28 juin 2011

COMPANEROS

C1
RÉALISATION
| SERGIO CORBUCCI
ÉCRITURE | SERGIO CORBUCCI, MASSIMO DE RITA, FRITZ EBERT, JOSÉ FRADE ET ARDUINO MAIURI
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

FRANCO NERO | Yodlaf Peterson "The Swede"
TOMAS MILIAN |
El Vasco
JACK PALANCE | John
FERNANDO REY | Professeur Xantos
IRIS BERBEN |
Lola
JOSÉ BODALO | General Mongo

C2


"LEVANTANDO EL AIRE LOS SOMBREROS, VAMOS A MATAR, VAMOS A MATAR COMPANEROS!"

C'est sur cette phrase culte, issue de la bande-son ultra-jouissive d'un Ennio Morricone en folie, que Companeros s'ouvre. Nous sommes en 1970, le western zapata est de plus en plus apprécié par le public (en grande partie grâce au très subversif El Chuncho de Damiano Damiani) et le western italien de manière générale à toujours autant de succès. C'est dans ce contexte que Sergio Corbucci, ennemi juré de Sergio Leone, signe un des meilleurs westerns italiens : Companeros. Pour ceux qui ne connaissent pas le western italien au-dela des oeuvres stylisées de Sergio Leone, je tiens quand même à prévenir, Companeros, et la majorité des westerns italiens que je critiquerai à l'avenir (à commencer par le chef d'oeuvre Keoma, la tuerie absolue El Chuncho et Le grand silence que je verrai très très bientôt.) que ce sont des oeuvres très différentes. Corbucci fait des films hardcores par définition, et très loin de la beauté stylistique des films de Leone. Et même si Companeros fait pale figure en termes de violence face à des oeuvres comme Django ou Keoma, force est de constater que le côté sans concession de chef d'oeuvre en rebutera beaucoup, en particulier s'ils ne sont pas préparés outre-mesure à voir quelque chose de très différent de Le bon, la brute et le truand. Quoiqu'il en soit, inutile de dire qu'a mes yeux, Companeros est une pure réussite, une telle réussite que Sergio Leone, ze big master of ze western made in Cinecitta, s'en est très très inspiré pour son Il était une fois la révolution, ce qui sera une occasion pour les détracteurs de Leone (si si ça existe.) de coller quelques taquets au bonhomme, taquets complètement injustifiés puisqu'effectivement s'il s'inspire de l'oeuvre de Corbucci, Il était une fois la révolution est tout de même très différent de Companeros dans la mesure ou il n'est pas si si sans concession, ni autant basé sur la comédie ni aussi bon que ce dernier.

C3
Car Companeros est une alchimie de tous les registres imaginables : tantôt politique et subversif, il passe au comique, puis à des fusillades dantesques et se termine sur un final aussi émouvant qu'il est épique. Autant dire qu'en termes de générosité, Companeros délivre la marchandise puisqu'on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce film, merci à un rythme incroyable et furieux propre au western zapata (voir El Chuncho, un film qui lui non plus, ne s'arrête jamais.), Corbucci livre un film complet dans sa structure puisque non content d'imposer un rythme incroyable au spectateur de son film, le bonhomme livre une mise en scène, qui, si elle est loin d'égaler le réal "fer de lance" du genre (inutile de dire de qui je parle.), demeure absolument géniale. On trouve donc quelques merveilles visuelles dans ce Companeros, comme par exemple cette charge finale d'un Franco Nero moustachu complètement fou, ou les apparitions de Jack Palance dans un rôle de bad mother fucker zoophile marijuana-crazed mémorable. Et oui, car c'est un autre point ou Companeros brille, et ça pas besoin de voir le film pour le deviner : son casting. Car Companeros est un des rares films de cette époque et de ce genre à ne pas avoir été tourné en post-synchronisé (doublage après le tournage grosso modo.), et cela s'en ressent. Parlant tous en anglais, chaque acteur livre des prestations plus que mémorables, à commencer par celui qui est pour moi le meilleur acteur de westerns de tous les temps, je pense bien évidemment à Franco Nero (Django, Keoma et pour ceux qui ne connaissent pas le western spaghetti, c'est le général Esperanza dans 58 minutes pour vivre.), qui joue ici le rôle d'un traffiquant d'armes suédois (Franco Nero trouvait toujours une excuse pour parler avec sa vraie voix en anglais, ainsi son accent ne genait pas sa crédibilité.), véritable tête à claques ambulante, gros crevard, un sacré enfoiré en somme mais tellement charismatique, tellement bien interprété et composé qu'il en devient attachant, au même titre que Tomas Milian (Le dernier face à face, Tire encore si tu peux, Les 4 de l'apocalypse), bandido sans remords et sans scrupules, mais qui parviendra à trouver une certaine forme de rédemption dans la révolution, car la est tout l'objectif de Companeros, et c'est d'ailleurs une composante commune à une grande partie des westerns zapata : la rédemption et une évolution dans l'idéologie des personnages grâce à une personne qui à tout pour être leur ennemi. Ici, c'est Fernando Rey (French Connection et beaucoup des oeuvres de Luis Bunuel) qui endosse le rôle de rédempteur, celui du professeur Xantos, mexicain instruit très très cool, et surtout, pacifiste. Bien évidemment, parler des acteurs du film sans parler du légendaire Jack Palance serait criminel : bad mother fucker en puissance mais également le personnage le plus barré du film, puisque non seulement c'est un accro a la marijuana mais il semble aussi entretenir des relations, disons, étroites avec Marshall, piaf agacant et menaçant mais également source d'un des moments les plus comiques du film.

C4
Tout ce festival de personnages donne naissance à un aspect scénaristique inattendu dans un western : le nihilisme profond de ce Companeros. Car nihiliste, il l'est assurément, transformant les rebelles pacifistes du début du film petit à petit en révolutionnaires violents, annihilant les plus pacifiques, Sergio Corbucci ne fait pas de cadeaux et montre la violence comme solution à l'oppression et à la violence mais aussi comme la seule solution à ces problèmes, pour cela, Corbucci accorde un travail tout particulier au groupe du professeur Xantos, pacifique en puissance, jugeant la violence comme un mal mais également comme une honte, faisant de ce personnage censé incarner la sagesse dans toute sa splendeur un personnage aux ambitions limite naives, mais surtout irréalisables, en témoigne cette scène ou ce même professeur, dans un élan de colère, envoie une mornifle dans la gueule d'un de ses disciples et en témoigne également cette scène finale très émouvante ou je vais pas vous dire ce qu'il se passe. :-) C'est donc un film nihiliste mais aussi subversif que livre Corbucci, et derrière ce Companeros se cache un aspect sombre et inquiétant que le côté bon vivant et comique du western zapata camoufle légèrement. Companeros, un film couillu? Carrément ouais, ce pourquoi il me gonfle de le voir encore comparé par des gens qui ont visiblement de la merde dans les yeux puisque la ou Il était une fois la révolution est un pur exercice de style comique et jouissif doté d'une légère subversion, Companeros lui est un film engagé dans un propos nihiliste et subversif qui mélange tout comme le film de Leone plusieurs registres.

C5
Car ici se trouve une des plus grandes forces du film, l'aisance dont fait preuve Corbucci pour passer d'un registre à l'autre, ainsi si le film est une oeuvre dans sa globalité complètement barrée, très fun et très drôle illustrée par une bande-son ultra-fun d'Ennio Morricone, au moment des fusillades, Corbucci transforme son Companeros en une oeuvre ultra-violente et sans concession, puis entre deux fusillades envoie des passages se déroulant sous l'égide d'un humour pince sans rire (y a des moments je me demandais s'il fallait que je rigole ou pas.). Finalement toutes ces scènes mènent à un dénouement émouvant mais aussi épique, avec un Franco Nero galopant toutes armes dégainées en criant de toute voix une phrase qui restera à jamais gravée dans votre esprit : "VAMOS A MATAR COMPANEROS", le tout avant un arrêt sur image en rouge et noir à la Red Dead Redemption, la classe (et si la vous n'avez toujours pas envie de voir le film je ne sais plus quoi faire pour vous.). C'est de cette façon que se solde ce qui est pour moi un des meilleurs westerns italiens, un pur chef d'oeuvre que tout le monde se doit le voir au moins une fois.

C6
Malheureusement tout le monde ne pourra pas le voir au moins une fois. La raison est simple : merci à ces enculés d'éditeurs incompétents, Companeros ne peut pas être vu en version originale en France. Il y a bien un DVD, mais assez cher, dénué de bonus, et ne disposant que d'un doublage français de merde. Le même désastre que pour Le temps du massacre de Lucio Fulci en somme (pas étonnant, c'est le même éditeur.). Du coup, pour ces deux films, il n'y a qu'une seule solution pour les voir en VO : le DVD Zone 1. Il faut donc un lecteur DVD dézoné (ce qui n'est guère difficile à faire.) mais surtout des compétences en anglais puisque le film n'existe pas en VOSTFR... Pour les anglophones je tiens toutefois à signaler que Companeros à été édité chez Blue Underground. C'est l'édition que je possède et elle déchire tout, elle est trouvable sur amazon.co.uk pas très cher et tout ce que je peux vous conseiller dessus c'est de vous jeter dessus pour pouvoir vous vanter d'être un des rares en France à avoir vu le chef d'oeuvre Companeros dans les meilleures conditions possibles. Et oui, un chef d'oeuvre, c'est le mot... Alors voyez-le dès que vous en avez l'occasion!

-ZE RING-

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