03 avril 2013

IRON MONKEY

titre
RÉALISÉ PAR ... YUEN WOO-PING.
PRODUIT PAR ... TSUI HARK.
ÉCRIT PAR ... TSUI HARK, ELSA TANG, TAI-MUK LAU, ET TAN CHEUNG.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR ... WAI WAP LU ET JOHNNY NJO, CHOW GAM-WING.

DANS UNE PROVINCE CHINOISE DÉVASTÉE PAR LES INONDATIONS, LA FAMINE ET LA PAUVRETÉ, UN VOLEUR NOMMÉ IRON MONKEY SÉVIT ET VOLE AUX MANDARINS CUPIDES POUR DONNER AUX PAUVRES. UN DE CES MANDARINS, EFFRAYÉ DE PERDRE SON POSTE A L'IDÉE QUE LE LÉGAT IMPÉRIAL DÉCOUVRE L'EXISTENCE D'IRON MONKEY AVANT QUE CELUI-CI NE SOIT ARRÊTÉ, FORCE WONG KEI-YING, UN ARTISTE MARTIAL RÉPUTÉ, A ARRÊTER LUI-MÊME IRON MONKEY. POUR CELA, IL EMPRISONNE SON FILS : WONG FEI-HUNG.


perso1 perso2
perso3 perso4
perso5


Wong Fei-Hung a quasiment toujours été le personnage cinématographique le plus important du cinéma hong-kongais. Petite leçon d'histoire : Wong Fei-Hung était un artiste martial et un médecin extrêmement réputé, qui aurait, selon certains mythes et légendes, combattu l'armée japonaise pendant l'invasion de Taïwan de 1895. Il est très rapidement devenu le personnage le plus populaire de toute la culture cinématographique hong-kongaise, grâce, notamment, aux succès monstrueux des 89 films dont il est le personnage principal. Pour la culture générale, le premier acteur à l'avoir interprété fut Kwan Tak-Hing, qui n'a joué presque que ce rôle, et ce, dans des films comme STORY OF WONG FEI-HUNG (1949), le moyen THE SKYHAWK (1976) ou encore le culte LE HÉROS MAGNIFIQUE (1979). Parmi ces 89 films, on en trouve de très connus, comme par exemple DRUNKEN MASTER de Yuen Woo-Ping, le chef d'oeuvre DRUNKEN MASTER II de Liu-Chia Liang, et bien évidemment la saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark. C'est après le succès de celle-ci que ce dernier se décide à explorer un aspect jamais vu auparavant de la vie de ce personnage mythique : son enfance, et sa relation avec son père, Wong Kei-Ying, un autre héros important de la culture populaire chinoise et hong-kongaise. Le résultat est l'une des plus grandes réussites du Kung Fu Pian et un indispensable du cinéma hong-kongais : IRON MONKEY de Yuen Woo-Ping.

32
Véritable succès international à sa sortie en 1993, IRON MONKEY est un film extrêmement important dans le sens ou il aborde avec un regard nouveau une facette jamais explorée auparavant d'un des personnages les plus majeurs de toute une culture. Pour ceux qui connaissent Tsui Hark, impossible de ne pas comprendre immédiatement dans quelle optique celui-ci se lance dans la production d'IRON MONKEY : une fois de plus, c'est un film dont l'ambition première est de renouveler le genre, et par la même occasion, le cinéma, en proposant quelque chose de constamment nouveau et inattendu, et donc de profondément novateur. Au-delà du fait que placer IRON MONKEY durant l'enfance de Wong Fei-Hung renouvelle un personnage qui, à l'époque, s'embourbe d'ores et déjà dans ses nouveaux standards de qualité que sont les IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, soit un manifeste évident de la démarche subversive et transgressive de Tsui Hark et de Yuen Woo-Ping, avoir fait de Wong Fei-Hung un personnage secondaire en regard de Wong Kei-Ying et Iron Monkey est une prise de risque d'une audace sans qualification possible à Hong Kong. En effet, le cinéma y a longtemps été littéralement monopolisé par Wong Fei-Hung (Kwan Tak-Hing en a sorti plus d'un par an pendant 20 ans), et placer ce dernier en second plan dans un film, c'est prendre le risque de larguer la moitié du public... Mais c'est aussi un autre manifeste évident de la volonté novatrice des créateurs du film, qui, d'un bout à l'autre du métrage, tentent de renouveler le genre par tous les moyens possibles. Wong Fei-Hung n'est en cela qu'une excuse dans le film, puisqu'il est de toutes façons évident que ce qui intéresse le plus Tsui Hark et son co-équipier Yuen Woo-Ping, c'est le dilemne moral auquel se confronte Wong Kei-Ying et aux relations que tissent les personnages du film avec Iron Monkey. Véritable Robin des bois chinois, c'est un personnage que Woo-Ping et Hark utilisent, une fois de plus, pour briser complètement les attentes : son identité est révélée au bout de cinq minutes, et bien que la quête de Wong Kei-Ying pour le retrouver et l'arrêter soient le point de départ et le moteur du film, en réalité, cette intrigue est abandonnée très rapidement au profit d'une histoire de combat épique contre un gouvernement corrompu à la dimension ouvertement populaire.

51
La narration d'IRON MONKEY s'acharne donc à briser constamment les attentes et les conventions. Mieux encore, la narration d'IRON MONKEY s'acharne constamment à briser les attentes et les conventions amenées à Hong Kong par les productions Film Workshop telles qu'IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE et SWORDSMAN II... Au-delà d'une volonté évidente de renouveler le cinéma hong-kongais et les films d'arts martiaux, IRON MONKEY, comme à peu près tous les films produits/écrits/réalisés par Tsui Hark, témoignent de la volonté évidente de celui-ci de se renouveler lui-même avant toute chose... En ce sens, et si vous ne l'aviez pas encore compris (ce dont je doute très fortement), IRON MONKEY est une chance de plus de vous rendre compte que pendant près de 20 ans, Tsui Hark à été le moteur de toute l'industrie cinématographique hong-kongaise, un véritable fou furieux capables d'influencer par son génie créateur les modes et les tendances cinématographiques et de remettre au gout du jour des légendes, des personnages, des mythes populaires oubliés ou délaissés par le cinéma HK. Wong Kei-Ying ne fait pas exception, et si Hark et Yuen Woo-Ping laissent Wong Fei-Hung un peu de côté dans IRON MONKEY, c'est seulement pour rétablir la popularité du père de ce dernier... Ce n'est pas un hasard si, des quelques oeuvres sur Wong Kei-Ying, IRON MONKEY soit la seule à nous être parvenue en Occident, et encore une fois, ce n'est sans doute pas un hasard non plus si, la même année, Tsui Hark réalisait IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 3, ou Wong Kei-Ying apparait... dans un rôle extrêmement secondaire. Impossible de ne pas voir les parallèles, et on pourrait continuer longtemps sur cette lancée. Reste qu'en ce qui concerne IRON MONKEY, il témoigne à chaque seconde d'une volonté de proposer un regard frais et neuf sur des sujets usés et rendus banals par une industrie qui les a trop longtemps et trop fréquemment exploité. Quoi de mieux, dans le cas de Hong Kong, que Wong Fei-Hung? C'est un choix d'autant plus judicieux qu'il permet à Tsui Hark et à Yuen Woo-Ping de faire usage de leurs compétences la ou elles brillent le plus : le cinéma d'arts martiaux.

72
S'il me parait extrêmement important d'analyser et de disséquer les ambitions narratives de toutes les productions Film Workshop (et des grands films hong-kongais en général) dans la mesure ou elles regorgent d'innovations, de transgressions passionnantes et d'avancées artistiques importantes, avant tout, il me semble que la raison principale pour laquelle le nouveau cinéma hong-kongais amené par la bande à Tsui Hark est si populaire, c'est parce qu'avant il propose de sacrés morceaux de divertissement et à permis au cinéma d'arts martiaux de trouver ses plus grands aboutissements artistiques. Soyons clairs, IRON MONKEY est l'un d'eux, et si sa narration est intéréssante, ses visuels et ses scènes d'action relèvent, quand à eux, du tout bonnement monumental. On tient ici une des oeuvres les plus spectaculaires livrées par le cinéma hong-kongais, un film qui, une fois de plus, repoussent toutes les limites en apportant à ses chorégraphies déjà monumentales (toutes orchestrées par Dieu Yuen Woo-Ping) des éléments spectaculaires complètement surréalistes tous droits tirés de mangas... L'exubérance des combats n'a d'égal que leur inventivité, et si les deux fous furieux derrière le film permettent à leurs personnages de se tuer à coups de raisins ou de se balancer des cheminées à grands coups de savate, c'est autant pour en balancer un maximum dans la gueule des spectateurs que pour tenter d'apporter au genre une espèce de facette surréaliste et mangaesque afin de trancher avec d'autres oeuvres plus réalistes (dans une certaine mesure) réalisées à la même époque comme FIST OF LEGEND ou PEDICAB DRIVER de Sammo Hung. Ainsi, dans ses ambitions, IRON MONKEY rejoint les deux premiers SWORDSMAN, qui revisitaient le Wu Xia Pian, retournaient à ses sources et y apportaient des éléments complètement fous et excessifs... IRON MONKEY fait de même avec le Kung Fu Pian : c'est un retour aux sources fondatrices du genre (Wong Fei-Hung et Wong Kei-Ying), et un dynamitage en règle de tous les codes qui y sont inhérents. Inutile de chercher du réalisme dans l'oeuvre de Yuen Woo-Ping : il n'y en a pas, et c'est justement ça qui en fait un monument cinématographique complètement jouissif. Comme il était de coutume à l'époque dans les productions de la Film Workshop, plusieurs "fantasmes cinéphiles" sont aboutis avec brio ici, et la seule limite à laquelle se heurte le film est celle de l'imagination de ses créateurs, particulièrement connus pour être deux des cinéastes hong-kongais les plus imaginatifs et les plus créatifs de leur époque... Dois-je en rajouter?

83
Finalement, la seule limite à laquelle se heurte IRON MONKEY et qui l'empêche de se hisser au niveau des plus grands Kung Fu Pian (IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 2, indéniablement), c'est la mise en scène de Yuen Woo-Ping, ingénieuse, mais à des lieues d'atteindre le génie d'un Tsui Hark voire d'un Sammo Hung... Mais franchement : et alors? Difficile d'égaler le niveau de deux tels génies, et la mise en scène de Yuen Woo-Ping est déjà magnifique telle qu'elle est. Outre le fait qu'il parvienne à rendre lisible et limpide des combats d'une intensité, d'une rapidité et d'une frénésie presque inimaginable, il réussit aussi à styliser, par l'usage de sa caméra, ces grands moments de folie, et gère l'espace avec virtuosité. Au-delà de ça, on sent derrière la caméra le talent d'un homme qui a passé sa vie à magnifier ses artistes martiaux, et ici, ils sont de taille : Rongguang Yu est absolument excellent, Shi Kwan-Yen, comme à son habitude, est terrible, mais c'est surtout Donnie Yen qui est impressionnant ici... C'est simple, ce bonhomme est un des plus grands artistes martiaux de tous les temps, et chaque scène ou il apparait est rendue d'autant plus intense par son talent martial absolument magnifique. Mais le film réserve d'autres surprises, à savoir la petite Tsang Sze-Man, qui interprète brillamment le jeune Wong Fei-Hung, et s'illustre avec brio lors de scènes de combat brillament chorégraphiées par le maître Yuen Woo-Ping, dont l'inventivité, l'absence totale de limites et la gestion magnifique du rythme de l'action font d'IRON MONKEY une très grande réussite formelle et un divertissement de la plus grande qualité, par ailleurs enrichie par la beauté esthétique indéniable du film. Mais ce n'est pas tout, car IRON MONKEY, c'est aussi une galerie de personnages profondément attachants et charismatiques... Outre les géniaux Wong Kei-Ying, Wong Fei-Hung et Iron Monkey, qui sont, sans surprise, attachants et touchants, c'est surtout le personnage d'Orchidée qui réserve des surprises. Personnage touchant, voire bouleversant, elle est magnifiquement animée par Jean Wang, et ensuite par la caméra de Yuen Woo-Ping, qui sublime sa beauté et son charisme et en fait constamment un personnage surprenant et attachant. Impossible également de ne pas voir l'obsession de Tsui Hark pour les femmes derrière ce personnage, mais ce serait me répéter que de le dire encore une fois, non?

87
IRON MONKEY s'impose comme un indispensable pour quiconque apprécie le cinéma d'arts martiaux : outre ses qualités évidentes en tant que Kung Fu Pian excessivement spectaculaire, c'est un film d'une grande importance qui renouvelle à chaque instant les figures iconiques et populaires qu'il aborde et qui donne une dimension nouvelle au personnage fétiche de toute l'industrie cinématographique hong-kongaise : l'excellent Wong Fei-Hung, ici représenté dans un des meilleurs films l'ayant abordé, de près ou de loin... IRON MONKEY est assurémment un grand film, qui renverse les codes du Kung Fu Pian, s'impose comme un divertissement sans égal mais aussi comme une oeuvre touchante mettant constamment ses personnages en avant et faisant preuve d'une grande maîtrise de ces derniers... IRON MONKEY, c'est tout ça. C'est drôle, c'est beau, c'est spectaculaire, ça envoie du lourd et ça s'arrête jamais. Un chef d'oeuvre? Oui. Un indispensable? Deux fois oui. Un des plus grand Kung Fu Pian? Mille fois oui, oui, oui.

CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER A LA GALERIE COMPLETE DU FILM.

71
SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ AUSSI...

  • SWORDSMAN DE CHING SIU-TUNG, TSUI HARK, KING HU, RAYMOND LEE, ANDREW KAM ET ANN HUI.
  • SWORDSMAN II DE CHING SIU-TUNG.
  • TAI-CHI MASTER DE YUEN WOO-PING.
  • DRUNKEN MASTER DE YUEN WOO-PING.
  • DRUNKEN MASTER II DE LIU-CHIA LIANG.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 2 DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 3 DE TSUI HARK.
  • ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE DE TSUI HARK.

-ZE RING-

 

66


02 avril 2013

SWORDSMAN II

titre
RÉALISÉ PAR ... CHING SIU-TUNG.
PRODUIT PAR ... TSUI HARK.
ÉCRIT PAR ... TSUI HARK, ELSA TANG ET TIN-SUEN CHAN.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR ... JAMES WONG ET ROMEO DIAZ.

LINGWU CHUNG REPOUSSE SA DÉCISION DE RENONCER AUX ARTS MARTIAUX QUAND LA PRINCESSE YING-YING EST ENLEVÉE PAR L'INVINCIBLE ASIA. PARTI A SA RECHERCHE, CHUNG EST SÉDUIT PAR UNE VILLAGEOISE, SANS SAVOIR QU'IL S'AGIT DE ASIA, EN PASSE DE CHANGER DE SEXE POUR ATTEINDRE LA TOUTE PUISSANCE ENSEIGNÉE PAR LE "CANON DU TOURNESOL".


perso1 perso2
perso3 perso4
perso5 perso6


SWORDSMAN voulait tout être à la fois : c'était là sa plus grande force, et son plus grand problème. Hark souhaitait faire de ce film, superbe mais raté, un retour aux sources du Wu Xia Pian, mais il voulait aussi, avec ce film, reconstruire en profondeur le genre. Le choix de King Hu comme réalisateur attitré allait autant dans le sens de sa première ambition que contre sa deuxième, et, inévitablement, le film devait s'écrouler sous ses ambitions. En résulte un semi-échec artistique et un bide commercial cuisant pour Tsui Hark, grand mégalomaniaque égocentrique, mais pas suffisamment centré sur lui-même pour ne pas apprendre de ses erreurs. Outre le fait qu'il ait tiré des leçons enseignées par les erreurs qu'il a fait sur SWORDSMAN pour réaliser un de ses plus grands chefs d'oeuvres et succès commerciaux, à savoir IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, il a aussi utilisé cet apprentissage pour, en 1992, sortir du Film Workshop une de ses meilleures productions : SWORDSMAN II. Tsui Hark ne prend aucun risque, et donne à son homme à tout faire, Ching Siu-Tung, le contrôle total du navire. Pas de co-réalisateurs multiples et pas de réécritures multiples du script cette fois-ci. Juste un pur produit filmique qui s'impose très vite comme un chef d'oeuvre définitif et révolutionnaire.

28
Si SWORDSMAN II est effectivement moins ambitieux que son prédécesseur, deux choses devraient toutefois être mises au clair. La première, c'est que quand des fous furieux comme Tsui Hark et Ching Siu-Tung se mettent à revoir leurs ambitions à la baisse, celles-ci restent tout de même très hautes. La deuxième chose, et pas des moindres, c'est que c'est justement parce que SWORDSMAN II est ambitieux qu'il réussit à mener ses objectifs à terme. Soyons clairs : à sa sortie, c'est un succès monumental, et, d'un point de vue artistique, c'est une révolution en profondeur d'un genre qui est alors d'ores et déjà en déclin. Avec THE BLADE et la saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark, SWORDSMAN II est encore à ce jour la dernière oeuvre à avoir été radicalement révolutionnaire pour le Wu Xia Pian, un film majeur qui enrichit constamment le genre d'innovations et de dimensions nouvelles, devenant par la même une oeuvre d'une importance capitale pour quiconque aime ou admire le cinéma hong-kongais. On ne reprochera donc jamais à ce SWORDSMAN II d'être moins ambitieux que son prédécésseur bancal : il tient ses promesses, et en soi, c'est largement suffisant, surtout au vu des promesses. Tsui Hark et Ching Siu-Tung, en 1992, promettent avec SWORDSMAN II un chef d'oeuvre, et avec SWORDSMAN II, ils livrent un chef d'oeuvre absolu qui relève à l'époque purement et simplement du jamais vu. Si le premier film de la saga allait déjà loin dans son délire comic-book, mangaesque et portnawakesque spectaculaire et jouissif, son successeur va encore plus loin et repousse complètement toutes les limites du genre. Spectaculaire, SWORDSMAN II l'est assurémment, et se range même facilement dans la liste des oeuvres les plus spectaculaires jamais réalisées, tant à chaque minute supplémentaire, le film devient plus fou, plus innovant et plus over the top (sans jamais être ridicule, ce qui, en soi, relève du tour de force). SWORDSMAN II met l'accent sur le fantastique et le surnaturel, et en faisant de ses artistes martiaux des combattants capables de faire appel à leur kung-fu pour procéder à des actions physiquement irréalisables. Ainsi, dans la logique du film, il est tout à fait acceptable de combattre en volant sur des étoiles ninjas de deux mètres, de soulever le sol pour le jeter sur ses adversaires ou encore de tuer avec une goutte d'eau.

38
Le tout peut paraître absurde voire ridicule, et à bien des égards, SWORDSMAN II pourrait faire passer tous les IRON MONKEY du monde pour des films extrêmement réalistes, mais avec Ching Siu-Tung à la barre et Tsui Hark derrière lui pour lui filer un bon coup de pouce, impossible de trouver du ridicule dans ce joyeux bordel méticuleusement organisé qu'est SWORDSMAN II. Ching Siu-Tung, s'il n'est pas un aussi grand metteur en scène que Tsui Hark, à tout de même une compréhension de l'action que tout le monde n'a pas, et dans la mesure ou celui-ci parvient, au travers sa mise en scène, à donner du sens et à justifier tout ce qui peut paraître absurde dans son film, rien ne l'est au final. Au contraire, on ne peut qu'être stupéfaits face aux combats excessifs, éxubérants, (trop) inventifs et complètement foutraques de ce SWORDSMAN II. Au-delà de la générosité du spectacle proposé (le film concrétise bien plus d'un fantasme cinéphile, croyez-moi), c'est surtout un spectacle extrêmement maîtrisé qu'impose Ching Siu-Tung à son spectateur : le découpage, s'il est frénétique, est avant tout un modèle de maîtrise, et ce dernier parvient à capturer avec brio la grâce martiale de ses combattants tout en réussissant à exacerber la violence de l'action et à la styliser. Mais le spectacle est surtout aussi lisible qu'il est spectaculaire, et si le tout foisonne d'idées toutes plus niquées de la tête les unes que les autres, un constat simple découle de chaque scène d'action : la frénésie de ces dernières n'a d'égal que leur limpidité. Chaque scène d'action est donc un plaisir, et tant mieux, car il y en a beaucoup. Une fois de plus dans le cinéma hong-kongais, c'est le spectacle et le divertissement qui prime, et tous les prétextes sont bons à faire voler Jet Li et ses comparses dans les airs en tapant tout le monde et en faisant exploser l'intégralité du décor avec un enthousiasme que l'on ne retrouve vraiment que chez ces artistes là.

62
Mais SWORDSMAN II est loin d'être un simple divertissement. En effet, entre chaque scène d'action viennent se caler des moments de poésie et de lyrisme d'une grande beauté, portés par la magnifique mise en scène de Ching Siu-Tung et la beauté esthétique et formelle stupéfiante du film. Si SWORDSMAN était déjà magnifique visuellement, sa suite le surpasse très largement de ce point de vue. Chaque plan est de toute beauté, et ce, à tous les niveaux. La photographie est sublime, les décors et les costumes sont à tomber par terre, et cette beauté esthétique est encore une fois soutenue par la partition virtuose et le bontempi épique du grand James Wong. Le tout donne lieu à de grands moments d'émotion, et SWORDSMAN II vous fera sans doute pleurer de grosses larmes avant sa magnifique conclusion. Comme d'habitude avec Tsui Hark, c'est le ressenti qui est privilégié, manifeste évident d'une volonté toute aussi évidente de faire avant tout un cinéma populaire, ce qui n'exclut pas les avancées artistiques toutefois, dont SWORDSMAN II foisonne. Une preuve supplémentaire, s'il était nécessaire d'en trouver d'autres, que, non, les grands films ne sont pas le propre du "cinéma d'auteur" (une notion qui ne veut par ailleurs rien dire)... L'équipe Film Workshop n'a que faire de telles préocuppations et livre avant tout un joyau cinématographique pur, brut, qui divertit autant qu'il bouleverse et qui plaira aux non-cinéphiles autant qu'aux cinéphiles. Une démarche que je ne peux qu'encenser en somme, surtout quand le résultat parvient au niveau d'un film comme SWORDSMAN II, Wu Xia Pian qui bouleverse autant les conventions cinématographiques du genre que les émotions de son spectateur.

18
Mais cela ne serait pas possible sans une maîtrise sans précédent des personnages. Ching Siu-Tung et Tsui Hark dressent donc ensemble un portrait précis, détaillé et riche de ceux-ci, ce qui leur permet aisément de passer par toute une gamme d'émotions : on passe de scènes d'humour hilarantes au lyrisme le plus pur, et les scènes d'action les plus audacieuses et les plus spectaculaires laissent souvent place à de grands moments d'émotion viscérale. Une fois de plus, ceci n'est que le résultat du traitement magnifique qu'apporte les deux créateurs du film à leurs personnages et aux relations qu'ils tissent entre eux... En faisant de SWORDSMAN II une terrible histoire de vengeance, mais aussi une sublime et déchirante histoire d'amour, ceux-ci impliquent le spectateur émotionnellement dans ce spectacle de grande qualité, une implication par ailleurs solidement renforcée par les personnages eux-mêmes. Tous sont attachants d'une façon ou d'une autre, et en ne jugeant jamais ces derniers, Hark et Siu-Tung parviennent à les rendre d'autant plus attachants qu'ils ne sont à la base. Que ce soit Lingwu Chung, le personnage principal certes un peu abruti mais drôle et sincère, Gamin, son sidekick débile mais attachant(e) ou encore Yam Ping-Ping, la magnifique princesse dont il est amoureux, tous ont leur moment de gloire dans le film et parviennent à toucher le spectateur à un moment donné ou un autre. Mais avant tout, le coup de génie ultime du film, c'est ce personnage unique qu'est l'Invincible Asia... Étrange, ambigu, profondément insolite (surtout pour un public occidental), mais profond et touchant, tant les enjeux qu'il (elle) fait évoluer et autour desquels il évolue sont puissants et forts, c'est la réelle vedette du film : un personnage extrêmement charismatique, interprétée par la magnifique Lin Ching-Hsia (Brigitte Lin), dont chaque apparition est un plaisir viscéral et qui constitue à lui seul le coeur émotionnel de cette oeuvre bouleversante qu'est SWORDSMAN II. Mais avant tout, le personnage de l'Invincible Asia préfigure largement les oeuvres les plus abouties de Tsui Hark, notamment THE LOVERS, tant les deux films partagent une obsession évidente pour le travestissement et l'homosexualité, faisant de SWORDSMAN II un film plus fin qu'il n'y parait, qui devient dès lors une véritable chronique sociale (n'oublions pas qu'a l'époque, l'homosexualité est à Hong Kong très violemment punie.).

20
Ceci dit, encore une fois, les personnages, seuls, ne seraient rien, et le film doit également beaucoup aux acteurs qui les interprète, d'autant plus que leur travail sur ce film en particulier est véritablement incroyable. Jet Li brille ici autant par ses capacités martiales que par son talent d'acteur, bien plus étendu que d'habitude. Il donne vie avec brio à son personnage, pas forcément facile à interpréter par ailleurs, et n'a donc pas à rougir face aux performances impériales de l'uber-charismatique Shi Kwan-Yen ou des sublimes Rosamund Kwan et Fennie Yuen... Mais encore une fois, c'est bien Lin ching-Hsia et son personnage de l'Invincible Asia qui vole la vedette. Celle-ci tient ici ce qui est sans conteste le rôle de sa vie et livre une performance d'une subtilité qui n'a d'égal que la tension qu'elle implique. Filmés avec virtuosité par la caméra de Ching Siu-Tung, les personnages sont constamment magnifiés par le cadre visuel du film, notamment les femmes (et c'est là qu'on ressent l'influence de notre barbichu favori), qui sont constamment au coeur et au coeur de l'image, et qui sont tellement magnifiées par le réalisateur et le producteur qu'on ressent parfois que, bien qu'elles puissent sortir du cadre à tout moment, elles en font partie intégrante, tout comme elles semblent ne faire qu'une avec l'esthétique sublime du film. C'est à quel point le film met ses personnages féminins en avant, et on en arrive parfois au point ou les autres personnages semblent s'éclipser par rapport à elles. Pour autant, il ne faudrait pas croire que les personnages masculins sont ici délaissés : ils ont leur importance, et Jet Li ainsi que Shi Kwan-Yen sont véritablement monstrueux par leur présence et leur charisme.

48
SWORDSMAN II est un chef d'oeuvre absolu. Au final, c'est à ce constat simple que peut se résumer ce film. Toutes les faiblesses du premier sont effacées, pour laisser place à un monument cinématographique, d'une beauté cinématographique sans précédent, d'une générosité incroyable et d'une forte portée émotionnelle. Mais au-delà de ça, c'est une oeuvre importante historiquement pour le cinéma. C'est le début de la meilleure période qu'a connu le Wu Xia Pian : c'est le temps des IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE et de THE BLADE... Mais c'est aussi le temps du déclin et de l'essoufflement du genre qui gouverne depuis toujours le cinéma hong-kongais. SWORDSMAN II, en marquant le début d'une véritable révolution artistique, marque aussi le début de la fin d'un cinéma unique, passionnant, constamment innovant et généreux. Qu'a cela ne tienne, SWORDSMAN II est un film chef d'oeuvresque et radicalement révolutionnaire, dont la puissance n'a d'égal que son influence et son impact sur le cinéma contemporain. Un film à voir et à revoir, et qui fit la gloire de la magnifique saga SWORDSMAN, en dépit du troisième volet, déçevant et dispensable.

CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER A LA GALERIE COMPLETE DU FILM.

71
SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ AUSSI...

  • THE BLADE DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 2 DE TSUI HARK.
  • THE FLYING SWORDS OF DRAGON GATE DE TSUI HARK.
  • ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE DE TSUI HARK.
  • IRON MONKEY DE YUEN WOO-PING.

-ZE RING-

88

31 mars 2013

SWORDSMAN

001
RÉALISÉ PAR

CHING SIU-TUNG
KING HU
TSUI HARK
ANN HUI
RAYMOND LEE
ANDREW KAM

ÉCRIT PAR
MAN-LEUNG KWAN
KEE TO-LAM
KAI-MUK LAU
YIU-MING LEUNG
FU-HAO TAI
YING WONG

MUSIQUE COMPOSÉE PAR
JAMES WONG
ROMEO DIAZ


perso1 perso2
perso3 perso4
perso5


Bonjour, tout le monde. Aujourd'hui, on va parler de ma dernière découverte majeure en date, c'est-à-dire la trilogie SWORDSMAN, et plus particulièrement du magnifique premier volet réalisé en 1990 par... On me dit à l'oreille que j'étais supposé chroniquer LADY SNOWBLOOD, FEMALE YAKUZA TALE et LA BÊTE AVEUGLE ces derniers mois... Ce à quoi je réponds humouristiquement qu'on peut pas tout avoir, et, de manière plus sérieuse, que plutôt que de faire des promesses que je ne tiendrais de toutes façons (ou alors pas dans l'immédiat), je m'orienterais maintenant vers des chroniques à chaud, seulement quand l'envie et la motivation m'en saisissent, comme je le faisais avant, en somme. Dans tout ça, j'en oublie presque ce qui nous intéresse : SWORDSMAN, qu'est-ce que c'est? Et bien, SWORDSMAN, ce n'est ni plus ni moins qu'un des projets cinématographiques les plus ambitieux du cinéma de Hong Kong, avec IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, THE BLADE et SEVEN SWORDS, un projet extrêmement casse gueule dont l'objectif était, comme la fameuse saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE justement, de retourner aux bases du Wu Xia Pian pour le révolutionner et le renouveler. Un pari difficile quand on sait que le Wu Xia Pian est le genre de prédilection de la colonie britannique depuis les années 50-60, période durant laquelle le genre connut son âge d'or, notamment avec les productions Shaw Brothers telles que LA RAGE DU TIGRE de Chang Cheh ou le sublime L'HIRONDELLE D'OR de King Hu, deux films avec lesquelles toute la génération Film Workshop (le plus gros studio hong-kongais des années 80-90, dirigé par l'illustre Tsui Hark) ont grandi et/ou affermi leur cinéphilie... Parmi ceux-ci, Tsui Hark, le plus fou et ambitieux d'entre eux, lance le projet SWORDSMAN en le produisant et en proposant à King Hu, considéré comme un des plus grands maîtres du cinéma hong-kongais, de le réaliser. Avec en plus Ching Siu-Tung à la chorégraphie, SWORDSMAN s'impose d'office comme un projet extrêmement alléchant... Imaginez un peu A TOUCH OF ZEN avec l'ambition et la folie furieuse d'un mec comme Tsui Hark pour soutenir le tout.

046
Seulement voilà, quelque part en route, le bât blesse, et King Hu doit quitter le tournage au bout de quelques jours à peine. Maladie ou désaccord artistique avec le barbichu le plus mégalo de l'industrie cinématographique hong-kongaise? Allez savoir. Le résultat reste le même : pas moins de cinq réalisateurs, à savoir Tsui Hark, Andrew Kam, Ann Hui, Raymond Lee, et enfin, le plus important sur ce film, Ching Siu-Tung s'attèleront à essayer de sauver le film de la débacle totale. Financièrement, c'est raté, puisque le film sera un échec commercial cuisant. Pour autant, on pourrait plus facilement attribuer le crédit de cet échec à son ambition visionnaire qu'à sa production difficile. En effet, si tourner SWORDSMAN n'a sans doute été une partie de plaisir pour personne (Ann Hui n'a eu de cesse de tenter de réduire sa responsabilité sur le film depuis), une question légitime se pose : si le film avait été tourné par King Hu d'un bout à l'autre, comme cela était prévu, le film aurait-il été mieux acceuilli par le public? J'en doute fort. N'oublions pas que le public hong-kongais est extrêmement conservateur (leurs réactions par rapport à BUTTERFLY MURDERS, HISTOIRES DE CANNIBALESL'ENFER DES ARMES sont assez révélatrices), et que tout ce qui ne s'inscrit pas précisément dans les modes du moment n'échappe là-bas que très rarement à l'échec. Or, SWORDSMAN reflète brillamment l'intégralité de la carrière de Tsui Hark : c'est une tentative de bouleverser les codes du Wu Xia Pian en profondeur, ambitieux au point de tenter de s'imposer comme le nouveau standard de qualité en la matière. Une ambition que le film ne parvient jamais à concrétiser, au contraire d'IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, mais et alors? La qualité artistique du film ne change aucunement, et à bien des égards, SWORDSMAN s'impose comme une oeuvre cinématographique majeure, un grand film plein d'ambitions louables, d'une générosité sans précédent et qui pose les bases pour un des plus grands Wu Xia Pian de tous les temps : le majestueux SWORDSMAN II, sur lequel Tsui Hark n'a pas réalisé les mêmes erreurs, puisque le film sera tourné d'un bout à l'autre par le fou furieux Ching Siu-Tung.

009
Celui-ci, déjà responsable à l'époque de l'excellent mais complètement niqué de la tête DUEL TO THE DEATH, semble par ailleurs avoir tenu un rôle prédominant sur ce SWORDSMAN. Outre le fait qu'il ait réalisé seul SWORDSMAN II et qu'il ait co-réalisé SWORDSMAN III : THE EAST IS RED avec Raymond Lee, impossible de ne pas avoir l'impression de regarder DUEL TO THE DEATH par moments, tant le film, dans la manière dont il aborde les combats notamment, évoque le furieux, le sur-découpage, la folie furieuse et cette volonté de repousser les codes du genre (et du cinéma) à l'extrême déjà présente dans DUEL TO THE DEATH. SWORDSMAN, dans sa quasi-intégralité, fait preuve d'un style visuel propre à Ching Siu-Tung et à son foutraque DUEL TO THE DEATH, la seule différence majeure étant que le film pète à mille coudées au-dessus de ce dernier formellement, merci aux grands artistes dont s'entoure Tsui Hark et le Film Workshop à l'époque. Formellement, SWORDSMAN touche au sacré, et se range haut la main parmi les films hong-kongais les plus beaux visuellement... Joyau d'esthétique, sa photographie est magnifique, le travail sur les couleurs (réutilisé par Hark dans SEVEN SWORDS) est déconcertant de beauté et la reconstitution historique est tout simplement à tomber par terre. Seulement voilà, quand se cotoient dans le même film un excellent artisan comme Ching Siu-Tung et des génies visuels sans égaux comme Tsui Hark ou King Hu, il est inévitable que la mise en scène ait des hauts et des bas, et malheureusement, d'un point de vue visuel (et pas que), SWORDSMAN est bel et bien inégal... Le film parvient toutefois à garder une certaine cohérence esthétique, et même les bas du film restent sacrément hauts, les autres réalisateurs ayant travaillé étant tous au moins d'excellents metteurs en scène. Rien de bien dramatique en somme, toutefois, cette inégalité se ressent aussi dans la narration, et c'est là que le film échoue véritablement.

010
Au risque de me répéter, ce genre de défauts est inévitable sur un film tel que SWORDSMAN, mais tout de même, il est extrêmement regrettable que la narration soit si inégale. Celle-ci est en effet parfois extrêmement difficile à suivre, certains personnages sortant manifestement de nulle part, et d'autres étant parfois mal caractérisés, et le film est malheureusement trop long, le rythme pêchant sur la fin. Le tout donne au film un air d'inachevé, d'inabouti qui, parfois, peut déranger, d'autant plus que le tout manque, il faut être honnête, un petit peu de cohérence... A ces défauts déjà frustrants se rajoute Sam Hui, qui interprète le personnage principal de manière correcte mais manque singulièrement de charisme, et tous les personnages ne sont pas forcément très bien exploités. Et pourtant, malgré ces défauts évidents, SWORDSMAN, chef d'oeuvre raté s'il en est, s'impose comme un grand film. On tient là un objet cinématographique d'une teneur émotionnelle incroyable et d'une puissance sans précédent, qui amène à plusieurs reprises le spectateur aux larmes, notamment au travers d'une séquence musicale de toute beauté, ou les visuels éclatants des chinois fous derrière le film se marient avec une grâce sans pareille à la composition sublime de l'illustre James Wong. Si vous ne lâchez pas votre petite larme avant la fin de SWORDSMAN, vous n'avez pas de coeur. Le coup de génie, à ce niveau-là, et simple, et réside dans les personnage secondaires mais néanmoins importants du vieux Kuk et de Lau l'ancien, deux personnages touchants et émouvants qui apparaissent en milieu de film pour le quitter brusquement au bout de 20 minutes dans une scène dans une scène d'une importance narrative qui n'a d'égal que son impact émotionnel sur le spectateur démuni face à tant de beauté, de générosité, et de pureté émotionnelle. Chef d'oeuvre en elle-même, toute la séquence mettant au centre du film ces deux personnages excellents est de loin ce qu'il y a de mieux dans SWORDSMAN, et si la suite n'est pas en reste, impossible de ne pas penser, pendant l'heure qui reste, à ces deux bouleversants vieils hommes, qui passent le flambeau aux plus jeunes Lingwu Chung et à Gamin, son sidekick, un peu comme King Hu passe avec ce SWORDSMAN le flambeau du wu xia pian aux deux malades mentaux sans limites que sont Tsui Hark et Ching Siu-Tung.

061
A la vue d'un film tel que celui-ci, il est néanmoins évident que ce qui nous intéresse le plus, c'est l'action, et c'est dans ce domaine que SWORDSMAN brille le plus. C'est une oeuvre spectaculaire qui fait preuve d'une générosité dans l'action presque déconcertante, tant celle-ci va constamment en recherche de l'excès le plus total et du chaos visuel le plus fou. Tous les combats du film sont des monuments de spectacle : une fois que ça commence à se battre, ça s'arrête jamais, et ça le fait toujours de la façon la plus portnawakesque et mangaesque possible. Dans SWORDSMAN, les chevaliers se bastonnent en se lançant des serpents ou en balançant des moulins à eau à travers les murs... Et ce ne sont que quelques unes des surprises complètement folles qui vous attendent dans ce film de fou, ou l'apreté des combats se mêle au foutraque et au comique de certaines situations, où tout est prétexte à une baston de folie supplémentaire et ou on passe avec brio de la noirceur à la bonne humeur et à l'humour gras bien propre aux hong-kongais... Des pratiques qui reflètent une fois de plus une volonté évidente de la part des créateurs de SWORDSMAN de transgresser les règles établies et de bouleverser le genre même dans ses codes les plus fondamentaux (le choix du format 1.85 au lieu du traditionnel 2.35 cinémascope est révélateur de cette démarche). La place que le film laisse aux femmes va d'ailleurs dans ce sens, et est la preuve évidente de l'investissement de Tsui Hark au scénario et à la réalisation, celles-ci étant constamment magnifiées, sublimées, mises en avant par la narration. Une place d'ailleurs importante est également laissée aux deux grandes vedettes du film, la magnifique et excellente Fennie Yuen et la superbe Sharla Cheung (qui sera remplacée dans le deuxième opus par l'encore plus magnifique Rosamund Kwan), qui livrent ici deux magnifiques prestations dans des rôles de chevalières héroïques intrépides, une preuve supplémentaire, si on en avait besoin, du féminisme aigu de Tsui Hark et de l'amour que portent les cinéastes de la Film Workshop à des oeuvres comme L'HIRONDELLE D'OR ou A TOUCH OF ZEN.

079
Par certains aspects, SWORDSMAN est un film raté. Il ne parvient pas à aller au bout de ses grandes ambitions, et l'ampleur du projet, avec les problèmes de production qui l'ont entouré, en font un chef d'oeuvre raté. Mais malgré tous ses défauts narratifs, SWORDSMAN reste tout de même un excellent film qui mérite un coup d'oeil bien attentif, tant ses défauts s'effacent face à ses grandes qualités. Grand divertissement avant tout, SWORDSMAN est une oeuvre forte qui, malgré ses échecs, est un jalon important dans l'avancée cinématographique du Wu Xia Pian. C'est un grand film d'une beauté formelle et esthétique rarement égalée, aussi ambitieux qu'épique et émouvant, qui, en dépit de tout, assène au spectateur un uppercut cinématographique dans le menton et le laisse KO. Si on peut être déçu du résultat final, impossible de ne pas crier au génie face à la virtuosité de certaines séquences et à l'audace furieuse de ce qui est un des meilleurs films de Ching Siu-Tung, -car c'est bel et bien son film-, qui poussera le tout encore plus loin avec SWORDSMAN II, moins ambitieux certes, mais plus maîtrisé, plus magnifique, et en regard de ses objectifs, tout de même plus réussi que ce premier opus d'une saga magnifique qui se range, avec les IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, dans ce que le cinéma hong-kongais à fait de mieux.

CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER A LA GALERIE COMPLETE DU FILM.

066
SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • SWORDSMAN II DE CHING SIU-TUNG.
  • DUEL TO THE DEATH DE CHING SIU-TUNG.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE II DE TSUI HARK.
  • THE BLADE DE TSUI HARK.
  • ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE DE TSUI HARK.
  • IRON MONKEY DE YUEN WOO-PING.
  • L'HIRONDELLE D'OR DE KING HU.
  • A TOUCH OF ZEN DE KING HU.

-ZE RING-

003

 

17 novembre 2012

SHANGHAI BLUES

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
TSUI HARK
.
ÉCRIT PAR | CHEUK-HON SZETO ET RAYMOND TO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

SYLVIA CHANG | Shu Pei-Lin.
KENNY BEE | Dorémi.
SALLY YEH | Escabeau.

31
En 1984, Tsui Hark est au plus bas. Son dernier film, ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE, s'est méchamment planté et, pour se maintenir à flot, Hark a été forcé de tourner deux films de commandes sur lesquels il a detesté travailler. Notre génie barbichu favori pense alors arrêter le cinéma pour se consacrer a un autre domaine ou il pourrait donner libre cours a sa créativité... Mais la déprime ne dure pas longtemps avec Hark, et plutôt que de lâcher les bras et abandonner la réalisation, son prochain film va en réalité marquer le début de la résurrection d'un cinéma mort depuis déja quelques temps. SHANGHAI BLUES est en effet le premier film de la Film Workshop, qui, quelques années plus tard, sera le plus gros studio hong-kongais de l'époque, auquel on doit quasiment tous les grands films de la grande époque hong-kongaise (LE SYNDICAT DU CRIME, PEKING OPERA BLUES, THE KILLER...). Alors que Tsui Hark croit toucher a la fin de sa carrière de réalisateur, il est en réalité en train de faire entrer le cinéma hong-kongais dans la légende et dans son âge le plus important. C'est la fin de la nouvelle vague, mais c'est le début de quelque chose de bien mieux, et quoi de plus approprié pour ce début qu'un des plus grands films réalisés à Hong Kong? Vous avez bien lu. De toutes les perles et chefs d'oeuvres qui sont sortis de Hong Kong, SHANGHAI BLUES se range facilement dans le haut du panier. Quelques explications...

56
Première comédie de Tsui Hark, SHANGHAI BLUES, en plus de marquer le commencement d'une grande époque, marque également le commencement d'une nouvelle période dans la carrière de son réalisateur. Aux oeuvres violentes, subversives, hardcore et sans concession que sont L'ENFER DES ARMES et HISTOIRES DE CANNIBALES succèdent SHANGHAI BLUES et par la suite PEKING OPERA BLUES, les deux premières comédies du maître. Pourtant, malgré les apparences et ce qu'on pourrait penser, SHANGHAI BLUES part du même principe que les oeuvres précédentes du bonhomme : mêler chronique sociale et pur divertissement, qui se complémentent, sans jamais que l'un ne fasse de l'ombre à l'autre. Ainsi, derrière ses apparences de comédie romantique burlesque, SHANGHAI BLUES cache un propos on ne peut plus sérieux sur une multitude de sujets tous plus intéréssants les uns que les autres... Pour la première fois, on retrouve ici une thématique qui va devenir par la suite plus ou moins récurrente chez le monsieur : l'amour, tout simplement. Hark traite son sujet avec une sincérité incroyable, mais surtout avec une grande intelligence, celui-ci n'hésitant jamais à explorer la thèse opposée à la sienne pour imposer la véracité de son propos. A la vision de SHANGHAI BLUES et des autres comédies romantiques du maître, il est évident qu'Hark voit l'amour comme une force indestructible, qui ne peut pas être entravé, ni par la société (THE LOVERS), même pas par la mort (DANS LA NUIT DES TEMPS) et encore moins par la guerre, comme c'est le cas ici... Ainsi si les deux amants sont séparés le jour même de leur rencontre par la guerre avec le Japon, ce n'est que pour mieux les réunir des années après. Certains qualifieront cette thèse de naïve, mais l'est-elle vraiment? Dans SHANGHAI BLUES, c'est l'amour qui fait avancer les personnages et qui les empêche de se laisser se faire écraser par la misère de leur époque. Ce n'est pas un hasard si Hark choisit de situer sa romance dans l'entre deux-guerres (On parle ici de la guerre sino-japonaise de 1937 et de la guerre civile chinoise de 1947) mais plutôt un choix logique si l'on considère les intentions d'Hark... On peut aller encore plus loin dans cette logique si l'on part du principe que SHANGHAI BLUES est avant tout un film sur un bouleversement historique, la force que Tsui Hark veut donner à l'amour se voit alors amplifiée et le propos s'en retrouve d'autant plus fort. Mais la force du film ne s'arrête pas la, et en bon auteur engagé, Hark voit toujours plus loin que les apparences et signe une chronique sociale traitant autant de l'amour que du choc des traditions avec la modernité. Impossible en effet de ne pas voir dans le personnage excentrique complètement folle qu'interprète Sally Yeh une incarnation des valeurs traditionnelles chinoises. Outre sa folie comique, Escabeau n'est ni plus ni moins qu'une représentation ambulante d'une société perdue face a un monde qui avance trop vite et trop fort. Les valeurs traditionnelles ne sont rien face au progrès et comme d'habitude chez Hark (sa saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE tourne autour de cette thématique), le choc social est difficile.

5
Mais la différence majeure entre SHANGHAI BLUES et les oeuvres précédentes d'Hark se trouve ici : si dans les anciens films du bonhomme, la crise sociale était aussi difficile pour les personnages que pour les spectateurs, ici, elle est seulement dure pour les personnages. Hark dédramatise en effet toutes les situations vécues par ses protagonistes. Même les évènements les plus dramatiques ne sont qu'un prétexte supplémentaire à un gag burlesque complètement débile... On pourrait craindre que ce comique omniprésent prenne le pas sur le sérieux du propos, mais en réalité, la est la grande force de SHANGHAI BLUES : Hark fait preuve d'un talent incroyable pour mêler les deux sans qu'ils se contredisent ou s'entravent mutuellement. De par son absence totale de cynisme, SHANGHAI BLUES est une oeuvre aussi profonde thématiquement qu'elle est drôle... En effet, les gags s'enchainent a un rythme infernal, avec une créativité toujours incroyable et un enthousiasme palpable. Bien sur, le côté excessivement burlesque de la chose pourra rebuter certains, mais en même temps, il n'y a rien de nouveau. Ils ne seront pas les premiers (ni les derniers) a être rebutés par la débilité pipi-caca de l'humour hong-kongais, et qui peut leur reprocher? Pour autant, ne voir que ça serait une erreur. Cette forme d'humour est nécessaire à la démarche du film et même s'il rebute, impossible de ne pas être au moins egayé par l'équipe du film qui s'éclate sans doute tout autant que le spectateur dans des gags tous aussi portnawakesques les uns que les autres, ou les quiproquos divers se mêlent perpétuellement à tous les registres de comique, eux-mêmes renforcés par des acteurs qui en font tous plus des tonnes que les autres et récitent leurs répliques comme si leur vie en dépendait. Vous l'aurez compris : SHANGHAI BLUES, c'est généreux, et ça s'arrête jamais, mais une fois de plus les apparences sont trompeuses et derrière ce monument de portnawak non-stop, on trouve en réalité un scénario magnifique écrit par deux des scénaristes les plus ingénieux de l'âge d'or hong-kongais, Raymond To (PEKING OPERA BLUES) et Cheuk-Hon Szeto (L'ENFER DES ARMES). Chaque gag, du plus soft au plus improbable, servent la progression d'un scénario en béton, au rythme constant, qui s'il se base énormément sur le comique, laisse également une grande place à d'autres formes d'émotion.

32
La grosse surprise de ce SHANGHAI BLUES se trouve ici : la façon dont Hark voyage littéralement d'une gamme d'émotions a une autre et comment il change de tonalité en un plan (je n'exagère rien, il le fait vraiment en un plan a un moment donné.)... Une fois de plus, préparez vos mouchoirs, car aussi drôle soit-il, SHANGHAI BLUES est aussi une oeuvre extrêmement émouvante, d'une rare poésie, ou l'image et le son se mélangent pour donner une symbiose émotionnelle renversante. Première oeuvre véritablement bouleversante du maître, il est également prodigieux d'y remarquer que toutes ses scènes comiques amènent volontairement, inévitablement, et toujours avec fun, un dénouement aussi bouleversant qu'il est enthousiaste et noir... Hark maîtrise de toute évidence l'art de mêler les paradoxes sans les faire entrer en conflit, mais c'est surtout son talent pour faire chialer le spectateur que l'on retiendra. Ainsi, si l'histoire est perpétuellement dédramatisée, Hark n'en oublie néanmoins pas la gravité, ce qui lui permet donc de passer d'un registre à l'autre sans trop de difficultés... Sa maîtrise des personnages est également d'une grande aide dans cette démarche, les portraits qui sont dressés de ceux-ci sont aussi complets qu'ils sont précis. Ainsi, chaque personnage est touchant a un moment donné. Même les personnages les plus secondaires (comme c'est par exemple le cas du propriétaire du cabaret) s'avèrent être émouvants. Hark ne passe jamais de jugement sur ses personnages (même les plus gros enculés) et les maîtrise, comme à son habitude, de bout en bout... Ainsi, il peut se permettre facilement de passer d'une situation à une autre. Le comique laisse souvent place à des situations plus dramatiques, ou, a défaut de celles-ci, a des scènes monumentalement poétiques... A ce titre, SHANGHAI BLUES compte une des plus belles scènes musicales jamais réalisées, un sommet poétique et musical dans lequel tout le talent du légendaire James Wong explose littéralement! Par ailleurs, SHANGHAI BLUES est également une date majeure dans la filmographie de Hark dans la mesure ou c'est sa première collaboration avec son compositeur fétiche, James Wong, justement. Double musical du maître, celui-ci complète les visuels à tomber par terre du film et capture tous les aspects du film avec sa bande-son, sublime et travaillée, qui se range d'office parmi les meilleures compositions entendues à Hong Kong.

11
Du point de vue technique, SHANGHAI BLUES est magnifique, tout simplement. Tsui Hark fait preuve d'une créativité visuelle comme toujours impressionnante. Il joue ici surtout sur la couleur et les éclairages, certains qui ne sont pas sans rappeler AUTANT EN EMPORTE LE VENT d'ailleurs (qu'Hark a souvent cité comme influence), mais aussi sur sa reconstitution historique impressionnante de la Shanghai des années 40. Les décors crient le réalisme, et l'ambiance urbaine est filmée avec une énergie et un panache qui inspirent le respect. La maîtrise de l'espace du bonhomme est également impressionnante, celui-ci parvenant à faire oublier dans des espaces a l'organisation complexe parfois jusqu'a 6 personnages dans des gags pleins de vivacité. Qui plus est, celui-ci capture et magnifie la prestation de chacun de ses acteurs. Tous se donnent clairement a fond, par conséquent, leurs prestations sont hilarantes, et Hark n'en rate pas une miette... Chaque expression, chaque grimace, est capturée puis magnifiée par la caméra de Hark. Chaque acteur du film, d'ailleurs, fait preuve d'un grand talent, passant sans difficulté d'un registre à un autre et surtout créant avec enthousiasme l'hilarité chez le spectateur... Impossible de ne pas exploser face aux grimaces de Sally Yeh, ou a la gestuelle excessive de Kenny Bee. Mais surtout, ils animent avec brio leurs personnages respectifs, et de ce point de vue, impossible de ne pas rester ébahi devant la performance de Sylvia Chang, qui interprète Shu Pei-Lin avec autant de naturel qu'elle n'emploie de registres.

51
Malgré tout ça, SHANGHAI BLUES fut néanmoins un flop de plus pour Tsui Hark... Ce qui fut loin de le décourager. Deux ans plus tard, il retournait le cinéma hong-kongais sur la gueule en réalisant PEKING OPERA BLUES et en produisant LE SYNDICAT DU CRIME, par la même, offrant la plus belle période de sa carrière a John Woo, le réalisateur le plus reconnu de ces contrées. Tout cela n'aurait pas été possible sans SHANGHAI BLUES, premier film de la Film Workshop mais surtout premier chef d'oeuvre de l'âge d'or hong-kongais, première comédie romantique d'un auteur engagé qui en a fait un de ses genres de prédilection, première collaboration entre deux artistes de grand talent (Tsui Hark et James Wong) et une baffe supplémentaire a travers la tronche. SHANGHAI BLUES est un grand film, aussi drôle qu'il est bouleversant, aussi profond qu'il est divertissant, réalisé et écrit d'une main de maître avec une rare générosité. Un chef d'oeuvre fondateur a voir et a revoir...

CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER A LA GALERIE COMPLETE DU FILM

59
SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

-ZE RING-

60

01 mai 2012

PEKING OPERA BLUES

Jaquette

RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | RAYMOND TO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

BRIGITTE LIN | Tsao Wan.
CHERIE CHUNG | Sheung Hung.
SALLY YEH | Pat Neil.
MARK CHENG | Ling Pak-Hoi.
KWOK KEUNG CHEUNG | Tung Man.
KENNETH TSANG | General Tsao.
FENG KU | Commandant Liu.

En 1913, la fille d'un seigneur de guerre (Brigitte Lin) rejoint un mouvement de liberation clandestin et rencontre une chanteuse cupide (Cherie Chung).

1


On assimile bien souvent Tsui Hark a des oeuvres violentes et nihilistes comme THE BLADE ou L'ENFER DES ARMES. Toutefois, c'est un cinéaste a la carrière bien plus variée qu'elle n'y parait puisqu'au milieu de ces oeuvres violentes se tiennent d'autres, en contraste total avec ces dernières. C'est notamment le cas de PEKING OPERA BLUES, film on ne peut plus déconcertant, même dans la carrière d'un cinéaste comme Tsui Hark, puisque ce dernier s'amuse (et prend son pied, à la vision du film cela en devient évident) à mélanger les genres sans aucun complexe ou retenue... PEKING OPERA BLUES est une comédie mélangeant élément du film d'espionnage, d'arts martiaux, mais aussi d'importants hommages à tout un pan de la culture populaire chinoise, à commencer par l'opéra de Pékin, comme son titre l'indique... Mais la ou PEKING OPERA BLUES s'avère être une oeuvre véritablement exceptionnelle, c'est que tout ce pot pourri narratif fonctionne à merveille et ce, en permanence, mais en plus, Tsui Hark fait preuve d'une inventivité sans égal en détournant sans aucune limite les règles inhérentes a son genre et son sujet.

2

En effet, si PEKING OPERA BLUES est une oeuvre profondément comique, c'est indéniable, c'est également une oeuvre qui s'avère surprenante dans la mesure ou en réalité elle ne tranche pas radicalement avec les films antérieurs de Tsui Hark... En effet, elle demeure une oeuvre ultra-violente qui ne lésine pas sur l'hémoglobine, ou ça se bastonne sans arrêt et sans aucune pitié (à ce titre, les chorégraphies de Ching Siu-Tung sont aussi fluides qu'elles sont brutales) mais qui ne manque pas de moments hilarants et de situations cocasses... Jouant avec sa narration dans le seul but de créer les situations les plus drôles possibles, Hark n'oublie cependant pas de rester fidèle à la grande force de son film : la façon dont il mélange des genres qui pourraient sembler radicalement opposés... Ainsi, dans la logique interne a PEKING OPERA BLUES, il n'est guère surprenant de trouver une scène profondément dramatique au milieu d'une autre profondément comique. Tsui Hark l'a compris, le seul moyen de faire marcher tout cela, c'est en dressant de manière précise le portrait de plusieurs personnages, tous aussi loufoques qu'ils sont différents, afin de jouer par la suite avec leurs personnalités et états d'âmes. De cette façon, Hark peut se permettre très facilement de jouer avec des registres très différents, chaque personnage ayant des enjeux dramatiques (ou comiques, c'est selon) qui lui sont propres. Les personnages sont indéniablement la grande qualité de ce PEKING OPERA BLUES, et tous ont droit a leur heure de gloire, aucun n'étant laissé en retrait, ce qui au vu du nombre de personnages dans le film, est un véritable exploit.

3

L'exploit narratif se poursuit lorsqu'une première partie hilarante laisse place à une deuxième partie qui recentre de manière explicite les enjeux les plus dramatiques du film... Ainsi la cocasse histoire d'espionnage de la première partie laisse place a une deuxième partie bien plus violente et tendue, ou la vengeance tient une place évidente. Qui plus est, dans tout ce mélange de genre, Hark détourne avec brio tous les codes inhérents a l'opéra de Pékin, -suffisamment explicités dans le film pour être compris par un public occidental-, au travers d'un tour de force narratif dont je tairai les détails, bien trop ingénieux et drôles pour que je les dévoile ici sans aucune finesse... La narration, c'est sans doute une des plus grandes qualités de PEKING OPERA BLUES, le screenplay de Raymond To multipliant les personnages et les enjeux pour mieux les faire converger vers un point précis. Le film, brillament construit en crescendo, fait preuve d'un rythme non-stop absolument incroyable. De temps morts, PEKING OPERA BLUES est absolument exempt, tout s'enchaine avec une fluidité qui inspire et a laquelle la mise en scène fait énormément honneur. En effet, à la vision du film, il est évident que peu de metteurs en scène auraient pu réaliser PEKING OPERA BLUES, Tsui Hark s'avère être un choix on ne peut plus judicieux dans la mesure ou sa gestion de l'espace et du temps hors du commun lui permettent de donner vie a des moments de bravoure cinématographique relevant purement et simplement du jamais vu, c'est notamment le cas de la deuxième scène "d'opéra" ou les enjeux se multiplient en même temps que les genres présents dans la même scène... Le tout s'avère tellement fou mais aussi tellement maîtrisé que cela inspire forcément le respect. Tsui Hark perd littéralement le spectateur dans tout ce florilège de genres et de situations dingues mais ce dernier ne perd jamais ses marques. Une fois de plus, le chaos propre a Tsui Hark s'avère tout aussi renversant et fou qu'il est organisé et minutieusement pensé (je vais devoir arrêter de chroniquer des Tsui Hark, j'ai vraiment l'impression de radoter.).

4

Dans tout ça, on retrouve un trio d'actrices tout bonnement exceptionnel, donnant vie a des personnages pas nécessairement faciles à interpréter de façon toujours différentes et inventives, le trio Lin - Yeh - Chung participe activement à la réussite qu'est PEKING OPERA BLUES, donnant une intensité dramatique ou comique, encore une fois c'est selon, aux scènes qu'elles animent. Toutefois, la palme revient très clairement à Kenneth Tsang, excellent acteur bien trop souvent rélégué a l'arrière plan, qui ici livre le portrait magnifique d'un personnage bourru et touchant, le bonhomme vole la vedette a chaque apparition et fait preuve d'un charisme pour le moins insolite. Tsang trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, voire, tout simplement, son meilleur... A tout ce beau monde se rajoutent des seconds couteaux tous aussi talentueux les uns que les autres qui donnent vie a l'univers déjanté de ce PEKING OPERA BLUES pour le moins exceptionnel.

5

Vous l'aurez compris, PEKING OPERA BLUES est un grand film... Mais, car il y a un mais, c'est un grand film qui demeure difficilement trouvable. Il n'y a pas d'édition disponible en France et le film n'existe sans doute qu'en VO sous-titrée anglais, disponible sur le Blu-Ray chinois (qu'il est possible "d'acquérir" sur le net.). Mais ce PEKING OPERA BLUES vaut la peine et l'effort. En effet, il s'agit d'une des meilleures oeuvres de Tsui Hark, tour à tour drôle, émouvant, ahurissant, violent... Une alchimie des genres et des registres absolument incroyable, qui, si vous avez la chance, vous laissera a coup sur un souvenir indélébile et vous marquera a vie la rétine. Un chef d'oeuvre, tout simplement.

CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER A LA GALERIE COMPLETE DU FILM

6

SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • THE LOVERS de Tsui Hark.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE II de Tsui Hark.

-ZE RING-

7

 

26 avril 2012

THE BLADE

Jaquette
RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | TSUI HARK ET KOAN HUI.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | RAYMOND WONG ET WAI LAP WU.

CHIU MAN-CHEUK | Ding On.
MOSES CHAN | Tête d'Acier.
XIN XIN XIONG | Fei Lung.
VALERIE CHOW | La prostituée.

Au Moyen-Âge, en Chine...En apprenant les circonstances tragiques de la mort de son père, Ding On (Chiu Man-Cheuk), un jeune forgeron, décide de retrouver l'assassin de celui-ci. Mais attaqué par une horde de bandits, il perd un bras...

1


Tsui Hark est le fondateur et le fer de lance du mouvement cinématographique hong-kongais né dans les années 80... Toutefois, si ce mouvement est né avec LE SYNDICAT DU CRIME de John Woo, souvent considéré comme le pilier du mouvement, il est très souvent oublié que 6 ans avant cela, Tsui Hark posait toutes les bases de ce dernier avec L'ENFER DES ARMES, c'est-à-dire retourner littéralement le système du cinéma hong-kongais pour ensuite le révolutionner... L'ENFER DES ARMES fut un premier pas, par la suite Tsui Hark ne cessa pas de lancer des modes en produisant bon nombre de films (tels que la trilogie SWORDSMAN ou HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS, ou encore tout simplement la trilogie du SYNDICAT DU CRIME) mais surtout réalisera bon nombre d'oeuvres de genres divers, l'occasion pour Hark de détourner les codes des genres qu'il exploite avec des oeuvres comme par exemple PEKING OPERA BLUES, THE LOVERS, ou bien THE BLADE. Et c'est de THE BLADE dont il est question aujourd'hui, chef d'oeuvre du Wu Xia Pian (film de chevalerie chinois) qui prend les codes du genre pour littéralement les retourner et livrer un ovni cinématographique, qui, aussi culte soit-il, n'a malheureusement pas tout le respect qu'il mérite.

2
D'un autre côté, rien de bien étonnant, Tsui Hark livrant avec THE BLADE l'oeuvre la plus extrême de sa carrière. En effet, si pendant ses 30 années d'activité, il n'a eu de cesse de rechercher le chaos au cinéma, c'est avec THE BLADE que c'est le plus frappant. Avec ce film, les intentions de Tsui Hark sont très claires : plonger le spectateur dans un chaos visuel et sonore vertigineux, et cela se ressent à l'écran par un montage véritablement furieux ou tout s'enchaine avec une frénésie qui envoie sans aucune pitié tout ce qui s'est fait en la matière 6 pieds sous terre! Ne nous voilons pas la face, THE BLADE c'est du jamais vu, un film ou les choses s'enchainent avec une telle vigueur, une telle force et un tel chaos ambiant qu'il est quasi impossible d'en décrocher... Toutefois, encore faut-il accrocher aux délires visuels d'un Tsui Hark en colère, se servant de sa caméra comme catharsis et balançant toute la noirceur de son oeuvre a la gueule d'un spectateur on ne peut plus démuni. Je le répète, THE BLADE est l'oeuvre la plus extrême et la moins équilibrée de son réalisateur, pour cette raison, beaucoup resteront sur le carreau et ne parviendront jamais à rentrer dans le film... Les pauvres, tant THE BLADE est une oeuvre unique en son genre qui envoie chier sans aucune concession tous les codes du genre qu'il exploite pour devenir quelque chose de véritablement exceptionnel. Vision sans concession et noire du mythe du sabreur manchot, exploré dans les mythiques UN SEUL BRAS LES TUA TOUS et LA RAGE DU TIGRE (pour ne citer qu'eux), THE BLADE est également l'occasion de plus pour son réalisateur d'explorer la facette de l'homme (et je veux bien dire l'homme, pas l'être humain) la plus noire et la plus désespérée. Nihiliste, THE BLADE l'est assurément et sert, comme d'hab, d'intermédiaire entre ce fou furieux de Hark et un spectateur qui ne sait pas encore quel constat obscur il va se prendre dans les dents. C'est bien simple, Tsui Hark livre une vision tellement réaliste d'une époque souvent romancée qu'elle en devient presque excessive de noirceur!

3
En conséquence, il n'y a rien de plus efficace pour montrer le chaos et l'horreur du contexte du film que les choix de mise en scène de Tsui Hark... Discutables sans doute pour ceux qui n'adhèrent pas aux délires visuels du monsieur mais on ne peut plus efficaces pour ceux qui réussissent à rentrer dans son trip. THE BLADE, à bien des égards, pourrait sembler bordélique, pourtant, il est clair, du moins lorsqu'on regarde le film avec ses yeux, que le chaos que Tsui Hark met en scène est paradoxalement on ne peut plus réfléchi... Le montage frénétique est d'une organisation rigoureuse et minutieuse, d'ou la réussite indéniable de l'entreprise : à des plans superbes s'allie un montage on ne peut plus fou, donnant lieu à une orgie visuelle certes parfois perdant un peu trop le spectateur mais le plongeant dans une immersion à toute épreuve... A cela se rajoute un travail sonore absolument assourdissant, l'élément supplémentaire montrant clairement la visée de Tsui Hark : attaquer les sens de la manière la plus viscérale envisageable. Le tout fonctionne a merveille, confronté à ce chaos des plus extrêmes, le spectateur ne sait vraiment plus ou se mettre! Dans cette situation, le spectateur ne peut qu'être ébahi face à des bastons incroyablement chorégraphiées, dans lesquelles se mélangent prouesses martiales sidérantes et violence percutante, à ce titre, le combat final est très certainement la meilleure scène de baston jamais réalisée, un véritable monument de barbarie jamais égalé!

4
Dans tout ce bordel, Tsui Hark ne peut s'empêcher de jouer avec les codes de son histoire... Ainsi du personnage chevaleresque qu'était le sabreur manchot dans LA RAGE DU TIGRE, on passe à Ding On, sabreur impitoyable en quête de vengeance... Ce qui n'est pas un hasard puisque le tout s'inscrit directement dans une optique on ne peut plus "Harkienne". En effet, si ses films sont souvent considérés comme des "films d'hommes" (tout comme son pote John Woo), ce sont les femmes qui sont au centre de ces derniers et THE BLADE ne fait pas exception... Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les 2 premières minutes du film, ou dès le départ la narration est donnée par une femme, personnage pivotal du récit, pivotal dans le sens ou THE BLADE est tout autant un film de sabre que c'est une histoire d'amour, on ne peut plus nihiliste certes (comme c'est souvent le cas avec Tsui Hark) mais une histoire d'amour quand même, montrant une fois de plus la propension qu'a Tsui Hark à manipuler sans aucune limite la codification des genres... Ce qui n'a pas de limites non plus chez Tsui Hark, c'est son ambition. En effet, s'il est bien connu pour son génie il l'est également pour son ambition presque mégalomaniaque, ce qui a donné lieu, par exemple, à des coupes de 2 heures sur son génial SEVEN SWORDS et donc a des défauts narratifs évidents... Fort heureusement, pas de ça ici, la narration est claire comme de l'eau et véritablement ingénieuse, en conséquence, THE BLADE est une oeuvre d'une fluidité incroyable mais qui s'avère être en plus brillament écrite... THE BLADE avance d'idée scénaristique brillante en idée scénaristique encore plus brillante, doublés d'idées visuelles époustouflantes (la scène ou Ding On s'entraîne... Quel pied!) renforcé par le talent technique sidérant d'un Tsui Hark au sommet de sa forme.

5
Vous l'aurez compris, THE BLADE est une oeuvre exceptionnelle, qui, par sa forme on ne peut plus extrême, ne plaira certes pas à tout le monde mais demeure une expérience qui vaut le coup d'être tenté! THE BLADE est sans doute le Wu Xia Pian ultime, le chef d'oeuvre de tout un pan du cinéma asiatique... Une oeuvre nihiliste et noire mais aussi un plaisir sensoriel incroyable et sans aucun égal. THE BLADE est une oeuvre d'une très grande importance, et d'une très grande influence sur le cinéma dans sa globalité, par ailleurs, au cas ou mon conseil ne serait pas suffisant, Quentin Tarantino ne cesse de faire l'éloge du film et va même jusqu'a dire de Tsui Hark que c'est le meilleur metteur en scène de tous les temps... Et vous vous doutez bien que je suis d'accord. ;)

CLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER A LA GALERIE COMPLETE DU FILM

7
Si vous avez aimé ce film, vous aimerez...

  • L'ENFER DES ARMES de Tsui Hark.
  • SEVEN SWORDS de Tsui Hark.
  • TIME AND TIDE de Tsui Hark.
  • LA RAGE DU TIGRE de Chang Cheh.

-ZE RING-

BANNIERE