16 octobre 2011

BRING ME THE HEAD OF ALFREDO GARCIA

AMLTAG JAQ
RÉALISÉ PAR
|SAM PECKINPAH
.
ÉCRIT PAR | SAM PECKINPAH, FRANK KOWALSKI ET GORDON T. DAWSON.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JERRY FIELDING.

WARREN OATES | Bennie.
ISELA VEGA | Elita.
ROBERT WEBBER | Sappensly.
GIG YOUNG | Quill.
JORGE RUSSEK | Cueto.
CHALO GONZALEZ | Chalo.
EMILIO FERNANDEZ | El Jefe.
KRIS KRISTOFFERSON | Biker.
DONNIE FRITTS | John.

Lorsqu'un riche propriétaire foncier (Emilio Fernandez) promet un million de dollars à quiconque lui ramènera la tête de l'homme qui a mis enceinte sa fille, deux hommes avide d'argent (Robert Webber et Gig Young.) recrutent Bennie (Warren Oates), un barman pour faire leur sale boulot.

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ATTENTION, FILM EXTRÊME!

Film extrême en effet, mais de la part de Sam Peckinpah, est-ce réellement surprenant? Pas tellement dans le sens ou la bonhomme, toute sa carrière, à passé son temps à faire chier Hollywood par la violence et la subversion qui s'opère dans ses films. En 1974, Peckinpah à déja causé scandale avec LA HORDE SAUVAGE, CHIENS DE PAILLE a été interdit au Royaume-Uni, son PAT GARRETT ET BILLY LE KID a été massacré par la production et UN NOMMÉ CABLE HOGUE s'est mangé un bide commercial sans précédent. En 1974, toutefois, Peckinpah sort APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA, et rien qu'a la lecture de ce titre provocateur, vous vous doutez que son film à fait du bruit... Echec commercial à l'époque, le film à aujourd'hui trouvé son public, chose tout à fait compréhensible dans la mesure ou APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA est un des meilleurs films de son auteur... Un film de qualité qui mérite bien quelques explications!

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Peckinpah est certainement l'un des plus grands réalisateurs de western américain, c'est indéniable. Mais ses westerns ont la particularité de déconstruire le genre plutôt que de l'exploiter, chose que les italiens ont fait avant tout le monde et que Peckinpah faisait avec brio que ce soit dans LA HORDE SAUVAGE ou THE GETAWAY, western urbain sous forme de polar.... Il en va de même pour APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA, road movie crépusculaire ou les chevaux et les revolvers sont remplacés par des voitures, des motos et des mitraillettes qui s'apparente davantage à un western surréaliste lorgnant vers le film de fantômes qu'a un film d'action, contrairement à ce que beaucoup pourraient dire. En effet, si l'action d'APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA se déroule bien à l'époque ou le film a été créé, ce n'est que pour mieux "déconstruire le western", thématique que l'on retrouve dans la moindre des oeuvres de Peckinpah (voir pour s'en convaincre UN NOMMÉ CABLE HOGUE, une comédie romantique dans le Far West et CHIENS DE PAILLE, A.K.A RIO BRAVO dans les Cornouailles), ici poussée à l'extrême tant le film ne ressemble à rien qui n'ait déja été fait avant...Ceci se manifeste à l'écran par l'usage de figures symboliques tout droit tirées du western spaghetti : personnage principal taciturne, quête difficile de la richesse matérielle, mais également par l'utilisation du Mexique comme décor principal, le tout agrémenté des thématiques propres à Peckinpah, telles que la relation amoureuse mouvementée entre Bennie et Elita, personnage qui constitue le point central du film... Mais également par une représentation de l'homme méchamment péjorative et la place centrale qu'occupe l'enfance dans le film. A cela, Peckinpah rajoute une dimension fantastique surprenante à son oeuvre, la tête d'Alfredo Garcia devenant au fur et à mesure que le film avance un personnage important du récit bien qu'elle ne soit jamais montrée... Cette même tête qui, au fur et à mesure qu'elle prend de l'importance, fait sombrer le personnage principal dans une descente vers la folie qui n'est pas sans rappeler APOCALYPSE NOW (bien que la comparaison soit tirée par les cheveux je vous l'accorde) mais surtout à SIN CITY dans la manière dont elle est explicitée.

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Vous l'aurez compris, APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA ne ressemble à rien que vous n'ayez déja vu avant. En cela, il s'agit très certainement du film le plus jusqu'au boutiste de Sam Peckinpah et il n'est donc pas étonnant qu'il ne puisse pas plaire à tout le monde, d'autant plus que son rythme n'est pas des plus accessibles. En effet, le film est assez lent, Peckinpah prenant son temps pour installer les bases de son histoire et toutes les thématiques qu'il va aborder, mais ce rythme particulier est nécessaire pour marquer la descente aux enfers dont Bennie et Elita sont les victimes. L'intensité croissante de chacune des scènes de violence du film, l'étrangeté de la moindre des rencontres du couple Oates-Vega, la gratuité du moindre instant de violence, cette même violence rendue encore plus étrange par le stylisme dont Peckinpah fait preuve dans ces moments-la... Tout cela est nécessaire pour faire d'APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA une expérience particulièrement glauque et malsaine (qui semble être au passage une des grandes sources d'inspiration de Martin Scorsese pour TAXI DRIVER aux côtés de CHIENS DE PAILLE.). APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA est une oeuvre qui s'analyse en détail, sur laquelle il y aurait de nombreuses choses à dire tant c'est un film à la complexité rare dans ses nombreuses thématiques sous-jacentes, donc on va non plus y passer des heures, ce qu'il est important de savoir c'est que tout en abordant les thématiques qui l'intéresse, Peckinpah procède tranquillement mais surement à l'installation d'une tension dramatique sidérante en multipliant les enjeux de son scénario assez conceptuel bien que linéaire, tension qui explose lors d'un final absolument bouleversant qui risque de vous trouer le cul violemment.

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Toute cette complexité dans les thématiques et l'originalité de l'histoire ne seraient toutefois rien sans la maitrise formelle de Sam Peckinpah sur le plan technique, scénaristique et au niveau de la direction d'acteurs. Avec APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA, Peckinpah prend un certain temps pour développer ses personnages et ses enjeux et livre une relation amoureuse intéréssante entre les personnages de Warren Oates et d'Isela Vega dans le sens ou un rapprochement entre les deux personnages s'opère en même temps qu'une dualité s'installe, ainsi si l'une est une femme un peu volage, l'autre délaisse cette dernière d'une certaine façon malgré le sentiment fort qui les rattache, mais c'est Alfredo Garcia qui scinde réellement les deux personnages, scission qui pourtant ne les sépare pas... Bref, leur rapport est unique et passionnant mais est également illustré par des dialogues d'une grande subtilité animés et sublimement interprétés par un Warren Oates au sommet de son art, livrant une prestation absolument incroyable. Bien évidemment, les autres ne sont pas en reste, notamment Isela Vega qui n'a pas a rougir en comparaison avec Oates puisque sa prestation est très bonne... Et on retrouve toute une clique de seconds couteaux, notamment Kris Kristofferson qui entre PAT GARRETT ET BILLY THE KID et APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA a refait pousser son ignoble barbe mais aussi Emilio Fernandez dont le charisme crève l'écran à chacune de ses apparitions et Richard Bright apparait même l'espace d'un plan dans une mini-apparition qui fait plaisir!!

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Peckinpah
de son côté fait preuve une fois de plus de talents de technicien indéniables, son film étant sobrement mais magistralement photographié et éclairé, mais surtout superbement filmé. Peckinpah capture ses acteurs et tire de leurs performances ce qu'il y a de mieux a en tirer, met en scène ses gunfights de la manière la plus magnifique possible tout en stylisant au maximum le moindre instant de violence par le biais de ralentis et de giclées de sang méchamment graphiques. Une fois de plus, le maître fait preuve d'une maitrise technique sidérante et si ça reste tout de même plus sobre que LA HORDE SAUVAGE, le maniérisme de Peckinpah donne a son film une intensité incroyable, intensité qui trouve son sommet lors de gunfights magnifiquement orchestrés et dont le seul défaut serait le bruit un peu vieillot des coups de feu... A la maitrise technique de Peckinpah se rajoute en plus une bande-son magnifique par Jerry Fielding dont un extrait est d'ailleurs disponible un peu plus haut dans l'article!

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Que dire de plus? Rien. Je ne vois rien de plus à dire qui n'aurait pas déja été dit sur APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA... C'est un film unique, qui ne plaira pas à tout le monde certes mais dont la qualité est indéniable. Un chef d'oeuvre en somme, une tuerie absolue et un des meilleurs crus de Sam Peckinpah, une baffe intergalactique dont vous allez avoir beaucoup de mal à vous remettre et dont le final nihiliste et sombre finira de vous achever... Un indispensable en somme, un film que je vous recommande particulièrement pour son ambiance bizarre et son jusqu'au boutisme. Quand aux fans de Peckinpah, inutile de dire qu'il va falloir vous depêcher de le voir si ce n'est pas déja fait et ceux que ça n'intéresse pas ne savent pas ce qu'ils ratent...

Si vous avez aimé ce film, vous aimerez aussi...

-ZE RING-

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28 juin 2011

COMPANEROS

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RÉALISATION
| SERGIO CORBUCCI
ÉCRITURE | SERGIO CORBUCCI, MASSIMO DE RITA, FRITZ EBERT, JOSÉ FRADE ET ARDUINO MAIURI
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

FRANCO NERO | Yodlaf Peterson "The Swede"
TOMAS MILIAN |
El Vasco
JACK PALANCE | John
FERNANDO REY | Professeur Xantos
IRIS BERBEN |
Lola
JOSÉ BODALO | General Mongo

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"LEVANTANDO EL AIRE LOS SOMBREROS, VAMOS A MATAR, VAMOS A MATAR COMPANEROS!"

C'est sur cette phrase culte, issue de la bande-son ultra-jouissive d'un Ennio Morricone en folie, que Companeros s'ouvre. Nous sommes en 1970, le western zapata est de plus en plus apprécié par le public (en grande partie grâce au très subversif El Chuncho de Damiano Damiani) et le western italien de manière générale à toujours autant de succès. C'est dans ce contexte que Sergio Corbucci, ennemi juré de Sergio Leone, signe un des meilleurs westerns italiens : Companeros. Pour ceux qui ne connaissent pas le western italien au-dela des oeuvres stylisées de Sergio Leone, je tiens quand même à prévenir, Companeros, et la majorité des westerns italiens que je critiquerai à l'avenir (à commencer par le chef d'oeuvre Keoma, la tuerie absolue El Chuncho et Le grand silence que je verrai très très bientôt.) que ce sont des oeuvres très différentes. Corbucci fait des films hardcores par définition, et très loin de la beauté stylistique des films de Leone. Et même si Companeros fait pale figure en termes de violence face à des oeuvres comme Django ou Keoma, force est de constater que le côté sans concession de chef d'oeuvre en rebutera beaucoup, en particulier s'ils ne sont pas préparés outre-mesure à voir quelque chose de très différent de Le bon, la brute et le truand. Quoiqu'il en soit, inutile de dire qu'a mes yeux, Companeros est une pure réussite, une telle réussite que Sergio Leone, ze big master of ze western made in Cinecitta, s'en est très très inspiré pour son Il était une fois la révolution, ce qui sera une occasion pour les détracteurs de Leone (si si ça existe.) de coller quelques taquets au bonhomme, taquets complètement injustifiés puisqu'effectivement s'il s'inspire de l'oeuvre de Corbucci, Il était une fois la révolution est tout de même très différent de Companeros dans la mesure ou il n'est pas si si sans concession, ni autant basé sur la comédie ni aussi bon que ce dernier.

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Car Companeros est une alchimie de tous les registres imaginables : tantôt politique et subversif, il passe au comique, puis à des fusillades dantesques et se termine sur un final aussi émouvant qu'il est épique. Autant dire qu'en termes de générosité, Companeros délivre la marchandise puisqu'on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce film, merci à un rythme incroyable et furieux propre au western zapata (voir El Chuncho, un film qui lui non plus, ne s'arrête jamais.), Corbucci livre un film complet dans sa structure puisque non content d'imposer un rythme incroyable au spectateur de son film, le bonhomme livre une mise en scène, qui, si elle est loin d'égaler le réal "fer de lance" du genre (inutile de dire de qui je parle.), demeure absolument géniale. On trouve donc quelques merveilles visuelles dans ce Companeros, comme par exemple cette charge finale d'un Franco Nero moustachu complètement fou, ou les apparitions de Jack Palance dans un rôle de bad mother fucker zoophile marijuana-crazed mémorable. Et oui, car c'est un autre point ou Companeros brille, et ça pas besoin de voir le film pour le deviner : son casting. Car Companeros est un des rares films de cette époque et de ce genre à ne pas avoir été tourné en post-synchronisé (doublage après le tournage grosso modo.), et cela s'en ressent. Parlant tous en anglais, chaque acteur livre des prestations plus que mémorables, à commencer par celui qui est pour moi le meilleur acteur de westerns de tous les temps, je pense bien évidemment à Franco Nero (Django, Keoma et pour ceux qui ne connaissent pas le western spaghetti, c'est le général Esperanza dans 58 minutes pour vivre.), qui joue ici le rôle d'un traffiquant d'armes suédois (Franco Nero trouvait toujours une excuse pour parler avec sa vraie voix en anglais, ainsi son accent ne genait pas sa crédibilité.), véritable tête à claques ambulante, gros crevard, un sacré enfoiré en somme mais tellement charismatique, tellement bien interprété et composé qu'il en devient attachant, au même titre que Tomas Milian (Le dernier face à face, Tire encore si tu peux, Les 4 de l'apocalypse), bandido sans remords et sans scrupules, mais qui parviendra à trouver une certaine forme de rédemption dans la révolution, car la est tout l'objectif de Companeros, et c'est d'ailleurs une composante commune à une grande partie des westerns zapata : la rédemption et une évolution dans l'idéologie des personnages grâce à une personne qui à tout pour être leur ennemi. Ici, c'est Fernando Rey (French Connection et beaucoup des oeuvres de Luis Bunuel) qui endosse le rôle de rédempteur, celui du professeur Xantos, mexicain instruit très très cool, et surtout, pacifiste. Bien évidemment, parler des acteurs du film sans parler du légendaire Jack Palance serait criminel : bad mother fucker en puissance mais également le personnage le plus barré du film, puisque non seulement c'est un accro a la marijuana mais il semble aussi entretenir des relations, disons, étroites avec Marshall, piaf agacant et menaçant mais également source d'un des moments les plus comiques du film.

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Tout ce festival de personnages donne naissance à un aspect scénaristique inattendu dans un western : le nihilisme profond de ce Companeros. Car nihiliste, il l'est assurément, transformant les rebelles pacifistes du début du film petit à petit en révolutionnaires violents, annihilant les plus pacifiques, Sergio Corbucci ne fait pas de cadeaux et montre la violence comme solution à l'oppression et à la violence mais aussi comme la seule solution à ces problèmes, pour cela, Corbucci accorde un travail tout particulier au groupe du professeur Xantos, pacifique en puissance, jugeant la violence comme un mal mais également comme une honte, faisant de ce personnage censé incarner la sagesse dans toute sa splendeur un personnage aux ambitions limite naives, mais surtout irréalisables, en témoigne cette scène ou ce même professeur, dans un élan de colère, envoie une mornifle dans la gueule d'un de ses disciples et en témoigne également cette scène finale très émouvante ou je vais pas vous dire ce qu'il se passe. :-) C'est donc un film nihiliste mais aussi subversif que livre Corbucci, et derrière ce Companeros se cache un aspect sombre et inquiétant que le côté bon vivant et comique du western zapata camoufle légèrement. Companeros, un film couillu? Carrément ouais, ce pourquoi il me gonfle de le voir encore comparé par des gens qui ont visiblement de la merde dans les yeux puisque la ou Il était une fois la révolution est un pur exercice de style comique et jouissif doté d'une légère subversion, Companeros lui est un film engagé dans un propos nihiliste et subversif qui mélange tout comme le film de Leone plusieurs registres.

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Car ici se trouve une des plus grandes forces du film, l'aisance dont fait preuve Corbucci pour passer d'un registre à l'autre, ainsi si le film est une oeuvre dans sa globalité complètement barrée, très fun et très drôle illustrée par une bande-son ultra-fun d'Ennio Morricone, au moment des fusillades, Corbucci transforme son Companeros en une oeuvre ultra-violente et sans concession, puis entre deux fusillades envoie des passages se déroulant sous l'égide d'un humour pince sans rire (y a des moments je me demandais s'il fallait que je rigole ou pas.). Finalement toutes ces scènes mènent à un dénouement émouvant mais aussi épique, avec un Franco Nero galopant toutes armes dégainées en criant de toute voix une phrase qui restera à jamais gravée dans votre esprit : "VAMOS A MATAR COMPANEROS", le tout avant un arrêt sur image en rouge et noir à la Red Dead Redemption, la classe (et si la vous n'avez toujours pas envie de voir le film je ne sais plus quoi faire pour vous.). C'est de cette façon que se solde ce qui est pour moi un des meilleurs westerns italiens, un pur chef d'oeuvre que tout le monde se doit le voir au moins une fois.

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Malheureusement tout le monde ne pourra pas le voir au moins une fois. La raison est simple : merci à ces enculés d'éditeurs incompétents, Companeros ne peut pas être vu en version originale en France. Il y a bien un DVD, mais assez cher, dénué de bonus, et ne disposant que d'un doublage français de merde. Le même désastre que pour Le temps du massacre de Lucio Fulci en somme (pas étonnant, c'est le même éditeur.). Du coup, pour ces deux films, il n'y a qu'une seule solution pour les voir en VO : le DVD Zone 1. Il faut donc un lecteur DVD dézoné (ce qui n'est guère difficile à faire.) mais surtout des compétences en anglais puisque le film n'existe pas en VOSTFR... Pour les anglophones je tiens toutefois à signaler que Companeros à été édité chez Blue Underground. C'est l'édition que je possède et elle déchire tout, elle est trouvable sur amazon.co.uk pas très cher et tout ce que je peux vous conseiller dessus c'est de vous jeter dessus pour pouvoir vous vanter d'être un des rares en France à avoir vu le chef d'oeuvre Companeros dans les meilleures conditions possibles. Et oui, un chef d'oeuvre, c'est le mot... Alors voyez-le dès que vous en avez l'occasion!

-ZE RING-

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29 mai 2011

IL ÉTAIT UNE FOIS LA RÉVOLUTION

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RÉALISATION | SERGIO LEONE
ÉCRITURE | SERGIO LEONE, SERGIO DONATI, LUCIANO VINCENZONI, ROBERTO DE LEONARDIS ET CARLO TRITTO
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

ROD STEIGER | Juan Miranda
JAMES COBURN | John H. Mallory
ROMOLO VALLI |
Dr. Villega
ANTOINE SAINT-JOHN | Gunther Ruiz
DAVID WARBECK | Sean

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LA RÉVOLUTION N'EST PAS UN DÎNER DE GALA ; ELLE NE SE FAIT PAS COMME UNE OEUVRE LITTÉRAIRE, UN DESSIN OU UNE BRODERIE. LA RÉVOLUTION EST UN ACTE DE VIOLENCE.

C'est sur cette citation clairement culte qu'Il était une fois la révolution s'ouvre, Il était une fois la révolution, dont le titre original est Giu la testa (ce qui à donné le titre anglophone Duck you sucker) est l'adieu de Sergio Leone au genre qui lui était le plus cher : le western, mais aussi son premier et dernier western zapata (western "politique" en quelque sorte) et surtout le début de ce qui aurait été une fin de carrière subversive si Sergio Leone n'était pas mort prématurément à l'age de 60 ans. Subversif, Il était une fois la révolution l'est assurément, c'est d'ailleurs l'élément qui permet de le démarquer de Companeros de Sergio Corbucci, sorti une année avant et traitant du même sujet de la même façon, ce qui est évidemment une occasion pour les aficionados de westerns de s'acharner sur un réalisateur irréprochable cinématographiquement. Soyons clair, Companeros est un chef d'oeuvre, certainement aussi bon qu'Il était une fois la révolution mais ne nous voilons pas la face : le film est bien moins efficace en termes de mise en scène que le film de Leone et n'a surtout pas l'impact subversif d'Il était une fois la révolution, qui marque aussi le véritable commencement de ce qui fait de Leone un grand réalisateur : l'émotion. En effet, comme je l'ai déja expliqué, ses 4 précédents films étaient épiques mais sans une quelconque forme d'émotion, sur ses deux derniers films, c'est tout le contraire : Leone sacrifie le côté épique de ses oeuvres pour réaliser deux films bouleversants émotionnellement.

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Le premier plan n'est pas sans rappeler un autre grand western, La horde sauvage, que Leone avait sans doute vu. On voit en effet Rod Steiger pisser sur des fourmis, plan qui a plus de sens que le simple effet stylistique qu'on attribue toujours aux plans les plus subtils de Leone, puisqu'en effet, non seulement il fait un parallèle évident avec le final du film (tout comme Peckinpah l'avait fait avec ses fourmis dans La horde sauvage.) mais il met aussi en évidence la nature innocemment destructrice de Juan Miranda, brigand mexicain opportuniste complètement barré caricatural et à mourir de rire, interprété avec brio par un Rod Steiger complètement fou, la citation ci-dessus et les deux-trois plans qui suivent envoient directement la marchandise : Il était une fois la révolution est un film de Leone unique en son genre qui explore une facette de cet homme qui n'est que peu connue, son côté rebelle et pas content, car rebelle Il était une fois la révolution l'est assurément, il n'y a qu'a voir Leone jouer avec la censure (a laquelle il n'a malheureusement pas échappé) en faisant du personnage de Rod Steiger un mec qui viole tout ce qui passe sans rien montrer et qui balance complètement à poil depuis un chariot les mecs qu'il cambriole pour s'en convaincre, Leone signe ici son film le plus osé politiquement et ne brosse pas une seconde le public dans le sens du poil, alors évidemment ca reste du Leone du coup on échappe à l'ultra-violence graphique d'un Corbucci, Il était une fois la révolution reste un film qu'a des couilles, tantôt dans la caricature tantôt dans la revendication et ce sans oublier de faire un divertissement de (très grande) qualité, la classe.

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Et puis Leone réussit l'exploit déja accompli sur son autre chef d'oeuvre, Il était une fois dans l'ouest, celui de faire d'un de ses protagonistes principaux un personnage très ambigu, ambiguité qui repose sur des flashbacks (encore une fois),  intelligement disséminés dans le film, qui créent un retournement de situation inattendu et bouleversant, le dernier flashback soulève de nombreuses questions sur le personnage de Dieu James Coburn, et fait d'Il était une fois la révolution un film sujet à plusieurs interprétations. Au-dela de son côté subversif et de l'intelligence du scénario, Il était une fois la révolution est aussi un film sur la trahison et la loyauté, obsessions de Sergio Leone, mais c'est également un film purement comique de par ses personnages et les situations qu'il amène, Leone se lache complètement, particulièrement quand il s'agit de développer ses personnages, ainsi on retiendra cette première confrontation mythique entre l'hilarant Rod Steiger et l'extrêmement charismatique James Coburn, un des moments phares du film de par son côté comique très appuyé pourtant aussi hilarant soit-il Il était une fois la révolution est à l'aune de sa conclusion un film très émouvant, ce qui à le don de surprendre surtout quand, de Leone, on a seulement vu la trilogie du dollar et Il était une fois dans l'ouest... Bon et puis comme d'habitude, plus trop besoin de le préciser, c'est toujours très bien écrit, l'absence de Mickey Knox au scénario calme un peu le débit de punchlines cultes même si on en trouve quelques unes très bien senties ("Pancho Villa, the best bandit chief in the world, you know that? This man had two balls like the bull. He went in the revolution as a great bandit. When he came out, he came out as what? Nothing. A general, huh? That, to me, is the bullshit!" Excellent!) mais dans sa structure Il était une fois la révolution est à bien des égards parfait, y a pas pas un moment qui ne serve pas une fonction précise et les dialogues sont toujours aussi fins, même si Leone se calme un petit peu et laisse un peu parler les personnages (la, ceux qui suivent ce blog et qui ont lu ma dernière critique savent de quoi je parle.)

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En termes de mise en scène, Leone se calme également un petit peu même s'il va toujours dans la prise de risques : cette scène d'ouverture de 25 minutes dans une caravane en est un bon exemple, génialement mise en scène, très caricaturale mais aussi couillue (dans tous les sens du terme), il s'agit d'une scène qui reste dans les mémoires, tout comme la scène de bataille sur le pont, vraiment impressionnante de par son réalisme, en bref, en termes de mise en scène c'est toujours aussi bon, Leone assure tellement qu'on ne sera pas deçu par l'absence d'un duel épique (sacrifié au profit d'émotions puissantes.) et même si jamais une seconde Il était une fois la révolution n'entre de ce point de vue en concurrence avec son prédécesseur, il demeure un modèle de mise en scène. Et puis le film est soutenu par une musique du génie Ennio Morricone, illustrant à merveille le personnage incarné par un de mes acteurs préférés, James Coburn, qui livre une prestation génialissime tout comme Rod Steiger qui fait mourir de rure... Et puis on se surprendra à retrouver deux acteurs de L'au-dela de Lucio Fulci dans des rôles secondaires : David Warbeck et Antoine Saint-John.

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En somme, Il était une fois la révolution est un autre chef d'oeuvre de Sergio Leone. Un magnifique adieu au western, une oeuvre subversive et un casting du tonnerre, le tout sur 2h30 de péloche qui font bien plaisir, par ailleurs l'édition collector du film peut se trouver un peu partout pour pas très cher alors on aurait tort de se priver... Leone livrant en effet un grand western, abandonnent le côté visuel lyrique de ses autres oeuvres pour signer une oeuvre beaucoup plus forte émotionnellement et dôté d'une subversion que le seul film auquel il se compare, Companeros, est loin d'avoir... Bon alors maintenant vous vous depêchez d'aller me zieuter ça sinon... DUCK YOU SUCKER.

-ZE RING-

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28 mai 2011

IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST

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RÉALISATION | SERGIO LEONE
ÉCRITURE | SERGIO LEONE, DARIO ARGENTO, BERNARDO BERTOLUCCI, SERGIO DONATI ET MICKEY KNOX.
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

CHARLES BRONSON | L'harmonica
HENRY FONDA | Frank
CLAUDIA CARDINALE | Jill McBain
JASON ROBARDS | Cheyenne
GABRIELE FERZETTI | Morton
JACK ELAM, WOODY STRODE ET AL MULOCK | Les trois pistoleros de la gare.

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Comment donner envie aux non-cinéphiles et aux personnes qui n'ont jamais vu un western de leur vie d'aller acheter et de voir un film datant des années 60, avec des acteurs depuis quelques temps décédés, des effets sonores tous pourris et durant presque 3h? En balancant d'entrée de jeu une notion trop souvent galvaudée : CHEF D'OEUVRE. Purement et simplement le meilleur western spaghetti que Sergio Leone ait réalisé de toute sa carrière, c'est également son plus beau film en termes de mise en scène et son oeuvre la plus épique... Les fans du duo Sergio Leone-Clint Eastwood seront deçus : en effet, après Le bon, la brute et le truand, Clint Eastwood en a fini avec Leone : la rumeur veut que le rôle d'Harmonica lui avait été proposé mais qu'il l'avait refusé... Pas cool... Par la suite, Leone à proposé le rôle à Dieu, euh je veux dire James Coburn mais celui-ci à refusé pour des raisons d'argent. Mais pour être honnête, et la je vais me faire taper, tant mieux car je ne vois personne d'autre (même pas Eastwood, même pas Coburn, et pourtant mon estime de ces deux homme est infinie.) dans le rôle principal du film que cet autre acteur de légende qu'est Charles Bronson, l'Arnold Schwarzenneger d'un temps qui donne avec brio vie à ce personnage ambigu qu'est l'Harmonica. Ambigu, c'est le terme parfait pour désigner les personnages, que ce soit L'harmonica, pistolero silencieux et insensible dont les intentions sont floues, à l'image de ce flashback récurrent dans le film, ou encore Jill McBain, prostituée mariée par pur interêt ou encore Cheyenne, faux bad mother fucker de l'histoire, personnages ambigus tous animés par des acteurs désormais légendaires : que ce soit la magnifique (et je pèse mes mots.) Claudia Cardinale, l'ultra-charismatique Charles Bronson, le génialissime Jason Robards et surtout le mythique Henry Fonda qui tient ici le rôle de sa vie (et marrant, son seul rôle de méchant de sa longue carrière.), tous livrent des prestations impressionnantes de crédibilité et donnent vie à un film lent indéniablement épique. Il était une fois dans l'ouest, le meilleur western spaghetti de tous les temps?

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Je vous laisse le soin de répondre vous-même à cette question puisque ce film est en concurrence perpétuelle avec un autre grand film de Sergio Leone, Le bon, la brute et le truand, reste que pour moi y pas a chier, à mes yeux les deux plus grands westerns du monsieur sont également ses deux derniers : Il était une fois la révolution, sur lequel je reviendrai très bientôt et Il était une fois dans l'ouest, et oui car le film est une oeuvre de très grande qualité, que dis-je, un chef d'oeuvre en tous points, à commencer par sa mise en scène. En ces termes, Il était une fois dans l'ouest est purement et simplement le film le plus abouti du cinéaste. Non seulement chaque plan est étudié au millimètre près, servent tous une fonction précise et fourmillent de détails, comme c'est souvent le cas chez Leone, mais pour la première fois celui-ci signe une oeuvre plus complexe par sa réalisation mais surtout par son montage, en effet, avec Il était une fois dans l'ouest, Leone utilise pour la première fois une technique qui lui sera chère dans sa trilogie américaine (dont Il était une fois dans l'ouest est le premier segment), c'est-à-dire le flashback, qui dans les trois films à une fonction stylistique évidente mais aussi une fonction scénaristique importante, puisqu'il sert à effectuer un revirement de situation étonnant, par sa mise en scène, Leone développe son histoire et je ne saurai pas mieux dire tant les images content plus l'histoire du film que les dialogues, ceux-ci étant le plus souvent ambigus ("Quand on a tué 4, c'est facile d'en tuer 5." Une réplique banale à première vue mais qui comporte plusieurs sens selon le personnage qui la prononce.), ambiguité sur laquelle Leone joue pour faire avancer son histoire et développer ses personnages. Il était une fois dans l'ouest, de par sa mise en scène, est donc un film entièrement maitrisé, très fin et intelligent, et puis évidemment si cette mise en scène sert beaucoup le film inutile de préciser que la photographie, absolument magnifique et les décors impressionnants (Raaaah l'arrivée de Claudia Cardinale dans l'Ouest.) aident également à faire d'Il était une fois dans l'ouest un pur plaisir visuel, plaisir visuel qui commence pendant ce générique d'anthologie de 10 minutes jusqu'au duel final, plus belle scène que Sergio Leone ait filmé de sa carrière, qui envoie 6 pieds sous terre le déja génial duel final du Bon, la brute et le truand et d'Et pour quelques dollars de plus.

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Et puis, ne nous voilons pas la face, un film aussi inventif et aussi bien écrit qu'Il était une fois dans l'ouest, on en voit plus aujourd'hui, en effet Mickey Knox fait l'exploit de surpasser son travail sur Le bon, la brute et le truand en livrant des dialogues encore plus jubilatoires, les répliques cultes s'enchainent ("Vos amis ont un taux de mortalité très élevé, Frank."), et je sais pas si Mickey Knox était payé à la journée ou à la réplique jubilatoire mais si c'était à la réplique jubilatoire il a du grailler tout le budget du film à lui tout seul, quoi qu'il en soit, les dialogues sont, comme d'habitude, croustillants, ambigus qui plus est, ce qui est rare et souligne une maitrise totale du film (maitrise que seuls certains réalisateurs/scénaristes ne sont parvenus à atteindre, des films qui en disent plus par l'image que par le dialogue y a que des mecs comme Leone ou Malick pour en faire.), par ailleurs si le film est assez lent, jamais, pas une seule seconde, le film ne plonge le spectateur dans un ennui, au contraire, en travaillant plus sur la mise en scène de plans renversants Leone n'oublie cependant pas de faire un film, alors oui le film est lent mais il est également complet, les personnages sont travaillés et l'ambiguité du personnage principal, incarné par Charles Bronson, est maintenue jusqu'a une révélation finale certes loin d'être originale mais difficile à deviner, et surtout le film, en dépit de sa lenteur est prenant et immersif, un exploit? Oui, surtout quand on sait que réaliser un film aussi lent et parvenir à ne pas décrocher le spectateur en milieu de film est chose difficile, mais bon on parle de Leone et c'est donc sans longueurs que le film se développe, la classe. Un exploit de mise en scène, un exploit d'écriture, il ne me reste que la bande-son originale à traiter : Ennio Morricone est un des plus grands compositeurs de tous les temps et la bande-son d'Il était une fois dans l'ouest est sa meilleure oeuvre. J'ai besoin d'en dire de plus?

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Besoin ou pas, je vais quand même en dire plus. Il était une fois dans l'ouest ne serait pas aussi bon sans la musique d'Ennio Morricone, pour la bonne et simple raison que Sergio Leone et Ennio Morricone, c'est une collaboration qui se compare aux collaborations Takeshi Kitano-Joe Hisaishi, Tim Burton-Danny Elfman ou Steven Spielberg-John Williams, leurs compositeurs sont leurs doubles musicaux et ils ne sont rien sans eux, la preuve avec Violent Cop et Jugatsu (sur lesquelles je reviendrai bientot.), les deux premières oeuvres de Kitano, faites sans Hisaishi, dénuées de ce qui fait la force des films du bonhomme, avec Leone c'est la même chose, Leone n'a vraiment été Leone que lorsqu'il à commencé à travailler avec Ennio Morricone et avec Il était une fois dans l'ouest, cette collaboration trouve un de ses sommets : Il était une fois dans l'ouest est l'oeuvre la plus épique qui à résulté de cette collaboration, ici la musique s'accorde à la perfection avec les images, et si vos frissons sur le film ne sont pas synchronisés avec les notes d'harmonica alors je ne sais plus quoi faire pour vous... La bande-son d'Il était une fois dans l'ouest va presque plus loin que le film qu'elle illustre, c'est dire combien elle est réussie!

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Si vous êtes encore en train de lire cet article, vous êtes sans espoir. Parce que si j'ai bien fait mon travail vous devriez déja être à la FNAC pour acheter le film, la raison est simple, si vous n'avez pas vu Il était une fois dans l'ouest, alors vous n'avez rien vu! Il était une fois dans l'ouest est un chef d'oeuvre, un des meilleurs crus de Leone, une oeuvre majeure, une date et un film culte... Magnifique en tous points, c'est un film que tout cinéphile qui se respecte doit voir, et en vitesse, des films comme ça on en fait plus aujourd'hui et c'est bien dommage... Tiens d'ailleurs avec la vague de remakes tous pourris de ces dernières années je suis étonné que Leone n'ait pas encore été massacré par Hollywood... Mais bon on s'en plaindra pas hein.

-ZE RING-

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27 mai 2011

LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND

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RÉALISATION | SERGIO LEONE
ÉCRITURE | SERGIO LEONE, LUCIANO VINCENZONI, AGENORE INCROCCI, FURIO SCARPELLI ET
MICKEY KNOX.
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

CLINT EASTWOOD | Blondin
LEE VAN CLEEF | Angel Eyes
ELI WALLACH | Tuco

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Le bon, la brute et le truand est troisième et dernier segment de la trilogie de l'homme sans nom de Leone. Considéré par beaucoup comme le meilleur western spaghetti de tous les temps, Le bon, la brute et le truand est en effet une valeur sure puisque c'est le film qui marque définitivement l'age d'or de Sergio Leone, et donc du cinéma italien. Et pour quelques dollars de plus était déja impressionnant : Leone pousse ici les choses encore loin en signant Le bon, la brute et le truand, une des oeuvres les plus épiques et les plus abouties de son temps. Il n'y a pourtant ici rien de bien oiginal : une chasse au trésor et trois mecs qui se foutent sur la gueule pour le trouver, c'est du déja vu, malgré tout Le bon, la brute et le truand est un chef d'oeuvre, la raison est bien simple et s'applique aux 5 westerns de Leone : le film brille plus par sa forme que par son fond et si le fond est bien traité dans son ensemble c'est davantage la forme qui attire l'attention dans ce récit de 3 heures sur la loyauté et la trahison (les thèmes fétiches de Sergio Leone.) ou les punchlines mythiques (-Hé amigo, tu sais que t'as une tête qui vaut 2000 dollars? -Et toi t'as pas la tête de celui qui les encaissera.) et les duels s'enchainent jusqu'a un final épique qui restera encore longtemps dans les mémoires. Le bon, la brute et le truand, une oeuvre culte.

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Troisième et dernière collaboration du duo mythique Sergio Leone-Clint Eastwood, celui-ci s'habille pour la dernière fois de son poncho dans ce western pour jouer le rôle de Blondin, "le plus gros dégueulasse que la Terre ait jamais porté.", salopard sournois, égoïste et bien évidemment, un tireur d'élite, à côté de lui se trouve l'impressionnant Lee Van Cleef, qui joue ici un bad mother fucker comme on les aime, cupide, égoïste, violent, manipulateur et charismatique, le bonhomme tient ici le rôle de sa vie, tout comme Eli Wallach, truand sans prétention qui se retrouve embarqué dans une chasse au trésor colossale et dont le personnage rappelle étrangement Juan Miranda, le personnage de Rod Steiger dans Il était une fois la révolution. Comme d'habitude, les acteurs sont géniaux, les personnages auxquels ils donnent vie le sont également : profonds et travaillés, l'un d'eux en deviendrait presque attachant mais ça reste un salaud... C'est le seul problème de Leone à l'époque du bon, la brute et le truand : ses personnages sont des salopards opportunistes auxquels on ne s'attache vraiment, problème qu'il parviendra à régler avec brio dans sa trilogie américaine (sur laquelle je travaillerai très bientôt, patience!!), qui, au passage, pète mille coudées au-dessus de cette trilogie de l'homme sans nom qui est déja un standard de qualité très élevé!

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A partir d'un postulat de base simple, Leone signe avec Le bon, la brute et le truand la fin d'une trilogie épique : il est donc logique que ce dernier volet soit le plus épique des trois, pari difficile à tenir mais réussi puisque le film, qui dure 3 heures, c'est bon de le préciser, enchaine des scènes d'anthologie sans aucun temps mort (le tout non pas sans trait d'humour.), merci à des scénaristes de talent et aux dialogues croustillants que les acteurs récitent comme si leur vie en dépendait, scénaristiquement le film est génial et Leone prouve une fois de plus qu'en termes de mise en scène il pétait, en son temps, à mille coudées au-dessus de tout le monde (à part peut-être Peckinpah... Mais c'est pas le même genre de mise en scène.) et livre donc un CHEF D'OEUVRE visuel, ou chaque scène fait oublier la précédente, chaque baston, chaque duel est plus épique que le précédent, par sa mise en scène Leone toucherait presque à la perfection (et ce n'est qu'un aperçu de la qualité cinématographique qu'il parviendra à atteindre avec ses trois films suivants.), mise en scène qui est une fois de plus magnifiquée par la musique culte d'Ennio Morricone, la classe!

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En somme, un autre western spaghetti à la Leone. La formule ne change donc pas : des acteurs classes, qui interprètent tous des badass motherfuckers, des bastons épiques, une musique qui déchire sa race et des répliques à tour de bras... Seulement Leone est bien connu pour ne jamais avoir sorti un film moins bon que le précédent, Le bon, la brute et le truand est donc un chef d'oeuvre épique, qui enterre ses deux ainés les doigts dans le nez. Une oeuvre culte, un tournant dans l'histoire du cinéma et si par la suite Leone à abandonné Eastwood (même si ça me semble plutôt etre le contraire, mais j'y reviendrai dans un article prochain) ce n'est que pour mieux changer de formule et créer des oeuvres bien plus importantes, car soyons clair si la trilogie de l'homme sans nom fut un évènement dans l'histoire du cinéma, de par la ressemblance importante entre les trois films il est difficile de les qualifier les trois d'oeuvres importantes... Mais peu importe ça reste du pur plaisir jouissif et aucun des trois westerns présentés ces derniers jours n'est aussi bon que ce que Leone à fait par la suite... Comment ça, ça donne envie?

-ZE RING-

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25 mai 2011

...ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS

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RÉALISATION
| SERGIO LEONE
ECRITURE
| SERGIO LEONE, FULVIO MORSELLA, LUCIANO VINCENZONI
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

CLINT EASTWOOD | Monco
LEE VAN CLEEF | Douglas Mortimer
GIAN MARIA VOLONTÉ | L'Indio
ALDO SAMBRELL | Cuchillo
LUIGI PISTILLI | Groggy
KLAUS KINSKI | Hunchback

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Et pour quelques dollars de plus est le deuxième segment de la trilogie de l'homme sans nom du légendaire Sergio Leone. C'est donc un western spaghetti dans la lignée de Pour une poignée de dollars puisqu'il reprend le même personnage principal (même s'il a ici changé de nom), le même décor, les mêmes acteurs, le même compositeur... Pourquoi changer une équipe qui gagne? La seule différence c'est que suite au succès incroyable de Pour une poignée de dollars, Sergio Leone à ici la possibilité d'engager deux grands acteurs : Lee Van Cleef, un des plus grands acteurs de western de tous les temps, et Klaus Kinski, alias le plus grand psychopathe du cinéma, qui joue ici un second rôle assez plaisant... Malgré tout Et pour quelques dollars de plus à tout du film anecdotique, ici pour faire de l'argent et surfer sur la vague de succès... Alors Et pour quelques dollars de plus, anecdotique? Je ne peux que dire non car dire oui serait une véritable insanité, et oui, car Sergio Leone dans son génie avait compris que s'il devait faire un deuxième film avec le même personnage, le même décor il se devait de surpasser son premier opus non pas par le fond mais bien par la forme... Le hic c'est qu'ici Pour une poignée de dollars est surpassé en tous points par son cadet Et pour quelques dollars de plus. Explications.

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Et pour quelques dollars de plus est le premier chef d'oeuvre de Sergio Leone. La raison est simple : la force du premier opus était son côté épique appuyé par une musique qui déchire sa mère... Ici Leone pousse encore plus cet aspect faisant de son film une oeuvre encore plus jouissive que Pour une poignée de dollars ne l'était déja, mais en plus il corrige les défauts de celui-ci... Le manque de profondeur chez les personnages que j'avais reproché à Pour une poignée de dollars n'a pas lieu d'être prononcé sur cet article, car profonds les personnages le sont et habités par des acteurs toujours aussi charismatiques et au sommet de leur art, que ce soit Clint Eastwood, campant toujours ce chasseur de primes bad mother fucker with itchy-trigger fingers, ou encore Lee Van Cleef, chasseur de prime tourmenté aux flingues tous plus loufoques les uns que les autres ou encore Gian Maria Volonté dans le rôle d'Indio, bad mother fucker d'anthologie, tous brillent dans leur rôle et si force est de constater que Lee Van Cleef atomise tout le monde les doigts dans le nez les autres n'ont pas à rougir de la comparaison. Alors oui on pourra toujours dire que les acteurs secondaires sont loin d'être brillants mais rappelons-nous que nous sommes en 1965 en Italie et que le casting est international... En conséquence ici si l'on à des acteurs anglophones (ce pourquoi la version originale du film est la version anglaise et non le doublage italien, et ça s'applique à tous les films de Leone, ça parait con je sais mais je tiens à le préciser car il y a encore des gens dans ce monde qui croient que parce que Leone est italien alors des vedettes comme Eastwood, Lee Van Cleef, Charles Bronson ou même De Niro vont se mettre à parler italien...) très performants on a aussi des acteurs secondaires italiens qui eux ne parlent pas l'anglais et sont donc doublés... Plus ou moins correctement d'ailleurs alors peut-on vraiment considérer cela comme un défaut? Je ne pense pas, partant du principe que chaque film de Leone rattrape souvent ses défauts par une mise en scène monumentale, et de plus, nous n'avons pas ici affaire à un film de personnages comme Il était une fois en amérique... Non avec Et pour quelques dollars de plus (et tous les westerns de Leone d'ailleurs)  est une aventure épique qui se doit d'être appréciée comme telle et donc d'être jugée en grande partie sur le charisme des acteurs, la qualité d'écriture, la musique et surtout la mise en scène.

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Et la il faut avouer qu'encore une fois Sergio Leone s'impose comme un des plus grands metteurs en scène de tous les temps, c'est simple derrière sa caméra le bonhomme à plus de présence que les acteurs ultra-charismatiques qu'il fout l'un contre l'autre, livrant un western encore plus stylisé et épique que le précédent, Leone, par sa mise en scène et sa réalisation enchaine les scènes d'anthologie : le duel entre Indio et son ancien partenaire, les joutes verbales entre Lee Van Cleef ("Now come on, you light another match. -I generally smoke just after I eat. Why don't you come back in about ten minutes?" Excellent!) et Klaus Kinski et surtout le duel final, monument épique qui risque de vous trouer sévèrement le cul, Leone impose une fois de plus ses codes de mise en scène et Ennio Morricone, par sa partition (et d'ailleurs une de ses meilleures compositions.), rend les choses encore plus impressionnantes qu'elles ne le sont déja, bref Et pour quelques dollars est, tout comme Pour une poignée de dollars, une pure merveille de mise en scène... Et ce n'est encore rien à côté des films suivants de Sergio Leone. Et puis Leone, s'il était un grand metteur en scène, était aussi un scénariste de talent : présentant une situation vue 150 000 fois, il parvient tout de même à signer une oeuvre épique et prenante, largement aidée par les dialogues croustillants de Luciano Vincenzoni, plein de rebondissements, bien que ceux-ci soient attendus puisque le film à plus ou moins une structure similaire à son ainé (Présentation des personnages - installation de la trame - Les personnages sont faits prisonniers - Duel final épique), reste que ceux-ci sont bien la et donnent du rythme à une oeuvre énergique.

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Comme je le disais, Et pour quelques dollars de plus est un chef d'oeuvre. Tout y est bon. Les acteurs sont géniaux, la mise en scène est terrible, le film est une merveille d'écriture, le film enterre mille fois Pour une poignée de dollars, bref, qu'y a t-il de plus à dire si ce n'est... Qu'est-ce que vous foutez encore la à lire ma critique au lieu de courir à la FNAC la plus proche et d'acheter le film? Et pour quelques dollars de plus est un des meilleurs westerns spaghettis qui méritent complètement l'attention de tout le monde, passioné du genre ou non... Rendez-vous dans quelques jours pour la chronique du légendaire Le bon, la brute et le truand. ;)

-ZE RING-

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23 mai 2011

POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS

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RÉALISATION
| SERGIO LEONE
ECRITURE | SERGIO LEONE,
à partir du film Yojimbo, le garde du corps d'Akira Kurosawa.
MUSIQUE | ENNIO MORRICONE

CLINT EASTWOOD | Joe
MARIANNE KOCH | Marisol
GIAN MARIA VOLONTÉ | Ramón Rojo

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Nous sommes en 1964. Les westerns américains affluent, John Wayne passe des mois dans le désert et bute des salauds d'indiens à tour de bras, le tout sans tacher sa chemise. C'est à ce moment-là qu'arrive Pour une poignée de dollars, présentant des personnages mal rasés, mal fringués, solitaires, égoïstes, à la gachette facile et avides d'argent. Les femmes y sont traitées comme de la merde et le film est bercé dans une violence discrète mais belle et bien présente la ou elle était complètement absente chez les films de notre "ami" John 'Marion' Wayne (et oui les amis, pour ceux qui ne le savaient pas, avant de prendre le nom terriblement viril de John Wayne, ce dernier s'appelait Marion Robert Morrison... Le pauvre.), bref c'est une vision bien plus réaliste de la vie dans l'Ouest que nous offre ce qui est reconnu comme le premier grand western spaghetti. Et oui, Sergio Leone, considéré comme le meilleur réalisateur de westerns spaghettis de tous les temps (et c'est certainement pas moi qui vais dire le contraire.), est aussi le précurseur du genre, et si l'on ne remerciera jamais assez celui-ci pour ses oeuvres mais aussi pour celles qu'il a engendré comme les géniaux Django et Companeros de Sergio Corbucci, il ne faut pas oublier qu'il y a un revers à cette médaille. En effet, pour faire son film, Sergio Leone s'est simplement contenté de reprendre le Yojimbo d'Akira Kurosawa (que je n'ai pas encore vu) et de le porter dans l'Ouest. Bien évidemment, il y a toujours la touche du maitre Leone mais le problème est bien la : du coup, voila quand certains abrutis viennent me dire que Django est un vulgaire copier-coller de Pour une poignée de dollars, je leur répondrais que, non seulement ils pètent portnawak puisque l'univers de Corbucci est bien plus hardcore, mais qu'en plus ce n'est que justice partant du principe que Leone à lui-même ouvertement plagié Kurosawa.
Malgré tout, force est de constater que ce plagia est largement excusé. D'une part pour la vague de westerns spaghettis géniaux que Leone à engendré, de l'autre, parce que dans son plagia, Leone à tout de même révélé plusieurs personnalités majeures du 7ème art : Clint Eastwood, qui, je le rappelle, jouait dans des séries télés pourries avant ça, Ennio Morricone, un des plus grands compositeurs de tous les temps, mais aussi Gian Maria Volonté, un des plus grands acteurs italiens. Moi des plagias comme ça, j'en veux tous les jours... Mais venons-en au film, car c'est bien ça qui nous intéresse, alors Pour une poignée de dollars, qu'en est-il?

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Pour une poignée de dollars est une véritable leçon de cinéma. En terme de rythme, d'acteurs, de personnages, de dialogues, de musique et surtout de mise en scène, tout est bon dans ce film. Pourtant à bien des égards Pour une poignée de dollars est très certainement le moins bon film de Sergio Leone (je n'ai jamais vu ses deux péplums et personnellement ça me branche pas particulièrement.) et la raison à cela est simple : le film est loin d'être aussi complet, profond et surtout aussi épique que les autres crus du monsieur, faisant de Pour une poignée de dollars un film majeur dans le sens ou Sergio Leone, pour la première fois se déchaine et lance une vague incroyable de westerns, mais un film mineur sur sa filmographie dans le sens ou par la suite ses autres films feront oublier ce dernier... A tort? Certainement pas, car la comparaison avec les autres films de Leone est inévitable tant la ressemblance entre ses 3 premiers westerns (La trilogie du dollar, pour les incultes, aussi appelée la trilogie de l'homme sans nom) est frappante et tant ceux-ci atomisent 150 fois ce premier opus, mais en soit peu importe puisque malgré les comparaisons Pour une poignée de dollars demeure un western de très bonne facture et un pur plaisir filmique, la raison? Sergio Leone maitrise en tous points son film et plus particulièrement sa mise en scène, livrant un western spaghetti stylisé et épique, imposant toutes les trademarks qu'on lui connait, utilisant la force du regard de ses acteurs comme personne, livrant des gros plans purement et simplement magnifiques (voir les deux images au-dessus), chaque plan est étudié dans les moindres détails faisant de Pour une poignée de dollars un film techniquement parfait (mais c'est une habitude avec Sergio Leone), et puis par sa mise en scène et son montage, Sergio Leone livre tout de même quelques passages d'anthologie (une autre habitude de Sergio Leone.) comme ce duel final inventif, long et épique, porté par la partition d'un des plus grands génie de la musique cinéma... J'ai nommé Ennio Morricone.

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La partition du monsieur, qui va même plus loin que le film lui-même, illustre à merveille les moments épiques de ce dernier tout comme le caractère de ses personnages, personnages portés par des acteurs au charisme incroyable, je pense bien évidemment à Clint Eastwood (à mes yeux, le meilleur acteur de western, derrière Franco Nero et Lee Van Cleef.) mais aussi au rare mais génial Gian Maria Volonté, grand acteur qui eut un succès tellement fou suite à ce film que Melville l'a engagé pour jouer le rôle de Vogel dans son Cercle Rouge! Ces deux acteurs interprètent à merveille leur personnage, deux bad mother fuckers en puissance qui se battent pour le profit, et si l'un des deux, à un moment donné, agira dans un pur élan de vertu, c'est leur nature purement égoiste qui prime et qui en font des personnages solitaires et taciturnes, les deux éléments qui font des personnages de western spaghetti les personnages les plus classes de la planète, personnages que Sergio Leone prend du temps pour développer plus en profondeur malheureusement le principal problème de Pour une poignée de dollars est la puisque le film va bien trop vite pour donner une véritable profondeur et une véritable identité à des personnages qui n'en ont à la base aucune, et si l'interprétation, le charisme des acteurs et les dialogues génialissimes sont la pour cacher ce défaut, reste que ce défaut est bien la et que l'on sent suite à la vision du film un véritable manque de relief chez des personnages qui ont pourtant tout pour rester dans les esprits! Heureusement, les prochains films de Leone palieront à ce défaut et de loin, puisque Il était une fois en amérique est l'un des films les plus complets qu'il m'ait été donné de voir.

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Alors voila en somme Pour une poignée de dollars est un excellent premier western spaghetti pour Leone. Très bien interprété, très bien écrit, très bien structuré, magnifiquement illustré musicalement et doté d'une mise en scène touché par la grace, il souffre malheureusement d'un manque de profondeur chez ses personnages... Mais bon, avec un aussi beau duel final, on ferme les yeux la-dessus. A voir pour quiconque cherche à approfondir sa culture western, pour les fans de Sergio Leone et pour tous ceux qui n'ont vu que les westerns du gros Marion!

-ZE RING-

22 mai 2011

THE WILD BUNCH

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Réalisé par Sam Peckinpah en 1969.
Ecrit par Sam Peckinpah, Walon Green et Roy N. Sickner.
Avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmond O'Brien, Warren Oates, Jaime Sanchez, Ben Johnson, Emilio Fernandez, Strother Martin et L.Q. Jones.
Musique composée par Jerry Fielding.

Le problème récurrent avec Peckinpah, c'est que quand on parle de ses oeuvres il faut toujours employer les mots "meilleurs" puisque pour être clair, les bas de Peckinpah c'est les hauts de tout le monde. Maintenant prenez le cas de La horde sauvage, qui représente les hauts de Peckinpah : vous tenez un des meilleurs westerns jamais faits, tout simplement. Bin oui hein un western intense ultra-violent, épique et sans concessions de 2h18, c'est déja pas mal, mais quand derrière on a le cinéaste américain le plus doué de sa génération, c'est encore mieux, alors voila si personnellement La horde sauvage est loin d'être mon préféré de Peckinpah (d'ailleurs dans le genre western je préfère la version remontée en 2005 de son Pat Garrett & Billy The Kid.), force est de constater que c'est un de ses meilleurs films. Malheureusement le film, comme ce fut souvent le cas avec Peckinpah, son film fut scandale à la sortie et fut carrément massacré au montage... Aujourd'hui, y a du mieux, la version intégrale de 2h18 est disponible mais la trouver est une misère : alors voila écoutez si vous voulez voir le chef d'oeuvre La horde sauvage dans son intégralité, allez sur amazon.co.uk et chopez le coffret Sam Peckinpah Collection contenant Ride The High Country, Ballad of Cable Hogue, Pat Garrett & Billy The Kid dans sa version studio toute caca et dans sa version remontée à partir des notes de Peckinpah (qui elle est un chef d'oeuvre absolu.) et surtout La horde sauvage dans sa version intégrale.

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D'entrée de jeu, on sent que La horde sauvage n'est pas un film comme les autres. Dès ce générique de dix minutes, bercé par la musique épique de Jerry Fielding, brillament mis en scène et qui présente les gueules cassées de William Holden, Ernest Borgnine, Warren Oates et Ben Johnson (quatre acteurs de légende si je puis me permettre.), générique qui s'enchaine directement sur une fusillade qui à rebuté pas mal de gens, qui en rebute encore pas mal et qui en rebutera toujours, la raison est simple, Peckinpah était un artiste subversif et cela se ressent même jusque dans la mise en scène. Peckinpah fait en effet les choses jusqu'au bout et non seulement il signe l'équivalent d'un coup de pied dans les bourses de notre chère intelligencia (celle qui censure les films avant de les encenser 30 ans après.) mais il le fait jusque dans la mise en scène de son film : montage ultra-découpé et serré, ralentis et images en accéléré à outrances, gerbes de sang de tous les côtés, cela donne un résultat tout à fait inattendu à l'écran, une espèce de chaos organisé (qui n'est pas sans rappeler Tsui Hark, qui signe des scènes d'action à la limite de l'illisible pour quiconque n'est pas concentré sur ce qu'il regarde mais qui sont organisées avec soin.) vraiment soufflant, impressionnant : alors évidemment on accroche ou on accroche pas et dans le deuxième cas, La horde sauvage risque d'être horrible pour vos yeux puisque tout le film est tourné de cette manière : la mise en scène est purement frénétique, et la fusillade d'ouverture est loin d'être la pire, en témoigne cette fusillade finale à la gatling ou les protagonistes font face à une horde de mexicains pas contents, pur monument de mise en scène et pur fantasme de cinéphile (dont Stallone semble s'être inspirée d'ailleurs pour la fusillade finale de son John Rambo), cette fusillade finale est vraiment énorme. Grosso modo, La horde sauvage est une pure expérience en termes de mise en scène, une expérience à vivre mais évidemment, le film ne trouve pas ses limites dans sa mise en scène.

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Ce qui force également le respect dans cette Horde sauvage, c'est comment Peckinpah change de registre en une seconde : s'ouvrant sur une scène spectaculaire, le film passe ensuite par le suspense pour retourner dans le spectaculaire une dernière fois pour se finir sur une scène particulièrement émouvante. C'est avec une aise déconcertante que Peckinpah passe d'un choix de mise en scène à un autre, faisant de La horde sauvage un film capital pour quiconque s'intéresse de plus près à la mise en scène d'un film : posez-vous sur le canapé, matez le film et prenez des notes car La horde sauvage, c'est purement et simplement tout le savoir cinématographique posé sur pellicule d'un type qui avait tout compris au cinéma, non seulement dans sa forme mais aussi dans son fond, on connait en effet Peckinpah pour être certainement le cinéaste américain le plus irrévérencieux (il ne faut pas oublier que les personnages principal de son film de guerre, Cross of Iron, que je n'ai toujours pas vu malheureusement, sont des soldats nazis.) et il justifie sa réputation une fois de plus : il expose encore une fois sa vision particulière des femmes (même si de ce point de vue, les plus intéréssants (et les plus subversifs que j'ai vu de lui pour l'instant) sont Chiens de paille et Ballad of Cable Hogue.) mais surtout il livre une oeuvre d'une violence hallucinante pour un film américain, pire pour un western, La horde sauvage, grosso modo c'est un film populaire pas pour les enfants, ça donne un résultat détonant, Peckinpah n'épargnant jamais la violence à son spectateur, évidemment si cette violence trouve vite ses limites en raison du rythme effréné et infernal du film il est tout de même agréable de noter la tache que crée les gerbes de sang de La horde sauvage sur le cinéma américain dans sa globalité.

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Mais faire un des films les mieux mis en scène au monde n'est pas assez pour Peckinpah. Du coup, au-dela de sa mise en scène vertigineuse, on trouve dans La horde sauvage des personnages d'une rare profondeur, animés par des acteurs affichant un charisme impressionnant... Que ce soit William Holden, leader de la Wild Bunch, Emilio Fernandez, bad mother fucker de l'histoire, Ben Johnson et Warren Oates, deux frangins avides de fric ou Robert Ryan, qui joue ici un personnage ambigu, à cheval entre la loi et la bande de Pike Bishop, tous affichent un charisme sans égal, animent des personnages plus que mémorables et récitent leurs dialogues comme si leur vie en dépendait, d'ailleurs tiens en parlant de dialogues ils sont particulièrement croustillants, les répliques cultes s'enchainent à un rythme affolant et les dialogues glissent super bien, prononcés par des acteurs absolument géniaux! Tout cela bien sur sans oublier la zik absolument épique de Jerry Fielding (qui, pour les ignares, à composé les bandes-sons de Chiens de paille et d'Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia, deux monuments de subversion et deux grands Peckinpah.). En somme, La horde sauvage : un casting parfait + une réalisation parfaite + un scénario parfait + une musique parfaite = un film parfait? Non, pour la bonne et simple raison que comme sur tout film au monde il y a dans La horde sauvage de légères imperfections ici et la (ce qui fait de la notion "film parfait" une notion absolument inutile puisque cela n'existe pas.) qui vaudraient peut-être la peine d'être notées si j'arriverais à les retrouver. Mais j'y arrive pas et pour être honnête, j'en ai pas envie. Car La horde sauvage est un pur chef d'oeuvre, un des meilleurs westerns au monde et un des meilleurs crus de Peckinpah. A voir et d'urgence.

SAM PECKINPAH IS GOD. (C'est pour ça qu'il va se depêcher de balancer un éclair à l'enculé qui va refaire son Chiens de paille.)

-ZE RING-

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