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Réalisé par Martin Scorsese en 1976.
Ecrit par Paul Schrader.
Avec Robert De Niro, Jodie Foster, Cybill Shepherd et Harvey Keitel.
Musique composée par Bernard Hermann.

Vétéran de la Guerre du Vietnam, Travis Bickle (Robert De Niro) est chauffeur de taxi dans la ville de New York. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête.

Comme on dit, jamais de deux sans trois! C'est donc après avoir chroniqué Chiens de paille et Bad Lieutenant, deux films qui je le rappelle ont provoqué scandale à leur sortie que je m'attaque à un troisième, Taxi Driver, ou encore un scandale injustifié, et une fois de plus, personne n'est étonné, Taxi Driver étant l'archétype même du film politiquement incorrect défiant toute morale établie par nos chers culs serrés nationaux... Alors on ne reviendra pas sur le débat de la violence puisque tout à été dit en commentaire sur l'article de Cannibal Holocaust... Par contre, on va revenir sur Taxi Driver, encore un film d'une rare subversion, il va falloir vous habituer à que je ne critique presque que cela, oui je suis quelqu'un de très glaucque et après ce Taxi Driver ce sera sans doute au tour de Série noire de venir faire un tour sur ce blog, mais passons, des choses à dire sur ce qui est considéré à ce jour comme le meilleur film de Martin Scorsese, dont par moi, il y en a un paquet alors inutile de perdre plus de temps et rentrons dans le vif du sujet!

TD2You talkin' to me?

Certainement un des tous premiers vigilante movies avec Un justicier dans la ville de Michael Winner (qu'il faut au passage que je voie), Taxi Driver est aussi l'un des plus marquants, si ce n'est le plus marquant, inspirant encore à ce jour bon nombre de films du genre, notamment l'excellent Dead Man's Shoes de Shane Meadows, dire qu'avec ce film on tient un chef d'oeuvre est presque dévalorisant tant Taxi Driver est d'une qualité rare au cinéma, monument de violence et de subversion mais aussi paradoxalement un film d'humour, il est le film qui à révélé bon nombre de personnalités capitales pour le cinéma : Robert De Niro en tête, qui tient ici un de ses rôles les plus marquants et Martin Scorsese qui signe ici le film de sa vie, pourtant si on a tendance à ne retenir que ces deux types la force est de constater que tout le mérite ne leur revient pas, car rappelons-le, Taxi Driver dispose également d'un scénariste de talent, Paul Schrader qui à aussi écrit deux autres des meilleurs crus de pépé Scorsese : Raging Bull et La dernière tentation du Christ, ainsi que d'un très grand compositeur, Bernard Hermann, qui rappelons-le à composé la bande-son de Psychose d'Alfred Hitchcock et du film qui à révélé Brian De Palma : Sisters, c'est donc avec un staff en acier (c'est le cas de le dire) et après l'échec autant commercial que cinématographique que fut Alice n'est pas ici (pas un mauvais film, mais loin d'être transcendant), Martin Scorsese se rattrape et révolutionne définitivement le cinéma en lancant un genre à l'époque presque tout nouveau : le vigilante movie, et si les imitations furent nombreuses par la suite, force est de constater que peu méritent l'attention de cinéphiles, puisque la plupart des imitations sont des pellicules baclées montrant des gentils justiciers qui tuent des méchants gangsters tout en oubliant l'élément qui fait de Taxi Driver le chef d'oeuvre que Scorsese n'égalera jamais par la suite : la subversion.

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Car soyons clair, la est la plus grande force de Taxi Driver. Ayant déja plus ou moins traité la déshumanisation suite à la guerre du Viet-Nam dans son court-métrage, -il faut l'avouer-, très gratuit et pas nécessairement simple à interpréter The Big Shave, Scorsese affine ici son message engagé et l'envoie droit dans la gueule du spectateur, et si l'on pourra reprocher au film d'être peut-être trop évident dans son propos, on ne le fera pas, car c'est cette évidence qui fait de Taxi Driver un film sans aucune concession, et donc une baffe dans la gueule. Scorsese et Schrader créent de toutes pièces un personnage ambigu psychologiquement, perturbé, qui semble même perdu et toujours distrait, Travis Bickle, personnage rendu culte par l'interprétation sans faille de Robert De Niro (un meilleur acteur que lui, ça n'existe pas.), personnage que l'on voit sombrer petit à petit dans une déshumanisation totale, incapable d'un quelconque sentiment humain si ce n'est la haine, haine qu'il fixe sur les rues de New York, crades, glaucques et lieux de nombreuses violences urbaines... Evidemment, la subversion ne s'arrête pas la sinon il n'y aurait pas eu de scandale... Mais comme notre société est composée en grande majorité de culs serrés, il ne faut pas s'étonner que le film ait fait tant de bruit puisqu'il présente Jodie Foster dans ce qui est sans doute son seul bon rôle... Elle joue en effet une prostituée, jusque la ça va, je rappelle qu'on est en 1976 et qu'a l'époque, elle à 13 ans... Hum, d'un coup ça passe moins bien, évidemment on ne s'arrêtera pas la, Taxi Driver étant plus intéréssant de par son message dénonciateur que par l'encre qu'il à fait couler, malgré tout on notera que la démarche de Scorsese tient ici clairement de la provocation, pas étonnant en soit que le film ait fait scandale, ce qui est étonnant c'est que notre intelligencia qui aime l'art et les artistes, la subversion et à la science infuse ne reconnaisse pas un film provocateur quand elle voit un.

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Evidemment, Taxi Driver ne vaut pas que par sa subversion mais aussi par sa réalisation, Martin Scorsese filmant ici les rues mieux que personne, jamais vous n'avez vu un environnement urbain filmé comme ça, Scorsese rend les rues de New York glaucques et étouffantes avec une aisance déconcertante, bien aidé évidemment par le saxophone chelou de Bernard Hermann (d'ailleurs, il est marrant de voir qu'un an après, Martin Scorsese réalisera New York, New York avec Robert De Niro, qui joue ici un... saxophoniste.), chaque plan de Taxi Driver est méticuleusement soigné. On retiendra notamment ces travellings sur les avenues de New York, éclairées par les lumières ici très glaucques des cinémas porno, très sombres et envahies par la fumée, Taxi Driver est un film au décor étouffant et opressant, ultra-glaucque qui se termine sur une fusillade d'anthologie, -monument de violence par ailleurs-, pourtant paradoxalement si Taxi Driver est un film extrêmement dérangeant il est aussi un film à mourir de rire, du à son côté décalé et a un scénario d'une rare qualité d'écriture. On a tendance à l'oublier, mais Paul Schrader à ici fait un travail impressionnant, accordant un soin tout particulier au personnage de Travis Bickle dont chaque réplique fait mouche, en témoigne la séance du miroir, en grande partie improvisé par Robert De Niro et le dialogue avec le gorille de Palantine ("Un insigne secret pour les services secrets"). Signant donc un scénario parfait en termes de dialogue, Schrader n'oublie pas pour autant le rythme du film, ainsi si Taxi Driver est un film assez lent force est de constater qu'il est difficile d'y trouver des longueurs, c'est donc un film très bien structuré qui nous est offert, alors après je sais pas vous mais pour moi dialogues parfaits + construction parfaite = scénario parfait, mais évidemment, un scénario aussi génial soit-il n'est rien sans les acteurs qui l'animent.

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Et ici, bin finalement, pas trop de souci à se faire, Robert De Niro est au sommet de son talent et affiche un charisme animal, entrant dans la peau de Travis Bickle, personnage extrêmement ambigu, avec une aise déconcertante, De Niro livre ici une de ses meilleures prestations. Il en est de même pour Harvey Keitel, dans un rôle certes secondaire mais qui reste le seul à tenir a peu près la cadence avec De Niro, jouant ici le rôle d'un bad mother fucker méprisable, affichant une gueule méconaissable mais toujours cette carrure de dinosaure et son côté déjanté, les deux acteurs sont en parfaite cohésion, de même pour les scènes entre De Niro et Jodie Foster, qui trouve incontestablement le rôle de sa vie, dans le rôle d'une prostituée de 13 ans (Oh mon dieu quel scandale!), un rôle complètement fou et qui rajoute beaucoup au côté malsain du film. On note aussi quelques apparitions qui font bien plaisir, comme celle de Victor Argo, très sympathique ou encore celle de Martin Scorsese, passage absolument mythique ("Vous avez déja vu ce que ca fait un coup de .44 Magnum dans le con d'une femme?"), déjanté, et avant tout, très glaucque, Scorsese jouant ici un inconnu complètement branque faisant part de ses projets de tuer sa femme à Travis... Une rencontre qui met plutôt mal à l'aise, il faut l'avouer, m'enfin voila inutile de s'éterniser plus longtemps, vous m'avez compris, le casting est parfait.

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Reste donc les défauts de Taxi Driver et il faut oublier que trouver des défauts à ce bijou est chose assez difficile, Taxi Driver fait selon moi partie des films parfaits à tous les égards, alors oui on pourra peut-être dire que Cybill Shepherd ne brille pas vraiment par sa prestation mais elle est tout à fait correcte, et pour les 10 minutes qu'on la voit à l'écran, on va pas s'en plaindre, surtout que bon si on part la-dessus tout le casting est naze puisqu'ils sont tous complètement effacés par De Niro, enfin voila, finalement Taxi Driver est un film génialement interprêté, réalisé, scénarisé, malsain, glaucque, violent, original et subversif, tous les critères sont ici réussis pour que je puisse me permettre une fois de plus de crier CHEF D'OEUVRE car c'est ce qu'est Taxi Driver : un chef d'oeuvre, et si mon engouement dérangera sans doute quelques uns, il faut l'avouer : un film comme ça, on n'en voit pas deux. Alors pour ceux qui ne l'ont pas vu, depêchez-vous de le faire car Taxi Driver, s'il ne fait pas l'unanimité, reste un indispensable.

-ZE RING-

P.S. Allez jeter un oeil au sommaire du blog, c'est pas encore complet mais sur le point de l'être! ;)

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