01 décembre 2011

THE HOLY MOUNTAIN

LMS JAQUETTE

RÉALISÉ PAR | ALEJANDRO JODOROWSKY.
ÉCRIT PAR | ALEJANDRO JODOROWSKY.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | ALEJANDRO JODOROWSKY, DON CHERRY
ET RONALD FRANGIPANE.

HORACIO SALINAS | Le voleur.
ALEJANDRO JODOROWSKY | L'alchimiste.
RAMONA SAUNDERS | La disciple.

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Bon, je vais pas tourner autour du pot une seule seconde : LA MONTAGNE SACRÉE est de loin l'une des oeuvres les plus difficiles à chroniquer de tous les temps. Pour vous donner une idée, je prépare cette critique depuis 2 mois, il m'a fallu deux visions, dont une avec les commentaires audio d'Alejandro Jodorowsky pour en effleurer le sens... Il y a beaucoup trop de choses à dire sur cette oeuvre, tellement que la seule personne à pouvoir en définir clairement le sens et la portée est très certainement Alejandro Jodorowsky, le réalisateur lui-même. C'est pourtant ce que je vais essayer de faire (je dis bien "essayer") et ce malgré la complexité, la subversion, l'ésotérisme, la folie de ce film... Mais pour ça, il faut partir à la base, c'est-à-dire de Jodorowsky lui-même, qui après le succès d'EL TOPO, se lance, grâce à Allen Klein dans LA MONTAGNE SACRÉE... Et il faut bien se rendre compte dès le départ qu'il s'agit ici d'une des oeuvres les plus subversives jamais réalisées : blasphématoire, satirique, visionnaire, métaphysique, mystique sont une poignée de mots assez représentatifs de LA MONTAGNE SACRÉE, une pure expérience cinématographique avant d'être un film finalement puisque Jodorowsky signe une oeuvre qui relève purement et simplement du jamais vu... Pourtant, ce ne fut pas du gout du gouvernement mexicain toutes ces histoires de blasphèmes et d'ésotérisme, puisque pour l'anecdote Jodorowsky à frolé la mort à plusieurs reprises sur le tournage du film, à été menacé de mort à plusieurs reprises également et de peur pour sa famille à du s'exiler aux Etats-Unis pour finir son film...

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En même temps, rien de bien d'étonnant la-dedans dans la mesure ou en plus d'être certainement l'un des films les plus timbrés de tous les temps, Jodorowsky, qui a à cette époque pour objectif de changer le monde, dresse dans LA MONTAGNE SACRÉE un portrait méchamment satirique de notre société. En effet, dans LA MONTAGNE SACRÉE, tout le monde se prend sa petite baffe, notamment la religion catholique dont Jodorowsky rit carrément au nez, et ce malgré l'usage important de thématiques et d'imagerie christiques dans le film, jugeant que l'église à oublié ce qu'était la religion et dressant un portrait volontairement caricatural mais tout aussi drôle qu'inquiétant de cette dernière. Blasphémant à outrance (Les romains qui font des fausses icônes de Jésus fallait oser quand même.), Jodorowsky va encore plus loin en attaquant de manière satirique également commerçants d'armes, hommes politiques, pédophiles, même les artistes s'en prennent plein la gueule au travers d'une séquence pleine d'humour ou dans un des délires visuels propres à Jodorowsky, ce dernier critique de manière puissante les artistes modernes qui prennent l'art pour un business... Pas forcément très enthousiaste concernant l'être humain, LA MONTAGNE SACRÉE reste pourtant un film puissamment humouristique, chacune des séquences satiriques du film étant un puissant moment d'humour, humour marqué par un rire jaune certes surtout lorsque Jodorowsky se met à toucher au conditionnement de l'enfance et à taper sur les doigts du nazisme au travers d'une séquence de castration autant portnawak qu'elle est violente, dérangeante mais paradoxalement fun par son absurdité. LA MONTAGNE SACRÉE est donc une oeuvre puissamment satirique mais c'est également une oeuvre cinématographique universelle dans les thématiques qu'elle aborde dans la mesure ou, dans l'optique de changer le monde, Jodorowsky, touche à des dizaines de sujets et de thématiques. C'est d'ailleurs en grande partie l'abondance de thématiques abordées dans le film, ainsi que son aspect cinématographique assez unique, qui en fait une oeuvre si difficile à chroniquer, mais finalement n'est-ce pas la une des qualités principales du film? Son côté indescriptible et indéchiffrable, mais surtout le fait que toutes les thématiques que Jodorowsky aborde se réunissent en un seul groupement pour former une réflexion sur l'Homme avec un grand H?

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Dans LA MONTAGNE SACRÉE, l'Homme, en plus de ne pas avoir de nom, est comme d'habitude chez Jodorowsky, sur le chemin d'une quête initiatique supposée en faire un homme meilleur. Si le très touchant El Topo courait après l'amour, le personnage principal du récit court ici après l'immortalité. Sa quête de l'immortalité, véritable quête du surhomme, est marquée par une des mécaniques communes à tous les Jodorowsky : imagerie et thématiques christiques, le voleur vagabond ressemblant étrangement à Jésus, icône religieuse qui est également tournée en ridicule dans la première partie du film... Mais le plus intéréssant survient lorsque cette quête de l'immortalité se transforme subitement en quête de la vérité, lors d'une scène, qui, sans en dire trop, brise la fine limite entre Jodorowsky et son spectateur en plus de briser en même temps toutes les illusions (oui c'est énigmatique, je sais). Jodorowsky lance une puissante réflexion sur le cinéma, voire même sur la vie en elle-même. Cette même vie qu'il accorde aux personnages qu'il caricature, livrant par la même un puissant message d'espoir malgré le côté profondément pessimiste du film. Cette quête apparemment linéaire mais qui dévoile de manière surprenante ses enjeux au fur et à mesure qu'elle avance est rendue encore plus unique par l'intervention directe de la culture de Jodorowsky dans l'histoire... Cultures ésotériques, cultures modernes issues de tous les coins du monde, peu importe en soit d'ou ça vient tant que ça sert le propos de Jodorowsky, de ce point de vue le but est atteint et cette culture abondante (brillament expliquée en détail par les commentaires audio de Jodorowsky présent sur les DVD.) se marie à des délires visuels absolument incroyables.

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Vous l'aurez compris, LA MONTAGNE SACRÉE est une oeuvre unique et un tournant pour bon nombre de cinéphiles, mais c'est un tournant pour son propre réalisateur également, en effet, si Jodorowsky est bien connu pour son EL TOPO et sa MONTAGNE SACRÉE c'est en partie parce que ce sont ses plus beaux films d'un point de vue visuel. Ici, ses délires visuels sont poussés à l'extrême, au maximum, Jodorowsky le dit d'ailleurs lui-même, pourtant de la même façon que le film se divise en deux parties, une partie ésotérique et une autre plus réelle (relativement), cette division se ressent également d'un point purement visuel. En effet, si toute la première partie est d'une beauté à couper le souffle, les décors y sont grandiloquents, baroques, les costumes absolument magnifiques... Tout y est maniéré, exagéré, conçu pour être le plus classe possible, pourtant dans la deuxième partie, Jodorowsky calme un peu son jeu et livre un visuel toujours aussi beau mais bien plus sobre, visuel qu'il gardera pour la réalisation de son SANTA SANGRE. Il est donc clair que LA MONTAGNE SACRÉE constitue un galon important dans la filmographie d'Alejandro Jodorowsky, divisée tout comme son film en deux, une partie est artificielle la ou l'autre est plus réelle, impression confirmée par le fait que Jodorowsky lui-même admet ne plus penser de la même façon qu'a l'époque ou il a réalisé LA MONTAGNE SACRÉE... Ceci dit, pour la partie réelle, c'est assez relatif, parce que réel ou non Jodorowsky reste un réalisateur atypique qui se définit clairement par des délires visuels dont il est le seul à posséder le secret... Cinéaste surréaliste mais également poète macabre, Jodorowsky signe ici son plus beau film, mettant en scène des situations d'une beauté incroyable, d'un onirisme étrange, teintées d'humour mais en même temps d'une ultra-violence rarement égalée. L'alchimie de tous ces éléments donne lieu à des séquences d'une poésie sidérante, durant lesquelles des oiseaux sortent des impacts de balles et ou des crapauds en armures se bastonnent contre des caméléons lors d'une scène purement symbolique...

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Symbolique, LA MONTAGNE SACRÉE, l'est assurémment, c'est d'ailleurs une des choses qui le rend par occasion très difficile à comprendre, Jodorowsky allant presque aussi loin dans la métaphore que dans ses délires visuels. Pourtant, de ce déferlement de thématiques subtiles et complexes se dégagent d'autres thématiques plus évidentes à saisir. Toujours sous l'influence évidente de Tod Browning et de son FREAKS, Jodorowsky prend son temps pour filmer des "freaks", ces êtres qui l'obsèdent et qui représentent physiquement le côté monstrueux des hommes, ce côté monstrueux qui prend souvent le dessus sur le reste, cette séquence ou l'infirme corromp le voleur avec un joint de marijuana en témoigne. Malgré cela, ce n'est pas avec peur, ni avec haine que Jodorowsky filme ses freaks, et s'il y a une peur dans ses films qui y soit liée c'est celle de la perte d'identité que le côté monstrueux de l'homme provoque et qui doit être détruit... Seulement Jodorowsky le fait ici une fois de plus de manière assez étrange, même assez émouvante pour être encore plus précis, le côté monstrueux des hommes étant une fois de plus un personnage attachant bien qu'assez secondaire ici (dans la mesure ou il n'a droit qu'a peu de temps à l'écran) en regard des autres films de Jodorowsky, mais garde une importance symbolique considérable dans cette quête initiatique qu'est LA MONTAGNE SACRÉE, quête initiatique guidée par la réalisation et le scénario d'Alejandro Jodorowsky mais également par le personnage qu'il interprète.

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Si le personnage du voleur se rapproche énormément de Jésus par son apparence et son parcours, l'alchimiste qu'interprète Jodorowsky (avec classe d'ailleurs) se rapproche quand à lui plus de Dieu. Omniscient, immortel, supérieur d'un point de vue intellectuel et capables des plus grands miracles, il guide tout le film et l'emmène vers sa finalité petit à petit. Enigmatique, c'est également un personnage fascinant par les nombreux rites alchimiques qu'on le voit pratiquer et qui lui sont caractéristiques et par son savoir d'un niveau limite divin. Ce savoir s'explique de lui-même par la finalité du film, surprenante comme je l'ai déja dit auparavant mais qui donne également une tout autre dimension a cet alchimiste et explique par la même occasion la présence d'Alejandro Jodorowsky dans ce rôle spécifique, dans lequel il brille par son interprétation, basée sur un scénario maitrisé de bout en bout, timbré certes, mais d'une rare subtilité et renvoyant souvent au cinéma muet, cinéma dans lequel Jodorowsky à oeuvré avec, rappelons-le LA CRAVATE. Ici, Jodorowsky, une fois de plus, montre ses talents de scénariste et livre un film complet et complexe dont la subtilité et le style en font une expérience unique ou le dialogue est presque anecdotique... Jodorowsky parle à travers sa caméra et c'est largement suffisant, ce dernier ayant l'intelligence et le talent pour faire comprendre ce qu'il à a dire simplement par son imagerie.

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Vous l'aurez compris, LA MONTAGNE SACRÉE est un pur ovni, un film difficile à saisir certes mais brillant d'un point de vue formel, Jodorowsky maitrisant son film à tous les niveaux, ce qui en fait une expérience sensorielle forte et unique dont le visuel incroyable vous scotchera à chaque instant, une quête initiatique intense par son imagerie mais également par son propos et son ambiance, passant par tous les registres possibles et imaginables... Tantôt drôle, tantôt poétique, il devient ultra-violent pour partir sur quelque chose de plus subversif pour revenir sur de l'humour et autres bizarreries... LA MONTAGNE SACRÉE est un film qui ne ressemble à aucun autre, qui, pour cette raison, se range clairement aux côtés de TETSUO et autres bizarreries dans la liste des films qui se distinguent le plus de tous les autres... Alors, ne nous voilons pas la face, LA MONTAGNE SACRÉE n'est pas pour tout le monde, son côté jusqu'au boutiste peut notamment rebuter mais par sa dimension unique et ses qualités techniques et scénaristiques, c'est une expérience que tout le monde devrait faire au moins une fois.... Ce film est un chef d'oeuvre tout simplement, certainement un des plus grands films de tous les temps et si vous êtes encore la à lire c'est que vous n'avez pas compris : faites-en une priorité, et profitez-en au passage pour voir si ce n'est pas encore fait les deux autres chefs d'oeuvres d'Alejandro Jodorowsky, EL TOPO et SANTA SANGRE...

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Si vous avez aimé ce film, vous aimerez aussi...

  • EL TOPO, d'Alejandro Jodorowsky.
  • SANTA SANGRE, d'Alejandro Jodorowsky.
  • FANDO Y LIS, d'Alejandro Jodorowsky.
  • LA CRAVATE, d'Alejandro Jodorowsky.

-ZE RING-

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12 octobre 2011

APOCALYPSE NOW

AN JAQ

RÉALISÉ PAR | FRANCIS FORD COPPOLA.
ÉCRIT PAR | FRANCIS FORD COPPOLA, JOHN MILIUS ET MICHAEL HERR A PARTIR DE L'OEUVRE DE JOSEPH CONRAD.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | FRANCIS FORD COPPOLA ET CARMINE COPPOLA.

MARTIN SHEEN | Cpt. Benjamin L. Willard.
MARLON BRANDO | Colonel Walter E. Kurtz
FREDERIC FORREST | Jay "Chef" Hicks.
LAURENCE FISHBURNE | Tyrone "Clean" Miller.
SAM BOTTOMS | Lance B. Johnson.
ALBERT HALL | Chief Phillips.
DENNIS HOPPER | Photo-journaliste.
ROBERT DUVALL | Lieutenant-Colonel Bill Kilgore.

Alors que les États-Unis s'embourbent dans le conflit vietnamien, les services secrets confient au lieutenant Willard (Martin Sheen) la mission de traquer et de tuer le colonel Kurtz (Marlon Brando). Ce dernier, devenu un psychopathe dangereux et sanguinaire, vit à la frontière Cambodgienne, entouré d'une tribu de renégats qui le vénère comme un dieu. Dans sa quête, Willard va être confronté aux horreurs de la guerre et à la cruauté del'homme. Un voyage qui va le conduire au bout de lui-même et de la folie.

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Raaah moi et APOCALYPSE NOW c'est une longue histoire... Vu pour la première fois lorsque j'avais 9 ans en DVD, j'ai gardé un souvenir assez particulier de ce film, même si soyons clair, je m'étais fait chier. Puis il y a quelques années, c'est ni plus ni moins que le premier film que j'ai acheté en DVD, dans sa version Redux, et je me suis fait chier une fois de plus. Ce n'est qu'il y a deux jours que j'ai revu le film après avoir appris qu'il y avait un montage différent de la version Redux, une version plus courte dans laquelle une scène méchamment lacunaire est absente : la scène des colons français, brisant violemment le rythme du film et faisant sombrer le spectateur dans un ennui profond, montage qui n'est malheureusement disponible que sur le Blu-Ray que je n'ai pas... Impatient de redécouvrir cette oeuvre majeure de l'histoire du cinéma, c'est hier que je l'ai revu en zappant cette scène inutile et chiante de 30 minutes, et pour la première fois de ma vie, j'ai aimé APOCALYPSE NOW. Preuve que les gouts évoluent et souvent dans le bon sens, puisqu'APOCALYPSE NOW est juste un des plus grands films de Francis Ford Coppola, une oeuvre subversive, étrange, hallucinogène et complètement unique... Une expérience en somme, un film comme on en voit pas deux.

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Ce côté "expérimental" se manifeste dès le début du film par une technique assez unique, mêlant plans fixes a l'onirisme surréalisme avec des fondus agencés de sorte à ce que la scène d'introduction se ressemble à rien qui n'ait déja été fait avant, du moins, qui n'ait déja été fait avant et de manière aussi maitrisée, car soyons clair, si APOCALYPSE NOW est une oeuvre curieuse dans le sens ou Coppola se livre à des excès considérables dans son visuel mais également dans son histoire en elle-même, il fait preuve d'une maitrise technique irréprochable sur la globalité de son oeuvre, et ce même lors de passages chiants tels que la scène des colons français dont le montage Redux est malheureusement porteur... Bref, ça saute aux yeux, APOCALYPSE NOW est techniquement abouti, chaque plan est soigneusement étudié pour en tirer le meilleur effet possible et Coppola joue et s'amuse joyeusement avec des effets visuels improbables pour marquer clairement son propos... Ainsi si l'on pouvait définir APOCALYPSE NOW en quelques termes, on devrait utiliser le groupe nominal "descente dans la folie", descente dans la folie on l'aura tous compris marquée par l'usage excessif d'éclairages déconcertants et de fumées colorées inquiétantes... Tout cela crée aisément une sensation de malaise peu anodine qui est renforcée par l'ambiance humide et étouffante d'une jungle vietnamienne qui à rarement été aussi bien filmée... Ce travail technique donne à l'oeuvre de Coppola une dimension onirique loin d'être désagréable, contrastée par des moments de violence frénétiques (Brrrrrr l'attaque du bateau à coups de fusée) qui surprennent systématiquement le spectateur aux moments ou il s'y attend le moins qui viennent exorciser toute les sensations de malaise accumulées entre chacun de ces moments brutaux avec un brio et une grâce rarement égalée... Bref, vous l'aurez compris, APOCALYPSE NOW est superbe, le soin technique apporté par Coppola confère à son ambiance tout à fait unique, ambiance unique mais également nécessaire dans le sens ou elle ne fait qu'un avec le propos développé par le réalisateur de la trilogie (inégale) du PARRAIN.

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En effet, comme je l'ai déja dit, APOCALYPSE NOW c'est une profonde descente dans la folie, une descente directement reliée sur un personnage central qui n'est toutefois que peu présent dans le film, le personnage iconique qu'est le colonel Kurtz, psychopathe fou qui n'est peut-être pas si fou que ça... En effet, Coppola remet en cause bon nombre de choses avec APOCALYPSE NOW et si son message est assez ambigu impossible de ne pas penser que Coppola considère la folie comme seule forme de lucidité dans des circonstances telles que celle qu'il présente dans son film, c'est-a-dire la guerre du Vietnam, qui à l'époque je le rappelle vient tout juste de se finir... Guerre du Vietnam qui sert ici davantage de contexte à cette descente surréaliste dans la folie humaine que de sujet central. Ainsi peut-on réellement considérer APOCALYPSE NOW comme un film de guerre? A mon sens non, la guerre ne nous est pas réellement montrée, et les rares fois ou elle l'est, elle l'est de la manière la plus absurde possible, il n'y a qu'a voir pour s'en convaincre cette scène ou le génial Robert Duvall, après avoir explosé un camp de Vietcongs dans cette scène mythique de l'attaque des hélicos sur fond de Wagner, tente de surfer alors que tout le monde tire autour de lui... Il y a dans APOCALYPSE NOW une forme d'absurdité très présente, mais en soit quoi de plus normal que de proposer à intervalle régulière des scènes plus absurdes les unes que les autres lorsque le sujet est une des guerres les plus absurdes que l'humanité ait connu? Tout le film repose sur cette absurdité tantôt hilarante tantôt dérangeante (le long final du film...), absurdité qui va croissante dans son intensité au fur et à mesure que le film avance et devient plus fou. La forte présence de cette absurdité a bien évidemment pour but de dénoncer l'absurdité de la guerre du Vietnam, mais en soit, ce n'est pas tant la guerre que Coppola dénonce au travers d'APOCALYPSE NOW mais davantage la dimension la plus obscure de l'homme, celle qui nous pousse à nous entretuer, la partie folle de l'humanité... Cette même partie folle qui contrairement à ce qu'on pourrait croire n'est pas ici représentée par le personnage ambigu de Kurtz, mais davantage par ceux qui envoient Willard après ce dernier. Le propos d'APOCALYPSE NOW est d'une sombre ironie, marquée par une critique que j'apprécie tout particulièrement "Nous formons des jeunes gens à lâcher du napalm sur des villages mais leurs officiers leur interdisent d'écrire "Fuck" sur leurs avions. Pourquoi ? Parce que c'est obscène!", marquant très bien l'ironie de cette oeuvre mais aussi toute la contradiction et l'absurdité de la situation qu'elle dépeint...

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Par la qualité de son scénario et de son script, Coppola dissémine petit à petit son propos tout en s'affairant à des expérimentations visuelles... APOCALYPSE NOW est un trip sous acide complètement dingue que l'absurdité n'aidera sans doute pas ceux qui n'adhèrent à l'expérience, difficile donc de faire une critique objective sur cet ovni tant il appelle beaucoup à la subjectivité, toutefois ce qu'il est possible de juger de manière objective force clairement l'admiration. Il suffit de jeter un oeil à la performance magnifique de Marlon Brando, qui n'est la qu'une demi-heure, soit a peine plus qu'un cinquième du film, un temps toutefois largement suffisant pour éclipser tout le reste du casting... Tout en subtilité, Brando donne une dimension ambigue a son personnage. La moindre apparition du bonhomme, méchamment transformé physiquement pour le coup, est suffisante pour faire de l'ombre à tous les autres acteurs du film... Toutefois, Martin Sheen n'est pas en reste et livre certainement la meilleure performance de sa carrière, on retrouve également Dennis Hopper et Robert Duvall qui tiennent des rôles décalés et livrent des prestations absolument génialissimes... Tous les acteurs de ce film donnent vie à un scénario et à des dialogues pas nécessairement évidents à interpréter mais tous superbement écrits et plein de sens.

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Seule la construction pose le problème dans APOCALYPSE NOW, et encore, uniquement si l'on se base sur le montage Redux, en effet, comme je l'ai déja dit plus haut, il y a au milieu du montage Redux une longue et chiante, très chiante même, séquence de 30 minutes, pas très utile qui plus est, qui brise violemment le rythme du film et rend le dernier tiers assez ennuyeux... Toutefois, le montage cinéma, dans lequel cette scène est absente (c'est la seule différence entre les deux montages.), est bien plus facile à digérer, bien plus agréable à regarder et ne souffre aucunement de problèmes de construction... Coppola installe un rythme assez singulier dans ce APOCALYPSE NOW, rythme ponctué de scènes explosives surprenantes, violentes et la plupart du temps assez courtes mais également assez spectaculaires, donnant un peu de piment a ce trip visuel lent et onirique.Par l'action, Coppola dynamise son récit et donne un peu de piment à ce dernier, permettant ainsi au spectateur d'être accroché de bout en bout à ce qui est l'une des oeuvres les plus abouties d'un des plus grands cinéastes des années 70.

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En conclusion à cette petite chronique, APOCALYPSE NOW est un chef d'oeuvre subversif et unique en son genre, merci à un visuel de dingue, la mise en scène de très grande qualité de Francis Ford Coppola et son propos méchamment subversif et ambigu... Une oeuvre sur la guerre du Vietnam, mais surtout sur la folie et les aspects les plus sombres de l'homme, APOCALYPSE NOW est une oeuvre majeure et un des meilleurs films de Coppola... En somme, si vous n'avez toujours pas compris la ou je veux en venir, laissez-moi expliciter mon propos : si vous n'avez toujours pas vu ce film, ce dont je doute étant donné que c'est tout de même un des films les plus connus au monde, alors vous devez en faire en priorité, car APOCALYPSE NOW n'est ni plus ni moins qu'un chef d'oeuvre, un indispensable que tout cinéphile se doit d'avoir déja vu une fois...

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Si vous aimez ce film, vous aimerez aussi...

-ZE RING-

AN10

26 août 2010

INGLORIOUS BASTERDS

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Un film de Quentin Tarantino, réalisé en 2009.
Avec Brad Pitt, Eli Roth, Til Schweiger, Daniel Brühl, Diane Kruger, Christoph Waltz, Melanie Laurent et Michael Fassbender

  • Lien vers la critique de Kitano Jackson : http://kitanojackson.canalblog.com/archives/2010/08/27/18907125.html#comments

Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus (Mélanie Laurent) assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa (Christoph Waltz). Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma. Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis.

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Quentin Tarantino est un réalisateur véritablement polémique : certains aiment ses films, d'autres non. C'est le cas pour tout autre réalisateur, me direz-vous, mais pour Tarantino, il y a une véritable ligne entre ses admirateurs et ses détracteurs, donc autant être clair : si ses premiers films sont relativement "faciles d'accès", ce n'est pas tellement le cas de ce Inglorious Basterds. En effet, certains y voient une bouse absolue, alors que d'autre, comme moi, y voient le meilleurs film de Quentin Tarantino voire un des meilleurs films jamais faits (même si au passage, je considère ce Inglorious un peu moins bon que Pulp Fiction, mais chacun sa vision des choses.). Il est une chose à dire tout de même : Quentin Tarantino à commencé à écrire le scénario de ce film entre Pulp Fiction et Jackie Brown, et il est clair que celui-ci est carrément impeccable. Si la trame du film ne brille pas par son originalité, même s'il est clair qu'il est étoffé et travaillé, attendez-vous par contre à des dialogues dont chaque réplique pète les tympans, à des scènes de suspense à la tension extrême, à un jeu d'acteur impeccable (sauf peut-être les acteurs français pas toujours très convaincants, mais j'y reviendrai plus tard.), à un second degré absolument excellent mais également à un message final très bien introduit. En effet, il ne fait aucun doute que Quentin Tarantino, en donnant une telle importance au cinéma du personnage de Shosanna et en (SPOILER) faisant mourir Hitler et ses partisans les plus gradés à l'intérieur de ce dernier (FIN DU SPOILER) à voulu signifier au travers de son film que le cinéma était une arme, capable de changer les choses voire même le cours de l'histoire.

Quentin Tarantino à également joué la carte de la caricature sur Inglorious Basterds, puisqu'en effet, beaucoup de personnages sont de véritables caricatures d'anciens clichés. Par exemple, le colonel Hans Landa, un personnage très réussi et campé avec brio par Christoph Waltz (Ce mec à 50 ans, et en des dizaines d'années de carrière, Inglorious Basterds est son premier grand rôle... Comment un mec avec un tel potentiel n'a t-il pas été repéré avant?) parlant le français, l'anglais, l'italien et bien évidemment l'allemand, portant plus de médailles que sa chemise ne peut en porter, est évidemment une caricature. Toutefois, ne pensez pas que parce que le personnage est la caricature d'en quelque sorte un cliché, il va devenir tout gentil tout drôle, bien au contraire, puisque ce cher Hans Landa, vous allez vous en souvenir mes amis. Chaque scène à laquelle il participe est un moment exceptionnel de suspense, et de surprise, puisque ce personnage à la manie de la jouer amical pour se transformer en assassin comme on les aime passé un temps. Par ailleurs, parlons-en, de ce suspense que Tarantino s'amuse à mettre en place sur une grande partie du film. Interrogatoires, standoff méxicain, tout y passe, mais soyez prévenus : chaque scène est dôtée d'une tension extrême, presque insoutenable. Surpassant les prouesses de Brian De Palma en ce domaine (qui est pourtant mon "distilleur de suspense" favori) Quentin Tarantino risque de vous faire faire dessus plus d'une fois, il suffit de prendre la première scène comme exemple, dont la tension monte crescendo pour finir sur une explosion de violence. La violence, par ailleurs, même si le film est bercé par un second degré et une exagération constante ("Gorlami" ceux qui ont vu le film comprendront), est très présente, il suffit pour s'en rendre compte de voir la première apparition notable d'Eli Roth à l'écran, grand moment de violence, qui, accompagnée d'effets gores bien sentis de temps en temps, échelonne tout le film. Une petite remarque tardive, on pourrait également qualifier le personnage de Fredrick Zoller comme une caricature, super-soldat ayant tué plus de 300 soldats en Italie a lui seul, le court-métrage La fierté de la nation tourné pour les besoins d'Inglorious Basterds ou Daniel Brühl (Fredrick Zoller) joue le rôle principal, est la justement pour approfondir ce ressenti : Fredrick Zoller et bien d'autres personnages du film ont l'air d'être tout droit issus de BD.

Mais ce contraste entre violence, suspense et second degré est une grande partie de ce qui fait le film, si l'on met complètement à part le message qui y est distillé. En effet, certaines scènes vous feront vous chier dessus alors que d'autres vous feront le même effet... De par le rire. Je veux dire, qui n'a pas éclaté lors de cette scène ou Brad Pitt, Eli Roth et Omar Doom doivent faire semblant d'être italiens mais ont un accent absolument déplorable, se retrouvent face à ce polyglotte d'Hans Landa qui éclate de rire devant tant de nullité dans leur accent? Ce mix d'humour et de violence brute est extrêmement réussi, toutefois, ce ne serait sans doute pas le cas sans les acteurs qui animent Inglorious Basterds. Comme je le disais, même si nos acteurs (les français, quoi) sont parfois peu crédibles, en contrepartie, Brad Pitt, Eli Roth, Til Schweiger crèvent l'écran, mais nous retiendrons surtout Christoph Waltz. Acteur allemand ayant passé plusieurs décennies à jouer dans des séries allemandes (notamment Derrick...), il est étonnant qu'il n'ait pas été repéré plus tôt. En effet, ce dernier à tout d'un grand acteur : crédibilité, charisme et incarne à merveille le mother fucker de ce Inglorious Basterds. Pour en finir avec cette critique (éloge serait plus adéquat, cela dit), Inglorious Basterds est une expérience à faire, même pour les détracteurs de Tarantino, car c'est un film très différent de ses précédentes œuvres, rien que pour ses terribles scènes de tension et ses acteurs géniaux. Ma conclusion est simple : Inglorious Basterds est sans conteste le meilleur film de l'année 2009, un des meilleurs films sortis depuis un bout de temps et un grand film, à voir absolument.

-Ze Ring-

inglorious
Je crois qu'il s'agit de mon chef d'oeuvre.

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