13 février 2013

A TOUTE ÉPREUVE

A toute épreuve
RÉALISÉ PAR | JOHN WOO.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO ET BARRY WONG.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | MICHAEL GIBBS ET JAMES WONG.

CHOW YUN-FAT | Tequila Yuen.
TONY LEUNG CHIU-WAI | Long.
ANTHONY WONG CHAU-SANG | Johnny Wong.
PHILIP KWOK | Mad Dog.
TERESA MO | Teresa Chang.
PHILIP CHAN | Superintendant Pang.

Tequila Yuen, un flic tête brulée, jure de venger la mort de son partenaire et s'allie pour cela à un flic infiltré dans l'organisation du traffiquant d'armes Johnny Wong.

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En 1992, John Woo est dans une sale situation après l'échec radical de son plus gros film en date : UNE BALLE DANS LA TÊTE. Il décide alors de tourner un dernier film avant de s'exiler à Hollywood pour tourner l'affreux mais fun HARD TARGET avec Jean-Claude Van Damme. A la même époque, la rétrocession d'Hong Kong à la Chine se rapproche de plus en plus, et la situation criminelle empire radicalement : des fusillades ont lieu dans lesquelles des innocents sont tués. Enragé par la situation, John Woo, comme à son habitude, décide d'utiliser sa caméra comme catharsis et de balancer tout ce qu'il à a offrir dans un dernier film avant de tirer sa révérence et de partir vers des contrées artistiquement moins riches. Et si la suite lui donna clairement tort, puisque son escapade à Hollywood fut un désastre innomable, il faut être clair : on ne fait pas de meilleur cadeau de départ qu'A TOUTE ÉPREUVE, qui, sans égaler les incursions de Woo dans le film de guerre et dans le polar, THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, s'impose très rapidement ce qui devient en fin de film une évidence : c'est le film d'action ultime, l'actionner définitif et insurpassable, une oeuvre qui encore aujourd'hui continue d'influencer les plus grands, et à permis a John Woo d'ajouter à son palmarès pour la deuxième fois l'exploit d'avoir démodé tout ce qui se faisait ailleurs en matière d'action d'un coup.

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Aussi étonnant cela puisse t-il paraître, il n'y a en réalité rien de bien surprenant tant A TOUTE ÉPREUVE révplutionne d'un bout à l'autre les codes communément admis du film d'action. Faisant preuve d'une grâce visuelle dont il n'avait jamais fait preuve auparavant, John Woo signe non seulement son film le plus abouti en matière de mise en scène mais pousse aussi son style et son genre, -l'heroic bloodshed-, dans ses retranchements les plus incroyables. Si vous croyiez que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER étaient visuellement incroyables, alors sachez que vous n'avez encore rien vu, tant A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'aboutissement ultime et définitif de toutes les expérimentations visuelles du grand John Woo. Celles-ci sont ici d'autant plus marquantes que Woo les pousse suffisamment loin pour qu'elles soient encore plus éloquentes que n'importe quel dialogue. Un plan suffit ici pour iconiser définitivement un personnage et s'inscrire à long terme dans la mémoire du spectateur, et la manière dont le maître filme ses personnages en dit long sur leurs personnalités et leurs motivations, en plus de magnifier leur charisme et leur présence chaque fois qu'ils apparaissent à l'écran. Racontant son histoire à l'aide de ses visuels, Woo fait aussi évoluer ceux-ci en les faisant sortir des codes esthétiques posés dans THE KILLER. Plutôt que de placer son film dans un contexte baroque, Woo mêle l'éxubérance de sa mise en scène à la violence, la froideur et le réalisme d'une cité en pleine décadence. Les décors y sont poisseux et crades, et lorsqu'ils ne le sont pas, ils sont froids et glauques... L'étonnant mélange entre les maniérismes magnifiques du maître et sa façon singulière de filmer Hong Kong crée une esthétique détonnante, tantôt presque naturaliste pour être à d'autres moments d'un insolite exemplaire, lorsque le film plonge dans des décors à la teinte bleutée déconcertante. A TOUTE ÉPREUVE à été pendant très longtemps le film le plus maîtrisé de John Woo, et pour cause, outre son esthétique, sa maîtrise se ressent également dans le scénario et, c'est une évidence, dans les fusillades.

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Impossible de ne pas parler de John Woo et encore moins d'A TOUTE ÉPREUVE sans parler des fusillades, car ne nous voilons pas la face, on ne regarde pas un film comme A TOUTE ÉPREUVE pour son scénario (même si celui-ci est très réussi, mais j'y reviendrai), mais parce que ça tire dans tous les sens... Ceux qui ne sont pas familiers avec le film vont être servis de ce point de vue, car non seulement ça tire dans tous les sens, mais en plus ça commence dans le feu de l'action et ça s'arrête jamais. John Woo enchaine ici les scènes d'action d'anthologie, qu'il s'agisse de cette fusillade incroyable dans une maison de thé ou la fusillade de 45 minutes dans un hopital, toutes sont filmées avec la même virtuosité, la même fluidité et la même exigeance... Outre son sens du cadre sidérant et sa capacité évidente à former des plans magnifiques, Woo se fait ici maître du montage, en faisant évoluer ses nombreux personnages au milieu de ses scènes d'action spectaculaires sur des plans différents en permanence sans jamais perdre le spectateur... Tout cela, il le doit à sa gestion de l'espace, très rarement surpassée, et à sa maîtrise du rythme. Chaque fusillade, chaque gunfight à son rythme propre et immerge le spectateur dans un véritable ballet de balles ou ça tire en permanence de tous les côtés sans jamais que cela soit too much : tout est parfaitement dosé, et mieux encore, Woo prend son spectateur à contrepied en amenant le climax de chaque scène la ou il n'attend pas, ainsi, si la mythique et culte glissade sur la rambarde de Chow Yun-Fat peut apparaître comme le sommet de la scène en question, il est en fait largement surpassé deux minutes après. Surprenant, A TOUTE ÉPREUVE l'est constamment, notamment grâce aux idées et délires visuels divers mais toujours inventifs et sublimes auxquels s'adonne le grand John pour notre plus grand plaisir de spectateur. D'ailleurs, d'un point de vue strictement sensoriel, A TOUTE ÉPREUVE apparaît comme l'un des films les mieux chorégraphés de tous les temps, et si les personnages se tirent mutuellement dessus à coups de pistolets plus gros qu'eux en faisant exploser la totalité de décors bel et bien modernes, impossible de ne pas penser au wu xia pian et au kung fu pian tant chaque plongeon, chaque saut de côté, chaque acrobatie mise en scène ici est la preuve de la grâce presque martiale du film.

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Cette grâce est toutefois constamment contrebalancée par la brutalité et la violence propre à John Woo, qui livre ici une oeuvre brute et profondément enragée. Si on connait tous le traitement ultra-stylisé de la violence propre à John Woo, on ne peut qu'être surpris lorsque celui-ci se met à descendre sans aucune concession des innocents dans une maison de thé ou à dégommer des infirmières à coups de mitraillette, et en cela, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'un des films les plus ultra-violents du maître... Si la plupart de ses précédents films s'échignaient à infliger la violence uniquement à ceux qui étaient profondément impliqués dans les histoires qu'il dépeignait, ici, personne n'est épargné, et si, derrière le meurtre brutal de nombreux innocents, il ne semble n'y avoir que de la vacuité, chaque plan est en fait le témoin direct de la rage envers le crime organisé et les Triades qu'animait alors John Woo. Assurémment subversif, A TOUTE ÉPREUVE est d'autant plus brutal qu'il tranche radicalement avec les autres films de John Woo dans la mesure ou le côté shakespearien et romancé qui en étaient la grande marque est ici presque totalement absent et laisse davantage la place à la démonstration pure et simple de toute la brutalité d'une époque... Pour autant, ce qui demeure le plus intéréssant ici c'est la manière dont Woo dépeint et stylise la violence avec beauté et exubérance. Il est juste de parler pour ce film de chorégraphie de la violence, tant chaque tir et chaque mort est "sublimé" a grands coups de ralentis et de jeux de montage, sans pour autant perdre leurs dimensions profondément viscérales et leur violence. Celle-ci à d'ailleurs un rôle très important dans le film dans la mesure ou c'est constamment à travers les scènes d'action que les personnages évoluent en même temps que l'histoire. Les épreuves physiques qu'endurent les personnages poussent en permanence le film vers l'avant, jusqu'a un climax ou tous reviennent soit profondément changés soit ne reviennent pas du tout.

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Et c'est bel et bien en ce sens qu'A TOUTE ÉPREUVE est une baffe technique et visuelle. John Woo y renouvelle tellement bien les codes du genre qu'il investit et pousse sa mise en scène tellement loin qu'il est capable de supplanter presque tous les moyens de narration classique, -a savoir la grande majorité des dialogues-, par des scènes visuellement spectaculaires, mais aussi par conséquent de livrer une oeuvre plus mature. Le fort de John Woo n'est pas les dialogues, et ceux-ci, dans certaines de ses précédentes oeuvres, sont parfois assez naïfs et à la limite de la niaiserie. Ce n'est aucunement le cas ici, dans l'image prend le pas sur la parole, parfois au risque de prendre le pas sur l'histoire et le scénario... Et malheureusement, c'est bien ce qui arrive, car si A TOUTE ÉPREUVE est bel et bien une baffe absolue, il peine à se hisser au niveau des monuments inégalables que sont THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, notamment parce que le film est hélas loin d'être aussi abouti scénaristiquement qu'il ne l'est visuellement. Si on ne reprochera pas au film la simplicité de son scénario, qui est suffisamment efficace pour qu'on oublie ses tares, il est difficile de ne pas en venir à reprocher au film son manque de véritable souffle épique et sa sécheresse émotionnelle... C'est dommage, mais dans le même temps, Woo signe un film d'une complexité rare, en abordant avec classe et virtuosité des sujets aussi complexes que la double identité et amenant avec plus de maturité les amitiés viriles à la Chang Cheh qui lui sont si chères. Pourtant, malgré ces qualités objectives évidentes, la déçeption à ce niveau est bien là : A TOUTE ÉPREUVE n'agit bel et bien pas comme une baffe émotionnelle, et ce, en dépit des acteurs, qui font un travail incroyable sur leurs personnages en plus de faire preuve d'un charisme rarement égalé (Chow Yun-Fat vole la vedette, comme d'habitude, Tony Leung est sidérant, quand à Anthony Wong et Philip Kwok, ils composent deux badass mother fuckers d'anthologie comme on les aime). Le film n'est jamais touchant d'une quelconque façon, et c'est bien dommage.

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Pourtant, peut-on décemment reprocher à un grand réalisateur d'évoluer comme il le devrait? UNE BALLE DANS LA TÊTE était lui-même bien moins romancé que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER, et, en ce sens, on peut bel et bien voir une évolution logique et inévitable au sein de l'oeuvre de Woo avec A TOUTE ÉPREUVE. Il semble en plus clair que l'ambition de ce dernier avec ce film n'était pas de toucher à l'émotion, mais plutôt de déchainer sa rage dans un monument visuel filmique, de donner tout son génie au genre qu'il avait fondé avant de passer définitivement à autre chose, Woo n'étant jamais revenu à l'heroic bloodshed. A TOUTE ÉPREUVE est d'ailleurs l'un des derniers films du genre, et paradoxalement, c'est la dernière grande évolution que celui-ci ait vécu... Et, en quelque sorte, ne peut-on pas voir dans ce film un véritable chant du cygne du genre? Ne peut-on pas voir dans ces figures qui n'ont d'héroïque que leurs ambitions (Tequila est l'équivalent chinois de l'inspecteur Harry et Long, en tant qu'infiltré, doit tuer des innocents) la déchéance du genre en plus de sa dernière évolution marquante? Pour toutes ces raisons, les quelques reproches que je peux faire à A TOUTE ÉPREUVE sont pour moi tout à fait insignifiants, d'autant plus que ce que le film manque en souffle épique et en émotion, il le rattrape en spectacle, en divertissement, et en génie visuel quasi-orgasmique.

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A TOUTE ÉPREUVE
est le film d'action définitif. John Woo y fait preuve d'un génie visuel et d'une propension à innover sans jamais de faire concession qui n'a jamais été égalée par l'avenir. Avec TIME AND TIDE, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme le chant du cygne du polar hong-kongais et de l'heroic bloodshed, un genre qui, malgré toutes ses qualités, n'a réellement vécu que 6 ans au travers d'une figure importante : John Woo, qui est ensuite parti aux Etats-Unis ou sa carrière à été littéralement sabordée. Quel dommage, surtout quand on pense à tout ce que le cinéma hong-kongais avait à offrir : de l'inventivité artistique, de l'émotion, et de la générosité à foison. Ce cinéma est désormais fini, en dépit des efforts de réalisateurs comme Tsui Hark pour le ressusciter, et c'est bien dommage. Personne n'a jamais fait mieux que les hong-kongais dans les genres qu'ils ont investi par la suite, et si on a maintenant accès à bon nombre de leurs films, malgré cela, ce cinéma me manque. Dans tous les cas, A TOUTE ÉPREUVE est un indispensable, un film que tout cinéphile se devrait de voir et de posséder, une oeuvre majeure qui va révolutionner votre vision du cinéma d'action et qui va surtout vous exploser les rétines. Un plaisir sensoriel rarement surpassé. Un chef d'oeuvre.

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-ZE RING-

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28 avril 2012

TIME AND TIDE

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
TSUI HARK
.

ÉCRIT PAR | TSUI HARK ET KOAN HUI.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JUN KUNG ET TOMMY KAI.

NICHOLAS TSE | Tyler.
WU BAI | Jack.
CANDY LO | Hui.
CATHY TSUI | Jo.
ANTHONY WONG | Oncle Ji.
JUN KUNG | Miguel.

A Hong Kong, la brève rencontre entre Tyler (Nicholas Tse), un jeune homme habitué aux dangers de la rue, et Hui (Candy Lo), une femme policier infiltrée, ne sera pas sans conséquence : celle-ci tombe enceinte. Afin de gagner de l'argent rapidement, Tyler devient garde du corps.

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Nombreux sont les cinéastes hong-kongais a avoir quitté Hong Kong dans les années 90, par craindre de perdre leur liberté artistique suite à la rétrocession. C'est notamment le cas de John Woo, Ringo Lam mais aussi de Tsui Hark, tous trois attirés vers Hollywood par Jean-Claude Van Damme. La-bas, dans des conditions de tournage bien pourries, Tsui Hark tourna les très nuls (mais aussi très bien foutus, de toutes façons Tsui Hark même quand il fait nimporte quoi, il pète à mille coudées au-dessus de tout le monde.) DOUBLE TEAM et PIEGE A HONG KONG. A la suite de ces deux échecs artistiques évidents, Tsui Hark revient à Hong Kong pour tourner TIME AND TIDE... Et que dire, si ce n'est que TIME AND TIDE marque le come back du maître avec brio? Toutefois, il marque aussi ses premières grosses difficultés, devant amputer son film de près de 50 minutes pour des besoins commerciaux... Et si TIME AND TIDE demeure un grand film, le manque de liberté artistique de Tsui Hark (qui se ressentira toujours a partir de ce film la) s'en ressent légèrement... Explications.

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Une telle coupe se ressent forcément, d'autant plus que l'ambition de Tsui Hark est à la mesure de son talent visuel et technique. Par conséquent, TIME AND TIDE comporte de nombreuses failles narratives : il y a de toute évidence des bouts qui manquent, certaines choses sont pas très claires voire incompréhensibles, toutefois, dans sa construction, l'oeuvre de Hark reste irréprochable, construisant méticuleusement la situation épineuse dans laquelle vont s'entremêler les destins de deux personnages dans une première partie magnifique. Cette construction conduit doucement mais surement vers une deuxième partie explosive ou le rythme s'envole littéralement et ne semble plus jamais s'arrêter. TIME AND TIDE est, selon Christophe Gans, "un film maelström qui vous emporte corps et bien et ne rend pas votre dépouille" et on ne saurait mieux le définir, Hark peignant de manière si précise le portrait de ses deux personnages principaux dans la première partie que la deuxième partie en devient on ne peut plus viscérale. Qui plus est, si effectivement il manque des choses, Hark parvient heureusement à gérer habilement son rythme pour le rendre, j'ai envie de dire, "consommable" facilement par le spectateur. Personnellement, un tel exploit m'inspire le respect, être forcé à couper son film de 50 minutes mais réussir à éviter tous les défauts évitables pour ne garder que ce qui est inévitable (les failles narratives suscitées), c'est tout simplement la classe. Finalement, à la vision de TIME AND TIDE, si le spectateur sera sans doute un peu confus face à certaines choses, le film ne semble pas souffrir de cette coupe importante.

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Et tant mieux, vraiment, car par conséquent, le spectateur peut se livrer entièrement aux délires visuels de Tsui Hark, on ne peut plus maniéristes une fois de plus, mais c'est indéniablement au travers de maniérismes visuels que le génie d'Hark éclate. En effet, avec THE BLADE, TIME AND TIDE est très certainement l'oeuvre la mieux mise en scène du maître. A travers son visuel, Hark transcende littéralement (tout comme dans THE BLADE) le genre qu'il exploite, démontant littéralement les codes visuels établis du polar HK, et ce, sans pour autant détourner les codes narratifs de ce dernier. Ainsi, si TIME AND TIDE peut sembler assez convenu d'un point de vue strictement scénaristique, on ne saurait en dire autant de son visuel, la mise en scène d'Hark étant d'une viscéralité et d'une fluidité sans précédent, mais également d'une originalité incroyable. Ce bon Tsui enchaine les plans insolites et ses idées visuelles, dans lesquelles se glissent des hommages évidents à son vieux pote John Woo, relèvent toute du génie. C'est simple, on s'en prend plein la tronche, en particulier lors des scènes d'action, ou le génie de Tsui Hark s'avère d'autant plus brillant qu'il se trouve véritablement dans son élément. Par conséquent, une fois de plus, Hark s'amuse, au travers d'une gestion du temps et de l'espace sans aucun égal, à semer le chaos à l'écran sans pour autant que les choses deviennnent illisibles : au contraire, tout comme dans THE BLADE, le chaos est ici pensé avec minutie et précision et impossible de se perdre dans les scènes d'action complexes du film mais aussi d'un réalisme palpable, merci à un montage virtuose qui n'oublie jamais aucun des personnages, pourtant assez nombreux.

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Plus accessible que son ainé THE BLADE, qui allait jusqu'a véritablement attaquer les sens du spectateur, TIME AND TIDE est très certainement le film le plus accessible de Tsui Hark, et donc par conséquent, le meilleur pour s'attaquer à la filmographie singulière du monsieur. En effet, TIME AND TIDE suinte a chaque instant le génie visuel de son réalisateur mais ne s'avère pas aussi perturbant et déconcertant que d'autres oeuvres du monsieur, ou les codes narratifs sont détruits sans aucune pitié et ou tout s'enchaine avec un mélange des genres qui, pour les "néophytes", pourraient s'avérer perturbant. Toutefois, pour ceux plus habitués au style sans concession du réalisateur, il serait également dommage de prendre cela comme un défaut : en effet, TIME AND TIDE est bien moins fou sur le plan scénaristique que les oeuvres précédentes du réalisateur, mais demeure une réussite de ce point de vue également, dans la mesure ou les choses s'enchainent sans temps morts, avec des rebondissements tous plus intéréssants les uns que les autres, qui plus est, que vaut l'absence de folie scénaristique face à tant de génie et d'audace visuelle? Qui plus est, si le film est effectivement bien moins fou qu'un ENFER DES ARMES, il demeure très bien écrit et ne présente aucun temps mort. Pourtant, il aurait été facile de tomber dans le consensuel et le lourdaud dans le traitement de la romance entre Nicholas Tse et Candy Lo, mais pas avec Tsui Hark qui traite cet aspect du film de manière réaliste et subtile. Rien de bien étonnant ceci dit dans la mesure ou ce dernier a toujours construit ses films autour de femmes, TIME AND TIDE ne fait pas exception. A vrai dire, TIME AND TIDE va encore plus loin puisque son histoire ne se construit non pas autour d'une femme mais autour de deux, évoluant dans la même situation de façon différente et prenant petit à petit une importance plus grande que les hommes visibles à l'écran. Hark prend donc a contre-pied l'aspect "amitié virile" imposé dans le polar HK par les oeuvres de John Woo (les mythiques THE KILLER et A TOUTE ÉPREUVE), avec brio, en plus... Le tout s'avère bien évidemment brillament interprété, notamment par Nicholas Tse qui livre ici la performance de sa vie mais surtout par le brillant Anthony Wong, qui vole littéralement la vedette a chaque apparition.

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TIME AND TIDE
est donc un grand film. Ne souffrant pas de ses quelques failles narratives, il bénéficie d'un soin visuel incroyable et s'avère être une oeuvre viscérale et renversante... Un des meilleurs films de Tsui Hark, assurémment, et ce malgré les difficultés que ce dernier à rencontré lors de sa réalisation. Peu importe en soit, TIME AND TIDE ne souffre pas de ces difficultés et est un film de très grande qualité qui se range aisément parmi ce qu'un des plus grands (voire le plus grand) génies du cinéma hong-kongais a fait de mieux... TIME AND TIDE est un indispensable que tout cinéphile se doit de voir, au plus vite!

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03 février 2012

DIRTY HARRY

DH JAQ

RÉALISÉ PAR | DON SIEGEL.
ÉCRIT PAR | HARRY JULIAN FINK, RITA M. FINK, DEAN REISNER, JOHN MILIUS ET JO HEIMS.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | LALO SCHIFRIN.

CLINT EASTWOOD | Harry Callahan.
ANDY ROBINSON | Le Scorpion.
JOHN VERNON | Le Maire.
RENI SANTONI | Chico Gonzalez.
HARRY GUARDINO | Lt. Al Bressler.
JOHN LARCH | Le chef de la police.

DH1


Entre cinéphiles, on en vient souvent à parler du Nouvel Hollywood et des grands noms qui en ont fait la gloire : Sam Peckinpah, Clint Eastwood, Martin Scorsese, William Friedkin... Toutefois, l'un d'eux est trop souvent oublié, Don Siegel, et à tort. En effet, il s'agit très certainement du pilier principal du Nouvel Hollywood, en effet, non content d'être le mentor de Sam Peckinpah (rien que ça), il a également donné ses premiers grands rôles américains à Clint Eastwood et a influencé ce dernier dans ses propres réalisations, et ce que ce soit du point de vue de la mise en scène que du point de vue purement thématique. Des 5 collaborations entre ces deux grands hommes, une ressort plus que toutes les autres, DIRTY HARRY. En effet, il s'agit ni plus ni moins d'une des oeuvres les plus importantes de l'histoire du cinéma, ayant provoqué un scandale incroyable à sa sortie (j'y reviendrai, c'est en grande partie pour ça que j'écris cet article) mais surtout clairement représentatif de la démarche de Siegel et d'Eastwood. Siegel, lui, avait déja oeuvré dans un genre similaire et avec un personnage plus ou moins similaire à DIRTY HARRY avec COOGAN'S BLUFF (enfin disons que Coogan annonçait avec brio ce qu'allait être Harry Callahan), Eastwood, quand à lui, à soutenu Siegel a chaque fois et s'est par la suite attaqué de manière corrosive à la justice actuelle avec des oeuvres telles que L'HOMME DES HAUTES PLAINES, L'ÉCHANGE, ce qui lui a valu d'être taxé de fasciste à l'époque de la sortie de ce fameux DIRTY HARRY.

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Pourtant, pas besoin de porter de lunettes pour savoir qu'Harry Callahan est loin d'être un facho. Un flic aux méthodes peu orthodoxes certes, mais c'est également et surtout un flic qui a compris que le seul moyen d'obtenir des résultats dans un système judiciaire incompétent et régi par la politique, était de répondre au mal par le mal. En l'occurence, Callahan n'hésite pas une seconde à utiliser la violence contre ceux qui la pratiquent, toutefois c'est également une personne raisonnable et capable de discernement (en témoigne le braqueur au début, a qui il laisse le choix entre la vie et la mort de manière implicite) et faisant preuve d'une justice dans ses actes dont il est le seul dans cette oeuvre à posséder le secret. Ses méthodes sont violentes, certes, mais quel est le plus noir finalement? Les méthodes d'Harry Callahan ou bien les méthodes du Maire et de ses associés, étant davantage préocuppés par l'opinion publique à leur égard (cet aspect est d'ailleurs encore plus poussé dans L'ÉCHANGE de Clint Eastwood) que par la santé de ceux dont ils ont la responsabilité? Il semble clair que le choix ne se pose pas, et si Harry Callahan est une véritable enflure, il reste néanmoins le meilleur d'entre tous. La noirceur du film, qui lui a longtemps été reprochée avant qu'il ne devienne un véritable objet de culte, vient davantage de ce paradoxe atroce que des façons de faire d'Harry Callahan, qui se pose d'ailleurs davantage comme un vigilante que comme un policier, allant outre les lois dans le seul but de faire régner une justice que ces dernières ne parviennent pas à imposer. Siegel, avec DIRTY HARRY, soulève donc avec brio ce problème précis de notre société, toutefois il le fait avec l'ambiguité la plus incroyable et la plus subtile, plaçant d'une part son personnage principal comme un noble chevalier en croisade et de l'autre comme un enfoiré de première classe. Le scandale, qui visait à déterminer si oui ou non Eastwood et Siegel étaient des fachos, est sans doute venu de ce point précis de l'oeuvre, pourtant, ce que beaucoup de gens n'ont pas réussi à voir a force de gueuler au lieu de regarder le film, c'est que Siegel ne fait que poser des questions et ne donne pas de réponse, réponses qu'Eastwood ne manquera pas de donner dans le 4ème volet des aventures de l'Inspecteur Harry, SUDDEN IMPACT, après le très horriblement politiquement correct MAGNUM FORCE (sur lequel je reviendrai un de ces jours, histoire de me faire lapider sur place par les fans.).

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Le politiquement incorrect, Siegel et Eastwood le poussent a son paroxysme avec DIRTY HARRY, en allant jusqu'a remettre en cause les lois fondamentales de notre système judiciaire tout en bousculant les conventions du cinéma de l'époque. Rappelons-le, nous ne sommes à l'époque qu'en 1971, le Nouvel Hollywood à a peine vu le jour et nous entrons petit à petit dans une période importante de liberté artistique, Don Siegel en profite et signe ce qui peut très certainement être considéré comme l'un des premiers westerns urbains. En effet, le personnage principal y est un personnage solitaire, dont l'arme, par sa mythologie, et dont l'aspect impitoyable ne sont pas sans rappeler les vieux westerns. Ce côté "western urbain" est d'autant plus renforcé par COOGAN'S BLUFF, du même Don Siegel, -dont le titre français, UN SHÉRIF A NEW YORK, en dit long sur l'oeuvre du bonhomme- et est confirmé implicitement par Threlkiss dans SUDDEN IMPACT ("Callahan est le seul objet immuable dans un univers perpétuellement changeant"), ... Siegel détourne les codes du genre qu'il exploite avec brio, et si j'ai mis cet article dans la catégorie POLAR j'avoue avoir longtemps hésité entre WESTERN et VIGILANTE, tant DIRTY HARRY s'approche de tous ces genres d'une façon à chaque fois différente. En apparence, ce n'est rien de plus qu'un film policier lambda, finalement, pourtant, d'autres éléments le rapproche des autres genres suscités... Rien de bien étonnant finalement, dans la mesure ou chambouler les conventions, dans le Nouvel Hollywood, se faisait souvent par le détournement total des codes d'un genre voire la transposition des codes d'un genre dans un autre (voir pour s'en convaincre CROSS OF IRON de Sam Peckinpah.). Don Siegel finit de chambouler les conventions cinématographiques par l'usage d'une violence utilisée avec parcimonie mais percutante, par ailleurs indispensable au propos dans la mesure ou c'est par son biais que se développent les personnages et les questionnements qui y sont inhérents.

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Ces questionnements, Don Siegel les met en scène avec brio, livrant un objet cinématographique très bien photographié (et ce malgré un DVD qui est loin de lui rendre justice, vivement que je me chope le Blu-Ray.) mais surtout superbement filmé et monté, plaçant dès les premiers plans le personnage de DIRTY HARRY dans une mythologie qui lui est propre, capturant à chaque instant le charisme et la classe incroyable de Clint Eastwood, qui livre ici une de ses meilleurs performances. Totalement investi dans son rôle, Eastwood transpire la sincérité et retranscrit avec brio l'ambiguité du personnage qu'il incarne. Soyons clair, Eastwood vole la vedette à chaque instant, toutefois, DIRTY HARRY reste soutenu par un casting de seconds couteaux talentueux, avec notamment John Vernon que l'on retrouvera plus tard dans JOSEY WALES et Andy Robinson, dont l'interprétation d'un tueur psychopathe est elle aussi pleine d'ambiguité... Sans en dire trop (je pense en avoir déja trop dit), sachez simplement que le personnage du Scorpion soulève lui aussi d'importants questionnements et que la légimité ou l'illégimité sont perpétuellement remises en doute par son personnage... A vrai dire, tout dépend de quel côté on se met, DIRTY HARRY étant un film reposant énormément sur l'interprétation dont le spectateur en fera, expliquant l'absence totale de réponses vis-à-vis des questions que Siegel pose à ce dernier.

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DIRTY HARRY, finalement, ne peut pas être jugé objectivement. Une péloche fasciste pour certains, une série B fendard pour d'autres, ou un chef d'oeuvre absolu et subversif pour les autres... Je pense que vous savez de quel côté je me range, à mon sens, DIRTY HARRY est un très grand film, jouant avec les genres et les registres et faisant preuve d'une subversion et d'un politiquement incorrect qui ferait un paquet de bien au cinéma actuel... En tout cas, il est sur qu'avant de tenter l'expérience, vous ne saurez jamais de quel côté vous ranger. Peut-être qu'Harry Callahan n'est pas aussi facho que sa réputation sous-entend, et peut-être qu'Harry Callahan n'est peut-être pas aussi juste que ce que je laisse sous-entendre... Allez savoir!

DH7

Si vous avez aimé ce film, vous aimerez aussi...

  • COOGAN'S BLUFF, de Don Siegel.
  • UN JUSTICIER DANS LA VILLE, de Michael Winner.
  • SERPICO, de Sidney Lumet.
  • L'ÉCHANGE, de Clint Eastwood.
  • L'HOMME DES HAUTES PLAINES, de Clint Eastwood.

-ZE RING-

DH8

25 novembre 2011

THE KING OF NEW YORK

KONY JAQUETTE
RÉALISÉ PAR | ABEL FERRARA.
ÉCRIT PAR | NICOLAS ST. JOHN.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JOE DELIA.

CHRISTOPHER WALKEN | Frank White.
DAVID CARUSO | Dennis Gilley.
LAURENCE FISHBURNE | Jimmy Jump.
VICTOR ARGO | Roy Bishop.
WESLEY SNIPES | Thomas Flanigan.
JANET JULIAN | Jennifer.

Frank White (Christopher Walken), un gros bonnet du traffic de drogue, sort de prison. Afin de reprendre le contrôle du traffic de drogue à New York, il décide d'éliminer la concurrence.

KONY 1


Abel Ferrara est considéré par beaucoup comme un des plus grands réalisateurs des années 90. Son DRILLER KILLER à une réputation de film culte, son BAD LIEUTENANT, bien que très controversé, est beaucoup apprécié et à même donné lieu à un très bon remake (bien qu'a l'opposé de l'original), NOS FUNÉRAILLES, bien que très rare, est considéré un peu partout comme un chef d'oeuvre et finalement, KING OF NEW YORK, traine derrière lui une réputation absolument cultissime. Abel Ferrara ne m'avait jamais réellement touché jusqu'a présent : j'ai détesté DRILLER KILLER (qu'il faudrait que je revoie) et j'ai beaucoup aimé BAD LIEUTENANT mais certainement pas autant que je l'aurai voulu... Mais il faut être clair, avec KING OF NEW YORK, Ferrara tape à tout autre niveau. Sans tourner autour du pot, KING OF NEW YORK est un chef d'oeuvre, ni plus ni moins, EXPLICATIONS.

KONY 2

Partant d'un pitch de base qu'on a tous déja vu mille fois, KING OF NEW YORK s'avère dès le départ surprenant puisqu'au lieu de glorifier les flics et de donner une vision noire des gangsters qu'il présente, Ferrara réalise un film construit sur la base inverse. Frank White, véritable Robin des bois des temps modernes, apparait très clairement, et ce dès le départ, comme un gangster aux ambitions nobles et honorables, un meurtrier certes mais qui suit un chemin criminel dans le seul but d'aider son prochain. Ferrara, très vite, fait se heurter ce personnage abusivement glorifié aux policiers, bad mother fuckers aux méthodes violentes et sans réelles limites morales. Il faut être honnête : il faut des couilles pour faire ce genre de choses, or Ferrara le fait, et ce sans même le nuancer ou tenter de le cacher. Un peu comme avec BAD LIEUTENANT, Ferrara balance un bon gros coup de savate dans les valeurs morales de notre société et en glorifiant à outrance un personnage qui ne devrait pas l'être, signe le portrait d'un personnage finalement attachant, chose qu'il ne devrait pas être également... Pourtant tout s'embrique avec cohérence et efficacité et ce malgré l'espèce de "paradoxe moral" que Ferrara et St. John s'amusent à construire avec ce KING OF NEW YORK.

KONY 3
Bien évidemment, ce scénario aux bases subversives est largement soutenu par son casting incroyable. Christopher Walken, comme à son habitude, éclipse tous les autres à chaque apparition, mais on retrouve également un Victor Argo absolument excellent, un Lawrence Fishburne qui en fait des tonnes mais dont l'interprétation correspond parfaitement au personnage, mais également Wesley Snipes, David Caruso et Paul Calderon, tous sont géniaux dans leurs rôles respectifs et donnent vie à leurs personnages. Le casting de KING OF NEW YORK est impressionnant, toutefois Ferrara ne cède pas à la facilité et ne laisse pas ses acteurs tenir son film, au contraire, puisqu'il signe un film techniquement très réussi, donnant libre cours par moment à des idées visuelles dingues, à un éclairage complètement barjo mais surtout, comme à son habitude, il prend un soin tout particulier à l'installation d'une ambiance glauque et dérangeante, toujours sous l'influence évidente d'oeuvres comme SÉRIE NOIRE bien qu'il parvienne ici à s'en détacher.

KONY 4

La maitrise technique de Ferrara s'avère surtout utile lorsque ce dernier commence à balancer des scènes d'action dantesques toutes les cinq minutes, en effet, sous ses apparences de drame subversif, KING OF NEW YORK se révèle très vite être en réalité un gros polar d'action bien bourrin, qui, s'il n'oublie pas de développer son histoire et son sujet, laisse une place assez étonnante aux scènes d'action. Difficile par moments de se dire que c'est le réalisateur de DRILLER KILLER derrière la caméra, tant KING OF NEW YORK par son rythme et ses scènes d'action ressemble à peu près à tout sauf ce à quoi on s'attendait, le traitement de Ferrara s'avère en effet très surprenant en plus d'être de grande qualité, à défaut d'être virtuose. Chaque scène d'action fait oublier la précédente et Ferrara stylise chaque moment de violence pour le rendre chaque fois plus fort et plus percutant, procédé dont la force est parfaitement illustrée par une exécution au canon scié brève mais qui constitue un réel sommet de violence et d'intensité qui vous laissera le cul... Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres!

KONY 5

Servi par un rythme haletant, KING OF NEW YORK s'avère également être une oeuvre méchamment tendue, un clash ultra-violent entre deux camps que le scénario de St. John retranscrit avec brio par des dialogues subtils mais également jouissifs, interprétés avec brio par Christopher Walken, ici au meilleur de sa forme, jouant Frank White comme si sa vie en dépendait et balancant des punchlines explosives avec une classe pas possible, c'est bien simple, il trouve ici un de ses meilleurs rôles, et au vu de l'étendue du talent du bonhomme, cela me semble assez révélateur de la qualité de son interprétation. Le tout donne un film véritablement irréprochable, explosif, glauque, subversif et puissant. Un pur chef d'oeuvre en somme, un grand classique que tout cinéphile qui se respecte se doit de voir et ce malgré son côté jusqu'au boutiste méchamment appuyé... Si je dois admettre que Ferrara ne me semblait pas être un grand réalisateur, la vision de ce KING OF NEW YORK à profondément changé mon opinion à ce sujet : ce mec est un putain de fou dangereux, certes capable du pire comme du meilleur, mais dont les meilleurs, de ce que j'ai vu, valent clairement la peine d'être vus.

KONY 5 2

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-ZE RING-


KONY 6

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19 novembre 2011

THE KILLER

TK JAQ
RÉALISÉ PAR
|
JOHN WOO.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | LOWELL LO.

CHOW YUN-FAT | Jeff.
DANNY LEE | Li.
SALLY YEH | Jenny.
CHU KONG | Sydney.
KENNETH TSANG | Chung.
FUI-ON SHING | Eddie Weng.

Jeff (Chow Yun-Fat) est un tueur professionnel aguerri qui travaille en solo. Lors de l'éxécution d'un contrat, il blesse accidentellement aux yeux une jeune chanteuse, Jenny (Sally Yeh). Rongé par le remords, Jeff tente de se racheter. Il accepte d'éliminer un parrain des Triades afin de réunir la somme nécessaire à la transplantation dont Jenny à besoin.

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-CETTE CRITIQUE EST BASÉE SUR LA VERSION INTERNATIONALE D'1H40-

John Woo est connu mondialement pour la violence ultra-stylisée et la chorégraphie de la violence qui s'opèrent dans ses films. Cependant, la ou certains y voient de vulgaires films d'action stylisés à outrance, d'autres y voient des oeuvres certes spectaculaires et maniéristes, mais également bouleversantes, touchantes, et dont le style quelque peu excessif n'a que pour but de véhiculer des émotions très fortes... C'est ça THE KILLER, un polar culte qui ne vaut pas seulement par ses scènes d'action contrairement à ce que beaucoup voudraient faire croire. Pur remake du SAMOURAI de Melville, THE KILLER s'impose comme un des meilleurs polars de tous les temps ainsi que l'une des meilleures oeuvres de John Woo, une véritable tuerie intergalactique qui mérite bien quelques modestes explications!

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Soyons clair, il y un avant THE KILLER et un après THE KILLER. Avant ce film, il n'y a jamais eu rien de tel. L'arrivée de ce film à complètement révolutionné le cinéma d'action, et a engendré MATRIX tout comme il a mis Scorsese sur le cul (le film lui est d'ailleurs dédié) et a inspiré Quentin Tarantino... Ce n'est donc pas de nimporte quel film dont on parle, puisque tout comme Sergio Leone, John Woo à investi un genre pourtant maintes fois exploité auparavant (ici le polar) et l'a révolutionné en imposant son style à chaque instant. Car c'est de la que vient la révolution, c'est de la que viennent tous ces mecs qui tirent avec deux flingues dans les mains tout en sautant partout, c'est de la que viennent tous les ralentis tant utilisés dans les films d'action pendant toute une époque. Tout ça, John Woo l'a fait avant et mieux que tout le monde, faisant preuve d'une maitrise jamais égalée, et ce, aussi bien d'un point de vue technique que scénaristique (j'y reviendrai, promis!). Signant des plans somptueux et faisant preuve d'un sens du cadre incroyable, John Woo chorégraphie également ses fusillades avec un brio incroyable, toujours sous l'influence du genre qu'il préfère... La comédie musicale, et oui car malgré la violence de ses films, John Woo reste un grand admirateur de comédies musicales, composant donc le moindre de ses films de la même façon, expliquant la présence quasi-omniprésente de la musique et le montage du film, Woo montant les images de son film à partir de la musique et non la musique a partir des images.... Mais en soit peu importe, le résultat à l'écran est détonnant, ça blaste, ça fait exploser tout le décor, ça saigne et ça tire de partout mais dans les moments les plus paisibles, la symbiose entre les images et la musique vous donnera des frissons, la bande-son étant aussi belle que la photographie...

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Pourtant, si Woo laisse une grande place à l'action dans son film, ce sont les personnages qui en sont le point central. Reprenant le cultissime LE SAMOURAI mais le remixant à sa sauce, John Woo dresse le portrait de 4 personnages tous aussi touchants les uns que les autres, qu'il s'agisse de Jeff, tueur professionnel au noble code d'honneur et aux objectifs touchants, ou du flic Li, véritable justicier dans l'âme, John Woo prend ces personnages à la base simples, et les magnifie au travers de scènes d'une grande subtilité ou de dialogues certes naïfs et maladroits mais dont la bancalité est largement compensée par la puissance de l'interprétation. Chow Yun-Fat y fait en effet preuve d'un charisme exceptionnel mais livre également une de ses meilleures interprétations, tantôt subtil, tantôt émouvant, le bonhomme montre toute l'étendue de son talent, au même titre que Danny Lee ou de Chu Kong dont les magnifiques prestations donnent vie à des personnages bouleversants qui font face a d'autres personnages bien plus détestables. Manichéen, THE KILLER l'est assurémment, John Woo ne nuance jamais réellement son histoire mais le tout reste d'une grande efficacité, le manque de nuances dans l'histoire étant largement compensé par la puissance des personnages et de l'histoire...

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Qui plus est, ce manichéisme n'est finalement rien de plus que le résultat des obsessions de John Woo posées sur pélicule. Obsédé par l'amitié, la loyauté, la trahison, l'honneur et la rédemption. Thématiques centrales de THE KILLER, mais également du reste de la filmographie de John Woo, elles sont abordées ici de manière très explicite voire maladroite mais sont également le moteur d'émotions puissantes. En effet, l'un des points forts de THE KILLER est sa puissance émotionnelle incroyable. Bouleversant, THE KILLER l'est à bien des égards, mention spéciale à son final qui risque de vous assommer un bon coup et de vous laisser K.O, Woo enchaine les scènes poignantes tout comme il enchaine les fusillades cultes, et si THE KILLER est un grand film d'action, c'est également un sublime drame humain, et ce autant dans ses enjeux que dans son dénouement. THE KILLER est une oeuvre puissante émotionnellement, chose que les détracteurs de John Woo n'arrivent pas à voir, malheureusement pour eux... Dans toute cette tornade de sentiments et d'émotion fortes, John Woo parvient néanmoins à construire un scénario solide, parvenant à éviter avec brio toute forme de temps morts, malheureusement ce scénario est légèrement désavantagé par des dialogues assez mal écrits, mais en soit peu importe, le reste compense ce mineur défaut dans ce qui reste une oeuvre majeure du 7ème art.

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THE KILLER
est donc ni plus ni moins qu'un véritable chef d'oeuvre, un polar bouleversant animé par des personnages tous plus touchants les uns que les autres. John Woo s'impose pour la première fois avec ce film comme un véritable génie, maitrisant ses scènes d'action comme personne et faisant preuve d'un talent technique incroyable. Pour la première fois, le bonhomme impose réellement son style et révolutionne tout le cinéma d'action, exploit qu'il réitèrera 3 ans après avec le génial A TOUTE ÉPREUVE... La classe. THE KILLER est un des meilleurs films de John Woo, un véritable chef d'oeuvre qui n'a pas à rougir de la comparaison avec LE SAMOURAI, son modèle auquel il est d'ailleurs peut-être supérieur... Il s'agit donc d'un film à voir absolument, et très vite, qui permettra d'ailleurs peut-être à certains de s'initier à l'oeuvre fascinante bien qu'inégale de John Woo...

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-ZE RING-

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27 août 2011

VIOLENT COP

VC JAQ

RÉALISÉ PAR | TAKESHI KITANO.
SCRIPT ORIGINAL ÉCRIT PAR | HISASHI NOZAWA ET RÉ-ÉCRIT PAR | TAKESHI KITANO.
PRODUIT PAR | SHOZO ICHIYAMA, AKINORI KURODA, TOSHIO NABESHIMA, KAZUYOSHI OKUYAMA ET TAKIO YOSHIDA.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | DAISAKU KUME.

TAKESHI KITANO | Azuma.
HAKURYU | Kiyohiro.
MAIKO KAWAKAMI | Akari.
MAKOTO ASHIKAWA | Kikuchi.

Azuma, un policier violent (Takeshi Kitano) est aux prises à la fois avec sa hiérarchie et un gang dirigé par le truand Kiyohiro (Hakuryu).

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Premier film de Takeshi Kitano en tant que réalisateur, qui s'était déja illustré par des performances d'acteurs incroyables dans des films tels que MERRY CHRISTMAS, MR. LAWRENCE (plus connu sous le nom de FURYO en France.) de Nagisa Oshima, VIOLENT COP est une oeuvre importante dans le sens ou, avec le TETSUO de Shinya Tsukamoto, elle a permis a un nouveau cinéma japonais de s'imposer en 1989, époque à laquelle, je le rappelle, le cinéma japonais était sur le déclin, les grands maitres qui en avaient fait la gloire ne tournant plus autant qu'avant voire plus du tout... Un de ces grands maitres, Kinji Fukasaku, qui s'était illustré dans les années 70 en réalisant bon nombre de yakuza eiga et qui à notamment influencé Quentin Tarantino et John Woo, était le premier réalisateur destiné à faire ce VIOLENT COP, polar classique dans lequel Takeshi Kitano devait prendre le premier rôle, seulement voila Fukasaku tombe malade avant le tournage et c'est Takeshi Kitano qui doit réaliser le film à sa place, il reprend le script original de Hisashi Nozawa et fournit un travail important de ré-écriture. D'une histoire policière classique, VIOLENT COP devient un polar sur un flic taciturne, solitaire et à contre-courant mais surtout VIOLENT COP devient le reflet des nombreuses obsessions de Beat Takeshi. VIOLENT COP, A.K.A le premier film d'un des plus grands réalisateurs que le cinéma ait connu.

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Seulement voila, même si VIOLENT COP est un film important dans la filmographie de Takeshi Kitano dans le sens ou toutes ses obsessions y sont abordées, la plupart sont à peine survolées. L'enfance, élément central de la plupart des films du maitre, est ici à peine effleurée, à l'opposé, la violence sèche et froide qui à fait en partie le succès de l'oeuvre de Kitano atteint ici un paroxysme incroyable, à ce titre VIOLENT COP est avec ANIKI, MON FRERE et ZATOICHI le film le plus hardcore du cinéaste, se permettant des excès de violence absolument incroyables, VIOLENT COP est le film le plus brutal de Takeshi Kitano, en effet, si les deux autres films du bonhomme cités précédémment sont aussi violents visuellement, ils sont plus faciles à digérer dans le sens ou on n'y trouve beaucoup d'humour et d'émotion, dans VIOLENT COP, il n'y a rien de la sorte, c'est d'ailleurs sans doute un des défauts du film, celui d'être assez impersonnel dans la mesure ou l'émotion et l'humour propre à l'oeuvre de Kitano sont ici absents, à l'exception d'une scène à pisser de rire ou Kitano, qui joue ici un gros crevard, colle un coup de savate intergalactique à un type qui dévale ensuite les escaliers comme un abruti... En dehors de cette scène, la violence du film prend le pas sur le reste, des fois pour le mieux (la fusillade de fin dans l'entrepot, monument de mise en scène et de violence), d'autres fois pour le pire (cette scène ou Kitano baffe un type pendant dix minutes, long, et il faut l'avouer, chiant, en plus de ne pas tellement servir le scénario.). Vous l'aurez compris, VIOLENT COP n'est pas le meilleur film de Kitano, au contraire c'est très certainement son moins bon film en plus d'être certainement le plus vide (même GETTING ANY? qui est pourtant assez pourri peut au moins se targuer de faire mourir de rire.), qui plus est, il est assez inégal, la faute peut-être a la surprise que Kitano à sans doute eu lorsqu'il s'est retrouvé à la caméra, ou la faute peut-être au fait que le scénario contient autant de scènes réécrites par Kitano que d'autres écrites par Nozawa (qui n'a au passage rien fait d'intéréssant à part ce film.), malheureusement, et ça, c'est un peu plus inattendu, cette inégalité se ressent également dans la mise en scène.

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En effet, si certains passages de ce film, comme la fin, sont incroyablement mis en scène, d'autres sont ruinés par une réalisation parfois légèrement mollassonne, comme cette très très très longue poursuite ou il ne se passe rien d'intéréssant, bref, si certains moments du film sont incroyables, d'autres auraient largement gagné à bénéficier d'un meilleur traitement, en effet si l'absence d'émotion et d'humour est regrettable, ce défaut aurait pu être largement compensé par une mise en scène plus en accord avec le film, c'est-a-dire plus sèche, plus violente, mais peut-on réellement regretter le fait que Kitano essaye de faire pour la première fois ce qui fera la grace de son cinéma? En un sens oui, puisque ce VIOLENT COP est un semi-échec, en un sens non, il me semble tout de même qu'en tant que premier film d'un homme qui est également loin d'être un cinéphile (Kitano n'a vu que très peu de films dans sa vie, et avant de faire du cinéma il aspirait à être comédien.) VIOLENT COP s'en tire avec les honneurs, en effet, Kitano, si par moments fait légèrement nimporte quoi, d'autres sont purement incroyables et surtout, on retrouve pour la première fois Kitano dans un rôle qui le convient légèrement... A ce titre, Azuma, son personnage, est un véritable crevard, qui tape et qui tire sur tout le monde et qui d'ailleurs n'est pas sans évoquer L'INSPECTEUR HARRY, bref, c'est un badass mother fucker comme on les aime, et Kitano livre une interprétation de qualité. Comme toujours quasi-muet, en retrait, il explose lors de scènes de violence incroyables, et interprète à la perfection cette première esquisse de son personnage fétiche, personnage emblématique que l'on retrouvera dans la majorité de ses autres films...

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Seulement voila, si dans HANA-BI ou dans ANIKI, MON FRERE, certains éléments permettaient de s'attacher à ce personnage taciturne et violent, ici ce n'est pas le cas, ainsi lorsque, fidèle à ses habitudes, Kitano s'en va niquer tout le monde, tiraillé entre l'envie de mourir et l'envie de tuer, on ne lache pas la larme qu'on est habitués à lacher devant les films du bonhomme, la faute également à une froideur trop exacerbée et à une lenteur qui nuit gravement au rythme du film, en effet, VIOLENT COP ne commence réellement qu'au bout de 45 minutes et beaucoup, dont moi, auront largement décroché avant cela, le film est beaucoup trop lent pour être divertissant et l'inégalité dans la mise en scène empêche le tout d'être captivant malgré tout, pourtant si le film ne pète pas très haut il n'en est pas pour autant entièrement pénible, on y trouve en effet des merveilles en termes d'écriture et d'interprétation. Kitano, comme d'habitude, brille, et le monolithique Hakuryu (le porte-flingue dans HANA-BI) remplit largement son contrat, à ce titre son personnage est carrément inquiétant. Tueur sans émotion, sans pitié et sans remords, il ne montre aucune émotion et se contente de faire son travail avec la brutalité qui va avec, au même titre que le personnage d'Azuma à vrai dire... Et c'est la que VIOLENT COP fait réellement penser à L'INSPECTEUR HARRY, c'est qu'il s'agit en réalité d'une oeuvre sur l'incompétence et la corruption de la police, tous étant soit incapables de faire le boulot (en témoigne cette scène ou toute une équipe de flics se fait défoncer à coups de savate par un pauvre type.) soit corrompus (en témoigne la toute dernière scène...). Parmi eux, se dresse Azuma, flic violent qui utilise les même moyens violents que les criminels qu'il affronte, un enfoiré en somme, mais qui est sans doute le meilleur de tous... Un portrait inquiétant de la police qui aurait pu être encore plus intéréssant si Fukasaku avait réalisé le film, en effet le message sous-jacent du film est loin d'être la préoccupation centrale de Kitano qui se concentre davantage sur les thèmes qui l'intéressent : l'enfance et l'amour, bien que survolés, la violence de son cinéma et les yakuzas.

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Malheureusement, en tentant de faire un film sur les yakuzas, Kitano se perd dans une enquête policière loin d'être intéréssante et perd le rythme de son film... Ainsi lorsque le film commence vraiment, on se surprend à ne toujours pas accrocher à ce VIOLENT COP, enchainement de tueries toutes plus violentes les unes que les autres mais qui n'apportent rien de très intéréssant, à ce titre le rythme du film est tellement monotone que la fin, explosion de violence inattendue, semble sortir de nulle part, la faute à une construction dramatique absente, heureusement, parmi ces erreurs de construction, on retrouve des dialogues finement écrits et une bande-son intéréssante même si ça ne vaut clairement pas Joe Hisaishi... Et comme je le disais avant de partir sur autre chose, des acteurs intéréssants, on retrouve entre autres dans le rôle de Nito le bad guy de ZATOICHI et Makoto Ashikawa, acteur secondaire certes mais qui livre chaque fois des performances intéréssantes, malgré tout on est quand même loin du trio de choc Kitano - Osugi - Terajima et VIOLENT COP décevra donc encore une fois les fans de Kitano...

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En somme, VIOLENT COP est un film inégal et légèrement ennuyeux... Malgré tout impossible de tout jeter dans ce film tant on y ouvre des scènes intéréssantes mais également une première esquisse des obsessions de Kitano. Dans VIOLENT COP, même si tout est loin d'être parfait, il y a tout ce qui fera la gloire du cinéma de Kitano, ainsi, même si le film est loin d'être un chef d'oeuvre, VIOLENT COP est une oeuvre indispensable pour tout fan de Kitano... Personnellement, j'ai vu le film deux fois et je suis assez mitigé mais certains moments sont pour moi un pur bonheur, et je sais que rien pour ces moments la je suis prêt à revoir le film une troisième fois. A voir donc, de toutes façons, si vous ne comprenez pas l'anglais ou le japonais, la seule possibilité pour vous de voir ce film est d'acheter le très rare et très cher coffret VIOLENT COP / KIDS RETURN (une tuerie) puisque le film n'existe pas en édition solo.

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Si vous aimez ce film, vous aimerez aussi...

  • HANA-BI, de Takeshi Kitano.
  • ANIKI, MON FRERE de Takeshi Kitano.
  • SONATINE, deTakeshi Kitano.
  • JUGATSU, deTakeshi Kitano.

-ZE RING-

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13 avril 2011

HANA-BI

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Un des plus grands films de l'histoire du cinéma, réalisé par Takeshi Kitano en 1997.
Ecrit par Takeshi Kitano.
Avec Takeshi Kitano, Kayako Kishimoto, Ren Ôsugi et Susumu Terajima.
Musique composée par Joe Hisaishi.

Nishi (Takeshi Kitano) est un flic taciturne. Lorsqu'il apprend que sa femme Miyuki (Kayako Kishimito) est sur le point de mourir et que son ami et partenaire Horibe (Ren Ôsugi) perd l'usage de ses jambes après une fusillade, il quitte la police et décide de commettre un hold-up pour apaiser les misères de ceux qui l'entourent.

PUTAIN. Voila ma réaction après revision de ce chef d'oeuvre, film que j'avais largement sous-estimé (puisque je l'avais vraiment pas aimé quand j'étais tout jeune), puisqu'il s'agit en réalité d'un des 5 meilleurs films qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie. Hana-Bi, considéré quasi-unanimement comme le chef d'oeuvre de Takeshi Kitano, -et c'est certainement pas moi qu'irait contredire la majorité pour une fois-, est également son film le plus personnel. J'y reviendrai plus tard, il y a beaucoup de choses à dire la-dessus et l'envie ne me vient pas maintenant, ce qu'il faut savoir d'entrée de jeu c'est qu'Hana-Bi est le reflet parfait de la filmographie de Takeshi Kitano : visuellement magnifique, musicalement porté par la partition d'une beauté inégalable de Joe Hisaishi et qui s'achève comme tous ses films sur un brise-coeur comme lui seul sait les faire. Mais bien évidemment je compte bien développer tous ces points, et quelques autres, d'ailleurs, dans la suite de cet article, que j'espère que vous apprécierez. :)

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Hana-Bi est construit comme à peu près tous les films de Takeshi Kitano : il installe tout d'abord sa situation initiale, et il prend son temps pour le faire. Après cela, il y a une période de détente, on est spectateur de beaucoup moins de violences, période de détente qui mène lentement mais surement au dénouement final, qui brisera le coeur même aux plus insensibles, Hana-Bi, comme je le disais ne fait pas exception à cette règle, au contraire, puisqu'il la magnifie en rendant ce schéma scénaristique encore plus efficace qu'il ne l'était déja à la base, et puis d'ailleurs Kitano ne change pas ses habitudes non plus quand au rôle qu'il joue : il interprète une fois de plus un personnage brisé par la vie, violent, taciturne, mais derrière cette façade impénétrable se trouve un homme plein d'amour, ici Kitano pousse cette règle d'or jusqu'au bout, le détective Nishi étant presque toujours plongé dans un mutisme insondable, frappant des mecs toutes les deux secondes dans des élans de violence d'une rare intensité, mais Nishi est un homme brisé par la maladie de sa femme et qui culpabilise en raison de la tragédie qui à frappé Horibe, joué avec brio par Ren Ôsugi, un des acteurs secondaires favoris de Kitano avec le génial Susumu Terajima puisqu'ils ont un rôle dans presque tous ses films. Le personnage d'Horibe à lui seul mérite quelques lignes, d'une part parce que bon nombre de scènes d'une intensité émotionnelle extrêmement rare lui sont consacrées mais surtout parce qu'il permet à Kitano d'aborder un sujet qui lui est très personnel : le suicide. En effet, je le rappelle et je l'apprends à ceux qui ne le sauraient pas déja que Takeshi Kitano à subi en 1994 un accident de moto, qu'il à a demi-mot avoué être une tentative de suicide. A la suite de cet accident, Takeshi Kitano à subi une paralysie partielle et se remit à la peinture. Le personnage d'Horibe se trouve dans la même situation : dans l'incapacité de bouger autrement que sur une chaise roulante, il passe son temps à peindre et essaye à un moment donné de se suicider... Par ailleurs, ce n'est pas un hasard si les peintures crées par Horibe sont en réalité celles que Kitano à peint après son accident, ce n'est qu'un indice de plus qui permet d'affirmer que Kitano s'identifie dans son film au travers du personnage d'Horibe, d'ailleurs les séquences sous l'effigie de ce dernier sont assez nombreuses et toutes sont particulièrement soignées, certaines extrêmement émouvantes, émotionnellement surpuissantes, et laissez-moi vous dire que si vous n'avez pas un caillou à la place du coeur vous allez vous en rappeler longtemps, impossible d'oublier la tornade de sentiments puissants que Kitano nous balance à la gueule dans son chef d'oeuvre Hana-Bi.

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Ensuite Hana-Bi marque définitivement l'évolution du style de Takeshi Kitano. En effet, dans tous ses films avant celui-ci (exception faite pour A Scene at the sea) la violence visuelle froide et sèche qu'on lui connait prenait le pas sur l'émotion et empêchait ses films, pourtant déja géniaux au passage, d'être vraiment émotionnellement puissants, ici Kitano trouve l'équilibre parfait et livre un film dans le même temps ultra-violent visuellement mais aussi moralement dans le sens ou il nous envoie des baffes à la Rocky Balboa, mais, contrairement à Violent Cop et Jugatsu, non pas avec ses poings mais avec les émotions qu'il prend son temps pour créer, alors si on retiendra les passages mettant en scène Ren Ôsugi, au niveau émotionnel, rien ne peut surpasser la fin du film, véritable monument d'émotion qui peut largement se targuer de concurrencer (voire de surpasser!!) la bouleversante scène finale d'A Scene at the sea, autre chef d'oeuvre de Kitano qui trouvera d'ailleurs bientôt son chemin vers le site, en effet la fin d'Hana-Bi est un véritable brise-coeur, ceux qui connaissent un peu l'univers de Kitano la devineront dès le début du film mais peu importe, car Kitano on ne le connait pas pour son originalité mais bien pour sa capacité à nous véhiculer des émotions fortes, capacité qu'il à acquis grâce à trois choses : ses talents de mise en scène, la beauté visuelle de ses films et la musique de son pote Joe Hisaishi. EXPLICATIONS.

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Takeshi Kitano à toujours fait preuve de grands talents de mise en scène. Dans Violent Cop, son premier film et son moins bon avec sa comédie scato dispensable Getting Any?, le bonhomme faisait déja preuve de talents de mise en scène considérable. Plus il à fait de films, plus il s'est approché de l'univers esthétique qu'on lui connait maintenant, mais il à surtout fait une rencontre déterminante : celle de Joe Hisaishi, compositeur de tous ses films de A Scene at the Sea a Dolls (exception faite pour Getting Any? qui est de toutes façons une grosse tache sur la filmo de Beat Takeshi...), véritable double musical de Takeshi Kitano, la partition de ce qui est à mon sens le meilleur compositeur de tous les temps aide grandement à donner leur intensité aux scènes brillament mises en scènes d'Hana-Bi (et des autres films de Kitano d'ailleurs). Absolument grandiose, la bande-son d'Hana-Bi est l'une des plus fines compositions d'Hisaishi et fait une bonne partie du travail, mais comme je le disais, Kitano et Hisaishi ne font qu'un et c'est pour ça que l'un n'est rien sans l'autre (il n'y a qu'a voir Violent Cop et Jugatsu, l'absence d'Hisaishi s'en ressent pas mal même si les films demeurent excellents!) mais heureusement Kitano remplit sa part du contrat et livre un film à l'esthétique à mourir... Disposant d'une des plus belles photographies qu'il m'ait été donné de voir, Hana-Bi est visuellement absolument magnifique, Kitano livre des plans à tomber par terre, des plans qui vous feraient pleurer tellement c'est beau, heureusement dans ses élans contemplatifs Takeshi Kitano n'oublie pas de faire un film et livre un scénario solide, génialement construit même s'il ne prend aucun risque dans sa construction, disposant de dialogues rares mais aussi très bien écrits, d'ailleurs le film aussi lent soit-il n'est pas chiant une seconde, bien au contraire, immersif à mort et prenant de bout en bout, Hana-Bi est clairement le genre de films qu'on a pas envie de finir... Parce que c'est trop mortel!

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En termes de prestations d'acteurs, Hana-Bi est également un prodige. On ne dira rien sur Takeshi Kitano et Kayako Kishimoto qui ouvrent la bouche genre deux fois dans le film mais Kitano affiche un charisme monumental, comme à son habitude, malgré tout c'est plus du côté des rôles secondaires qu'il faut se tourner pour trouver des prestations exceptionnelles, on retient donc le génial Susumu Terajima (Alias Mr. Acteur secondaire Nippon) mais surtout Ren Ôsugi dans un de ses meilleurs rôles, absolument bouleversant le bonhomme livre la meilleure prestation de tout le film, particulièrement touchante à certains moments. Et puis pour finir, on retrouve dans Hana-Bi l'obsession de Takeshi Kitano : l'enfance. Voila, je pense que ce sera tout... Alors maintenant je sais pas si ça vous à donné envie mais si c'est pas le cas c'est soit que j'ai pas fait mon boulot correctement soit que vous avez un problème intellectuel... Dans tous les cas voici l'occasion d'expliciter le message pas si caché de cet article fait direct après avoir vu le chef d'oeuvre qu'est Hana-Bi : courrez l'acheter, volez-le même si vous avez besoin, mais voyez-le, car non seulement c'est un classique mais c'est aussi un film comme on en voit pas deux.

TAKESHI KITANO IS GOD!

-ZE RING-

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03 avril 2011

BAD LIEUTENANT

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Réalisé par Abel Ferrara en 1992.
Ecrit par Abel Ferrara, Paul Calderon, Victor Argo et Zoe Lund.
Avec Harvey Keitel, Victor Argo, Paul Calderon et Frankie Thorn.
Musique composée par Joe Delia.

Alors qu'il enquête sur le viol d'un jeune nonne (Frankie Thorn), un flic corrompu (Harvey Keitel) essaye de se repentir.

Bad Lieutenant, en voila un film intéréssant. Partant d'un postulat vu 150 fois au cinéma (un flic pourri essaye de se repentir, on a vu plus original) et somme toute simple, voire simpliste, Bad Lieutenant ne ressemble pourtant à aucun film que vous ayez pu voir (à part peut-être si Abel Ferrara à réalisé d'autres films plus ou moins similaires dans leur ambiance, j'attends de voir King of New York pour le confirmer.), d'une part parce qu'ici on touche au glaucque pur et dur et on sombre au bout de deux minutes dans la subversion la plus pure, deux choses qui sont rarement vues dans les nombreux films qui adoptent la même trame, et si il est clair que l'on a vu des films bien mieux foutus techniquement et mieux réalisés, force est de constater que la force de Bad Lieutenant se trouve ailleurs, mais ou? Et bien c'est ce qu'on va voir, EXPLICATIONS.

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Un nom suffirait à justifier la qualité de ce Bad Lieutenant : Harvey Keitel. A mes yeux, un des meilleurs acteurs de tous les temps, le bonhomme fait ici tout le travail, anime un film que la réalisation par moments bancale d'Abel Ferrara ne parvient pas à animer, donne de l'humanité à un personnage en tous points inhumains, opportuniste, salaud, accro à toutes sortes de drogues, voleur, le Lieutenant est l'incarnation même du pourri, pourtant Keitel de par son jeu parvient à donner une humanité à ce salaud sans coeur, toujours crédible, toujours génialissime, il n'y a pas un seul instant ou le bonhomme, qui est sans doute en permanence à l'écran, assure grave, effacant par sa présence un casting pourtant composé d'acteurs secondaires de talent comme Victor Argo (Taxi Driver) ou Paul Calderon (Pulp Fiction), Harvey Keitel de par son charisme animal et sa présence constitue à lui seul une grande partie de l'interêt du film, qui que ce soit dit, n'est pas nécessairement très prenant, il y a à ce titre quelques longueurs mais en soit peu importe, car la force du film réside ailleurs : dans son ambiance glaucque et sa subversion, car si la réalisation est loin d'être géniale elle contribue à rendre les décors et l'ambiance de ce Bad Lieutenant plus cradingue qu'elle ne l'est déja, Abel Ferrara réussit ici la ou il avait lamentablement échoué dans son tout pourri Driller Killer, à faire de New York une ville étouffante, plongée dans l'obscurité la plus noire et dans la crasse, ou la police est pire que les criminels qu'elle est supposée poursuivre (en témoigne cette scène ou Harvey Keitel menace de son revolver deux petits cons pour qu'ils lui donnent l'argent qu'ils venaient de voler.), et force est de constater que cela fonctionne plutôt bien, rajoutez à cela une bande-son tout sauf agréable et vous avez un film crado, ultra-glaucque, dont l'ambiance évoquerait même parfois le Série noire d'Alain Corneau grâce aux décors entièrement constitués d'appartements miteux et la bande-son se basant entièrement sur la radio, par ailleurs, le film enchaine les hommages, on en notera notamment un au Mean Streets de Martin Scorsese au travers d'une scène d'anthologie, cette scène ou Harvey Keitel danse complètement à poil, complètement bourré sur exactement la même musique sur laquelle il avait dansé (habillé cette fois) dans Mean Streets en 1973. Ici vraiment grandiose, Harvey Keitel enchaine les punchlines (en témoigne ma bannière flashy.), par ailleurs, le film est très bien écrit, même si malheureusement on note quelques problèmes de construction puisque Bad Lieutenant est loin d'être dépourvu de longueurs, longueurs compensée par une subversion à toute épreuve.

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Car c'est la que se trouve tout l'interêt de Bad Lieutenant, qui comme je l'ai dit est loin d'être divertissant, dans sa charge subversive et sa propension à brosser le spectateur à rebrousse-poil, ici, Harvey Keitel est un flic pourri oui mais pas un flic pourri comme on en voit d'habitude, ici il joue un flic pourri qui abuse sexuellement de jeunes filles, qui vole de la cocaïne des cadavres de criminels, drogué jusqu'aux oreilles (d'ailleurs à ce titre, la consommation de drogues d'Harvey Keitel est réélle dans le film, je vous l'avais dit, ce mec est fou.) mais surtout c'est un flic pourri qui dans des élans hallucinatoires traite Jésus d'enculé dans un monologue d'anthologie... Ah oui alors évidemment à ce moment-là on comprend tous pourquoi Bad Lieutenant à été coupé dans certains pays, attention toucher à la religion c'est pas bien... Mais Abel Ferrara, s'il n'est pas un excellent réalisateur à une chose que peu de réalisateurs ont : des grosses couilles, alors il s'en fout, il le fait quand même, livrant une critique acerbe de la religion chrétienne au travers de cette nonne qui pardonne ses violeurs de l'avoir volé alors que le Lieutenant n'arrive pas à trouver le pardon... Subversif à mort, la se trouve tout l'interêt de Bad Lieutenant, film couillu à mort, faisant de Bad Lieutenant un film, à défaut d'être divertissant, intéréssant pour sa charge subversive et le jeu d'acteur d'un des meilleurs acteurs de tous les temps... D'ailleurs bon pour une fois je vais être gentil avec Ferrara, sans avoir vu ses films force est de constater qu'en jetant un oeil au casting de ces derniers le bonhomme à vraiment l'oeil pour trouver des acteurs principaux qui déchirent... Christopher Walken, Harvey Keitel... Des acteurs tous plus mortels les uns que les autres, ici on saluera la prestation du grand Keitel et le côté hardcore de ce Bad Lieutenant, son ambiance glaucque et sa subversion.

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Alors en somme, si Bad Lieutenant est très loin d'être divertissant ou agréable à regarder, c'est un film à voir pour sa démarche couillue, pour sa subversion et Harvey Keitel... Loin d'être un chef d'oeuvre, Bad Lieutenant demeure une tuerie, un film à voir, même si c'est clairement le genre de films qu'on aime, ou pas, il faut tenter pour se faire un avis, certains se feront chier royalement et d'autres seront charmés par la subversion du film : c'est plus mon cas. Je ne saurai trop vous le conseiller, à vous de voir, personnellement j'adore, et j'espère que si vous décidez de le mater vous adorerez aussi! Sinon le Bad Lieutenant risque de vous exploser la gueule :P

-ZE RING-

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31 mars 2011

LE CHOIX DES ARMES

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Un film réalisé par Alain Corneau en 1981.
Ecrit par Alain Corneau et Michel Grisolia.
Avec Yves Montand, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve et Gérard Lanvin.
Musique composée par Philippe Sarde.

Si le cinéma français à aujourd'hui une réputation très mauvaise en raison de l'auteurisme de merde pathétique et sans interêt qui le domine, beaucoup ont tendance à oublier qu'a une époque désormais lointaine les meilleurs polars venaient tous de France, et si, bien que le genre semblait mort et enterré ce dernier à eu un sursaut grâce aux géniaux 36 Quai des orfêvres et MR73 d'Olivier Marchal, ce n'est rien en comparaison de ce qui se faisait en France dans les années 60 à 80 : des mecs comme Jean-Pierre Melville ou Henry Verneuil enchainaient alors tuerie sur tuerie... Parmi ces mecs-la, on en compte un autre : Alain Corneau, réalisateur de l'extrêmement glaucque Série noire avec un Patrick Dewaere terrifiant et imprévisible, film qui à d'ailleurs inspiré Gaspar Noé pour son Seul contre tous... C'est d'Alain Corneau que nous allons parler aujourd'hui car force est de constater que si Série noire semble être l'oeuvre de sa vie, Le choix des armes n'a pas à rougir en comparaison car il s'agit d'un des chefs d'oeuvres du polar français... Explications.

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Dès les premières scènes, le ton est donné : Le choix des armes est un polar violent, d'un réalisme poussé et à la réalisation soignée. En effet, Alain Corneau accorde un soin tout particulier à chacun de ses plans, montrant des prouesses en terme de maitrise de la caméra et de la photographie, abandonnant l'ambiance glaucque et noire de son Série noire pour réaliser un film certes plus conventionnel mais aussi plus accessible et plus divertissant (je tiens à le préciser avant de me faire lyncher : Série noire est un de mes films préférés, quand je dis que Le choix des armes est plus divertissant c'est simplement parce que dans Le choix des armes y a pas un Patrick Dewaere flippant et imprévisible qui met mal à l'aise et une ambiance glaucque à souhait, mais je m'égare), Corneau soigne chaque image, chaque plan de son bébé tout en prenant tout son temps pour installer une intrigue complexe (comme c'est souvent le cas dans le polar français, voir Le cercle rouge est suffisant pour s'en convaincre.) mais claire comme de l'eau, ainsi ce n'est qu'au bout du quart des 2h10 du film que celui-ci se lance vraiment, sans quitter son rythme lent mais entrainant (paradoxal non?) Le choix des armes devient alors un polar jubilatoire, présentant toute une galerie de personnages tous génialement interprêtés, Gérard Depardieu en tête qui livre une prestation génialissime (et ce même si sa coupe elle fait un peu rire.) jouant un truand violent, imprévisible et instable ("Mickey le dingue" hahahaha excellent) mais n'ayant pas nécessairement un mauvais fond. On retrouve également Yves Montand, interprète de Jansen dans le chef d'oeuvre de Melville, Le cercle rouge, qui livre une prestation géniale également bien que plus sobre que celle de Depardieu, en effet, la ou le vieux Gérard joue un type complètement niqué du bocal, Montand lui joue un ancien truand à cheval entre la droiture, l'honnêteté et la vie criminelle, à côté de ces deux géants, on retrouve une Catherine Deneuve tout à fait correcte ainsi qu'un Gérard Lanvin correct également dans le rôle d'un petit flic de pacotille, un trou du cul qui s'en prend la gueule au travers d'une scène finale d'anthologie (scène que tous ceux qui pensent que l'acteur principal de Camping mérite un sort pire que la mort seront contents de voir, moi le premier.). Porté par un casting génialement dirigé, Le choix des armes brille également de par son rythme, il s'agit en effet d'un film assez lent, lenteur qui est loin de désservir le film par ailleurs, car soyons clair, il n'est pas ennuyeux une seconde, il n'y a pas une seconde de temps mort, les raisons de cela? Et bien tout simplement : derrière il y a deux scénaristes de talent, qui savent construire un film avec brio et surtout écrire des dialogues absolument géniaux.

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Car si les dialogues ne seraient rien sans des acteurs géniaux pour leur donner vie, l'inverse est également valable, et force est de constater qu'ici les dialogues sont aussi géniaux que les acteurs qui les animent, très sobres mais donnant une dimension très classe à des personnages bien plus complexes qu'il n'y parait et laissant transparaitre une légère réflexion sur la justice, les dialogues sont excellents, de même, le scénario du film est très bien structuré, entièrement construit autour de Mickey, le personnage de Gérard Depardieu, un mec qui fout la merde partout ou il passe même si ce n'est pas toujours le but, le scénario du Choix des armes s'il est construit de sorte à ne pas larguer le spectateur en raison d'un rythme lent qui peut rebuter certains ne perd pas de vue ses personnages puisqu'il développe chacun d'entre eux, c'est donc un scénario très complet qui nous est effort et qui est développé devant nous, malheureusement après Série noire on est en droit de reprocher au Choix des armes son ambiance peut-être un peu trop propre et pas assez sombre.... Mais peut-être cela est-il une bonne chose en réalité, tout dépend de si oui ou non Série noire vous à collé une baffe (personnellement ce film à été pour moi une baffe intergalactique.), quoiqu'il en soit si une ambiance noire et une réalisation peut-être moins conventionnelle manquent au Choix des armes, il compense ces menus défauts par des gunfights courts, succints et assez rares mais d'un réalisme exacerbé et percutant, on retiendra notamment ce duel entre les deux Gérard du film dans une écurie et surtout la fusillade d'ouverture, courte mais remarquablement mise en scène.

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Et puis évidemment parler du Choix des armes sans s'attarder sur son final d'anthologie serait un crime, alors je n'en dis pas plus pour ceux qui n'ont pas vu mais attendez vous à voir une scène que vous ne verrez certainement pas deux fois, c'est vraiment une scène terrible... On notera également une musique discrète mais géniale de Philippe Sarde, un pur plaisir à entendre. En gros, Le choix des armes, qu'est-ce que c'est? Tout simplement un classique, un chef d'oeuvre... Génialement interprêté, scénarisé, réalisé... Tout est génial dans ce film. Le choix des armes est très clairement le film qui mériterait d'être plus connu, qui mériterait d'émerger de l'oubli dans lequel il est tombé, merci a l'auteurisme français de merde... Non clairement, s'il y a un mot pour résumer ce polar de Corneau c'est chef d'oeuvre... Alors depechez-vous d'aller l'acheter et de le mater avant que Mickey le dingue ne vienne vous chercher.

-Ze Ring-

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06 février 2011

ANIKI, MON FRERE

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Réalisé et écrit par Takeshi Kitano en 2000.
Avec Takeshi Kitano, Omar Epps, Kurôdo Maki, Susumu Terajima et Masaya Kato.
Musique composée par Joe Hisaishi.

Et voila, Takeshi Kitano fait son entrée sur Ze Lord of the Ring, qui a au passage été rénové, et puis la lecture ne sera désormais plus lassante puisque la musique du grandiose Joe Hisaishi l'accompagne maintenant... C'est donc un blog tout nouveau que je vous offre les amis, et donc aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je fais une entorse à mon programme, Enter The Void et la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook attendront car aujourd'hui, nous faisons un retour sur un très grand film : j'ai nommé Aniki, mon frère, réalisé, écrit, monté et interprété par le non-moins grandiose TAKESHI KITANO, et oui je suis un fervent admirateur du bonhomme, ce qui n'est pas le cas de tout le monde... Alors voila, fondamentalement, Aniki, mon frère ca part d'une base très simple : Yamamoto (Takeshi Kitano) est un yakuza qui suite à une guerre de clans se voit forcé de migrer aux Etats-Unis rejoindre son frère Ken (Kurôdo Maki). Oui ce n'est pas très inventif je vous l'accorde mais peu importe en soit, car Aniki, mon frère AKA Brother s'il n'est pas un chef d'oeuvre demeure une tuerie absolue, qui, si l'on se base sur mes standards, est un film qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie.

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On connait Takeshi Kitano pour ses longs plans ou il ne semble pas se passer forcément grand chose. Aniki mon frère ne fait pas exception à la règle puisqu'il adopte le même style de réalisation que Takeshi Sensei à adopté pour tous ses précédents films, l'inconditionnel du bonhomme ne sera donc pas dépaysé. Aniki mon frère est un prodige en termes de réalisation, chacun des plans est absolument magnifique, parfaitement cadré, soutenu par une photographie sobre mais superbe. La caméra bouge rarement et les scènes se déroulent très lentement, à un rythme réaliste disons, du moins pour beaucoup, pour autant, le film n'est pas chiant une seule seconde et demeure captivant pendant 1h40, grâce à une interprétation de haut niveau. Ainsi, on retrouve un Takeshi Kitano égal à lui-même, c'est-à-dire grandiose, les rares fois ou il parle, mais surtout Susumu Terajima et Omar Epps, deux acteurs respectivement peu connus en France ou de films bien nazes, qui contre toute attente s'avèrent être des acteurs d'exception, Omar Epps en tête qui livre une prestation dantesque, on retiendra notamment un monologue final d'une rare intensité qui fera lacher des larmes aux plus sensibles. Génialement interpreté et réalisé, Aniki mon frère bénéficie en plus de cela d'une des meilleures compositions de Joe Hisaishi (que ce soit dit ce type est le plus grand compositeur au monde.) donnant au film une atmosphère encore plus paisible qu'elle ne l'est déja, atmosphère paisible qui se dissipe lors de scènes de violence sans égales, visuellement crues et traumatisantes (la scène des baguettes on s'en rappellera encore dans 20 ans je vous le dis.). Aniki, mon frère est donc un excellent film de yakuzas, ou le code de ces derniers est d'ailleurs particulièrement bien appuyé, toutefois, ce ne serait qu'un simple divertissement si le film ne se limitait qu'à cela, or, Aniki, mon frère n'est clairement pas que cela. Explications.

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En effet, non content d'offrir un excellent divertissement, Takeshi Kitano, à travers ses personnages yakuzas, traite davantage de son thème de prédilection que du code d'honneur de ces derniers : l'enfance. Thème récurrent dans ses films, notamment dans Kids Return, Sonatine, L'été de Kikujiro et Hana-Bi (celui-la je suis moins sur, ça fait un bout de temps que je l'ai pas vu.), une grande majorité des films du bonhomme est de proposer un parallèle entre des scènes ou les personnages sont de véritables enfants (Omar Epps et Takeshi Kitano qui jouent aux dés ou aux échecs, Susumu Terajima qui joue au basket, les exemples sont nombreux puisque tout le film tourne autour de cela.) et des scènes d'une violence extrême, provoquant un contraste évident à quiconque regarde un film avec son cerveau sur ON. Ainsi, cet aspect du film trouve son point d'orgue lorsque Takeshi Kitano et Omar Epps prennent des paris à un jeu de hasard assez particulier pour décider si oui ou non leur victime du moment s'en sortira... Par ailleurs, toute la relation entre Takeshi Kitano et Omar Epps dans le film se base sur un mécanisme bien propre à l'enfant : la tricherie. Malheureusement, le thème de l'enfance aussi finement abordé soit-il est beaucoup moins bien abordé que dans Sonatine, mais nous ne bouderons pas notre plaisir, car rares sont les divertissements aussi subtils et Aniki, mon frère est également un drame humain bouleversant, un film magnifique et inoubliable qui aurait pu facilement atteindre le rang de chef d'oeuvre. Ce qui n'est pas le cas.

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La faute à des gags inutiles, bien amenés certes mais inutiles, assez nombreux dans le film et constituant les seuls points morts de celui-ci. Ainsi, n'aurait-on pas pu se passer du gag des billets de 100, à titre d'exemple? Ce n'est pas gênant outre-mesure évidemment, mais cela provoque une rupture dans le scénario, à ce titre quasi-parfait, aussi courtes soient-elles... Pour autant, Aniki, mon frère, s'il n'est pas un chef d'oeuvre est une oeuvre d'une grande beauté, un film très onirique et paisible, à la fois magnifique, visuellement comme moralement, mais aussi ultra-violent et bouleversant, Aniki, mon frère est un grand Kitano, bouleversant tous les sens de son spectateur et qui lui fout le moral profond dans les chaussettes... A bien des égards, le film, malgré ses petits défauts, est un INDISPENSABLE.

-Ze Ring-

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