30 décembre 2010

IRRƎVƎRSIBLƎ

 Irr_versible

Un film de Gaspar Noé réalisé en 2002.
Ecrit par Gaspar Noé.
Avec Vincent Cassel, Monica Bellucci, Albert Dupontel, Joe Prestia et Philippe Nahon.
Musique par Thomas Bangalter.

Irréversible est un des films les plus violents et les plus controversés de l'histoire. Alors qu'aujourd'hui on vante les louanges d'Orange mécanique ou de Délivrance malgré leur violence totalement gratuite, Irréversible continue d'être descendu par des foules de critiques qui n'ont visiblement rien compris et ne semble retenir que l'ultra-violence du film. Pourtant, quiconque ayant maté le film en entier est en capacité de comprendre aisément qu'Irréversible ne prone pas l'ultra-violence et la pornographie, contrairement à l'idée établie... Enfin, le but de cette chronique n'est clairement pas de descendre les abrutis n'ayant rien compris au film mais davantage d'expliquer le pourquoi du comment il s'agit d'un des meilleurs films de la décennie et d'en extraire une analyse correcte. AMES SENSIBLES S'ABSTENIR malgré tout, car Irréversible est de loin le film le plus violent que j'ai vu de ma vie, faisant passer Orange mécanique, Délivrance, A History of Violence et d'autres films d'une extrême violence pour un voyage chez Disneyland. Ainsi, on commencera par cette première qualité d'Irréversible : le fait que ce soit un film français terriblement couillu (dans tous les sens du terme, croyez-moi jamais vous n'avez vu autant de bites dans un film.). Alors qu'aujourd'hui le cinéma français est un cinéma gouverné par des comédies à la con ou les films de genre assumés comme tels sont extrêmement rares, Irréversible se présente comme un spectacle noir, crasseux, oppressant, ultra-violent et même pornographique mais aussi comme un film extrêmement symbolique, et quel est le sujet de la symbolique me direz-vous? Je vous le donne en mille : le temps.

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Encore une occasion pour moi de coller un taquet aux abrutis qui ne voient dans Irréversible que des coups d'extincteur : non, le fait que le film se déroule de la fin au début et non du début à la fin n'est clairement pas un effet de style, au contraire, le temps à ici dans Irréversible un rôle majeur, à commencer par celui de rendre la violence véritablement violente et de donner a la première partie une véritable puissance. SPOILER En effet, imaginez-vous regarder le film à l'envers, donnez-vous la raison du pourquoi du comment Albert Dupontel défonce littéralement la gueule du pote de Jo Prestia à coups d'extincteur et vous remarquerez que la scène est beaucoup moins puissante. En effet, l'explication de la violence lui fait perdre de la puissance, ainsi, commencer le film d'entrée de jeu par cette scène qui est clairement la plus violente que j'ai vu de ma vie vous accroche directement au film, lui donne un souffle dévastateur et visuellement traumatisant. Mais surtout, l'utilisation de la temporalité de manière originale permet à Gaspar Noé de délivrer la symbolique de son film. S'ouvrant sur les paroles de Philippe Nahon, l'acteur principal de son précédent film et extrêmement subversif Seul contre tous, le film se base entièrement sur celles-ci : "Le temps détruit tout.". Ainsi, le but d'Irréversible n'est pas seulement de choquer mais bien d'ouvrir une réflexion sur le temps. Car en effet, le temps détruit tout, le temps à détruit chaque personnage d'Irréversible, le temps à détruit Irréversible puisque celui-ci est découpé en 12 séquences placées dans un sens complètement non-chronologique, et puis il est aussi intéréssant que le montage, qui se base sur la temporalité, est la seule chose qui démarque le cinéma des autres arts. Evidemment, de nombreuses autres interprétations sont possibles, comme le fait que ce qui arrive au personnage de Monica Bellucci pourrait vous arriver à vous aussi, que les enculés comme le personnage de Joe Prestia courent les rues et que les meurtres sont monnaie courante, en France comme ailleurs, mais c'est surtout le message sur la temporalité que l'on retiendra d'Irréversible car il est celui qui lui donne une personnalité propre. Malheureusement, et c'est là le problème d'Irréversible c'est que les scènes de violence sont tellement extrêmes que nombreux seront ceux qui passeront à côté du thème secondaire du film... FIN DES SPOILERS Enfin, assez sur la symbolique extrêmement intéréssante d'Irréversible, il est temps de s'attarder sur le point central de cette critique : donner à ceux qui n'ont jamais vu le film l'envie de le voir, aussi bizarre cela puisse paraitre.

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EPILEPTIQUES S'ABSTENIR. En effet, Irréversible est également bien connu pour être plein d'effets de caméra susceptibles de filer la gerbe et l'éclairage n'est pas fait pour arranger les choses, mais c'est bien l'intention de Noé. En effet, et vous n'allez pas me croire, même la bande-son est conçue pour filer la nausée. Cela donne une puissance absolument incroyable au film, qui est carrément loin d'être beau, repoussant en tous points, Irréversible est un putain d'uppercut au menton dont l'intensité se calme au fur et à mesure que le film avance (ou recule, tout dépend de comment vous le voyez.), malgré tout, avec le recul, Irréversible est un pur plaisir à regarder (à condition que les scènes les plus horribles du film ne se soient pas coincés dans vos rétines, à ce moment-là le revoir sera plus difficile), un pur divertissement divisé en deux parties bien distinctes : la première, sombre et terriblement puissante, et la seconde, beaucoup plus calme, agréable... Les différences entre les deux parties sont toutefois loin d'être que scénaristiques : cela s'en ressent également au niveau du décor, la ou la première partie favorise des lieux obscurs et pourris comme des boites de nuit, la deuxième partie est constamment placée en pleine lumière qui malgré la virtuosité de Noé durant tout le film fera beaucoup de bien à vos yeux, laissant une ouverture à une interprétation de plus... Irréversible est également soutenu par des acteurs absolument géniaux, mention spéciale à Monica Bellucci qui joue ici la scène de sa vie, un plan-séquence insoutenable de 20 minutes. Vincent Cassel n'est pas en reste et signe comme à son habitude une prestation absolument terrible et Albert Dupontel est absolument énorme dans ce rôle de type raisonnable qui finira quand même par péter LE plomb du film. On notera aussi un caméo bien sympatoche de Philippe Nahon (et très important puisque comme cela à déja été précisé il lance le vrai sens du film.).

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Mais voila, Irréversible restera avant tout dans les mémoires par sa mise en scène génialissime de la violence. Gaspar Noé livre un véritable trip psychédélique ainsi que deux scènes déja profondément ancrées dans les mémoires : celle du meurtre à coups d'extincteurs, monument en terme d'intensité et seule scène qui m'aura donné envie de tourner les yeux de mon écran et celle du viol, plan-séquence de 20 minutes ou Noé nous place dans la même situation que l'enculé qui arrive dans le tunnel au moment du viol et s'en va, Irréversible nous place face à un choix, arrêter le film maintenant ou continuer à regarder, cela donne des scènes absolument insoutenables, servies par une ambiance cradingue, glaucque et très portée sur le cul... Irréversible est un film qui ne brosse clairement pas dans le sens du poil, et en cela c'est une oeuvre capitale de cette décennie, un des meilleurs films français jamais réalisés et qui prend le risque d'être tout le contraire des comédies à la con qui représente aujourd'hui le cinéma frenchie. Irréversible est un de ces films extrêmement subversif, qui reste à jamais dans la mémoire de son spectateur... Alors oui, le côté ignoble du film fait qu'on aime ou on déteste et qu'il n'y a pas de juste milieu... Mais c'est une expérience à vivre et aucun préjugé sur le film ne peut être émis... Terrible. Un chef d'oeuvre.

-Ze Ring-