17 novembre 2012

SHANGHAI BLUES

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
TSUI HARK
.
ÉCRIT PAR | CHEUK-HON SZETO ET RAYMOND TO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

SYLVIA CHANG | Shu Pei-Lin.
KENNY BEE | Dorémi.
SALLY YEH | Escabeau.

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En 1984, Tsui Hark est au plus bas. Son dernier film, ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE, s'est méchamment planté et, pour se maintenir à flot, Hark a été forcé de tourner deux films de commandes sur lesquels il a detesté travailler. Notre génie barbichu favori pense alors arrêter le cinéma pour se consacrer a un autre domaine ou il pourrait donner libre cours a sa créativité... Mais la déprime ne dure pas longtemps avec Hark, et plutôt que de lâcher les bras et abandonner la réalisation, son prochain film va en réalité marquer le début de la résurrection d'un cinéma mort depuis déja quelques temps. SHANGHAI BLUES est en effet le premier film de la Film Workshop, qui, quelques années plus tard, sera le plus gros studio hong-kongais de l'époque, auquel on doit quasiment tous les grands films de la grande époque hong-kongaise (LE SYNDICAT DU CRIME, PEKING OPERA BLUES, THE KILLER...). Alors que Tsui Hark croit toucher a la fin de sa carrière de réalisateur, il est en réalité en train de faire entrer le cinéma hong-kongais dans la légende et dans son âge le plus important. C'est la fin de la nouvelle vague, mais c'est le début de quelque chose de bien mieux, et quoi de plus approprié pour ce début qu'un des plus grands films réalisés à Hong Kong? Vous avez bien lu. De toutes les perles et chefs d'oeuvres qui sont sortis de Hong Kong, SHANGHAI BLUES se range facilement dans le haut du panier. Quelques explications...

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Première comédie de Tsui Hark, SHANGHAI BLUES, en plus de marquer le commencement d'une grande époque, marque également le commencement d'une nouvelle période dans la carrière de son réalisateur. Aux oeuvres violentes, subversives, hardcore et sans concession que sont L'ENFER DES ARMES et HISTOIRES DE CANNIBALES succèdent SHANGHAI BLUES et par la suite PEKING OPERA BLUES, les deux premières comédies du maître. Pourtant, malgré les apparences et ce qu'on pourrait penser, SHANGHAI BLUES part du même principe que les oeuvres précédentes du bonhomme : mêler chronique sociale et pur divertissement, qui se complémentent, sans jamais que l'un ne fasse de l'ombre à l'autre. Ainsi, derrière ses apparences de comédie romantique burlesque, SHANGHAI BLUES cache un propos on ne peut plus sérieux sur une multitude de sujets tous plus intéréssants les uns que les autres... Pour la première fois, on retrouve ici une thématique qui va devenir par la suite plus ou moins récurrente chez le monsieur : l'amour, tout simplement. Hark traite son sujet avec une sincérité incroyable, mais surtout avec une grande intelligence, celui-ci n'hésitant jamais à explorer la thèse opposée à la sienne pour imposer la véracité de son propos. A la vision de SHANGHAI BLUES et des autres comédies romantiques du maître, il est évident qu'Hark voit l'amour comme une force indestructible, qui ne peut pas être entravé, ni par la société (THE LOVERS), même pas par la mort (DANS LA NUIT DES TEMPS) et encore moins par la guerre, comme c'est le cas ici... Ainsi si les deux amants sont séparés le jour même de leur rencontre par la guerre avec le Japon, ce n'est que pour mieux les réunir des années après. Certains qualifieront cette thèse de naïve, mais l'est-elle vraiment? Dans SHANGHAI BLUES, c'est l'amour qui fait avancer les personnages et qui les empêche de se laisser se faire écraser par la misère de leur époque. Ce n'est pas un hasard si Hark choisit de situer sa romance dans l'entre deux-guerres (On parle ici de la guerre sino-japonaise de 1937 et de la guerre civile chinoise de 1947) mais plutôt un choix logique si l'on considère les intentions d'Hark... On peut aller encore plus loin dans cette logique si l'on part du principe que SHANGHAI BLUES est avant tout un film sur un bouleversement historique, la force que Tsui Hark veut donner à l'amour se voit alors amplifiée et le propos s'en retrouve d'autant plus fort. Mais la force du film ne s'arrête pas la, et en bon auteur engagé, Hark voit toujours plus loin que les apparences et signe une chronique sociale traitant autant de l'amour que du choc des traditions avec la modernité. Impossible en effet de ne pas voir dans le personnage excentrique complètement folle qu'interprète Sally Yeh une incarnation des valeurs traditionnelles chinoises. Outre sa folie comique, Escabeau n'est ni plus ni moins qu'une représentation ambulante d'une société perdue face a un monde qui avance trop vite et trop fort. Les valeurs traditionnelles ne sont rien face au progrès et comme d'habitude chez Hark (sa saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE tourne autour de cette thématique), le choc social est difficile.

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Mais la différence majeure entre SHANGHAI BLUES et les oeuvres précédentes d'Hark se trouve ici : si dans les anciens films du bonhomme, la crise sociale était aussi difficile pour les personnages que pour les spectateurs, ici, elle est seulement dure pour les personnages. Hark dédramatise en effet toutes les situations vécues par ses protagonistes. Même les évènements les plus dramatiques ne sont qu'un prétexte supplémentaire à un gag burlesque complètement débile... On pourrait craindre que ce comique omniprésent prenne le pas sur le sérieux du propos, mais en réalité, la est la grande force de SHANGHAI BLUES : Hark fait preuve d'un talent incroyable pour mêler les deux sans qu'ils se contredisent ou s'entravent mutuellement. De par son absence totale de cynisme, SHANGHAI BLUES est une oeuvre aussi profonde thématiquement qu'elle est drôle... En effet, les gags s'enchainent a un rythme infernal, avec une créativité toujours incroyable et un enthousiasme palpable. Bien sur, le côté excessivement burlesque de la chose pourra rebuter certains, mais en même temps, il n'y a rien de nouveau. Ils ne seront pas les premiers (ni les derniers) a être rebutés par la débilité pipi-caca de l'humour hong-kongais, et qui peut leur reprocher? Pour autant, ne voir que ça serait une erreur. Cette forme d'humour est nécessaire à la démarche du film et même s'il rebute, impossible de ne pas être au moins egayé par l'équipe du film qui s'éclate sans doute tout autant que le spectateur dans des gags tous aussi portnawakesques les uns que les autres, ou les quiproquos divers se mêlent perpétuellement à tous les registres de comique, eux-mêmes renforcés par des acteurs qui en font tous plus des tonnes que les autres et récitent leurs répliques comme si leur vie en dépendait. Vous l'aurez compris : SHANGHAI BLUES, c'est généreux, et ça s'arrête jamais, mais une fois de plus les apparences sont trompeuses et derrière ce monument de portnawak non-stop, on trouve en réalité un scénario magnifique écrit par deux des scénaristes les plus ingénieux de l'âge d'or hong-kongais, Raymond To (PEKING OPERA BLUES) et Cheuk-Hon Szeto (L'ENFER DES ARMES). Chaque gag, du plus soft au plus improbable, servent la progression d'un scénario en béton, au rythme constant, qui s'il se base énormément sur le comique, laisse également une grande place à d'autres formes d'émotion.

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La grosse surprise de ce SHANGHAI BLUES se trouve ici : la façon dont Hark voyage littéralement d'une gamme d'émotions a une autre et comment il change de tonalité en un plan (je n'exagère rien, il le fait vraiment en un plan a un moment donné.)... Une fois de plus, préparez vos mouchoirs, car aussi drôle soit-il, SHANGHAI BLUES est aussi une oeuvre extrêmement émouvante, d'une rare poésie, ou l'image et le son se mélangent pour donner une symbiose émotionnelle renversante. Première oeuvre véritablement bouleversante du maître, il est également prodigieux d'y remarquer que toutes ses scènes comiques amènent volontairement, inévitablement, et toujours avec fun, un dénouement aussi bouleversant qu'il est enthousiaste et noir... Hark maîtrise de toute évidence l'art de mêler les paradoxes sans les faire entrer en conflit, mais c'est surtout son talent pour faire chialer le spectateur que l'on retiendra. Ainsi, si l'histoire est perpétuellement dédramatisée, Hark n'en oublie néanmoins pas la gravité, ce qui lui permet donc de passer d'un registre à l'autre sans trop de difficultés... Sa maîtrise des personnages est également d'une grande aide dans cette démarche, les portraits qui sont dressés de ceux-ci sont aussi complets qu'ils sont précis. Ainsi, chaque personnage est touchant a un moment donné. Même les personnages les plus secondaires (comme c'est par exemple le cas du propriétaire du cabaret) s'avèrent être émouvants. Hark ne passe jamais de jugement sur ses personnages (même les plus gros enculés) et les maîtrise, comme à son habitude, de bout en bout... Ainsi, il peut se permettre facilement de passer d'une situation à une autre. Le comique laisse souvent place à des situations plus dramatiques, ou, a défaut de celles-ci, a des scènes monumentalement poétiques... A ce titre, SHANGHAI BLUES compte une des plus belles scènes musicales jamais réalisées, un sommet poétique et musical dans lequel tout le talent du légendaire James Wong explose littéralement! Par ailleurs, SHANGHAI BLUES est également une date majeure dans la filmographie de Hark dans la mesure ou c'est sa première collaboration avec son compositeur fétiche, James Wong, justement. Double musical du maître, celui-ci complète les visuels à tomber par terre du film et capture tous les aspects du film avec sa bande-son, sublime et travaillée, qui se range d'office parmi les meilleures compositions entendues à Hong Kong.

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Du point de vue technique, SHANGHAI BLUES est magnifique, tout simplement. Tsui Hark fait preuve d'une créativité visuelle comme toujours impressionnante. Il joue ici surtout sur la couleur et les éclairages, certains qui ne sont pas sans rappeler AUTANT EN EMPORTE LE VENT d'ailleurs (qu'Hark a souvent cité comme influence), mais aussi sur sa reconstitution historique impressionnante de la Shanghai des années 40. Les décors crient le réalisme, et l'ambiance urbaine est filmée avec une énergie et un panache qui inspirent le respect. La maîtrise de l'espace du bonhomme est également impressionnante, celui-ci parvenant à faire oublier dans des espaces a l'organisation complexe parfois jusqu'a 6 personnages dans des gags pleins de vivacité. Qui plus est, celui-ci capture et magnifie la prestation de chacun de ses acteurs. Tous se donnent clairement a fond, par conséquent, leurs prestations sont hilarantes, et Hark n'en rate pas une miette... Chaque expression, chaque grimace, est capturée puis magnifiée par la caméra de Hark. Chaque acteur du film, d'ailleurs, fait preuve d'un grand talent, passant sans difficulté d'un registre à un autre et surtout créant avec enthousiasme l'hilarité chez le spectateur... Impossible de ne pas exploser face aux grimaces de Sally Yeh, ou a la gestuelle excessive de Kenny Bee. Mais surtout, ils animent avec brio leurs personnages respectifs, et de ce point de vue, impossible de ne pas rester ébahi devant la performance de Sylvia Chang, qui interprète Shu Pei-Lin avec autant de naturel qu'elle n'emploie de registres.

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Malgré tout ça, SHANGHAI BLUES fut néanmoins un flop de plus pour Tsui Hark... Ce qui fut loin de le décourager. Deux ans plus tard, il retournait le cinéma hong-kongais sur la gueule en réalisant PEKING OPERA BLUES et en produisant LE SYNDICAT DU CRIME, par la même, offrant la plus belle période de sa carrière a John Woo, le réalisateur le plus reconnu de ces contrées. Tout cela n'aurait pas été possible sans SHANGHAI BLUES, premier film de la Film Workshop mais surtout premier chef d'oeuvre de l'âge d'or hong-kongais, première comédie romantique d'un auteur engagé qui en a fait un de ses genres de prédilection, première collaboration entre deux artistes de grand talent (Tsui Hark et James Wong) et une baffe supplémentaire a travers la tronche. SHANGHAI BLUES est un grand film, aussi drôle qu'il est bouleversant, aussi profond qu'il est divertissant, réalisé et écrit d'une main de maître avec une rare générosité. Un chef d'oeuvre fondateur a voir et a revoir...

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-ZE RING-

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12 octobre 2012

THE LOVERS

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
TSUI HARK
.
ÉCRIT PAR | TSUI HARK, SHARON HUI ET SA-LONG HUI.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

CHARLIE YEUNG | Chuk Ying-Toi.
NICKY WU | Luang Shan-Pak.
CARRIE NG | Mère de Ying-Toi.
ELVIS TSUI | Père de Ying-Toi.
SHUN LAU | Cheung-Kwai.

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Faire une chronique d'un de ses films préférés est toujours un exercice peu aisé. Un exercice que je compte toutefois entreprendre aujourd'hui avec cette chronique de THE LOVERS, qui, au fur et à mesure des revisions, s'impose de plus en plus à mes yeux comme l'un des meilleurs films jamais réalisés... Les lecteurs assidus du blog connaissent sans doute déja mon amour immodéré pour l'oeuvre fascinante du génial Tsui Hark, mais de toutes celles que j'ai pu chroniquer sur le blog, THE LOVERS reste de loin ma favorite. Pourquoi avoir mis tant de temps pour la chroniquer, me direz-vous? Et bien parce que je veux que ce film ait la chronique qu'il mérite, plus que ça, je veux qu'il ait la galerie d'illustrations qu'il mérite, et avant tout, je veux qu'il ait les spectateurs qu'il mérite, et non pas la poignée de visionneurs que touchent actuellement les films de Tsui Hark... C'est d'autant plus étonnant que THE LOVERS, au même tître que les autres comédies du bonhomme, est une oeuvre s'adressant à absolument tous : petits, grands, vieux, femmes, hommes, en soit peu importe, c'est un film dont la portée est universelle et dont le mélange d'éléments cinématographiques qu'il propose rend encore plus accessible. Accessible dans une certaine mesure cependant, en effet, aussi universel soit-il, THE LOVERS attire souvent les foudres d'abrutis n'y voyant qu'un TITANIC du pauvre. Ceux-la n'ont rien compris. Pas besoin d'être un cinéphile particulièrement assidu pour le comprendre, THE LOVERS, derrière ses extérieurs comiques et quelque peu naifs, cache en réalité une profondeur, une noirceur et une subversion incroyable, faisant de ce grand divertissement une oeuvre d'une importance majeure pour le cinéma hong-kongais... Oui vous avez déja lu ça quelque part sur ce blog, mais que voulez-vous, Tsui Hark a encore frappé et c'est pas moins véridique que d'habitude!

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THE LOVERS reprend une légende chinoise célèbre, celle des amants papillons, histoire d'amour impossible mettant en scène une jeune fille qui se travestit en homme pour pouvoir étudier dans une école n'acceuillant que des élèves masculins. Bien évidemment, l'inévitable arrive et celle-ci tombe amoureuse d'un jeune homme la-bas, mais sa famille s'oppose et le tout part sérieusement en vrille... Cette histoire, qui avait déja été reprise au cinéma dans l'introuvable THE LOVE ETERNE est ici une base à la démarche de Tsui Hark, qui n'est ni plus ni moins que de retourner cette histoire sur sa gueule et s'en servir à ses avantages. Cette histoire quelque peu basique, Tsui Hark en fait très rapidement une chronique sociale sur les entraves à la sexualité dans la société hong-kongaise des années 90... En effet, à cette époque, et depuis longtemps avant ça, l'homosexualité était sévèrement punie par la loi. Une fois de plus, le maître ne laisse rien au hasard, et si en 1994 il se lance dans THE LOVERS, un projet qui en apparence dénote complètement avec le reste de son oeuvre, c'est parce qu'il a des choses à dire et d'autres à montrer qui elles s'insèrent parfaitement dans sa filmographie. Dans toute la première partie de son film donc, ce dernier s'acharne à démonter les contraintes sociales hong-kongaise en faisant de cette relation entre ces deux amants et de tout ce jeu de déguisement sexuel un rapport extrêmement proche de l'homosexualité. Subversif? Carrément oui, surtout quand on voit comment étaient traités les films traitant ouvertement du sujet à l'époque à Hong Kong (HAPPY TOGETHER n'a pas trainé avant de finir en Catégorie III), mais le propos du film est d'autant plus subversif que son sujet est traité de manière très subtile : au travers de tout un jeu de gags complètement débiles mais très ingénieux, Hark fait douter son personnage sur sa propre sexualité et leur relation prend un tour d'autant plus ambigu lorsque celle-ci atteint son climax... Si, dans l'oeuvre originale, les deux amants s'embrassaient après que la féminité de Ying-Toi éclate au grand jour, ici, Shan-Pak se jette corps et âme dans cette relation ambigue et ce avec la certitude que son compagnon est un homme... Le propos ne peut être plus clair : l'amour va bien au-dela des contraintes sociales, qui ne sont pour Tsui Hark que des futilités qui bloquent les hommes dans un cadre trop ridige. Il le démontre encore plus clairement dans sa deuxième partie, bien plus sombre et pessimiste, mais en même temps encore plus optimiste dans son propos que le reste du film. Et lors de ce plan final magnifique, lors de la transformation imagée des deux amants en papillons (quelle ironie quand on sait que Tsui Hark avait réalisé THE BUTTERFLY MURDERS 15 ans plus tôt) que Tsui Hark va encore plus loin dans son propos : l'amour n'a aucune limite, rien ne peut l'arrêter et rien ne peut l'entraver... Un message simple voire naïf mais puissant, et traité avec une telle force et une telle subtilité qu'il ne peut qu'être bouleversant.

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Il est souvent reproché à THE LOVERS la prétendue naïveté de son message, renforcée par ailleurs par une première partie dont l'aspect comique omniprésent n'évitera pas de déranger certains (il faut être honnête, l'humour hong-kongais n'est pas fait pour tout le monde), mais en soit, peut-on vraiment qualifier de naïve une idée aussi forte? Peut-être celle-ci ne s'insère pas vraiment dans notre réalité, mais la force de la démarche de Tsui Hark est la : il ne questionne pas, il répond a des problèmes épineux, et la réponse qu'il donne à celui-ci, c'est celle-la : si nous n'étions pas bloqués par des contraintes sociales, familiales, politiques (Hark les démonte une par une dans le film), si nous laissions libre cours à nos désirs, alors il n'y aurait plus de limite a ce que l'homme pourrait accomplir. Un constat très réaliste, bien que rêveur, se cache donc derrière cette idée supposée naïve, d'ailleurs bien illustrée par ces papillons, qui selon la chanson principale du film, peuvent aller au-dela des villes et au-dela des montagnes... Vous l'avez compris, Hark ne laisse strictement rien au hasard, et ceux qui croyaient qu'il n'était bon qu'a foutre le bordel et le chaos à l'écran (comme il le fait magnifiquement dans THE BLADE et TIME AND TIDE) risquent de réviser leur opinion a la vision de ce THE LOVERS, oeuvre révolutionnaire par son audace subversive mais aussi par sa construction irréprochable et ses visuels sublimissimes que même la basse qualité de la copie originale (la conservation des films n'a jamais été la spécialité des hong-kongais.) ne parvient pas à entacher. Tsui Hark laisse en effet ici libre cours à son génie visuel mais l'applique d'une façon très différente de celle a laquelle il nous a habitué... Ici, au lieu de participer au chaos ambiant, les visuels participent à reconstituer l'harmonie et a la grâce naturelle au milieu de laquelle les protagonistes évoluent. A travers des visuels très poétiques, Hark montre l'évolution d'une relation a la base harmonieuse qui évolue pour devenir tumultueuse au fur et a mesure qu'une société bridée (pardon x) ) s'y oppose. Décors majestueux, costumes superbes, magnifiques éclairages colorés... C'est simple, THE LOVERS, malgré les défauts de son support technique (le DVD HK VIDEO est ceci dit impeccable, comme d'habitude) s'impose très vite comme une des oeuvres les plus abouties visuellement jamais réalisées. Hark filme la beauté de la nature et de l'amour aussi bien qu'il met en scène la violence et la crasse et le résultat est tout simplement époustouflant : de la constitution des plans irréprochable au montage sidérant, tout est fait ici d'une main de maître et est soutenu prodigieusement par la bande-son magnifique de James Wong, double musical du maître qui lui permet de revenir directement aux origines cinématographiques de cette légende chinoise : l'opéra. Véritable opéra filmé, THE LOVERS entraine son spectateur dans son rythme grâce à la symbiose parfaite entre les images et la musique, qui retranscrit autant que les visuels les émotions des personnages et l'harmonie ou le chaos des lieux différents dans lesquels ils évoluent.

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Au-dela du tour de force technique et artistique que Tsui Hark construit, ici, ce qu'on retiendra le plus c'est avant tout la puissance émotionnelle du film. Véritable baffe intergalactique, THE LOVERS vous fera chialer comme une petite fille pendant 1 heure et demi et vous laissera K.O. longtemps après. Tsui Hark enchaine les scènes d'une puissance poétique incroyable, et mêle à ses visuels incroyables une histoire poignante qui n'aura de cesse de vous émouvoir jusqu'a son final apocalyptique et bouleversant. Cette force émotionnelle, le film le doit avant tout à la maîtrise incroyable des registres de Tsui Hark, qui en l'espace de deux plans passe d'une tonalité comique a une tonalité profondément tragique. En effet, pendant sa première heure, Hark s'éclate littéralement à mettre en scène divers quiproquos, jeux de déguisement, et gags débiles hautement comiques pour finalement faire revenir ses personnages sur Terre dans une deuxième partie sombre, nihiliste et déprimante... Ce changement brutal de ton étonne, et une fois de plus, on sera surpris de voir à quel point Hark parvient à faire fonctionner au sein d'une même oeuvre deux choses qui peuvent paraître absolument incompatibles. Mais avant tout, ce changement de ton soudain et brutal, ce passage de la poésie de la première heure a la dureté et au tragique de sa deuxième rend le film encore plus bouleversant qu'il ne l'est déja. Un tour de force? Carrément oui, surtout en regard de la limpidité et de la fluidité de la narration, qui n'oublie aucun de ses personnages, les exploite à très bon escient et avance à un rythme régulier et maîtrisé. Cette narration, magnifiée par le traitement poétique qu'Hark y apporte, en plus de témoigner d'une maîtrise cinématographique rarement égalée, s'avère également être très équilibrée dans son jeu avec les différents registres et s'impose, de minute en minute, comme véritablement incroyable. Hark et ses scénaristes évitent sans aucun problème tous les pièges inhérents à ce genre d'histoire : miévrerie et niaiserie ne sont vraiment pas de la partie et le peu de niaiserie que l'on trouve dans ce bijou est très agréable et rafraichissant... Hark dose parfaitement chaque élément de son scénario, cependant, il ne faut pas cacher que THE LOVERS demeure un film quelque peu exigeant par son jusqu'au boutisme. En effet, il va jusqu'au bout dans tout ce qu'il entreprend. Son aspect comique plaira donc, ou ne plaira peut-être pas, mais en soit peu importe, cela relève de l'appréciation personnelle et ceux qui sauront apprécier cet humour particulier se trouveront face à un chef d'oeuvre absolu de grande ampleur. Au milieu de toute cette maîtrise, on trouve également des acteurs talentueux. Nicky Wu et Charlie Yeung, interprétant les amants papillons, trouvent ici leur premier et meilleur rôle. Tout comme le film, ceux-ci passent d'un registre à l'autre en un clin d'oeil et se montrent capables d'être très drôles comme ils se montrent capables d'être émouvants. Ils donnent vie a leurs personnages avec talent et animent le récit entier par leur présence et la qualité de leur interprétation. Admirablement dirigés, ces acteurs, qui en sont a l'époque pourtant à leur premier film, s'en sortent clairement avec les honneurs.

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Vous l'aurez compris, THE LOVERS c'est pas nimporte quoi. C'est une oeuvre audacieuse au propos subversif dans laquelle Tsui Hark fait preuve d'une maîtrise du langage cinématographique tout simplement incroyable. Tout y est magnifique : les acteurs sont excellents, la musique est magnifique, le scénario est superbement écrit et le film est parmi les plus beaux visuellement jamais réalisés... Seuls les trop cyniques pourront passer à côté de ce bijou, véritable révolution artistique d'une inventivité incroyable et d'une puissance inégalable. Si vous croyez que vous ne pleureriez jamais à la vision d'une comédie romantique, alors vous savez ce qu'il vous reste à faire : regardez THE LOVERS, qui se range haut la main parmi les oeuvres les plus bouleversantes jamais réalisées en plus d'être certainement une des meilleures comédies de tous les temps. Un chef d'oeuvre absolu, tout simplement. Mais les images parlent mieux que les mots et pour cette raison, je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous, pour accéder a la galerie complète que j'ai faite pour ce film... Enjoy!

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • SHANGHAI BLUES de Tsui Hark.
  • PEKING OPERA BLUES de Tsui Hark.
  • DANS LA NUIT DES TEMPS de Tsui Hark.
  • GREEN SNAKE de Tsui Hark.

-ZE RING-

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