07 avril 2013

L'EXORCISTE CHINOIS

Titre
RÉALISÉ PAR ... SAMMO HUNG.
PRODUIT PAR ... RAYMOND CHOW.
ÉCRIT PAR ... SAMMO HUNG & HUANG YING.

LORSQUE CHEUNG LE BRAVE APPREND QUE SA FEMME LE TROMPE, IL DEVIENT OBSÉDÉ PAR L'IDÉE DE TROUVER AVEC QUI ELLE LE COCUFIE. CE DERNIER, QUI N'EST AUTRE QUE LE PATRON DE CHEUNG, LE CRAINT, ET DÉCIDE D'EMPLOYER UN "FATSI", UN EXORCISTE, POUR L'ÉLIMINER.


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Qui ne connait pas Sammo Hung? Encore aujourd'hui, il est une des figures les plus iconiques et les plus représentatives du cinéma hong-kongais. Acteur de grand talent, cascadeur et artiste martial aux capacités aussi incroyables que déconcertantes, personnage charismatique et singulièrement attachant, c'est un homme dont le talent à rayonné à travers le monde, notamment grâce à ses collaborations avec le tout aussi célèbre Jackie Chan... On pense notamment aux mythiques LE MARIN DES MERS DE CHINE 1 & 2, ou encore à DRAGONS FOREVER, tous trois des films renommés et cultes à travers le monde, et dont le rayonnement, encore aujourd'hui, illumine le cinéma. Une chose est sure : toute la troupe à Sammo Hung, Jackie Chan, Yuen Biao, Ricky Lau... ont indéniablement laissé une empreinte bien singulière sur le cinéma contemporain, et dans l'histoire du cinéma hong-kongais, ils sont aussi importants que les artistes de la colonie britannique les plus reconnus, comme les inévitables John Woo et Tsui Hark. Pourtant, malgré cette célébrité, on tend très souvent à oublier que si Sammo est un grand acteur, cascadeur et artiste martial, il est aussi et surtout un grand réalisateur, dont le talent technique et visuel n'a rien à envier à celui d'un Jackie Chan, dont la folie narrative égale largement celle d'un Tsui Hark et dont le talent comique est absolument incroyable. Lorsqu'en 1977, il réalise LE MOINE D'ACIER, son premier film, il aide à fonder un genre hong-kongais très important : la Kung-Fu Comedy. Après diverses expérimentations autour du genre, Sammo se décide, en 1980, à passer à la vitesse supérieure avec L'EXORCISTE CHINOIS.

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Film fondateur de la Ghost Kung-Fu Comedy, le genre deviendra à Hong Kong très vite extrêmement populaire, notamment grâce à la saga culte des MISTER VAMPIRE, réalisé par Ricky Lau et, sans surprises, produite de bout en bout par le grand Sammo Hung. Si le succès et la popularité du genre est indéniable à Hong Kong, celui-ci ne vivra pas longtemps, puisque L'EXORCISTE CHINOIS 2, réalisé par Ricky Lau en 1990, mettra fin brutalement au rayonnement aussi vif que bref et complètement inattendu du genre. Peu importe finalement, puisqu'au-delà de son succès commercial, L'EXORCISTE CHINOIS est avant tout un succès artistique en tous points indéniable... Petit rappel : en 1979, Tsui Hark lance la nouvelle vague hong-kongaise avec le magnifique THE BUTTERFLY MURDERS. Les ambitions du mouvement sont très simples : révolutionner le cinéma hong-kongais, y apporter du neuf et ressusciter des genres depuis longtemps essoufflés par une industrie cinématographique trop rigide. Si L'EXORCISTE CHINOIS ne fait pas à proprement parler partie du mouvement, c'est bien étonnant, puisque leurs démarches se rejoignent complètement : Sammo, en créant à partir de rien un genre authentiquement nouveau, livre une oeuvre originale, innovante et unique dans lesquels s'oeuvre un dynamitage en règle de tous les codes cinématographiques imaginables. Les règles établies, L'EXORCISTE CHINOIS les bouleverse complètement et avec une telle audace qu'il apparait immédiatement comme une oeuvre absolument unique, qui ne ressemble à aucune autre et qui révolutionne en profondeur la place et l'usage du fantastique et de l'irréél dans le cinéma hong-kongais, jusqu'alors peu exploité, le public hong-kongais étant à l'époque aussi conservateur que superstitieux... C'est donc une chose étrange que le succès éclair de L'EXORCISTE CHINOIS, qui est d'autant plus étrange que le film est maintenant presque complètement oublié, et pourtant... Quel chef d'oeuvre.

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Autant être clair d'entrée de jeu : L'EXORCISTE CHINOIS est un grand film qui regorge de qualités diverses, à commencer, justement, par la manière dont il détourne et bouscule les codes établis du cinéma pour acquérir sa propre identité cinématographique... Outre la folie totale du mélange entre la comédie, le fantastique, et le film de kung-fu, le parti pris par Sammo Hung est d'autant plus intéréssant et fascinant qu'il parvient réellement à donner forme à son film de sorte à ce que les genres cohabitent sans jamais se heurter, et sans jamais causer des problèmes de cohérence narratives ou visuelles... En ce sens, L'EXORCISTE CHINOIS préfigure largement le chef d'oeuvre absolu du maître, le magnifique PEDICAB DRIVER, puisqu'il se montre facilement capable de passer d'un genre à un autre, d'une tonalité dramatique à un ton plus comique en l'espace d'un plan ou deux sans jamais entacher la cohérence du film... Un prodige quand on sait que même les plus grands se sont heurtés parfois à la difficulté de mélanger les genres et de jouer avec les codes. Il parait évident à la vision du film que plutôt que d'essayer d'adapter son sujet à son dynamitage des codes, Sammo dynamite les codes uniquement parce que son sujet le lui permet. Ainsi, à plusieurs reprises, L'EXORCISTE CHINOIS enchaine une scène tétanisante et effrayante avec une scène hilarante, burlesque et cocasse, et y mêle parfois même du kung-fu et de l'action... Mais à la différence de beaucoup, Sammo sait sur quel pied danser, et son film devient donc très vite une mine de sensations pour son spectateur qui est, par contre, complètement déconcerté par le spectacle inoui et unique qui se développe sous ses yeux. Sa maîtrise des codes ne serait toutefois rien si Sammo n'avait pas de quoi suivre derrière, et s'il fait preuve d'une capacité incroyable pour détourner et s'affranchir des règles du cinéma, il se montre également capable d'appliquer sa maîtrise de ces dernières... L'intérêt ici est donc moins le fait que Sammo parvienne à enchainer une scène d'horreur avec une scène burlesque, mais plutôt qu'il arrive à faire marcher l'ensemble sans que la scène burlesque ne prenne le pas sur la tension nerveuse de la précédente ou inversement. Un peu comme Tsui Hark, me direz-vous?

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Certes, sauf que même Tsui Hark n'a réussi que rarement à atteindre une alchimie aussi parfaite entre les genres et les registres que Sammo Hung avec son PEDICAB DRIVER ou L'EXORCISTE CHINOIS, et en l'occurence, la formule marche d'autant plus que ce dernier brise constamment les attentes du spectateur... Ainsi, si L'EXORCISTE CHINOIS est bel et bien un film de kung-fu, celui-ci n'arrive véritablement qu'assez tard dans l'intrigue, qui laisse davantage de place au fantastique et au burlesque des situations présentées par la narration qu'aux combats spectaculaires qu'on a l'habitude de voir chez un artiste comme Sammo Hung. Pari risqué, puisque procéder ainsi, c'est prendre le risque de larguer la moitié du public, et s'il y a toujours quelques exceptions, force est de constater que c'était un risque qui valait le coup d'être pris, puisque cela permet au film de pousser encore plus loin son délire narratif novateur et foutraque. Le résultat, c'est que lorsque les combats auxquels on s'attend face à un tel film arrivent enfin au sein de l'intrigue, la surprise est de taille puisqu'ils ne ressemblent à rien à ce qui a été fait avant (ou après, à part L'EXORCISTE CHINOIS 2, bien évidemment). Sans trop en dire, les combats ont constamment lieu sur plusieurs dimensions différentes, et Sammo promène pendant ses bastons virtuoses le spectateur dans des espaces et des situations aussi diverses que multiples... Le tout, au fur et à mesure que le film avance, devient inévitablement de plus en plus foutraque, de plus en plus inventif et de plus en plus fou, mais chaque combat, chaque situation reste d'une lisibilité et d'une limpidité incroyable. Le mérite de cela revient indéniablement à la mise en scène de Sammo Hung, qui trouve ici des aboutissements absolument incroyables et renvoie aux plus grands : longues prises, gestions de l'espace complètement virtuose, et esthétique naturaliste sublime constituent la mise en forme de L'EXORCISTE CHINOIS... Cela paraîtra surprenant à bien des gens, mais oui, Sammo Hung, tout comme son ami Jackie Chan, est bel et bien un grand metteur en scène, et L'EXORCISTE CHINOIS en est la preuve absolue et indéniable.

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Il n'y a qu'a voir les quelques scènes d'action du film pour s'en convaincre : celles-ci sont chorégraphiées de manière complexe et l'action est rendue d'autant plus difficile à capturer qu'elle se passe toujours sur au moins deux dimensions spatiales complètement différentes et distinctes, mais Sammo Hung, grâce à sa caméra, la rend toujours lisible. Mieux encore : il la transcende et la magnifie... Chaque coup, chaque sort du "fatsi" est rendu encore plus brutal par la mise en scène de Sammo, et leurs impacts sur le spectateur s'en voient multipliés... Mais si la mise en scène est excellente, les chorégraphies, elles, sont à tomber par terre, et certaines des scènes d'action de L'EXORCISTE CHINOIS figurent parmi les mieux chorégraphiées du cinéma hong-kongais... Inventives, celles-ci sont puissamment rythmées et font preuve d'une folie visuelle constante. A travers celles-ci, Sammo Hung fait preuve et étalage de ses talents martiaux avec brio, et comme si cela ne suffisait pas, il livre également ici une grande performance d'acteur, composant avec consistance et intensité son personnage, donnant du rythme et de l'impact aux scènes les plus humouristiques du film et servant constamment, par son charisme polyvalent, la tonalité complètement lunatique du film. Les autres acteurs ne sont néanmoins pas en reste, et on retrouve ici une figure iconique et inévitable du cinéma hong-kongais. Je parle bien évidemment du grand Lam Ching-Ying, acteur décédé trop tôt, mais qui livra de grandes performances dans plusieurs films majeurs de la colonie britannique et s'imposa comme un grand acteur très vite... Comme à son habitude, il est, dans L'EXORCISTE CHINOIS, absolument excellent. Derrière ces deux géants, on retrouve toute une galerie de seconds couteaux tous aussi intéréssants les uns que les autres, et au final, la seule ombre au prestigieux tableau de L'EXORCISTE CHINOIS reste ce choix douteux d'avoir piqué quelques morceaux de la bande-son de THE SHINING pour illustrer un film tellement réussi esthétiquement qu'il n'en avait pas forcément besoin.

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Vous m'aurez compris : L'EXORCISTE CHINOIS est un indispensable. Véritable chef d'oeuvre, c'est un film qui bouleverse complètement les règles établies de la production cinématographique hong-kongaise et s'extirpe du format pré-établi par cette dernière au travers d'idées visuelles et narratives dont la folie furieuse n'a d'égal que la virtuosité de leur application. Sammo Hung est un aussi brillant acteur, artiste martial, et cascadeur qu'il est un talentueux scénariste et réalisateur, et par conséquent, au travers de sa mise en scène, il se montre ici capable pendant une heure et demi, de produire une alchimie des genres et des registres parfaite à bien des égards, constamment efficace et cohérente en regard du film... Oeuvre transgressive et subversive, L'EXORCISTE CHINOIS s'impose surtout en tant que divertissement de grande qualité : drôle, généreux, mais aussi effrayant et perturbant, c'est un film complètement lunatique et audacieux qui s'impose dès les premières images comme un très grand film, mais aussi comme une oeuvre d'une importance cruciale. A découvrir d'urgence!

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ AUSSI...

  • L'EXORCISTE CHINOIS 2 DE RICKY LAU.
  • PEDICAB DRIVER DE SAMMO HUNG.
  • HISTOIRES DE CANNIBALES DE TSUI HARK.
  • THE SWORD DE PATRICK TAM.

-ZE RING-

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14 juillet 2012

THE GREAT DICTATOR

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
CHARLIE CHAPLIN
.
ÉCRIT PAR | CHARLIE CHAPLIN.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | CHARLIE CHAPLIN ET MEREDITH WILSON.

CHARLIE CHAPLIN | Adenoid Hynkel / Le barbier juif.
JACK OAKIE | Benzino Napoléoni.
REGINALD GARDINER | Schultz.

Dans le ghetto juif, vit un petit barbier qui ressemble énormément à Adenoid Hynkel (Charlie Chaplin), le dictateur de Tomania qui a décidé l'extermination du peuple juif. Au cours d'une rafle, le barbier est arrêté en compagnie de Schultz (Reginald Gardiner), un farouche adversaire d'Hynkel.

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 Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler le contexte dans lequel a été réalisé THE GREAT DICTATOR, de et avec Charlie Chaplin, et sorti en 1940.
L'acteur-réalisateur produit le film juste avant la Seconde Guerre Mondiale. THE GREAT DICTATOR se veut être une satire du régime nazi.
D'ailleurs, le gouvernement d'Hitler fera pression pour que Charlie Chaplin abandonne la réalisation.
Mais le cinéaste ira jusqu'au bout de ses intentions. Mieux encore, THE GREAT DICTATOR reste le plus gros succès de son auteur.
A l'époque, la Grande-Bretagne résiste encore et toujours aux assauts nazis et lutte au nom de la liberté et de la démocratie.
Avec THE GREAT DICTATOR, Charlie Chaplin dénonce les dangers du nazisme, un régime autoritaire et meurtrier, qui menace non seulement les juifs mais également l'Humanité.
Au niveau du casting, on retrouve évidemment Charlie Chaplin dans un double rôle, celui d'un barbier juif et celui d'Adenoid Hynkel, le dictateur de Tomanie.
Mais Charlie Chaplin joue également la carte de la confusion puisque son personnage du barbier, donc encore une fois, un juif, ressemble à s'y méprendre à Hynkel. Le propos du film est pour le moins engagé et terriblement insolent.
Viennent également s'ajouter Jack Oakie, Paulette Goddard, Reginald Gardiner, Henry Daniell, Billy Gilbert et Grace Hale.
Jack Oakie interprète un certain Benzino Napoléoni, le dictateur de Bactérie. Son nom est la contraction de Benito Mussolini et de Napoléon.
Vous l'avez donc compris. THE GREAT DICTATOR n'est pas qu'une critique des régimes nazis et de sa menace grandissante à travers l'Europe et le monde.
D'une façon générale, le film dénonce les dangers des dictatures et des idéologies prônant la haine, la guerre et la supériorité de la race.
La Croix Gammée, symbole du parti nazi, n'apparaît pas dans le film, mais est remplacée par une double croix.
Pour l'anecdote, THE GREAT DICTATOR est le tout premier film du cinéma à évoquer explicitement le mot "juif". Inutile alors de préciser que THE GREAT DICTATOR sera interdit en Allemagne jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Le long-métrage ne sortira qu'en 1958. Même remarque pour l'Espagne qui projette le film en 1975 dans les salles.

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Autre anecdote : Charlie Chaplin et Adolf Hitler sont nés à quatre jours d'intervalle et deviendront les deux moustachus les plus importants du XXème siècle.
Que retenir de THE GREAT DICTATOR ? Difficile de répondre mais la fin du film, qui se conclut par le discours de Charlie Chaplin, est sans aucun doute le moment le plus important. "Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs…"
Vous l'avez donc compris : THE GREAT DICTATOR reste avant tout une oeuvre profondément humaniste. En vérité, Charlie Chaplin avait compris avant tout le monde le danger que representait le nazime pour le monde entier et pour l'Humanité.
Pour son réalisateur, THE GREAT DICTATOR marque également la rupture avec son personnage favori, donc, Charlot.
Il s'agit également du premier film parlant de Charlie Chaplin qui rompt avec le cinéma muet.

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Pourtant, sur la forme, THE GREAT DICTATOR ressemble beaucoup aux films muets de Chaplin. Plus que jamais, le réalisateur reste fidèle à son cinéma.
Charlie Chaplin s'approprie totalement le personnage de Hynkel, non seulement à travers des discours de haine et d'intolérance, mais également à travers une gestuelle travaillée, volontairement exagérée, le but étant de manipuler une foule sous le charme d'un dictateur zélé et moustachu.
Chaplin a donc parfaitement cerné la personnalité perverse, psychopathe et mégalomane de son dictateur. En même temps, le cinéaste s'en prend également à Napoléon et Benito Mussolini. Les dictateurs de notre monde moderne n'ont qu'à bien se tenir ! Mais pour en revenir à la séquence finale, Chaplin n'est plus le barbier juif ni Hynkel.
Chaplin devient juste lui-même le temps de quelques minutes pour signer un discours politiquement engagé. L'un des plus importants du XXème siècle et de toute l'histoire du cinéma. Immense film (et c'est peu de le dire) et une oeuvre magistrale.

SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • LES TEMPS MODERNES de Charlie Chaplin.
  • LE KID de Charlie Chaplin.
  • LA RUÉE VERS L'OR de Charlie Chaplin.

-ALICE IN OLIVER-

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01 mai 2012

PEKING OPERA BLUES

Jaquette

RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | RAYMOND TO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

BRIGITTE LIN | Tsao Wan.
CHERIE CHUNG | Sheung Hung.
SALLY YEH | Pat Neil.
MARK CHENG | Ling Pak-Hoi.
KWOK KEUNG CHEUNG | Tung Man.
KENNETH TSANG | General Tsao.
FENG KU | Commandant Liu.

En 1913, la fille d'un seigneur de guerre (Brigitte Lin) rejoint un mouvement de liberation clandestin et rencontre une chanteuse cupide (Cherie Chung).

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On assimile bien souvent Tsui Hark a des oeuvres violentes et nihilistes comme THE BLADE ou L'ENFER DES ARMES. Toutefois, c'est un cinéaste a la carrière bien plus variée qu'elle n'y parait puisqu'au milieu de ces oeuvres violentes se tiennent d'autres, en contraste total avec ces dernières. C'est notamment le cas de PEKING OPERA BLUES, film on ne peut plus déconcertant, même dans la carrière d'un cinéaste comme Tsui Hark, puisque ce dernier s'amuse (et prend son pied, à la vision du film cela en devient évident) à mélanger les genres sans aucun complexe ou retenue... PEKING OPERA BLUES est une comédie mélangeant élément du film d'espionnage, d'arts martiaux, mais aussi d'importants hommages à tout un pan de la culture populaire chinoise, à commencer par l'opéra de Pékin, comme son titre l'indique... Mais la ou PEKING OPERA BLUES s'avère être une oeuvre véritablement exceptionnelle, c'est que tout ce pot pourri narratif fonctionne à merveille et ce, en permanence, mais en plus, Tsui Hark fait preuve d'une inventivité sans égal en détournant sans aucune limite les règles inhérentes a son genre et son sujet.

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En effet, si PEKING OPERA BLUES est une oeuvre profondément comique, c'est indéniable, c'est également une oeuvre qui s'avère surprenante dans la mesure ou en réalité elle ne tranche pas radicalement avec les films antérieurs de Tsui Hark... En effet, elle demeure une oeuvre ultra-violente qui ne lésine pas sur l'hémoglobine, ou ça se bastonne sans arrêt et sans aucune pitié (à ce titre, les chorégraphies de Ching Siu-Tung sont aussi fluides qu'elles sont brutales) mais qui ne manque pas de moments hilarants et de situations cocasses... Jouant avec sa narration dans le seul but de créer les situations les plus drôles possibles, Hark n'oublie cependant pas de rester fidèle à la grande force de son film : la façon dont il mélange des genres qui pourraient sembler radicalement opposés... Ainsi, dans la logique interne a PEKING OPERA BLUES, il n'est guère surprenant de trouver une scène profondément dramatique au milieu d'une autre profondément comique. Tsui Hark l'a compris, le seul moyen de faire marcher tout cela, c'est en dressant de manière précise le portrait de plusieurs personnages, tous aussi loufoques qu'ils sont différents, afin de jouer par la suite avec leurs personnalités et états d'âmes. De cette façon, Hark peut se permettre très facilement de jouer avec des registres très différents, chaque personnage ayant des enjeux dramatiques (ou comiques, c'est selon) qui lui sont propres. Les personnages sont indéniablement la grande qualité de ce PEKING OPERA BLUES, et tous ont droit a leur heure de gloire, aucun n'étant laissé en retrait, ce qui au vu du nombre de personnages dans le film, est un véritable exploit.

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L'exploit narratif se poursuit lorsqu'une première partie hilarante laisse place à une deuxième partie qui recentre de manière explicite les enjeux les plus dramatiques du film... Ainsi la cocasse histoire d'espionnage de la première partie laisse place a une deuxième partie bien plus violente et tendue, ou la vengeance tient une place évidente. Qui plus est, dans tout ce mélange de genre, Hark détourne avec brio tous les codes inhérents a l'opéra de Pékin, -suffisamment explicités dans le film pour être compris par un public occidental-, au travers d'un tour de force narratif dont je tairai les détails, bien trop ingénieux et drôles pour que je les dévoile ici sans aucune finesse... La narration, c'est sans doute une des plus grandes qualités de PEKING OPERA BLUES, le screenplay de Raymond To multipliant les personnages et les enjeux pour mieux les faire converger vers un point précis. Le film, brillament construit en crescendo, fait preuve d'un rythme non-stop absolument incroyable. De temps morts, PEKING OPERA BLUES est absolument exempt, tout s'enchaine avec une fluidité qui inspire et a laquelle la mise en scène fait énormément honneur. En effet, à la vision du film, il est évident que peu de metteurs en scène auraient pu réaliser PEKING OPERA BLUES, Tsui Hark s'avère être un choix on ne peut plus judicieux dans la mesure ou sa gestion de l'espace et du temps hors du commun lui permettent de donner vie a des moments de bravoure cinématographique relevant purement et simplement du jamais vu, c'est notamment le cas de la deuxième scène "d'opéra" ou les enjeux se multiplient en même temps que les genres présents dans la même scène... Le tout s'avère tellement fou mais aussi tellement maîtrisé que cela inspire forcément le respect. Tsui Hark perd littéralement le spectateur dans tout ce florilège de genres et de situations dingues mais ce dernier ne perd jamais ses marques. Une fois de plus, le chaos propre a Tsui Hark s'avère tout aussi renversant et fou qu'il est organisé et minutieusement pensé (je vais devoir arrêter de chroniquer des Tsui Hark, j'ai vraiment l'impression de radoter.).

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Dans tout ça, on retrouve un trio d'actrices tout bonnement exceptionnel, donnant vie a des personnages pas nécessairement faciles à interpréter de façon toujours différentes et inventives, le trio Lin - Yeh - Chung participe activement à la réussite qu'est PEKING OPERA BLUES, donnant une intensité dramatique ou comique, encore une fois c'est selon, aux scènes qu'elles animent. Toutefois, la palme revient très clairement à Kenneth Tsang, excellent acteur bien trop souvent rélégué a l'arrière plan, qui ici livre le portrait magnifique d'un personnage bourru et touchant, le bonhomme vole la vedette a chaque apparition et fait preuve d'un charisme pour le moins insolite. Tsang trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, voire, tout simplement, son meilleur... A tout ce beau monde se rajoutent des seconds couteaux tous aussi talentueux les uns que les autres qui donnent vie a l'univers déjanté de ce PEKING OPERA BLUES pour le moins exceptionnel.

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Vous l'aurez compris, PEKING OPERA BLUES est un grand film... Mais, car il y a un mais, c'est un grand film qui demeure difficilement trouvable. Il n'y a pas d'édition disponible en France et le film n'existe sans doute qu'en VO sous-titrée anglais, disponible sur le Blu-Ray chinois (qu'il est possible "d'acquérir" sur le net.). Mais ce PEKING OPERA BLUES vaut la peine et l'effort. En effet, il s'agit d'une des meilleures oeuvres de Tsui Hark, tour à tour drôle, émouvant, ahurissant, violent... Une alchimie des genres et des registres absolument incroyable, qui, si vous avez la chance, vous laissera a coup sur un souvenir indélébile et vous marquera a vie la rétine. Un chef d'oeuvre, tout simplement.

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • THE LOVERS de Tsui Hark.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE II de Tsui Hark.

-ZE RING-

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28 juin 2011

COMPANEROS

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RÉALISATION
| SERGIO CORBUCCI
ÉCRITURE | SERGIO CORBUCCI, MASSIMO DE RITA, FRITZ EBERT, JOSÉ FRADE ET ARDUINO MAIURI
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

FRANCO NERO | Yodlaf Peterson "The Swede"
TOMAS MILIAN |
El Vasco
JACK PALANCE | John
FERNANDO REY | Professeur Xantos
IRIS BERBEN |
Lola
JOSÉ BODALO | General Mongo

C2


"LEVANTANDO EL AIRE LOS SOMBREROS, VAMOS A MATAR, VAMOS A MATAR COMPANEROS!"

C'est sur cette phrase culte, issue de la bande-son ultra-jouissive d'un Ennio Morricone en folie, que Companeros s'ouvre. Nous sommes en 1970, le western zapata est de plus en plus apprécié par le public (en grande partie grâce au très subversif El Chuncho de Damiano Damiani) et le western italien de manière générale à toujours autant de succès. C'est dans ce contexte que Sergio Corbucci, ennemi juré de Sergio Leone, signe un des meilleurs westerns italiens : Companeros. Pour ceux qui ne connaissent pas le western italien au-dela des oeuvres stylisées de Sergio Leone, je tiens quand même à prévenir, Companeros, et la majorité des westerns italiens que je critiquerai à l'avenir (à commencer par le chef d'oeuvre Keoma, la tuerie absolue El Chuncho et Le grand silence que je verrai très très bientôt.) que ce sont des oeuvres très différentes. Corbucci fait des films hardcores par définition, et très loin de la beauté stylistique des films de Leone. Et même si Companeros fait pale figure en termes de violence face à des oeuvres comme Django ou Keoma, force est de constater que le côté sans concession de chef d'oeuvre en rebutera beaucoup, en particulier s'ils ne sont pas préparés outre-mesure à voir quelque chose de très différent de Le bon, la brute et le truand. Quoiqu'il en soit, inutile de dire qu'a mes yeux, Companeros est une pure réussite, une telle réussite que Sergio Leone, ze big master of ze western made in Cinecitta, s'en est très très inspiré pour son Il était une fois la révolution, ce qui sera une occasion pour les détracteurs de Leone (si si ça existe.) de coller quelques taquets au bonhomme, taquets complètement injustifiés puisqu'effectivement s'il s'inspire de l'oeuvre de Corbucci, Il était une fois la révolution est tout de même très différent de Companeros dans la mesure ou il n'est pas si si sans concession, ni autant basé sur la comédie ni aussi bon que ce dernier.

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Car Companeros est une alchimie de tous les registres imaginables : tantôt politique et subversif, il passe au comique, puis à des fusillades dantesques et se termine sur un final aussi émouvant qu'il est épique. Autant dire qu'en termes de générosité, Companeros délivre la marchandise puisqu'on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce film, merci à un rythme incroyable et furieux propre au western zapata (voir El Chuncho, un film qui lui non plus, ne s'arrête jamais.), Corbucci livre un film complet dans sa structure puisque non content d'imposer un rythme incroyable au spectateur de son film, le bonhomme livre une mise en scène, qui, si elle est loin d'égaler le réal "fer de lance" du genre (inutile de dire de qui je parle.), demeure absolument géniale. On trouve donc quelques merveilles visuelles dans ce Companeros, comme par exemple cette charge finale d'un Franco Nero moustachu complètement fou, ou les apparitions de Jack Palance dans un rôle de bad mother fucker zoophile marijuana-crazed mémorable. Et oui, car c'est un autre point ou Companeros brille, et ça pas besoin de voir le film pour le deviner : son casting. Car Companeros est un des rares films de cette époque et de ce genre à ne pas avoir été tourné en post-synchronisé (doublage après le tournage grosso modo.), et cela s'en ressent. Parlant tous en anglais, chaque acteur livre des prestations plus que mémorables, à commencer par celui qui est pour moi le meilleur acteur de westerns de tous les temps, je pense bien évidemment à Franco Nero (Django, Keoma et pour ceux qui ne connaissent pas le western spaghetti, c'est le général Esperanza dans 58 minutes pour vivre.), qui joue ici le rôle d'un traffiquant d'armes suédois (Franco Nero trouvait toujours une excuse pour parler avec sa vraie voix en anglais, ainsi son accent ne genait pas sa crédibilité.), véritable tête à claques ambulante, gros crevard, un sacré enfoiré en somme mais tellement charismatique, tellement bien interprété et composé qu'il en devient attachant, au même titre que Tomas Milian (Le dernier face à face, Tire encore si tu peux, Les 4 de l'apocalypse), bandido sans remords et sans scrupules, mais qui parviendra à trouver une certaine forme de rédemption dans la révolution, car la est tout l'objectif de Companeros, et c'est d'ailleurs une composante commune à une grande partie des westerns zapata : la rédemption et une évolution dans l'idéologie des personnages grâce à une personne qui à tout pour être leur ennemi. Ici, c'est Fernando Rey (French Connection et beaucoup des oeuvres de Luis Bunuel) qui endosse le rôle de rédempteur, celui du professeur Xantos, mexicain instruit très très cool, et surtout, pacifiste. Bien évidemment, parler des acteurs du film sans parler du légendaire Jack Palance serait criminel : bad mother fucker en puissance mais également le personnage le plus barré du film, puisque non seulement c'est un accro a la marijuana mais il semble aussi entretenir des relations, disons, étroites avec Marshall, piaf agacant et menaçant mais également source d'un des moments les plus comiques du film.

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Tout ce festival de personnages donne naissance à un aspect scénaristique inattendu dans un western : le nihilisme profond de ce Companeros. Car nihiliste, il l'est assurément, transformant les rebelles pacifistes du début du film petit à petit en révolutionnaires violents, annihilant les plus pacifiques, Sergio Corbucci ne fait pas de cadeaux et montre la violence comme solution à l'oppression et à la violence mais aussi comme la seule solution à ces problèmes, pour cela, Corbucci accorde un travail tout particulier au groupe du professeur Xantos, pacifique en puissance, jugeant la violence comme un mal mais également comme une honte, faisant de ce personnage censé incarner la sagesse dans toute sa splendeur un personnage aux ambitions limite naives, mais surtout irréalisables, en témoigne cette scène ou ce même professeur, dans un élan de colère, envoie une mornifle dans la gueule d'un de ses disciples et en témoigne également cette scène finale très émouvante ou je vais pas vous dire ce qu'il se passe. :-) C'est donc un film nihiliste mais aussi subversif que livre Corbucci, et derrière ce Companeros se cache un aspect sombre et inquiétant que le côté bon vivant et comique du western zapata camoufle légèrement. Companeros, un film couillu? Carrément ouais, ce pourquoi il me gonfle de le voir encore comparé par des gens qui ont visiblement de la merde dans les yeux puisque la ou Il était une fois la révolution est un pur exercice de style comique et jouissif doté d'une légère subversion, Companeros lui est un film engagé dans un propos nihiliste et subversif qui mélange tout comme le film de Leone plusieurs registres.

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Car ici se trouve une des plus grandes forces du film, l'aisance dont fait preuve Corbucci pour passer d'un registre à l'autre, ainsi si le film est une oeuvre dans sa globalité complètement barrée, très fun et très drôle illustrée par une bande-son ultra-fun d'Ennio Morricone, au moment des fusillades, Corbucci transforme son Companeros en une oeuvre ultra-violente et sans concession, puis entre deux fusillades envoie des passages se déroulant sous l'égide d'un humour pince sans rire (y a des moments je me demandais s'il fallait que je rigole ou pas.). Finalement toutes ces scènes mènent à un dénouement émouvant mais aussi épique, avec un Franco Nero galopant toutes armes dégainées en criant de toute voix une phrase qui restera à jamais gravée dans votre esprit : "VAMOS A MATAR COMPANEROS", le tout avant un arrêt sur image en rouge et noir à la Red Dead Redemption, la classe (et si la vous n'avez toujours pas envie de voir le film je ne sais plus quoi faire pour vous.). C'est de cette façon que se solde ce qui est pour moi un des meilleurs westerns italiens, un pur chef d'oeuvre que tout le monde se doit le voir au moins une fois.

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Malheureusement tout le monde ne pourra pas le voir au moins une fois. La raison est simple : merci à ces enculés d'éditeurs incompétents, Companeros ne peut pas être vu en version originale en France. Il y a bien un DVD, mais assez cher, dénué de bonus, et ne disposant que d'un doublage français de merde. Le même désastre que pour Le temps du massacre de Lucio Fulci en somme (pas étonnant, c'est le même éditeur.). Du coup, pour ces deux films, il n'y a qu'une seule solution pour les voir en VO : le DVD Zone 1. Il faut donc un lecteur DVD dézoné (ce qui n'est guère difficile à faire.) mais surtout des compétences en anglais puisque le film n'existe pas en VOSTFR... Pour les anglophones je tiens toutefois à signaler que Companeros à été édité chez Blue Underground. C'est l'édition que je possède et elle déchire tout, elle est trouvable sur amazon.co.uk pas très cher et tout ce que je peux vous conseiller dessus c'est de vous jeter dessus pour pouvoir vous vanter d'être un des rares en France à avoir vu le chef d'oeuvre Companeros dans les meilleures conditions possibles. Et oui, un chef d'oeuvre, c'est le mot... Alors voyez-le dès que vous en avez l'occasion!

-ZE RING-

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