dans sa construction, disposant de dialogues rares mais aussi très bien écrits, d'ailleurs le film aussi lent soit-il n'est pas chiant une seconde, bien au contraire, immersif à mort et prenant de bout en bout, Hana-Bi est clairement le genre de films qu'on a pas envie de finir... Parce que c'est trop mortel!

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En termes de prestations d'acteurs, Hana-Bi est également un prodige. On ne dira rien sur Takeshi Kitano et Kayako Kishimoto qui ouvrent la bouche genre deux fois dans le film mais Kitano affiche un charisme monumental, comme à son habitude, malgré tout c'est plus du côté des rôles secondaires qu'il faut se tourner pour trouver des prestations exceptionnelles, on retient donc le génial Susumu Terajima (Alias Mr. Acteur secondaire Nippon) mais surtout Ren Ôsugi dans un de ses meilleurs rôles, absolument bouleversant le bonhomme livre la meilleure prestation de tout le film, particulièrement touchante à certains moments. Et puis pour finir, on retrouve dans Hana-Bi l'obsession de Takeshi Kitano : l'enfance. Voila, je pense que ce sera tout... Alors maintenant je sais pas si ça vous à donné envie mais si c'est pas le cas c'est soit que j'ai pas fait mon boulot correctement soit que vous avez un problème intellectuel... Dans tous les cas voici l'occasion d'expliciter le message pas si caché de cet article fait direct après avoir vu le chef d'oeuvre qu'est Hana-Bi : courrez l'acheter, volez-le même si vous avez besoin, mais voyez-le, car non seulement c'est un classique mais c'est aussi un film comme on en voit pas deux.

TAKESHI KITANO IS GOD!

-ZE RING-

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03 avril 2011

BAD LIEUTENANT

bad_lieutenant

Réalisé par Abel Ferrara en 1992.
Ecrit par Abel Ferrara, Paul Calderon, Victor Argo et Zoe Lund.
Avec Harvey Keitel, Victor Argo, Paul Calderon et Frankie Thorn.
Musique composée par Joe Delia.

Alors qu'il enquête sur le viol d'un jeune nonne (Frankie Thorn), un flic corrompu (Harvey Keitel) essaye de se repentir.

Bad Lieutenant, en voila un film intéréssant. Partant d'un postulat vu 150 fois au cinéma (un flic pourri essaye de se repentir, on a vu plus original) et somme toute simple, voire simpliste, Bad Lieutenant ne ressemble pourtant à aucun film que vous ayez pu voir (à part peut-être si Abel Ferrara à réalisé d'autres films plus ou moins similaires dans leur ambiance, j'attends de voir King of New York pour le confirmer.), d'une part parce qu'ici on touche au glaucque pur et dur et on sombre au bout de deux minutes dans la subversion la plus pure, deux choses qui sont rarement vues dans les nombreux films qui adoptent la même trame, et si il est clair que l'on a vu des films bien mieux foutus techniquement et mieux réalisés, force est de constater que la force de Bad Lieutenant se trouve ailleurs, mais ou? Et bien c'est ce qu'on va voir, EXPLICATIONS.

BL1
Un nom suffirait à justifier la qualité de ce Bad Lieutenant : Harvey Keitel. A mes yeux, un des meilleurs acteurs de tous les temps, le bonhomme fait ici tout le travail, anime un film que la réalisation par moments bancale d'Abel Ferrara ne parvient pas à animer, donne de l'humanité à un personnage en tous points inhumains, opportuniste, salaud, accro à toutes sortes de drogues, voleur, le Lieutenant est l'incarnation même du pourri, pourtant Keitel de par son jeu parvient à donner une humanité à ce salaud sans coeur, toujours crédible, toujours génialissime, il n'y a pas un seul instant ou le bonhomme, qui est sans doute en permanence à l'écran, assure grave, effacant par sa présence un casting pourtant composé d'acteurs secondaires de talent comme Victor Argo (Taxi Driver) ou Paul Calderon (Pulp Fiction), Harvey Keitel de par son charisme animal et sa présence constitue à lui seul une grande partie de l'interêt du film, qui que ce soit dit, n'est pas nécessairement très prenant, il y a à ce titre quelques longueurs mais en soit peu importe, car la force du film réside ailleurs : dans son ambiance glaucque et sa subversion, car si la réalisation est loin d'être géniale elle contribue à rendre les décors et l'ambiance de ce Bad Lieutenant plus cradingue qu'elle ne l'est déja, Abel Ferrara réussit ici la ou il avait lamentablement échoué dans son tout pourri Driller Killer, à faire de New York une ville étouffante, plongée dans l'obscurité la plus noire et dans la crasse, ou la police est pire que les criminels qu'elle est supposée poursuivre (en témoigne cette scène ou Harvey Keitel menace de son revolver deux petits cons pour qu'ils lui donnent l'argent qu'ils venaient de voler.), et force est de constater que cela fonctionne plutôt bien, rajoutez à cela une bande-son tout sauf agréable et vous avez un film crado, ultra-glaucque, dont l'ambiance évoquerait même parfois le Série noire d'Alain Corneau grâce aux décors entièrement constitués d'appartements miteux et la bande-son se basant entièrement sur la radio, par ailleurs, le film enchaine les hommages, on en notera notamment un au Mean Streets de Martin Scorsese au travers d'une scène d'anthologie, cette scène ou Harvey Keitel danse complètement à poil, complètement bourré sur exactement la même musique sur laquelle il avait dansé (habillé cette fois) dans Mean Streets en 1973. Ici vraiment grandiose, Harvey Keitel enchaine les punchlines (en témoigne ma bannière flashy.), par ailleurs, le film est très bien écrit, même si malheureusement on note quelques problèmes de construction puisque Bad Lieutenant est loin d'être dépourvu de longueurs, longueurs compensée par une subversion à toute épreuve.

BL2
Car c'est la que se trouve tout l'interêt de Bad Lieutenant, qui comme je l'ai dit est loin d'être divertissant, dans sa charge subversive et sa propension à brosser le spectateur à rebrousse-poil, ici, Harvey Keitel est un flic pourri oui mais pas un flic pourri comme on en voit d'habitude, ici il joue un flic pourri qui abuse sexuellement de jeunes filles, qui vole de la cocaïne des cadavres de criminels, drogué jusqu'aux oreilles (d'ailleurs à ce titre, la consommation de drogues d'Harvey Keitel est réélle dans le film, je vous l'avais dit, ce mec est fou.) mais surtout c'est un flic pourri qui dans des élans hallucinatoires traite Jésus d'enculé dans un monologue d'anthologie... Ah oui alors évidemment à ce moment-là on comprend tous pourquoi Bad Lieutenant à été coupé dans certains pays, attention toucher à la religion c'est pas bien... Mais Abel Ferrara, s'il n'est pas un excellent réalisateur à une chose que peu de réalisateurs ont : des grosses couilles, alors il s'en fout, il le fait quand même, livrant une critique acerbe de la religion chrétienne au travers de cette nonne qui pardonne ses violeurs de l'avoir volé alors que le Lieutenant n'arrive pas à trouver le pardon... Subversif à mort, la se trouve tout l'interêt de Bad Lieutenant, film couillu à mort, faisant de Bad Lieutenant un film, à défaut d'être divertissant, intéréssant pour sa charge subversive et le jeu d'acteur d'un des meilleurs acteurs de tous les temps... D'ailleurs bon pour une fois je vais être gentil avec Ferrara, sans avoir vu ses films force est de constater qu'en jetant un oeil au casting de ces derniers le bonhomme à vraiment l'oeil pour trouver des acteurs principaux qui déchirent... Christopher Walken, Harvey Keitel... Des acteurs tous plus mortels les uns que les autres, ici on saluera la prestation du grand Keitel et le côté hardcore de ce Bad Lieutenant, son ambiance glaucque et sa subversion.

BL3I
Alors en somme, si Bad Lieutenant est très loin d'être divertissant ou agréable à regarder, c'est un film à voir pour sa démarche couillue, pour sa subversion et Harvey Keitel... Loin d'être un chef d'oeuvre, Bad Lieutenant demeure une tuerie, un film à voir, même si c'est clairement le genre de films qu'on aime, ou pas, il faut tenter pour se faire un avis, certains se feront chier royalement et d'autres seront charmés par la subversion du film : c'est plus mon cas. Je ne saurai trop vous le conseiller, à vous de voir, personnellement j'adore, et j'espère que si vous décidez de le mater vous adorerez aussi! Sinon le Bad Lieutenant risque de vous exploser la gueule :P

-ZE RING-

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