13 février 2013

A TOUTE ÉPREUVE

A toute épreuve
RÉALISÉ PAR | JOHN WOO.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO ET BARRY WONG.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | MICHAEL GIBBS ET JAMES WONG.

CHOW YUN-FAT | Tequila Yuen.
TONY LEUNG CHIU-WAI | Long.
ANTHONY WONG CHAU-SANG | Johnny Wong.
PHILIP KWOK | Mad Dog.
TERESA MO | Teresa Chang.
PHILIP CHAN | Superintendant Pang.

Tequila Yuen, un flic tête brulée, jure de venger la mort de son partenaire et s'allie pour cela à un flic infiltré dans l'organisation du traffiquant d'armes Johnny Wong.

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En 1992, John Woo est dans une sale situation après l'échec radical de son plus gros film en date : UNE BALLE DANS LA TÊTE. Il décide alors de tourner un dernier film avant de s'exiler à Hollywood pour tourner l'affreux mais fun HARD TARGET avec Jean-Claude Van Damme. A la même époque, la rétrocession d'Hong Kong à la Chine se rapproche de plus en plus, et la situation criminelle empire radicalement : des fusillades ont lieu dans lesquelles des innocents sont tués. Enragé par la situation, John Woo, comme à son habitude, décide d'utiliser sa caméra comme catharsis et de balancer tout ce qu'il à a offrir dans un dernier film avant de tirer sa révérence et de partir vers des contrées artistiquement moins riches. Et si la suite lui donna clairement tort, puisque son escapade à Hollywood fut un désastre innomable, il faut être clair : on ne fait pas de meilleur cadeau de départ qu'A TOUTE ÉPREUVE, qui, sans égaler les incursions de Woo dans le film de guerre et dans le polar, THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, s'impose très rapidement ce qui devient en fin de film une évidence : c'est le film d'action ultime, l'actionner définitif et insurpassable, une oeuvre qui encore aujourd'hui continue d'influencer les plus grands, et à permis a John Woo d'ajouter à son palmarès pour la deuxième fois l'exploit d'avoir démodé tout ce qui se faisait ailleurs en matière d'action d'un coup.

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Aussi étonnant cela puisse t-il paraître, il n'y a en réalité rien de bien surprenant tant A TOUTE ÉPREUVE révplutionne d'un bout à l'autre les codes communément admis du film d'action. Faisant preuve d'une grâce visuelle dont il n'avait jamais fait preuve auparavant, John Woo signe non seulement son film le plus abouti en matière de mise en scène mais pousse aussi son style et son genre, -l'heroic bloodshed-, dans ses retranchements les plus incroyables. Si vous croyiez que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER étaient visuellement incroyables, alors sachez que vous n'avez encore rien vu, tant A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'aboutissement ultime et définitif de toutes les expérimentations visuelles du grand John Woo. Celles-ci sont ici d'autant plus marquantes que Woo les pousse suffisamment loin pour qu'elles soient encore plus éloquentes que n'importe quel dialogue. Un plan suffit ici pour iconiser définitivement un personnage et s'inscrire à long terme dans la mémoire du spectateur, et la manière dont le maître filme ses personnages en dit long sur leurs personnalités et leurs motivations, en plus de magnifier leur charisme et leur présence chaque fois qu'ils apparaissent à l'écran. Racontant son histoire à l'aide de ses visuels, Woo fait aussi évoluer ceux-ci en les faisant sortir des codes esthétiques posés dans THE KILLER. Plutôt que de placer son film dans un contexte baroque, Woo mêle l'éxubérance de sa mise en scène à la violence, la froideur et le réalisme d'une cité en pleine décadence. Les décors y sont poisseux et crades, et lorsqu'ils ne le sont pas, ils sont froids et glauques... L'étonnant mélange entre les maniérismes magnifiques du maître et sa façon singulière de filmer Hong Kong crée une esthétique détonnante, tantôt presque naturaliste pour être à d'autres moments d'un insolite exemplaire, lorsque le film plonge dans des décors à la teinte bleutée déconcertante. A TOUTE ÉPREUVE à été pendant très longtemps le film le plus maîtrisé de John Woo, et pour cause, outre son esthétique, sa maîtrise se ressent également dans le scénario et, c'est une évidence, dans les fusillades.

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Impossible de ne pas parler de John Woo et encore moins d'A TOUTE ÉPREUVE sans parler des fusillades, car ne nous voilons pas la face, on ne regarde pas un film comme A TOUTE ÉPREUVE pour son scénario (même si celui-ci est très réussi, mais j'y reviendrai), mais parce que ça tire dans tous les sens... Ceux qui ne sont pas familiers avec le film vont être servis de ce point de vue, car non seulement ça tire dans tous les sens, mais en plus ça commence dans le feu de l'action et ça s'arrête jamais. John Woo enchaine ici les scènes d'action d'anthologie, qu'il s'agisse de cette fusillade incroyable dans une maison de thé ou la fusillade de 45 minutes dans un hopital, toutes sont filmées avec la même virtuosité, la même fluidité et la même exigeance... Outre son sens du cadre sidérant et sa capacité évidente à former des plans magnifiques, Woo se fait ici maître du montage, en faisant évoluer ses nombreux personnages au milieu de ses scènes d'action spectaculaires sur des plans différents en permanence sans jamais perdre le spectateur... Tout cela, il le doit à sa gestion de l'espace, très rarement surpassée, et à sa maîtrise du rythme. Chaque fusillade, chaque gunfight à son rythme propre et immerge le spectateur dans un véritable ballet de balles ou ça tire en permanence de tous les côtés sans jamais que cela soit too much : tout est parfaitement dosé, et mieux encore, Woo prend son spectateur à contrepied en amenant le climax de chaque scène la ou il n'attend pas, ainsi, si la mythique et culte glissade sur la rambarde de Chow Yun-Fat peut apparaître comme le sommet de la scène en question, il est en fait largement surpassé deux minutes après. Surprenant, A TOUTE ÉPREUVE l'est constamment, notamment grâce aux idées et délires visuels divers mais toujours inventifs et sublimes auxquels s'adonne le grand John pour notre plus grand plaisir de spectateur. D'ailleurs, d'un point de vue strictement sensoriel, A TOUTE ÉPREUVE apparaît comme l'un des films les mieux chorégraphés de tous les temps, et si les personnages se tirent mutuellement dessus à coups de pistolets plus gros qu'eux en faisant exploser la totalité de décors bel et bien modernes, impossible de ne pas penser au wu xia pian et au kung fu pian tant chaque plongeon, chaque saut de côté, chaque acrobatie mise en scène ici est la preuve de la grâce presque martiale du film.

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Cette grâce est toutefois constamment contrebalancée par la brutalité et la violence propre à John Woo, qui livre ici une oeuvre brute et profondément enragée. Si on connait tous le traitement ultra-stylisé de la violence propre à John Woo, on ne peut qu'être surpris lorsque celui-ci se met à descendre sans aucune concession des innocents dans une maison de thé ou à dégommer des infirmières à coups de mitraillette, et en cela, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'un des films les plus ultra-violents du maître... Si la plupart de ses précédents films s'échignaient à infliger la violence uniquement à ceux qui étaient profondément impliqués dans les histoires qu'il dépeignait, ici, personne n'est épargné, et si, derrière le meurtre brutal de nombreux innocents, il ne semble n'y avoir que de la vacuité, chaque plan est en fait le témoin direct de la rage envers le crime organisé et les Triades qu'animait alors John Woo. Assurémment subversif, A TOUTE ÉPREUVE est d'autant plus brutal qu'il tranche radicalement avec les autres films de John Woo dans la mesure ou le côté shakespearien et romancé qui en étaient la grande marque est ici presque totalement absent et laisse davantage la place à la démonstration pure et simple de toute la brutalité d'une époque... Pour autant, ce qui demeure le plus intéréssant ici c'est la manière dont Woo dépeint et stylise la violence avec beauté et exubérance. Il est juste de parler pour ce film de chorégraphie de la violence, tant chaque tir et chaque mort est "sublimé" a grands coups de ralentis et de jeux de montage, sans pour autant perdre leurs dimensions profondément viscérales et leur violence. Celle-ci à d'ailleurs un rôle très important dans le film dans la mesure ou c'est constamment à travers les scènes d'action que les personnages évoluent en même temps que l'histoire. Les épreuves physiques qu'endurent les personnages poussent en permanence le film vers l'avant, jusqu'a un climax ou tous reviennent soit profondément changés soit ne reviennent pas du tout.

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Et c'est bel et bien en ce sens qu'A TOUTE ÉPREUVE est une baffe technique et visuelle. John Woo y renouvelle tellement bien les codes du genre qu'il investit et pousse sa mise en scène tellement loin qu'il est capable de supplanter presque tous les moyens de narration classique, -a savoir la grande majorité des dialogues-, par des scènes visuellement spectaculaires, mais aussi par conséquent de livrer une oeuvre plus mature. Le fort de John Woo n'est pas les dialogues, et ceux-ci, dans certaines de ses précédentes oeuvres, sont parfois assez naïfs et à la limite de la niaiserie. Ce n'est aucunement le cas ici, dans l'image prend le pas sur la parole, parfois au risque de prendre le pas sur l'histoire et le scénario... Et malheureusement, c'est bien ce qui arrive, car si A TOUTE ÉPREUVE est bel et bien une baffe absolue, il peine à se hisser au niveau des monuments inégalables que sont THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, notamment parce que le film est hélas loin d'être aussi abouti scénaristiquement qu'il ne l'est visuellement. Si on ne reprochera pas au film la simplicité de son scénario, qui est suffisamment efficace pour qu'on oublie ses tares, il est difficile de ne pas en venir à reprocher au film son manque de véritable souffle épique et sa sécheresse émotionnelle... C'est dommage, mais dans le même temps, Woo signe un film d'une complexité rare, en abordant avec classe et virtuosité des sujets aussi complexes que la double identité et amenant avec plus de maturité les amitiés viriles à la Chang Cheh qui lui sont si chères. Pourtant, malgré ces qualités objectives évidentes, la déçeption à ce niveau est bien là : A TOUTE ÉPREUVE n'agit bel et bien pas comme une baffe émotionnelle, et ce, en dépit des acteurs, qui font un travail incroyable sur leurs personnages en plus de faire preuve d'un charisme rarement égalé (Chow Yun-Fat vole la vedette, comme d'habitude, Tony Leung est sidérant, quand à Anthony Wong et Philip Kwok, ils composent deux badass mother fuckers d'anthologie comme on les aime). Le film n'est jamais touchant d'une quelconque façon, et c'est bien dommage.

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Pourtant, peut-on décemment reprocher à un grand réalisateur d'évoluer comme il le devrait? UNE BALLE DANS LA TÊTE était lui-même bien moins romancé que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER, et, en ce sens, on peut bel et bien voir une évolution logique et inévitable au sein de l'oeuvre de Woo avec A TOUTE ÉPREUVE. Il semble en plus clair que l'ambition de ce dernier avec ce film n'était pas de toucher à l'émotion, mais plutôt de déchainer sa rage dans un monument visuel filmique, de donner tout son génie au genre qu'il avait fondé avant de passer définitivement à autre chose, Woo n'étant jamais revenu à l'heroic bloodshed. A TOUTE ÉPREUVE est d'ailleurs l'un des derniers films du genre, et paradoxalement, c'est la dernière grande évolution que celui-ci ait vécu... Et, en quelque sorte, ne peut-on pas voir dans ce film un véritable chant du cygne du genre? Ne peut-on pas voir dans ces figures qui n'ont d'héroïque que leurs ambitions (Tequila est l'équivalent chinois de l'inspecteur Harry et Long, en tant qu'infiltré, doit tuer des innocents) la déchéance du genre en plus de sa dernière évolution marquante? Pour toutes ces raisons, les quelques reproches que je peux faire à A TOUTE ÉPREUVE sont pour moi tout à fait insignifiants, d'autant plus que ce que le film manque en souffle épique et en émotion, il le rattrape en spectacle, en divertissement, et en génie visuel quasi-orgasmique.

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A TOUTE ÉPREUVE
est le film d'action définitif. John Woo y fait preuve d'un génie visuel et d'une propension à innover sans jamais de faire concession qui n'a jamais été égalée par l'avenir. Avec TIME AND TIDE, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme le chant du cygne du polar hong-kongais et de l'heroic bloodshed, un genre qui, malgré toutes ses qualités, n'a réellement vécu que 6 ans au travers d'une figure importante : John Woo, qui est ensuite parti aux Etats-Unis ou sa carrière à été littéralement sabordée. Quel dommage, surtout quand on pense à tout ce que le cinéma hong-kongais avait à offrir : de l'inventivité artistique, de l'émotion, et de la générosité à foison. Ce cinéma est désormais fini, en dépit des efforts de réalisateurs comme Tsui Hark pour le ressusciter, et c'est bien dommage. Personne n'a jamais fait mieux que les hong-kongais dans les genres qu'ils ont investi par la suite, et si on a maintenant accès à bon nombre de leurs films, malgré cela, ce cinéma me manque. Dans tous les cas, A TOUTE ÉPREUVE est un indispensable, un film que tout cinéphile se devrait de voir et de posséder, une oeuvre majeure qui va révolutionner votre vision du cinéma d'action et qui va surtout vous exploser les rétines. Un plaisir sensoriel rarement surpassé. Un chef d'oeuvre.

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10 février 2013

UNE BALLE DANS LA TÊTE

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
JOHN WOO
.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO, PATRICK LEUNG ET JANET CHUN.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG ET ROMEO DIAZ.

TONY LEUNG CHIU WAI | Bee.
JACKIE CHEUNG | Fai.
WAISE LEE | Wing.
SIMON YAM | Lok.
FENNIE YUEN | Jane.
YOLINDA YAM | Yan Sau Ching.

En 1967, trois amis d'enfance fuient Hong Kong après avoir tué involontairement un chef de gang et tentent de faire leur fortune au Viet-Nam.

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Ca fait un bout de temps que je veux réécrire certaines de mes chroniques. En l'occurence, il m'a toujours semblé que John Woo a sur ce site toujours souffert d'une grande injustice : ses oeuvres sont reléguées au second plan, celles-ci ayant été chroniquées dès la création du blog, et surtout, les articles qui leurs sont destinés manquent clairement de maturité et d'analyse cinématographique. Ce n'est pourtant pas faute de vénérer littéralement le bonhomme, qui est ni plus ni moins que mon deuxième réalisateur hongkongais préféré, juste derrière Tsui Hark, et ceux qui connaissent ma passion immodérée pour le cinéma hong-kongais des années 80 et 90 savent ce que cela signifie. John Woo est un très grand réalisateur, et les grands réalisateurs méritent des critiques toutes aussi géniales. Et si je ne pense pas être un critique génial, je vais néanmoins tenter de vous donner envie de jeter un coup d'oeil a un film bien injustement ignoré : UNE BALLE DANS LA TÊTE, chef d'oeuvre maudit et injustement mal aimé de John Woo... Mais aussi son plus grand film. Un film que je regarde en boucle depuis que j'ai 9 ans et qui, même maintenant, se range haut la main dans mes 10 "all time favourites".

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Un peu d'histoire pour commencer. En 1986, John Woo s'est heurté à plusieurs reprises, déjà, à la rigidité de l'industrie cinématographique hong-kongaise de l'époque. Il est coincé dans un schéma artistique qui ne lui plait pas, puisqu'en tant que réalisateur pour la Golden Harvest, il est contraint de réaliser de nombreuses comédies dans lequel il ne parvient pas à imposer son style, ainsi qu'un film de guerre, LES LARMES D'UN HÉROS, dans lequel il balance toutes ses frustrations de l'époque, elles-mêmes atténuées par les studios, qui imposent à un autre réalisateur d'ajouter au film des scènes de sexe inutiles et des passages comiques d'un faible niveau. A cette époque, la créativité de John Woo est au plus bas, mais c'est à la même époque qu'il rencontre Tsui Hark, qui est au même point : de tous les films qu'il à fait, malgré leur qualité, tous ont méchamment bidé. Hark prend néanmoins John Woo sous son aile, dans son studio, le FILM WORKSHOP, ou il réalise LE SYNDICAT DU CRIME, film fondateur de l'heroic bloodshed qui va a lui seul révolutionner et rendre célèbre d'un point de vue international le cinéma hong-kongais. Les deux grands fous que sont Woo et Hark continuent leur collaboration, jusqu'a ce que Woo arrive un jour avec l'idée à la base d'UNE BALLE DANS LA TÊTE... Tsui Hark lui pique comme un malpropre, et avec cette dernière, réalise LE SYNDICAT DU CRIME 3. John Woo coupe tout lien et interrompt sa collaboration avec Tsui Hark, mais son envie de réaliser UNE BALLE DANS LA TÊTE et son ambition est plus grande que jamais. Après les succès du SYNDICAT DU CRIME 1 & 2, John Woo a le champ libre pour faire ce qu'il veut. Il met donc au point un projet colossal : un film de 3 heures sur la guerre du Viet-Nam, comportant également un aspect très personnel pour John Woo, puisqu'il y aborde son enfance difficile à Hong Kong et la misère qui y régnait à cette époque. Tout laisse alors présager un chef d'oeuvre, jusqu'aux premières projections du film... C'est un échec MONUMENTAL.

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La raison est simple : UNE BALLE DANS LA TÊTE aborde de manière très frontale la violence des manifestations pour la paix au Viet-Nam, et celles-ci ne sont pas sans évoquer, pour le public hong-kongais, les massacres de la place Tian'anmen, survenus un an avant la sortie du film. Le film est un énorme échec, et John Woo est contraint de remonter son film... Avec l'aide improbable de 12 monteurs, il raccourcit son film d'une heure, mais le remontage est une catastrophe et la version originale part aussitôt a la poubelle. On ne la verra donc malheureusement jamais, et nous devrons donc nous contenter de la version de 2 heures actuellement disponible en DVD (le DVD n'est d'ailleurs pas très beau, mais c'est sans doute plus un problème de copie qu'autre chose... Les hong-kongais et la conservation des films, ça n'a jamais fait bon ménage.). Le résultat est un chef d'oeuvre raté. Un film qui aurait pu être bien mieux, et qui est bourré de failles : des passages manquent, des faux raccords s'y trouvent (c'est inévitable quand on découpe un film comme ça)... Tout chef d'oeuvre raté qu'il est, UNE BALLE DANS LA TÊTE reste néanmoins un vrai chef d'oeuvre, un film dont l'ampleur n'est même pas étouffée par son remontage, dont la puissance émotionnelle est toujours intacte et qui témoigne d'une maîtrise formelle que peu de réalisateurs peuvent prétendre avoir. N'écoutez pas la majorité : aussi magnifique soit-il, THE KILLER, souvent considéré comme le chef d'oeuvre de John Woo, se fait exploser sur place par UNE BALLE DANS LA TÊTE, un grand film, qui, malgré sa production difficile, se range haut la main au côté des chefs d'oeuvres du film de guerre comme APOCALYPSE NOW, CROSS OF IRON ou THE DEER HUNTER.

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UNE BALLE DANS LA TÊTE
est d'ailleurs à bien des égards un remake à peine déguisé de ce dernier. Seulement, la ou Michael Cimino abordait la guerre de manière très intimiste, et proposait une étude psychologique poussée de ses personnages, John Woo préfère livrer une oeuvre épique et très shakespearienne, s'inspirant autant d'HAMLET que des oeuvres épiques de Sam Peckinpah et de Chang Cheh. Ainsi, John Woo tranche ici clairement avec la subtilité inhérente aux grands films du genre en proposant un regard baroque, parfois même excessif sur la guerre du Viet-Nam et sur l'influence de cette dernière sur les rapports humains. Dans THE KILLER et LE SYNDICAT DU CRIME, Woo proposait un regard très romancé sur l'amitié et la loyauté, que même la violence et la mort ne pouvaient pas briser, mais dans UNE BALLE DANS LA TÊTE, il démolit littéralement l'amitié et va donc la ou on ne l'attend pas. Partant d'un récit d'amitié extrêmement romancé, John Woo brise ensuite toutes les illusions naïves d'un coup pour confronter ses personnages à la dureté de la réalité et de la vie. Le monde est en plein chaos, et c'est une période de trouble social pour tout le monde, et Woo n'hésite pas à le montrer frontalement et sans concession... Ceux qui le pensaient naïf et niais seront ici surpris tant UNE BALLE DANS LA TÊTE transpire la noirceur, le nihilisme, mais c'est aussi un film qui brille par le réalisme de son fond. Si la forme est baroque, folle et excessive à souhait, le fond, lui, reflète avec force l'horreur et la violence humaine ainsi que le chaos social qui secoue nos sociétés depuis des siècles, le même chaos dans lequel les personnages principaux du film évoluent constamment, dont ils sont autant les victimes que les acteurs, et qui finissent inévitablement par être influencé par le manque de société convenable qui les entoure... Les séquelles sont physiques et morales, mais aucun ne revient le même des épreuves présentées ici, même les personnages les plus forts et les plus préparés à ce qui les attend.

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N'épargnant rien à ses personnages, UNE BALLE DANS LA TÊTE se présente dès le départ comme une expérience viscérale mais surtout comme une baffe émotionnelle d'une rare intensité. Outre la violence et la noirceur de son propos, le film s'impose comme une oeuvre véritablement bouleversante de par son aspect très shakespearien. L'amitié étant ici la valeur fondamentale et primordiale, la seule supposée résister aux atrocités de la guerre et de la violence, le film s'avère être extrêmement émouvant lorsque la trahison s'impose comme la seule capable de survivre et de dominer. Outre la noirceur du propos, UNE BALLE DANS LA TÊTE doit sa puissance émotionnelle à la maîtrise incroyable de John Woo de ses personnages. Ceux-ci peuvent sembler caricaturaux, pourtant, leur portrait est toujours très subtil, cohérent et intelligent. John Woo restant John Woo, néanmoins, impossible de ne pas voir dans les personnages du film des incarnations modernes de véritables paladins ou de chevaliers de wu xia pian, et cela contribue à les rendre tous doublement attachants. Mais ce sont surtout les relations qu'ils entretiennent entre eux qui constituent le coeur émotionnel de l'oeuvre. En effet, tous les personnages sont représentatifs de "l'amitié virile" présenté dans les wu xia pian épiques de l'illustre Chang Cheh, c'est-à-dire que leurs rapports s'apparentent presque à des relations ouvertement homosexuelles, la distinction entre le compagnon d'armes et le compagnon tout court étant, comme d'habitude chez John Woo, extrêmement floue. Une fois de plus, on pourrait facilement voir de la niaiserie et de la naïveté derrière une telle démarche mais en réalité elle témoigne davantage d'une volonté d'amplifier l'épique et le baroque de chaque situation. Toujours est-il que cette dimension quasi-homosexuelle est ici fortement contrebalancée par le personnage de Wing, dont l'évolution dramatique et nihiliste, à défaut d'être subtile, est bien amenée et est surtout déchirante pour le spectateur comme pour les autres personnages. En faisant du pétage de plomb inévitable de ce personnage déséquilibré l'élément central de tension, Woo place d'office son film sous le joug de la fatalité, une fatalité, qui, lors de sa concrétisation physique, risque de vous envoyer une des baffes morales et émotionnelles les plus mémorables que vous vous soyez pris devant un film.

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En effet, à l'aune de sa conclusion (voire avant), UNE BALLE DANS LA TÊTE risque bien de vous bouleverser ou en tout cas de vous marquer durablement, mais cela, le film ne le doit pas uniquement à sa force émotionnelle. Celui-ci ne serait pas le même sans la maîtrise de John Woo, qui signe ici un de ses films les mieux mis en scène. Moins baroque et moins maniériste dans la forme que THE KILLER, UNE BALLE DANS LA TÊTE reste une oeuvre très stylisée qui doit beaucoup à la mise en scène monumentale du maître... Outre les innovations visuelles qu'on lui connait déjà (et qui trouvent leurs plus grands aboutissements dans le monumental A TOUTE ÉPREUVE), Woo se montre ici tout à fait capable de calmer ses ardeurs pour livrer une oeuvre moins folle, moins inventive, et donc, moins marquante visuellement, mais aussi plus crue, plus dure et surtout plus forte dans son traitement de la violence. Que ce soit dit, UNE BALLE DANS LA TÊTE est l'une des oeuvres les plus violentes qu'il m'ait été donné de voir, non pas parce qu'il est visuellement ultra-violent, mais avant tout parce qu'au travers de sa mise en scène, Woo balance des morceaux de violence morale dans la gueule du spectateur avec une force rare et une absence totale de concession et de limites... La scène du camp de prisonniers en témoigne bien. Véritable écho de THE DEER HUNTER, elle défonce littéralement son modèle au niveau de la violence morale, et torture autant ses personnages que son spectateur... La mise en scène de Woo finit de faire d'UNE BALLE DANS LA TÊTE une oeuvre profondément hystérique, capturant avec pêche et puissance la folie de l'époque qu'il représente et offrant un spectacle formel d'un excellent niveau : la photographie est somptueuse, la reconstitution historique incroyable, et la façon dont Woo oppose la façon presque naturaliste avec laquelle il filme Hong Kong avec le baroque et l'excès du Viet-Nam inspire clairement le respect. Qui plus est, on retrouve une fois de plus la maîtrise incomparable qu'a John Woo de la musique... Omniprésente, celle-ci est utilisée comme dans un opéra pour marquer avec force les émotions, rythmer l'émotion et la graduer. La cohésion entre la bande-son et l'image est ici presque parfaite, d'autant plus qu'elle est composée par le meilleur compositeur hong-kongais : le grand James Wong, dont je ne peux dire que du bien.

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Au-delà de ça, c'est également à la maîtrise visuelle du grand John que revient le mérite du charisme de ses personnages... D'office, dès le premier plan ou les personnages sont comme gravés dans la roche, ceux-ci apparaissent comme des icônes, représentant en une image toutes les valeurs qu'ils incarnent. L'amitié, la loyauté, la famille, la trahison sont autant de valeurs chères à John Woo (et l'obsédant, pour être honnête) qui sont représentées de manière presque explicite par chaque personnage. Mais surtout, chaque personnage fait preuve d'un charisme visuel incroyable, qui est dû autant à la maestria visuelle de John Woo qu'aux acteurs qui animent avec brio les protagonistes du film. S'il semble clair que Tony Leung Chiu-Wai livre, comme à son habitude, une très grande prestation et anime avec grâce le rôle principal, il ne faudrait pas oublier Jackie Cheung et Waise Lee, acteurs la plupart du temps relégués aux seconds couteaux, qui trouvent ici tous deux leurs meilleurs rôles et s'investissent à fond dans des performances irréprochables au potentiel émotionnel viscéral. Mais c'est surtout Simon Yam qui vole la vedette ici, dans le rôle de Lok, tueur à gages profondément héroïque qui n'est pas sans évoquer le protagoniste principal de THE KILLER... Celui-ci vole complètement le show de par la classe, le charisme et la puissance de sa performance, mais en somme, tous brillent ici pour les mêmes raisons, et si UNE BALLE DANS LA TÊTE est un "film d'hommes", il ne faudrait également pas oublier que Fennie Yuen et Yolinda Yam, deux des plus belles actrices hong-kongaises, irradient l'écran de par leur charme et leur beauté. Tous donnent vie avec brio à ce qui est probablement le film le mieux écrit de John Woo : on y retrouve le même souffle épique et la même force viscérale, mais en même temps, les dialogues parfois ratés des précédents opus Wooiens sont ici complètement évités et on se retrouve donc face à un film qui évite donc constamment la naïveté ou la niaiserie pour balancer des grosses baffes dans la gueule du spectateur.

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UNE BALLE DANS LA TÊTE
est un chef d'oeuvre raté, c'est un fait. Impossible de ne pas se dire, à la vision du film, que ça aurait pu être encore mille fois mieux. Mais en l'état, combien de films arrivent-ils à être aussi bouleversants et aussi viscéraux? Car soyons clair, UNE BALLE DANS LA TÊTE est le film de guerre ultime. C'est une oeuvre qui transcende complètement les attentes et assène sans aucune concession, limite ou retenue de gros uppercuts moraux dans la baffe du spectateur, démuni face à tant de chaos, d'hystérie, de folie et de violence si magnifiquement représentés à l'écran par la caméra d'un maître au sommet de son art. John Woo n'a jamais fait mieux, et ne fera jamais mieux. La raison est simple : UNE BALLE DANS LA TÊTE est une oeuvre universelle, qui parlera à tout le monde et qui décrit un chaos social plus actuel que jamais, et qui, par conséquent, s'inscrit et reste inévitablement dans la mémoire de ceux qui ont la chance de l'avoir vu. C'est un chef d'oeuvre raté, oui, mais c'est aussi un chef d'oeuvre tout court, et à défaut d'atteindre le degré de puissance qu'il aurait pu avoir, UNE BALLE DANS LA TÊTE enterre néanmoins la très grande majorité des films. C'est une des oeuvres les plus viscérales et les plus bouleversantes jamais créées, et aussi maudit soit-il, UNE BALLE DANS LA TÊTE reste l'un des meilleurs films tournés à Hong Kong, et à titre personnel, un des meilleurs films au monde.

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60

19 novembre 2011

THE KILLER

TK JAQ
RÉALISÉ PAR
|
JOHN WOO.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | LOWELL LO.

CHOW YUN-FAT | Jeff.
DANNY LEE | Li.
SALLY YEH | Jenny.
CHU KONG | Sydney.
KENNETH TSANG | Chung.
FUI-ON SHING | Eddie Weng.

Jeff (Chow Yun-Fat) est un tueur professionnel aguerri qui travaille en solo. Lors de l'éxécution d'un contrat, il blesse accidentellement aux yeux une jeune chanteuse, Jenny (Sally Yeh). Rongé par le remords, Jeff tente de se racheter. Il accepte d'éliminer un parrain des Triades afin de réunir la somme nécessaire à la transplantation dont Jenny à besoin.

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-CETTE CRITIQUE EST BASÉE SUR LA VERSION INTERNATIONALE D'1H40-

John Woo est connu mondialement pour la violence ultra-stylisée et la chorégraphie de la violence qui s'opèrent dans ses films. Cependant, la ou certains y voient de vulgaires films d'action stylisés à outrance, d'autres y voient des oeuvres certes spectaculaires et maniéristes, mais également bouleversantes, touchantes, et dont le style quelque peu excessif n'a que pour but de véhiculer des émotions très fortes... C'est ça THE KILLER, un polar culte qui ne vaut pas seulement par ses scènes d'action contrairement à ce que beaucoup voudraient faire croire. Pur remake du SAMOURAI de Melville, THE KILLER s'impose comme un des meilleurs polars de tous les temps ainsi que l'une des meilleures oeuvres de John Woo, une véritable tuerie intergalactique qui mérite bien quelques modestes explications!

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Soyons clair, il y un avant THE KILLER et un après THE KILLER. Avant ce film, il n'y a jamais eu rien de tel. L'arrivée de ce film à complètement révolutionné le cinéma d'action, et a engendré MATRIX tout comme il a mis Scorsese sur le cul (le film lui est d'ailleurs dédié) et a inspiré Quentin Tarantino... Ce n'est donc pas de nimporte quel film dont on parle, puisque tout comme Sergio Leone, John Woo à investi un genre pourtant maintes fois exploité auparavant (ici le polar) et l'a révolutionné en imposant son style à chaque instant. Car c'est de la que vient la révolution, c'est de la que viennent tous ces mecs qui tirent avec deux flingues dans les mains tout en sautant partout, c'est de la que viennent tous les ralentis tant utilisés dans les films d'action pendant toute une époque. Tout ça, John Woo l'a fait avant et mieux que tout le monde, faisant preuve d'une maitrise jamais égalée, et ce, aussi bien d'un point de vue technique que scénaristique (j'y reviendrai, promis!). Signant des plans somptueux et faisant preuve d'un sens du cadre incroyable, John Woo chorégraphie également ses fusillades avec un brio incroyable, toujours sous l'influence du genre qu'il préfère... La comédie musicale, et oui car malgré la violence de ses films, John Woo reste un grand admirateur de comédies musicales, composant donc le moindre de ses films de la même façon, expliquant la présence quasi-omniprésente de la musique et le montage du film, Woo montant les images de son film à partir de la musique et non la musique a partir des images.... Mais en soit peu importe, le résultat à l'écran est détonnant, ça blaste, ça fait exploser tout le décor, ça saigne et ça tire de partout mais dans les moments les plus paisibles, la symbiose entre les images et la musique vous donnera des frissons, la bande-son étant aussi belle que la photographie...

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Pourtant, si Woo laisse une grande place à l'action dans son film, ce sont les personnages qui en sont le point central. Reprenant le cultissime LE SAMOURAI mais le remixant à sa sauce, John Woo dresse le portrait de 4 personnages tous aussi touchants les uns que les autres, qu'il s'agisse de Jeff, tueur professionnel au noble code d'honneur et aux objectifs touchants, ou du flic Li, véritable justicier dans l'âme, John Woo prend ces personnages à la base simples, et les magnifie au travers de scènes d'une grande subtilité ou de dialogues certes naïfs et maladroits mais dont la bancalité est largement compensée par la puissance de l'interprétation. Chow Yun-Fat y fait en effet preuve d'un charisme exceptionnel mais livre également une de ses meilleures interprétations, tantôt subtil, tantôt émouvant, le bonhomme montre toute l'étendue de son talent, au même titre que Danny Lee ou de Chu Kong dont les magnifiques prestations donnent vie à des personnages bouleversants qui font face a d'autres personnages bien plus détestables. Manichéen, THE KILLER l'est assurémment, John Woo ne nuance jamais réellement son histoire mais le tout reste d'une grande efficacité, le manque de nuances dans l'histoire étant largement compensé par la puissance des personnages et de l'histoire...

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Qui plus est, ce manichéisme n'est finalement rien de plus que le résultat des obsessions de John Woo posées sur pélicule. Obsédé par l'amitié, la loyauté, la trahison, l'honneur et la rédemption. Thématiques centrales de THE KILLER, mais également du reste de la filmographie de John Woo, elles sont abordées ici de manière très explicite voire maladroite mais sont également le moteur d'émotions puissantes. En effet, l'un des points forts de THE KILLER est sa puissance émotionnelle incroyable. Bouleversant, THE KILLER l'est à bien des égards, mention spéciale à son final qui risque de vous assommer un bon coup et de vous laisser K.O, Woo enchaine les scènes poignantes tout comme il enchaine les fusillades cultes, et si THE KILLER est un grand film d'action, c'est également un sublime drame humain, et ce autant dans ses enjeux que dans son dénouement. THE KILLER est une oeuvre puissante émotionnellement, chose que les détracteurs de John Woo n'arrivent pas à voir, malheureusement pour eux... Dans toute cette tornade de sentiments et d'émotion fortes, John Woo parvient néanmoins à construire un scénario solide, parvenant à éviter avec brio toute forme de temps morts, malheureusement ce scénario est légèrement désavantagé par des dialogues assez mal écrits, mais en soit peu importe, le reste compense ce mineur défaut dans ce qui reste une oeuvre majeure du 7ème art.

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THE KILLER
est donc ni plus ni moins qu'un véritable chef d'oeuvre, un polar bouleversant animé par des personnages tous plus touchants les uns que les autres. John Woo s'impose pour la première fois avec ce film comme un véritable génie, maitrisant ses scènes d'action comme personne et faisant preuve d'un talent technique incroyable. Pour la première fois, le bonhomme impose réellement son style et révolutionne tout le cinéma d'action, exploit qu'il réitèrera 3 ans après avec le génial A TOUTE ÉPREUVE... La classe. THE KILLER est un des meilleurs films de John Woo, un véritable chef d'oeuvre qui n'a pas à rougir de la comparaison avec LE SAMOURAI, son modèle auquel il est d'ailleurs peut-être supérieur... Il s'agit donc d'un film à voir absolument, et très vite, qui permettra d'ailleurs peut-être à certains de s'initier à l'oeuvre fascinante bien qu'inégale de John Woo...

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Si vous aimé ce film, vous aimerez aussi...

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23 décembre 2010

LE SYNDICAT DU CRIME 1, 2 & 3

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Bonjour à tous. Comme certains d'entre vous le savent déja, le 21 Décembre était le jour de mon anniversaire, et j'ai fait l'obtention d'un objet cinématographique assez rare : le coffret collector de la trilogie du Syndicat du Crime. Ce coffret, sous forme de bouquin, contient 144 pages d'interviews, de John Woo et de Tsui Hark, et les filmographies complètes de ces deux derniers, Chow Yun-Fat, Anita Mui, Leslie Cheung, Ti Lung et Tony Leung Kar-Fai, sans compter évidemment 4 DVD : 1 par opus, plus un dernier pour la version longue du Syndicat du crime 3 et des suppléments... La classe... Après les avoir visionné 2 ou 3 fois chacun dans ce qui est la meilleure édition au monde, je vous offre un dossier traitant chaque film, un par un...

Malgré tout, avant de discuter de cette trilogie de polars culte, il faut avant tout remettre les pendules à l'heure : Le Syndicat du crime A.KA. A Better Tomorrow à révolutionné le cinéma hong-kongais, à révélé John Woo et Chow Yun-Fat au grand public... En effet, en 1986, John Woo, qui s'était plus ou moins démarqué en réalisant La dernière chevalerie et quelques films qui ont été plus ou moins bridés par les studios (comme par exemple, Les Larmes d'un héros, avec Eddy Ko, un pseudo-film de guerre ultra-violent fourni en scènes d'action absolument terribles... Malheureusement, lorsque John Woo eut terminé de le tourner, le studio demanda à un autre réalisateur de tourner d'autres scènes : une scène de cul bien pourrie et des gags inutiles sont alors rajoutés au film qui devient un petit film sans prétention alors qu'il aurait pu être une tuerie s'il avait été laissé tel quel.) signe sa première collaboration avec Tsui Hark, alors dans une période de production et moins de réalisation. Ensemble ils décident de créer Le syndicat du crime... John Woo à la caméra, Tsui Hark à la production. Il produira par ailleurs les prochains films de ce dernier : Le syndicat du crime 2, Just Heroes et The Killer, malheureusement cette collaboration s'arrêtera lorsque John Woo se ramena avec le scénario d'Une balle dans la tête et que Tsui Hark décida de le plagier pour tourner Le syndicat du crime 3... Quoiqu'il en soit, ensemble, ils décident de révolutionner le cinéma hong-kongais et de faire exploser le système, et leur coup fut réussi... Le syndicat du crime fut un succès et lança ce qu'on appelle aujourd'hui l'heroic bloodshed, mettant en scène des héros détruit par la vie... Le film sera copié par bon nombre de personnes, évidemment moins bien, puisque ces derniers se content de montrer des gangsters alors que John Woo montre la dimension humaine de ces derniers...


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"Aux yeux du public chinois, Le syndicat du crime reste mon meilleur film" John Woo

Un film de John Woo, réalisé en 1986 et produit par Tsui Hark.
Avec Ti Lung, Leslie Cheung, Chow Yun-Fat, Waise Lee, Emily Chu, Fui-On Shing et Kenneth Tsang.
Ecrit par Hing-Ka Chan, Suk-Wah Leung et John Woo.
Musique composée par Joseph Koo.

Sung Tse Ho (Ti Lung), Mark Lee (Chow Yun-Fat) et Shing (Waise Lee) sont membres d'une organisation criminelle spécialisée dans la fausse monnaie. Lors d'une livraison à Taïwan, Ho est trahi et est alors poursuivi par la police locale. Malgré tout, il parvient à sauver Shing. Mark, pour venger Ho, son meilleur ami, tue l'homme qui l'a vendu, mais perd sa jambe dans ce procédé. Lorsqu'Ho sort de prison, 3 ans après, il retrouve son ami estropié, mais surtout son jeune frère, Kit (Leslie Cheung), policier qui lui reproche la mort de leur père et qui ne veut plus le voir... Alors qu'Ho essaye de renouer avec son frère, Shing essaye de le faire replonger...

Retour sur Le syndicat du crime, un classique du polar qui à en son temps révolutionné le cinéma chinois. Mettant d'entrée de jeu sur la table les thèmes chéris de John Woo, Le syndicat du crime est bien de plus qu'un film de gangsters, c'est surtout un film sur les rapports humains, l'amitié et la trahison, la famille et surtout la rédemption. En effet, tout le film est centré sur le personnage de Ti Lung, qui tente tant bien que mal de retourner à une vie normale après des années en tant de criminel afin de renouer les liens avec son frère, qui n'en à que faire et s'obstine à vivre en pensant que Ho est responsable de la mort de son père. Mettant en place des personnages extrêmement attachants, charismatiques ou pour celui de Waise Lee, un véritable mother fucker, John Woo dévoile surtout Chow Yun-Fat au grand public, qui va jusqu'a voler la vedette à Ti Lung et Leslie Cheung, tenant pourtant les rôles principaux. Allant jusqu'à effacer tout le reste du casting par son charisme et son jeu d'acteur absolument terrible, ce dernier tient son premier grand rôle (et certainement son meilleur avec celui d'Ah Jong (ou Jeffrey selon les versions) dans The Killer, tourné 3 ans après sous la tutelle de John Woo) aux côtés de Ti Lung, qui voit sa carrière relancée et Leslie Cheung qui est lui aussi révélé au grand public. Le syndicat du crime sera un succès absolument partout, et vu la gueule du film il n'est pas particulièrement difficile de capter pourquoi.

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Le problème avec un tel film, c'est qu'il génère bon nombre de copies (qui sont la plupart du temps de bon gros navets mais passons) réalisés par des types non-talentueux qui reprennent les même bases de ce qui à révolutionné le cinéma hong-kongais mais sans en comprendre une seule seconde la portée : ainsi, si Le syndicat du crime se démarque par ses scènes d'action dantesques et ses personnages (plus que) classes, il montre avant tout le côté humain des gangsters la ou ses copies ne montrent que des gens tirer sur d'autres (oui je sais je me répète mais c'est nécessaire pour arriver la ou je veux en venir)... John Woo met enfin en place son style qui règnera dans une grande majorité de ses films par la suite, après des années de galère. Abusant des ralentis, des arrêts sur images, il signe dans ce film de nombreuses fusillades, pas réalistes une seule seconde mais qui feront en partie son succès futur, mais aussi un scénario génialement écrit, subtil et intelligent, dominé par des acteurs génialissimes qui méritent clairement que l'on s'attarde dessus... Chow Yun-Fat domine bien évidemment le reste du casting grâce à son charisme et va même jusqu'a complètement effacer d'autres acteurs, car il faut être clair, Chow Yun-Fat est clairement l'un des meilleurs acteurs hong-kongais de son temps, si ce n'est pas le meilleur... Bon OK maintenant c'est un has been comme d'ailleurs tous les acteurs de ce film mais une prestation telle que celle qu'il sert dans Le syndicat du crime est rare, quel que soit l'époque... Charismatique, mais aussi menaçant et tantôt véritablement touchant, le légendaire Chow étale tout son talent sur ce film, tout comme Ti Lung qui tient cette prestation mémorable de gangster repenti rejeté par son frère flicard, joué avec talent par Leslie Cheung. Les acteurs secondaires ne sont pas en reste non plus, Waise Lee joue un véritable enculé de première, rôle qu'il reprendra en mieux dans Une balle dans la tête 4 ans plus tard et Kenneth Tsang prend le rôle d'un personnage secondaire terriblement attachant qui aidera Ho à retrouver une vie normale... Mais encore une fois, et c'est habitude chez le John Woo de la vieille époque, le film est très loin de tenir sur leurs épaules et s'il y a une autre chose dont on se rappellera avant tout dans Le syndicat du crime, ce sont ses fusillades...

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Le film comporte au moins une séquence d'anthologie : cette fusillade entre Chow Yun-Fat et une bande de gangsters dans un restaurant taiwanais, ou celui-ci planquera des flingues dans les pots de fleurs du resto' pour ensuite les utiliser contre ses victimes... Absolument mémorable, Le syndicat du crime comporte pas mal de passages plein d'héroisme bercé par une violence extrême qui contraste avec des passages très émouvants, comme par exemple ce passage ou Chow Yun-Fat et Ti Lung regardent Hong Kong depuis une espèce de colline et ou Chow Yun-Fat se confie... Le film, soutenu par la musique au synthé grandiose de Joseph Koo (même si bon des fois elle fait un peu rire), ne se cantonne ainsi pas dans un genre et s'avère être ainsi un monument, autant en termes de réflexion, que d'émotion et surtout de divertissement : une formule qui s'avèrera être une formule gagnante puisque John Woo réitèrera l'exploit à plusieurs reprises par la suite, et certainement pas qu'une fois. Le tout fonctionne à merveille, les acteurs semblent liés l'un à l'autre et la mise en scène est énorme, bref, pendant une heure et demi John Woo nous promène dans un univers de gangsters très humains à l'honneur sans faille à l'aide d'un scénario extrêmement cohérent et sans aucun temps mort.

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Le syndicat du crime se démarque également des autres films par la réflexion qu'il apporte et les valeurs qu'il véhiculent. SPOILER L'amitié et la fidélité sont les deux valeurs les plus importantes dans le film, ainsi John Woo va même jusqu'a punir le personnage de Chow Yun-Fat pour avoir été l'ami de Ti Lung, à deux reprises : lorsqu'il tue la personnage qui l'a vendu, ou il perd sa jambe, et lorsqu'il le sauve de Waise Lee, ou il perd carrément la vie. L'héroisme à ici un prix et si John Woo punit ses personnages lorsqu'ils agissent en héros c'est bien pour montrer qu'il n'a rien de plus important que l'amitié, la fidélité et la famille, il met le doigt de façon très négative sur la trahison de Waise Lee et s'attarde une grande partie sur la difficulté de la rédemption et surtout de la difficulté d'être accepté en tant que repenti, symbolisé par le personnage de Leslie Cheung qui malgré tous les efforts de son frère n'aura que faire de ce dernier... FIN DES SPOILERS Le syndicat du crime est un très beau film sur les rapports humains, John Woo ne se contente pas de signer un polar bourrin et ça se sent... Il signe un film honnête, poignant... Une véritable tuerie.

A voir au moins une fois dans sa vie.

Le syndicat du crime est très chinois dans ses thèmes : la fraternité, l'amitié.... et dans les comportements qu'il décrit. Ses valeurs sont très traditionnelles : aimer sa famille, ses amis, respecter les anciens. John Woo

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Un film de John Woo, réalisé en 1987 et produit par Tsui Hark.
Avec Ti Lung, Leslie Cheung, Chow Yun-Fat, Dean Shek, Kenneth Tsang, Emily Chu et Shan Kwan.
Ecrit par John Woo et Tsui Hark.
Musique composée par Joseph Koo.

Johnny Lung (Dean Shek) est un ancien faux monnayeur repenti. Ho (Ti Lung) est en prison et la carrière de son frère Kit (Leslie Cheung) se porte bien. Toutefois, lorsque le traffic de fausse monnaie refait surface à Hong Kong, Lung est pris pour responsable par la police, Kit s'infiltre chez lui. Lorsqu'il apprend cela, Ho demande à infiltrer l'organisation de Lung à la police, ce que celle-ci autorise. Toutefois, le traffic de faux billets ne vient pas de Lung mais de son associé, Ko (Shan Kwan)... Lorsque celui-ci lui fait croire qu'il à tué par accident un parrain des triades et que sa fille est assassinée, il doit alors rejoindre le frère jumeau de Mark, Ken (Chow Yun-Fat) aux Etats-Unis, ou il devient catatonique suite à la mort d'un ami...

S'il y a une chose à savoir avant de parler du Syndicat du crime 2, c'est que John Woo l'a plus ou moins réalisé contre son gré. En effet, à la base, John Woo prévoyait de faire du deuxième opus de la série ce qui est aujourd'hui Une balle dans la tête, toutefois la pression des studios et de Tsui Hark l'ont forcé à faire du Syndicat du crime 2 le film qu'il est aujourd'hui. Partant pessimiste puisque l'idée de faire revenir Chow Yun-Fat comme le frère jumeau de Mark ne lui à jamais plu... Heureusement pour nous, un John Woo pessimiste à Hong Kong c'est quand même un truc de fou et à bien des égards, Le syndicat du crime 2 égale le premier opus de la série... Beaucoup plus orienté sur l'action, la thématique de la rédemption, de l'amitié, de la fidélité et de la trahison est toutefois toujours la et malgré un scénario auquel on peut reprocher de véritables fantaisies, Le syndicat du crime 2 est une véritable bombe.

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La présence de Chow Yun-Fat était absolument indispensable à un second film. John Woo

Alors voila, on commencera par les maigres reproches qu'il y a à faire : les fantaisies scénaristiques du film. La présence d'un frère jumeau de Mark dans le film n'est pas insensée, loin de la, mais absurde, par exemple. Les quelques séquences en anglais pourront arracher un sourire également parce qu'il faut avouer que l'accent anglais de nos chinamen favoris font un peu désirer, mais ce sont des défauts que l'on ne peut pas considérer comme tels, en effet, Chow Yun-Fat, lors de la longue scène du restaurant ou il s'exprime en anglais tout le long n'a pas été doublée, et honnêtement, qu'est-ce qu'on à a foutre de la cohérence de l'arrivée d'un frère jumeau dans la série? En effet, avec Le syndicat du crime 2, si les valeurs de John Woo sont loin d'être oubliées, on est plus dans le polar bourrin et ultra-violent que dans le juste milieu que Le syndicat du crime était parvenu à atteindre. Misant en effet plus sur les scènes d'action, Le syndicat du crime 2 enchaine sans jamais s'arrêter les séquences d'anthologie : que ce soit cette fusillade dans un hotel à New York ou Chow Yun-Fat s'amusera à défoncer tout le monde au fusil à pompe avant de glisser dans les escaliers en tirant sur tout ce qui passe au double pistolet ou encore cette fusillade finale de dix minutes absolument énorme ou un passage de Wu Xia Pian parvient même à se glisser, John Woo signe également le plus beau standoff qu'il ait jamais filmé, entre Chow Yun-Fat et un tueur anonyme et silencieux, tous deux blessés à mort et le dos au mur (littéralement!!). Avec Le syndicat du crime 2, Woo signe un de ses meilleurs films en terme d'action sans pour autant oublier les codes de sa série. (Note : il y a une référence aux Incorruptibles de De Palma, sorti la même année)

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Alors que dans le premier opus, Ti Lung représentait la rédemption, Waise Lee la trahison et Chow Yun-Fat l'amitié, ici c'est Dean Shek qui représente la rédemption et Shan Kwan la trahison. Chow Yun-Fat reprend exactement le même rôle que dans Le syndicat du crime, la seule différence notable étant son nom... Ti Lung et Leslie Cheung passent plus ou moins au second plan et le film se concentre davantage sur Dean Shek, incarnant avec brio Johnny Lung, criminel repenti dont la vie sera détruite par son associé peu scrupuleux, Ko, un être avide d'argent. Ainsi, en quelques jours, Johnny Lung perdra sa fille chérie et son foyer, devra s'exiler aux Etats-Unis ou un de ses amis d'antan se fera froidement tuer par les assassins de son ex-associé... Il deviendra catatonique par la suite, incapable de se nourrir soi-même, ce qui donne lieu à des scènes entre lui et Chow Yun-Fat, qui pourront soit toucher, soit faire mourir de rire (pour ma part, à la première vision je dois dire que ça m'a agacé, mais à la deuxième c'est franchement mieux passé). Encore une fois, les acteurs sont absolument terribles et donnent vie à ce Syndicat du crime 2, qui tout comme son frère ainé, est plein de scènes carrément touchantes. John Woo ne change absolument rien par rapport au premier, si ce n'est l'histoire qui est également de qualité même si celle du premier est à mes yeux beaucoup mieux construite. Visuellement, le film est également un truc de fou : privilégiant encore une fois les endroits sombres pour ses scènes, le maître du polar hong-kongais enchaine des plans d'une beauté technique absolument terrible, toujours accompagné du synthé de Joseph Koo.

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Alors oui, on pourra reprocher au Syndicat du crime 2 de ne pas du tout innover par rapport au premier volet... Malgré tout, le film apporte une nouvelle histoire à la série, mais surtout, est un délire visuel absolument dingue et est terriblement jouissif et jubilatoire en terme d'action. Ainsi, on fermera les yeux sur le fait que cette suite est plus un remake qu'autre chose pour apprécier la beauté du film et en particulier de ses scènes d'action, et puis malgré tout ça fait plaisir de retrouver une fois de plus la même troupe d'acteurs pour défoncer le décor (et accessoirement des types, il faut savoir que Le syndicat du crime 2 est un des 10 films dont le bodycount est plus élevé et un des films les plus badass qu'il m'ait été donné de voir.) et le final est sans éxagérer une des plus belles scènes d'action qu'il m'ait été donné de voir, rien que ça, et je suis assez méchant la-dessus en général. :) Mettant en scène des personnages tout aussi classes les uns que les autres, Le syndicat du crime 2 est véritablement un exercice de style à la John Woo, qui est assez consciencieux pour ne pas oublier d'introduire dans le film ce qui à fait son succès auparavant. On saluera donc cet exploit, donc, et en cela Le syndicat du crime 2 surpasse son ainé, car il est un des rares films à avoir trouvé l'équilibre parfait entre scènes d'action ultra-bourrin, stylisation de la violence, émotion et bien évidemment divertissement. Un tour de force donc.

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Alors voila, Le syndicat du crime 2 est un incontournable également. Un polar bourrin, violent, dont les acteurs crèvent l'écran, visuellement énorme et un des meilleurs films en terme d'action de John Woo. A ne pas rater également. Une tuerie absolue de plus, malgré tout, certains ne pourront pas s'empêcher de trouver le film terriblement niais et commercial, ceux-la n'ont visiblement pas compris la portée du message du Syndicat du crime. John Woo signe, malgré son pessimisme, un excellent film une fois de plus.

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Un film de Tsui Hark, réalisé en 1989 et produit par Tsui Hark et John Woo.
Avec Chow Yun-Fat, Tony Leung Ka-Fai, Anita Mui, Kien Shih et Saburô Tokitô.
Ecrit par Tsui Hark, Yiu Ming Leung et Foo Ho Taï à partir d'une idée de John Woo.
Musique composée par Lowell Lo.

En 1974, Mark (Chow Yun-Fat) vient chercher son oncle (Kien Shih) et son cousin (Tony Leung Ka-Fai) à Saïgon. Pour acheter un passeport à son oncle, Mark demande l'aide d'une femme fatale, Chow Yin Kit (Anita Mui). Malheureusement, sur leur première affaire, ils se font piéger mais réussissent à reprendre ce qui est à eux. Suite à cela, des liens amoureux entre eux commencent à se développer. Lorsqu'ils réussissent enfin à revenir à Hong Kong, l'ancien amant japonais de Kit, Ho Ching Qin (Saburô Tokitô) refait surface...

Cette critique est basée sur la version longue du Syndicat du crime 3.

En 1989, John Woo se pointe avec une idée en tête : celle de faire Une balle dans la tête. Présentant son idée à Tsui Hark, celui-ci décide de plagier son collaborateur. Evidemment, cela mettra à toute collaboration entre les deux réalisateurs, mais de cette dispute résultera donc deux films, très ressemblants mais aussi très différents : Une balle dans la tête, par John Woo et Le syndicat du crime 3, par Tsui Hark. Basés sur le même thème, c'est ici le véritable problème du Syndicat du crime 3 : il souffre de la comparaison plus qu'évidente avec Une balle dans la tête. En effet, tous deux sont des films plus ou moins intimistes, malheureusement Le syndicat du crime 3 n'atteint pas une seule seconde l'intensité du chef d'oeuvre de John Woo, et ce malgré une mise en scène absolument terrible (ce qui n'est clairement pas étonnant de Tsui Hark) et une histoire solide (même si certains seront agacés par cette histoire d'amour entre Chow Yun-Fat et Anita Mui). Explications.

Critique d'Une balle dans la tête ICI

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Le Syndicat du crime 3 n'est pas un mauvais film. Loin de là. Souffrant d'une comparaison pour une fois pas si stupide que ça, le film est déja handicapé par l'existence d'Une balle dans la tête. Toutefois, il à beaucoup plus de qualités que de défauts, à commencer par la mise en scène absolument dingue. Si personnellement je préfère, de manière générale les films de John Woo, Tsui Hark, en termes de mise en scène, pète 1000 coudées au-dessus de lui (et de nimporte qui d'ailleurs) et cela se remarque d'entrée de jeu par les scènes d'action, certes très différentes de celles des deux autres volets, mais clairement aussi excellentes. On notera plusieurs passages absolument jouissifs comme ce duel final entre Chow Yun-Fat et Saburô Tokitô, deux acteurs absolument excellents, à l'image du reste du casting. Le film m'a notamment permis de découvrir Tony Leung Ka-Fai et Anita Mui (décédée en 2003, la même année que Leslie Cheung...), deux acteurs d'exception dont les prestations sont toujours crédibles et même parfois touchantes, en effet que dire de cette scène ou Kien Shih, mis sous pression par Tony Leung Ka-Fai se doit d'abandonner son enfant adoptif au Viet-Nam? Si le film de Tsui Hark ne fait clairement pas le poids face à Une balle dans la tête, le réalisateur n'oublie pas (et ça aurait été stupide de sa part de l'oublier) les codes du Syndicat du crime et donne une nouvelle vision des valeurs imposées par John Woo dans les deux autres volets à travers de ce Syndicat du crime 3 qui malgré les apparences n'est pas si différent des autres films.

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En effet, Tsui Hark remet le couvert et impose pour la troisième fois les valeurs d'amitié, de famille, de loyauté et de trahison. SPOILER La rédemption passe à la trappe définitivement mais la ou Le syndicat du crime 3 se démarque des deux autres opus c'est la ou le personnage d'Anita Mui va jusqu'a représenter à la fois la loyauté et la trahison, loyauté vis-à-vis de Mark et trahison vis-à-vis de Ho. Le personnage paie également le prix de son héroïsme puisqu'elle perdra la vie en tentant sauver celui de Chow Yun-Fat. FIN DES SPOILERS Au niveau de la thématique, Le syndicat du crime 3 ne se renouvelle donc absolument pas, c'est au niveau du contexte que le film devient original mais c'est aussi la que le film à le plus problèmes puisque c'est sur ce point précis qu'Une balle dans la tête atomise les 10 doigts dans le nez Le syndicat du crime 3. En effet, la ou John Woo signe un film ultra-violent et subversif, s'attardant sur de nombreux aspects de la guerre du Viet-Nam tels que les camps de prisonniers, les violentes manifestations, les conséquences de la guerre et surtout les conséquences de la guerre sur l'amitié, Tsui Hark signe un film beaucoup moins fort émotionnellement, beaucoup moins intense (et au passage beaucoup moins violent), s'attarde 10 minutes sur les manifs avant de les faire passer à la trappe et c'est surtout sur le problème des douanes que le réalisateur s'attarde, à travers une scène qui est au passage absolument terrible, malheureusement cela est tout à fait insuffisant et Tsui Hark ne parvient pas à trouver la force subversive du Syndicat du crime 3 de la manière que John Woo à trouvé la force subversive d'Une balle dans la tête. Beaucoup moins engagé et subversif donc, Tsui Hark parvient toutefois à donner à son film une véritable idendité grâce à ce triangle amoureux entre Chow Yun-Fat, Anita Mui et Saburô Tokitô. Alors il faut être clair, certains aimeront, certains n'aimeront pas et certains seront dans ce juste milieu (c'est mon cas) mais il est clair que toute la seconde partie de la trame du film dépend de ce sujet et que cette dernière est à bien des égards mieux foutue que la première partie même si elle une ou deux scènes concernant cet aspect de l'histoire ne sont pas forcément utiles (mais ne sont pas non plus complètement inutiles, alors voila on aimera ou on aimera pas).

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Une autre qualité du film : Tsui Hark prend son temps pour approfondir ses personnages. Ainsi si on pourra lui reprocher d'être un peu gentillet dans son script vis-à-vis de certains personnages (notamment celui de Tony Leung Ka-Fai qui aurait du mourir 6000 fois dans le film.), on se consolera grâce à la mise en scène énormissime de ce dernier, soutenue par la musique non plus cette fois de Joseph Koo (même si pas mal de ses compositions sont reprises) mais de Lowell Lo et des prestations d'acteurs, comme d'habitude, absolument terribles, Chow Yun-Fat en tête (encore)... Ainsi, malgré ses défauts, dus davantage à une comparaison à un autre film et à un sujet qui ne fera clairement pas l'unanimité, Le syndicat du crime 3 est également une tuerie, qui à bien des égards vaut les anciens opus... La classe, une fois de plus.

Le syndicat du crime restera à jamais une trilogie et c'est sans doute mieux comme ça. De plus, tout à été dit non? Tsui Hark

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