07 avril 2013

L'EXORCISTE CHINOIS

Titre
RÉALISÉ PAR ... SAMMO HUNG.
PRODUIT PAR ... RAYMOND CHOW.
ÉCRIT PAR ... SAMMO HUNG & HUANG YING.

LORSQUE CHEUNG LE BRAVE APPREND QUE SA FEMME LE TROMPE, IL DEVIENT OBSÉDÉ PAR L'IDÉE DE TROUVER AVEC QUI ELLE LE COCUFIE. CE DERNIER, QUI N'EST AUTRE QUE LE PATRON DE CHEUNG, LE CRAINT, ET DÉCIDE D'EMPLOYER UN "FATSI", UN EXORCISTE, POUR L'ÉLIMINER.


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Qui ne connait pas Sammo Hung? Encore aujourd'hui, il est une des figures les plus iconiques et les plus représentatives du cinéma hong-kongais. Acteur de grand talent, cascadeur et artiste martial aux capacités aussi incroyables que déconcertantes, personnage charismatique et singulièrement attachant, c'est un homme dont le talent à rayonné à travers le monde, notamment grâce à ses collaborations avec le tout aussi célèbre Jackie Chan... On pense notamment aux mythiques LE MARIN DES MERS DE CHINE 1 & 2, ou encore à DRAGONS FOREVER, tous trois des films renommés et cultes à travers le monde, et dont le rayonnement, encore aujourd'hui, illumine le cinéma. Une chose est sure : toute la troupe à Sammo Hung, Jackie Chan, Yuen Biao, Ricky Lau... ont indéniablement laissé une empreinte bien singulière sur le cinéma contemporain, et dans l'histoire du cinéma hong-kongais, ils sont aussi importants que les artistes de la colonie britannique les plus reconnus, comme les inévitables John Woo et Tsui Hark. Pourtant, malgré cette célébrité, on tend très souvent à oublier que si Sammo est un grand acteur, cascadeur et artiste martial, il est aussi et surtout un grand réalisateur, dont le talent technique et visuel n'a rien à envier à celui d'un Jackie Chan, dont la folie narrative égale largement celle d'un Tsui Hark et dont le talent comique est absolument incroyable. Lorsqu'en 1977, il réalise LE MOINE D'ACIER, son premier film, il aide à fonder un genre hong-kongais très important : la Kung-Fu Comedy. Après diverses expérimentations autour du genre, Sammo se décide, en 1980, à passer à la vitesse supérieure avec L'EXORCISTE CHINOIS.

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Film fondateur de la Ghost Kung-Fu Comedy, le genre deviendra à Hong Kong très vite extrêmement populaire, notamment grâce à la saga culte des MISTER VAMPIRE, réalisé par Ricky Lau et, sans surprises, produite de bout en bout par le grand Sammo Hung. Si le succès et la popularité du genre est indéniable à Hong Kong, celui-ci ne vivra pas longtemps, puisque L'EXORCISTE CHINOIS 2, réalisé par Ricky Lau en 1990, mettra fin brutalement au rayonnement aussi vif que bref et complètement inattendu du genre. Peu importe finalement, puisqu'au-delà de son succès commercial, L'EXORCISTE CHINOIS est avant tout un succès artistique en tous points indéniable... Petit rappel : en 1979, Tsui Hark lance la nouvelle vague hong-kongaise avec le magnifique THE BUTTERFLY MURDERS. Les ambitions du mouvement sont très simples : révolutionner le cinéma hong-kongais, y apporter du neuf et ressusciter des genres depuis longtemps essoufflés par une industrie cinématographique trop rigide. Si L'EXORCISTE CHINOIS ne fait pas à proprement parler partie du mouvement, c'est bien étonnant, puisque leurs démarches se rejoignent complètement : Sammo, en créant à partir de rien un genre authentiquement nouveau, livre une oeuvre originale, innovante et unique dans lesquels s'oeuvre un dynamitage en règle de tous les codes cinématographiques imaginables. Les règles établies, L'EXORCISTE CHINOIS les bouleverse complètement et avec une telle audace qu'il apparait immédiatement comme une oeuvre absolument unique, qui ne ressemble à aucune autre et qui révolutionne en profondeur la place et l'usage du fantastique et de l'irréél dans le cinéma hong-kongais, jusqu'alors peu exploité, le public hong-kongais étant à l'époque aussi conservateur que superstitieux... C'est donc une chose étrange que le succès éclair de L'EXORCISTE CHINOIS, qui est d'autant plus étrange que le film est maintenant presque complètement oublié, et pourtant... Quel chef d'oeuvre.

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Autant être clair d'entrée de jeu : L'EXORCISTE CHINOIS est un grand film qui regorge de qualités diverses, à commencer, justement, par la manière dont il détourne et bouscule les codes établis du cinéma pour acquérir sa propre identité cinématographique... Outre la folie totale du mélange entre la comédie, le fantastique, et le film de kung-fu, le parti pris par Sammo Hung est d'autant plus intéréssant et fascinant qu'il parvient réellement à donner forme à son film de sorte à ce que les genres cohabitent sans jamais se heurter, et sans jamais causer des problèmes de cohérence narratives ou visuelles... En ce sens, L'EXORCISTE CHINOIS préfigure largement le chef d'oeuvre absolu du maître, le magnifique PEDICAB DRIVER, puisqu'il se montre facilement capable de passer d'un genre à un autre, d'une tonalité dramatique à un ton plus comique en l'espace d'un plan ou deux sans jamais entacher la cohérence du film... Un prodige quand on sait que même les plus grands se sont heurtés parfois à la difficulté de mélanger les genres et de jouer avec les codes. Il parait évident à la vision du film que plutôt que d'essayer d'adapter son sujet à son dynamitage des codes, Sammo dynamite les codes uniquement parce que son sujet le lui permet. Ainsi, à plusieurs reprises, L'EXORCISTE CHINOIS enchaine une scène tétanisante et effrayante avec une scène hilarante, burlesque et cocasse, et y mêle parfois même du kung-fu et de l'action... Mais à la différence de beaucoup, Sammo sait sur quel pied danser, et son film devient donc très vite une mine de sensations pour son spectateur qui est, par contre, complètement déconcerté par le spectacle inoui et unique qui se développe sous ses yeux. Sa maîtrise des codes ne serait toutefois rien si Sammo n'avait pas de quoi suivre derrière, et s'il fait preuve d'une capacité incroyable pour détourner et s'affranchir des règles du cinéma, il se montre également capable d'appliquer sa maîtrise de ces dernières... L'intérêt ici est donc moins le fait que Sammo parvienne à enchainer une scène d'horreur avec une scène burlesque, mais plutôt qu'il arrive à faire marcher l'ensemble sans que la scène burlesque ne prenne le pas sur la tension nerveuse de la précédente ou inversement. Un peu comme Tsui Hark, me direz-vous?

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Certes, sauf que même Tsui Hark n'a réussi que rarement à atteindre une alchimie aussi parfaite entre les genres et les registres que Sammo Hung avec son PEDICAB DRIVER ou L'EXORCISTE CHINOIS, et en l'occurence, la formule marche d'autant plus que ce dernier brise constamment les attentes du spectateur... Ainsi, si L'EXORCISTE CHINOIS est bel et bien un film de kung-fu, celui-ci n'arrive véritablement qu'assez tard dans l'intrigue, qui laisse davantage de place au fantastique et au burlesque des situations présentées par la narration qu'aux combats spectaculaires qu'on a l'habitude de voir chez un artiste comme Sammo Hung. Pari risqué, puisque procéder ainsi, c'est prendre le risque de larguer la moitié du public, et s'il y a toujours quelques exceptions, force est de constater que c'était un risque qui valait le coup d'être pris, puisque cela permet au film de pousser encore plus loin son délire narratif novateur et foutraque. Le résultat, c'est que lorsque les combats auxquels on s'attend face à un tel film arrivent enfin au sein de l'intrigue, la surprise est de taille puisqu'ils ne ressemblent à rien à ce qui a été fait avant (ou après, à part L'EXORCISTE CHINOIS 2, bien évidemment). Sans trop en dire, les combats ont constamment lieu sur plusieurs dimensions différentes, et Sammo promène pendant ses bastons virtuoses le spectateur dans des espaces et des situations aussi diverses que multiples... Le tout, au fur et à mesure que le film avance, devient inévitablement de plus en plus foutraque, de plus en plus inventif et de plus en plus fou, mais chaque combat, chaque situation reste d'une lisibilité et d'une limpidité incroyable. Le mérite de cela revient indéniablement à la mise en scène de Sammo Hung, qui trouve ici des aboutissements absolument incroyables et renvoie aux plus grands : longues prises, gestions de l'espace complètement virtuose, et esthétique naturaliste sublime constituent la mise en forme de L'EXORCISTE CHINOIS... Cela paraîtra surprenant à bien des gens, mais oui, Sammo Hung, tout comme son ami Jackie Chan, est bel et bien un grand metteur en scène, et L'EXORCISTE CHINOIS en est la preuve absolue et indéniable.

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Il n'y a qu'a voir les quelques scènes d'action du film pour s'en convaincre : celles-ci sont chorégraphiées de manière complexe et l'action est rendue d'autant plus difficile à capturer qu'elle se passe toujours sur au moins deux dimensions spatiales complètement différentes et distinctes, mais Sammo Hung, grâce à sa caméra, la rend toujours lisible. Mieux encore : il la transcende et la magnifie... Chaque coup, chaque sort du "fatsi" est rendu encore plus brutal par la mise en scène de Sammo, et leurs impacts sur le spectateur s'en voient multipliés... Mais si la mise en scène est excellente, les chorégraphies, elles, sont à tomber par terre, et certaines des scènes d'action de L'EXORCISTE CHINOIS figurent parmi les mieux chorégraphiées du cinéma hong-kongais... Inventives, celles-ci sont puissamment rythmées et font preuve d'une folie visuelle constante. A travers celles-ci, Sammo Hung fait preuve et étalage de ses talents martiaux avec brio, et comme si cela ne suffisait pas, il livre également ici une grande performance d'acteur, composant avec consistance et intensité son personnage, donnant du rythme et de l'impact aux scènes les plus humouristiques du film et servant constamment, par son charisme polyvalent, la tonalité complètement lunatique du film. Les autres acteurs ne sont néanmoins pas en reste, et on retrouve ici une figure iconique et inévitable du cinéma hong-kongais. Je parle bien évidemment du grand Lam Ching-Ying, acteur décédé trop tôt, mais qui livra de grandes performances dans plusieurs films majeurs de la colonie britannique et s'imposa comme un grand acteur très vite... Comme à son habitude, il est, dans L'EXORCISTE CHINOIS, absolument excellent. Derrière ces deux géants, on retrouve toute une galerie de seconds couteaux tous aussi intéréssants les uns que les autres, et au final, la seule ombre au prestigieux tableau de L'EXORCISTE CHINOIS reste ce choix douteux d'avoir piqué quelques morceaux de la bande-son de THE SHINING pour illustrer un film tellement réussi esthétiquement qu'il n'en avait pas forcément besoin.

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Vous m'aurez compris : L'EXORCISTE CHINOIS est un indispensable. Véritable chef d'oeuvre, c'est un film qui bouleverse complètement les règles établies de la production cinématographique hong-kongaise et s'extirpe du format pré-établi par cette dernière au travers d'idées visuelles et narratives dont la folie furieuse n'a d'égal que la virtuosité de leur application. Sammo Hung est un aussi brillant acteur, artiste martial, et cascadeur qu'il est un talentueux scénariste et réalisateur, et par conséquent, au travers de sa mise en scène, il se montre ici capable pendant une heure et demi, de produire une alchimie des genres et des registres parfaite à bien des égards, constamment efficace et cohérente en regard du film... Oeuvre transgressive et subversive, L'EXORCISTE CHINOIS s'impose surtout en tant que divertissement de grande qualité : drôle, généreux, mais aussi effrayant et perturbant, c'est un film complètement lunatique et audacieux qui s'impose dès les premières images comme un très grand film, mais aussi comme une oeuvre d'une importance cruciale. A découvrir d'urgence!

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ AUSSI...

  • L'EXORCISTE CHINOIS 2 DE RICKY LAU.
  • PEDICAB DRIVER DE SAMMO HUNG.
  • HISTOIRES DE CANNIBALES DE TSUI HARK.
  • THE SWORD DE PATRICK TAM.

-ZE RING-

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03 avril 2013

IRON MONKEY

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RÉALISÉ PAR ... YUEN WOO-PING.
PRODUIT PAR ... TSUI HARK.
ÉCRIT PAR ... TSUI HARK, ELSA TANG, TAI-MUK LAU, ET TAN CHEUNG.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR ... WAI WAP LU ET JOHNNY NJO, CHOW GAM-WING.

DANS UNE PROVINCE CHINOISE DÉVASTÉE PAR LES INONDATIONS, LA FAMINE ET LA PAUVRETÉ, UN VOLEUR NOMMÉ IRON MONKEY SÉVIT ET VOLE AUX MANDARINS CUPIDES POUR DONNER AUX PAUVRES. UN DE CES MANDARINS, EFFRAYÉ DE PERDRE SON POSTE A L'IDÉE QUE LE LÉGAT IMPÉRIAL DÉCOUVRE L'EXISTENCE D'IRON MONKEY AVANT QUE CELUI-CI NE SOIT ARRÊTÉ, FORCE WONG KEI-YING, UN ARTISTE MARTIAL RÉPUTÉ, A ARRÊTER LUI-MÊME IRON MONKEY. POUR CELA, IL EMPRISONNE SON FILS : WONG FEI-HUNG.


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Wong Fei-Hung a quasiment toujours été le personnage cinématographique le plus important du cinéma hong-kongais. Petite leçon d'histoire : Wong Fei-Hung était un artiste martial et un médecin extrêmement réputé, qui aurait, selon certains mythes et légendes, combattu l'armée japonaise pendant l'invasion de Taïwan de 1895. Il est très rapidement devenu le personnage le plus populaire de toute la culture cinématographique hong-kongaise, grâce, notamment, aux succès monstrueux des 89 films dont il est le personnage principal. Pour la culture générale, le premier acteur à l'avoir interprété fut Kwan Tak-Hing, qui n'a joué presque que ce rôle, et ce, dans des films comme STORY OF WONG FEI-HUNG (1949), le moyen THE SKYHAWK (1976) ou encore le culte LE HÉROS MAGNIFIQUE (1979). Parmi ces 89 films, on en trouve de très connus, comme par exemple DRUNKEN MASTER de Yuen Woo-Ping, le chef d'oeuvre DRUNKEN MASTER II de Liu-Chia Liang, et bien évidemment la saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark. C'est après le succès de celle-ci que ce dernier se décide à explorer un aspect jamais vu auparavant de la vie de ce personnage mythique : son enfance, et sa relation avec son père, Wong Kei-Ying, un autre héros important de la culture populaire chinoise et hong-kongaise. Le résultat est l'une des plus grandes réussites du Kung Fu Pian et un indispensable du cinéma hong-kongais : IRON MONKEY de Yuen Woo-Ping.

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Véritable succès international à sa sortie en 1993, IRON MONKEY est un film extrêmement important dans le sens ou il aborde avec un regard nouveau une facette jamais explorée auparavant d'un des personnages les plus majeurs de toute une culture. Pour ceux qui connaissent Tsui Hark, impossible de ne pas comprendre immédiatement dans quelle optique celui-ci se lance dans la production d'IRON MONKEY : une fois de plus, c'est un film dont l'ambition première est de renouveler le genre, et par la même occasion, le cinéma, en proposant quelque chose de constamment nouveau et inattendu, et donc de profondément novateur. Au-delà du fait que placer IRON MONKEY durant l'enfance de Wong Fei-Hung renouvelle un personnage qui, à l'époque, s'embourbe d'ores et déjà dans ses nouveaux standards de qualité que sont les IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, soit un manifeste évident de la démarche subversive et transgressive de Tsui Hark et de Yuen Woo-Ping, avoir fait de Wong Fei-Hung un personnage secondaire en regard de Wong Kei-Ying et Iron Monkey est une prise de risque d'une audace sans qualification possible à Hong Kong. En effet, le cinéma y a longtemps été littéralement monopolisé par Wong Fei-Hung (Kwan Tak-Hing en a sorti plus d'un par an pendant 20 ans), et placer ce dernier en second plan dans un film, c'est prendre le risque de larguer la moitié du public... Mais c'est aussi un autre manifeste évident de la volonté novatrice des créateurs du film, qui, d'un bout à l'autre du métrage, tentent de renouveler le genre par tous les moyens possibles. Wong Fei-Hung n'est en cela qu'une excuse dans le film, puisqu'il est de toutes façons évident que ce qui intéresse le plus Tsui Hark et son co-équipier Yuen Woo-Ping, c'est le dilemne moral auquel se confronte Wong Kei-Ying et aux relations que tissent les personnages du film avec Iron Monkey. Véritable Robin des bois chinois, c'est un personnage que Woo-Ping et Hark utilisent, une fois de plus, pour briser complètement les attentes : son identité est révélée au bout de cinq minutes, et bien que la quête de Wong Kei-Ying pour le retrouver et l'arrêter soient le point de départ et le moteur du film, en réalité, cette intrigue est abandonnée très rapidement au profit d'une histoire de combat épique contre un gouvernement corrompu à la dimension ouvertement populaire.

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La narration d'IRON MONKEY s'acharne donc à briser constamment les attentes et les conventions. Mieux encore, la narration d'IRON MONKEY s'acharne constamment à briser les attentes et les conventions amenées à Hong Kong par les productions Film Workshop telles qu'IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE et SWORDSMAN II... Au-delà d'une volonté évidente de renouveler le cinéma hong-kongais et les films d'arts martiaux, IRON MONKEY, comme à peu près tous les films produits/écrits/réalisés par Tsui Hark, témoignent de la volonté évidente de celui-ci de se renouveler lui-même avant toute chose... En ce sens, et si vous ne l'aviez pas encore compris (ce dont je doute très fortement), IRON MONKEY est une chance de plus de vous rendre compte que pendant près de 20 ans, Tsui Hark à été le moteur de toute l'industrie cinématographique hong-kongaise, un véritable fou furieux capables d'influencer par son génie créateur les modes et les tendances cinématographiques et de remettre au gout du jour des légendes, des personnages, des mythes populaires oubliés ou délaissés par le cinéma HK. Wong Kei-Ying ne fait pas exception, et si Hark et Yuen Woo-Ping laissent Wong Fei-Hung un peu de côté dans IRON MONKEY, c'est seulement pour rétablir la popularité du père de ce dernier... Ce n'est pas un hasard si, des quelques oeuvres sur Wong Kei-Ying, IRON MONKEY soit la seule à nous être parvenue en Occident, et encore une fois, ce n'est sans doute pas un hasard non plus si, la même année, Tsui Hark réalisait IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 3, ou Wong Kei-Ying apparait... dans un rôle extrêmement secondaire. Impossible de ne pas voir les parallèles, et on pourrait continuer longtemps sur cette lancée. Reste qu'en ce qui concerne IRON MONKEY, il témoigne à chaque seconde d'une volonté de proposer un regard frais et neuf sur des sujets usés et rendus banals par une industrie qui les a trop longtemps et trop fréquemment exploité. Quoi de mieux, dans le cas de Hong Kong, que Wong Fei-Hung? C'est un choix d'autant plus judicieux qu'il permet à Tsui Hark et à Yuen Woo-Ping de faire usage de leurs compétences la ou elles brillent le plus : le cinéma d'arts martiaux.

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S'il me parait extrêmement important d'analyser et de disséquer les ambitions narratives de toutes les productions Film Workshop (et des grands films hong-kongais en général) dans la mesure ou elles regorgent d'innovations, de transgressions passionnantes et d'avancées artistiques importantes, avant tout, il me semble que la raison principale pour laquelle le nouveau cinéma hong-kongais amené par la bande à Tsui Hark est si populaire, c'est parce qu'avant il propose de sacrés morceaux de divertissement et à permis au cinéma d'arts martiaux de trouver ses plus grands aboutissements artistiques. Soyons clairs, IRON MONKEY est l'un d'eux, et si sa narration est intéréssante, ses visuels et ses scènes d'action relèvent, quand à eux, du tout bonnement monumental. On tient ici une des oeuvres les plus spectaculaires livrées par le cinéma hong-kongais, un film qui, une fois de plus, repoussent toutes les limites en apportant à ses chorégraphies déjà monumentales (toutes orchestrées par Dieu Yuen Woo-Ping) des éléments spectaculaires complètement surréalistes tous droits tirés de mangas... L'exubérance des combats n'a d'égal que leur inventivité, et si les deux fous furieux derrière le film permettent à leurs personnages de se tuer à coups de raisins ou de se balancer des cheminées à grands coups de savate, c'est autant pour en balancer un maximum dans la gueule des spectateurs que pour tenter d'apporter au genre une espèce de facette surréaliste et mangaesque afin de trancher avec d'autres oeuvres plus réalistes (dans une certaine mesure) réalisées à la même époque comme FIST OF LEGEND ou PEDICAB DRIVER de Sammo Hung. Ainsi, dans ses ambitions, IRON MONKEY rejoint les deux premiers SWORDSMAN, qui revisitaient le Wu Xia Pian, retournaient à ses sources et y apportaient des éléments complètement fous et excessifs... IRON MONKEY fait de même avec le Kung Fu Pian : c'est un retour aux sources fondatrices du genre (Wong Fei-Hung et Wong Kei-Ying), et un dynamitage en règle de tous les codes qui y sont inhérents. Inutile de chercher du réalisme dans l'oeuvre de Yuen Woo-Ping : il n'y en a pas, et c'est justement ça qui en fait un monument cinématographique complètement jouissif. Comme il était de coutume à l'époque dans les productions de la Film Workshop, plusieurs "fantasmes cinéphiles" sont aboutis avec brio ici, et la seule limite à laquelle se heurte le film est celle de l'imagination de ses créateurs, particulièrement connus pour être deux des cinéastes hong-kongais les plus imaginatifs et les plus créatifs de leur époque... Dois-je en rajouter?

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Finalement, la seule limite à laquelle se heurte IRON MONKEY et qui l'empêche de se hisser au niveau des plus grands Kung Fu Pian (IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 2, indéniablement), c'est la mise en scène de Yuen Woo-Ping, ingénieuse, mais à des lieues d'atteindre le génie d'un Tsui Hark voire d'un Sammo Hung... Mais franchement : et alors? Difficile d'égaler le niveau de deux tels génies, et la mise en scène de Yuen Woo-Ping est déjà magnifique telle qu'elle est. Outre le fait qu'il parvienne à rendre lisible et limpide des combats d'une intensité, d'une rapidité et d'une frénésie presque inimaginable, il réussit aussi à styliser, par l'usage de sa caméra, ces grands moments de folie, et gère l'espace avec virtuosité. Au-delà de ça, on sent derrière la caméra le talent d'un homme qui a passé sa vie à magnifier ses artistes martiaux, et ici, ils sont de taille : Rongguang Yu est absolument excellent, Shi Kwan-Yen, comme à son habitude, est terrible, mais c'est surtout Donnie Yen qui est impressionnant ici... C'est simple, ce bonhomme est un des plus grands artistes martiaux de tous les temps, et chaque scène ou il apparait est rendue d'autant plus intense par son talent martial absolument magnifique. Mais le film réserve d'autres surprises, à savoir la petite Tsang Sze-Man, qui interprète brillamment le jeune Wong Fei-Hung, et s'illustre avec brio lors de scènes de combat brillament chorégraphiées par le maître Yuen Woo-Ping, dont l'inventivité, l'absence totale de limites et la gestion magnifique du rythme de l'action font d'IRON MONKEY une très grande réussite formelle et un divertissement de la plus grande qualité, par ailleurs enrichie par la beauté esthétique indéniable du film. Mais ce n'est pas tout, car IRON MONKEY, c'est aussi une galerie de personnages profondément attachants et charismatiques... Outre les géniaux Wong Kei-Ying, Wong Fei-Hung et Iron Monkey, qui sont, sans surprise, attachants et touchants, c'est surtout le personnage d'Orchidée qui réserve des surprises. Personnage touchant, voire bouleversant, elle est magnifiquement animée par Jean Wang, et ensuite par la caméra de Yuen Woo-Ping, qui sublime sa beauté et son charisme et en fait constamment un personnage surprenant et attachant. Impossible également de ne pas voir l'obsession de Tsui Hark pour les femmes derrière ce personnage, mais ce serait me répéter que de le dire encore une fois, non?

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IRON MONKEY s'impose comme un indispensable pour quiconque apprécie le cinéma d'arts martiaux : outre ses qualités évidentes en tant que Kung Fu Pian excessivement spectaculaire, c'est un film d'une grande importance qui renouvelle à chaque instant les figures iconiques et populaires qu'il aborde et qui donne une dimension nouvelle au personnage fétiche de toute l'industrie cinématographique hong-kongaise : l'excellent Wong Fei-Hung, ici représenté dans un des meilleurs films l'ayant abordé, de près ou de loin... IRON MONKEY est assurémment un grand film, qui renverse les codes du Kung Fu Pian, s'impose comme un divertissement sans égal mais aussi comme une oeuvre touchante mettant constamment ses personnages en avant et faisant preuve d'une grande maîtrise de ces derniers... IRON MONKEY, c'est tout ça. C'est drôle, c'est beau, c'est spectaculaire, ça envoie du lourd et ça s'arrête jamais. Un chef d'oeuvre? Oui. Un indispensable? Deux fois oui. Un des plus grand Kung Fu Pian? Mille fois oui, oui, oui.

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ AUSSI...

  • SWORDSMAN DE CHING SIU-TUNG, TSUI HARK, KING HU, RAYMOND LEE, ANDREW KAM ET ANN HUI.
  • SWORDSMAN II DE CHING SIU-TUNG.
  • TAI-CHI MASTER DE YUEN WOO-PING.
  • DRUNKEN MASTER DE YUEN WOO-PING.
  • DRUNKEN MASTER II DE LIU-CHIA LIANG.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 2 DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE 3 DE TSUI HARK.
  • ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE DE TSUI HARK.

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02 avril 2013

SWORDSMAN II

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RÉALISÉ PAR ... CHING SIU-TUNG.
PRODUIT PAR ... TSUI HARK.
ÉCRIT PAR ... TSUI HARK, ELSA TANG ET TIN-SUEN CHAN.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR ... JAMES WONG ET ROMEO DIAZ.

LINGWU CHUNG REPOUSSE SA DÉCISION DE RENONCER AUX ARTS MARTIAUX QUAND LA PRINCESSE YING-YING EST ENLEVÉE PAR L'INVINCIBLE ASIA. PARTI A SA RECHERCHE, CHUNG EST SÉDUIT PAR UNE VILLAGEOISE, SANS SAVOIR QU'IL S'AGIT DE ASIA, EN PASSE DE CHANGER DE SEXE POUR ATTEINDRE LA TOUTE PUISSANCE ENSEIGNÉE PAR LE "CANON DU TOURNESOL".


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SWORDSMAN voulait tout être à la fois : c'était là sa plus grande force, et son plus grand problème. Hark souhaitait faire de ce film, superbe mais raté, un retour aux sources du Wu Xia Pian, mais il voulait aussi, avec ce film, reconstruire en profondeur le genre. Le choix de King Hu comme réalisateur attitré allait autant dans le sens de sa première ambition que contre sa deuxième, et, inévitablement, le film devait s'écrouler sous ses ambitions. En résulte un semi-échec artistique et un bide commercial cuisant pour Tsui Hark, grand mégalomaniaque égocentrique, mais pas suffisamment centré sur lui-même pour ne pas apprendre de ses erreurs. Outre le fait qu'il ait tiré des leçons enseignées par les erreurs qu'il a fait sur SWORDSMAN pour réaliser un de ses plus grands chefs d'oeuvres et succès commerciaux, à savoir IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, il a aussi utilisé cet apprentissage pour, en 1992, sortir du Film Workshop une de ses meilleures productions : SWORDSMAN II. Tsui Hark ne prend aucun risque, et donne à son homme à tout faire, Ching Siu-Tung, le contrôle total du navire. Pas de co-réalisateurs multiples et pas de réécritures multiples du script cette fois-ci. Juste un pur produit filmique qui s'impose très vite comme un chef d'oeuvre définitif et révolutionnaire.

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Si SWORDSMAN II est effectivement moins ambitieux que son prédécesseur, deux choses devraient toutefois être mises au clair. La première, c'est que quand des fous furieux comme Tsui Hark et Ching Siu-Tung se mettent à revoir leurs ambitions à la baisse, celles-ci restent tout de même très hautes. La deuxième chose, et pas des moindres, c'est que c'est justement parce que SWORDSMAN II est ambitieux qu'il réussit à mener ses objectifs à terme. Soyons clairs : à sa sortie, c'est un succès monumental, et, d'un point de vue artistique, c'est une révolution en profondeur d'un genre qui est alors d'ores et déjà en déclin. Avec THE BLADE et la saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark, SWORDSMAN II est encore à ce jour la dernière oeuvre à avoir été radicalement révolutionnaire pour le Wu Xia Pian, un film majeur qui enrichit constamment le genre d'innovations et de dimensions nouvelles, devenant par la même une oeuvre d'une importance capitale pour quiconque aime ou admire le cinéma hong-kongais. On ne reprochera donc jamais à ce SWORDSMAN II d'être moins ambitieux que son prédécésseur bancal : il tient ses promesses, et en soi, c'est largement suffisant, surtout au vu des promesses. Tsui Hark et Ching Siu-Tung, en 1992, promettent avec SWORDSMAN II un chef d'oeuvre, et avec SWORDSMAN II, ils livrent un chef d'oeuvre absolu qui relève à l'époque purement et simplement du jamais vu. Si le premier film de la saga allait déjà loin dans son délire comic-book, mangaesque et portnawakesque spectaculaire et jouissif, son successeur va encore plus loin et repousse complètement toutes les limites du genre. Spectaculaire, SWORDSMAN II l'est assurémment, et se range même facilement dans la liste des oeuvres les plus spectaculaires jamais réalisées, tant à chaque minute supplémentaire, le film devient plus fou, plus innovant et plus over the top (sans jamais être ridicule, ce qui, en soi, relève du tour de force). SWORDSMAN II met l'accent sur le fantastique et le surnaturel, et en faisant de ses artistes martiaux des combattants capables de faire appel à leur kung-fu pour procéder à des actions physiquement irréalisables. Ainsi, dans la logique du film, il est tout à fait acceptable de combattre en volant sur des étoiles ninjas de deux mètres, de soulever le sol pour le jeter sur ses adversaires ou encore de tuer avec une goutte d'eau.

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Le tout peut paraître absurde voire ridicule, et à bien des égards, SWORDSMAN II pourrait faire passer tous les IRON MONKEY du monde pour des films extrêmement réalistes, mais avec Ching Siu-Tung à la barre et Tsui Hark derrière lui pour lui filer un bon coup de pouce, impossible de trouver du ridicule dans ce joyeux bordel méticuleusement organisé qu'est SWORDSMAN II. Ching Siu-Tung, s'il n'est pas un aussi grand metteur en scène que Tsui Hark, à tout de même une compréhension de l'action que tout le monde n'a pas, et dans la mesure ou celui-ci parvient, au travers sa mise en scène, à donner du sens et à justifier tout ce qui peut paraître absurde dans son film, rien ne l'est au final. Au contraire, on ne peut qu'être stupéfaits face aux combats excessifs, éxubérants, (trop) inventifs et complètement foutraques de ce SWORDSMAN II. Au-delà de la générosité du spectacle proposé (le film concrétise bien plus d'un fantasme cinéphile, croyez-moi), c'est surtout un spectacle extrêmement maîtrisé qu'impose Ching Siu-Tung à son spectateur : le découpage, s'il est frénétique, est avant tout un modèle de maîtrise, et ce dernier parvient à capturer avec brio la grâce martiale de ses combattants tout en réussissant à exacerber la violence de l'action et à la styliser. Mais le spectacle est surtout aussi lisible qu'il est spectaculaire, et si le tout foisonne d'idées toutes plus niquées de la tête les unes que les autres, un constat simple découle de chaque scène d'action : la frénésie de ces dernières n'a d'égal que leur limpidité. Chaque scène d'action est donc un plaisir, et tant mieux, car il y en a beaucoup. Une fois de plus dans le cinéma hong-kongais, c'est le spectacle et le divertissement qui prime, et tous les prétextes sont bons à faire voler Jet Li et ses comparses dans les airs en tapant tout le monde et en faisant exploser l'intégralité du décor avec un enthousiasme que l'on ne retrouve vraiment que chez ces artistes là.

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Mais SWORDSMAN II est loin d'être un simple divertissement. En effet, entre chaque scène d'action viennent se caler des moments de poésie et de lyrisme d'une grande beauté, portés par la magnifique mise en scène de Ching Siu-Tung et la beauté esthétique et formelle stupéfiante du film. Si SWORDSMAN était déjà magnifique visuellement, sa suite le surpasse très largement de ce point de vue. Chaque plan est de toute beauté, et ce, à tous les niveaux. La photographie est sublime, les décors et les costumes sont à tomber par terre, et cette beauté esthétique est encore une fois soutenue par la partition virtuose et le bontempi épique du grand James Wong. Le tout donne lieu à de grands moments d'émotion, et SWORDSMAN II vous fera sans doute pleurer de grosses larmes avant sa magnifique conclusion. Comme d'habitude avec Tsui Hark, c'est le ressenti qui est privilégié, manifeste évident d'une volonté toute aussi évidente de faire avant tout un cinéma populaire, ce qui n'exclut pas les avancées artistiques toutefois, dont SWORDSMAN II foisonne. Une preuve supplémentaire, s'il était nécessaire d'en trouver d'autres, que, non, les grands films ne sont pas le propre du "cinéma d'auteur" (une notion qui ne veut par ailleurs rien dire)... L'équipe Film Workshop n'a que faire de telles préocuppations et livre avant tout un joyau cinématographique pur, brut, qui divertit autant qu'il bouleverse et qui plaira aux non-cinéphiles autant qu'aux cinéphiles. Une démarche que je ne peux qu'encenser en somme, surtout quand le résultat parvient au niveau d'un film comme SWORDSMAN II, Wu Xia Pian qui bouleverse autant les conventions cinématographiques du genre que les émotions de son spectateur.

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Mais cela ne serait pas possible sans une maîtrise sans précédent des personnages. Ching Siu-Tung et Tsui Hark dressent donc ensemble un portrait précis, détaillé et riche de ceux-ci, ce qui leur permet aisément de passer par toute une gamme d'émotions : on passe de scènes d'humour hilarantes au lyrisme le plus pur, et les scènes d'action les plus audacieuses et les plus spectaculaires laissent souvent place à de grands moments d'émotion viscérale. Une fois de plus, ceci n'est que le résultat du traitement magnifique qu'apporte les deux créateurs du film à leurs personnages et aux relations qu'ils tissent entre eux... En faisant de SWORDSMAN II une terrible histoire de vengeance, mais aussi une sublime et déchirante histoire d'amour, ceux-ci impliquent le spectateur émotionnellement dans ce spectacle de grande qualité, une implication par ailleurs solidement renforcée par les personnages eux-mêmes. Tous sont attachants d'une façon ou d'une autre, et en ne jugeant jamais ces derniers, Hark et Siu-Tung parviennent à les rendre d'autant plus attachants qu'ils ne sont à la base. Que ce soit Lingwu Chung, le personnage principal certes un peu abruti mais drôle et sincère, Gamin, son sidekick débile mais attachant(e) ou encore Yam Ping-Ping, la magnifique princesse dont il est amoureux, tous ont leur moment de gloire dans le film et parviennent à toucher le spectateur à un moment donné ou un autre. Mais avant tout, le coup de génie ultime du film, c'est ce personnage unique qu'est l'Invincible Asia... Étrange, ambigu, profondément insolite (surtout pour un public occidental), mais profond et touchant, tant les enjeux qu'il (elle) fait évoluer et autour desquels il évolue sont puissants et forts, c'est la réelle vedette du film : un personnage extrêmement charismatique, interprétée par la magnifique Lin Ching-Hsia (Brigitte Lin), dont chaque apparition est un plaisir viscéral et qui constitue à lui seul le coeur émotionnel de cette oeuvre bouleversante qu'est SWORDSMAN II. Mais avant tout, le personnage de l'Invincible Asia préfigure largement les oeuvres les plus abouties de Tsui Hark, notamment THE LOVERS, tant les deux films partagent une obsession évidente pour le travestissement et l'homosexualité, faisant de SWORDSMAN II un film plus fin qu'il n'y parait, qui devient dès lors une véritable chronique sociale (n'oublions pas qu'a l'époque, l'homosexualité est à Hong Kong très violemment punie.).

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Ceci dit, encore une fois, les personnages, seuls, ne seraient rien, et le film doit également beaucoup aux acteurs qui les interprète, d'autant plus que leur travail sur ce film en particulier est véritablement incroyable. Jet Li brille ici autant par ses capacités martiales que par son talent d'acteur, bien plus étendu que d'habitude. Il donne vie avec brio à son personnage, pas forcément facile à interpréter par ailleurs, et n'a donc pas à rougir face aux performances impériales de l'uber-charismatique Shi Kwan-Yen ou des sublimes Rosamund Kwan et Fennie Yuen... Mais encore une fois, c'est bien Lin ching-Hsia et son personnage de l'Invincible Asia qui vole la vedette. Celle-ci tient ici ce qui est sans conteste le rôle de sa vie et livre une performance d'une subtilité qui n'a d'égal que la tension qu'elle implique. Filmés avec virtuosité par la caméra de Ching Siu-Tung, les personnages sont constamment magnifiés par le cadre visuel du film, notamment les femmes (et c'est là qu'on ressent l'influence de notre barbichu favori), qui sont constamment au coeur et au coeur de l'image, et qui sont tellement magnifiées par le réalisateur et le producteur qu'on ressent parfois que, bien qu'elles puissent sortir du cadre à tout moment, elles en font partie intégrante, tout comme elles semblent ne faire qu'une avec l'esthétique sublime du film. C'est à quel point le film met ses personnages féminins en avant, et on en arrive parfois au point ou les autres personnages semblent s'éclipser par rapport à elles. Pour autant, il ne faudrait pas croire que les personnages masculins sont ici délaissés : ils ont leur importance, et Jet Li ainsi que Shi Kwan-Yen sont véritablement monstrueux par leur présence et leur charisme.

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SWORDSMAN II est un chef d'oeuvre absolu. Au final, c'est à ce constat simple que peut se résumer ce film. Toutes les faiblesses du premier sont effacées, pour laisser place à un monument cinématographique, d'une beauté cinématographique sans précédent, d'une générosité incroyable et d'une forte portée émotionnelle. Mais au-delà de ça, c'est une oeuvre importante historiquement pour le cinéma. C'est le début de la meilleure période qu'a connu le Wu Xia Pian : c'est le temps des IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE et de THE BLADE... Mais c'est aussi le temps du déclin et de l'essoufflement du genre qui gouverne depuis toujours le cinéma hong-kongais. SWORDSMAN II, en marquant le début d'une véritable révolution artistique, marque aussi le début de la fin d'un cinéma unique, passionnant, constamment innovant et généreux. Qu'a cela ne tienne, SWORDSMAN II est un film chef d'oeuvresque et radicalement révolutionnaire, dont la puissance n'a d'égal que son influence et son impact sur le cinéma contemporain. Un film à voir et à revoir, et qui fit la gloire de la magnifique saga SWORDSMAN, en dépit du troisième volet, déçevant et dispensable.

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  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE DE TSUI HARK.
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-ZE RING-

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31 mars 2013

SWORDSMAN

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RÉALISÉ PAR

CHING SIU-TUNG
KING HU
TSUI HARK
ANN HUI
RAYMOND LEE
ANDREW KAM

ÉCRIT PAR
MAN-LEUNG KWAN
KEE TO-LAM
KAI-MUK LAU
YIU-MING LEUNG
FU-HAO TAI
YING WONG

MUSIQUE COMPOSÉE PAR
JAMES WONG
ROMEO DIAZ


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Bonjour, tout le monde. Aujourd'hui, on va parler de ma dernière découverte majeure en date, c'est-à-dire la trilogie SWORDSMAN, et plus particulièrement du magnifique premier volet réalisé en 1990 par... On me dit à l'oreille que j'étais supposé chroniquer LADY SNOWBLOOD, FEMALE YAKUZA TALE et LA BÊTE AVEUGLE ces derniers mois... Ce à quoi je réponds humouristiquement qu'on peut pas tout avoir, et, de manière plus sérieuse, que plutôt que de faire des promesses que je ne tiendrais de toutes façons (ou alors pas dans l'immédiat), je m'orienterais maintenant vers des chroniques à chaud, seulement quand l'envie et la motivation m'en saisissent, comme je le faisais avant, en somme. Dans tout ça, j'en oublie presque ce qui nous intéresse : SWORDSMAN, qu'est-ce que c'est? Et bien, SWORDSMAN, ce n'est ni plus ni moins qu'un des projets cinématographiques les plus ambitieux du cinéma de Hong Kong, avec IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, THE BLADE et SEVEN SWORDS, un projet extrêmement casse gueule dont l'objectif était, comme la fameuse saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE justement, de retourner aux bases du Wu Xia Pian pour le révolutionner et le renouveler. Un pari difficile quand on sait que le Wu Xia Pian est le genre de prédilection de la colonie britannique depuis les années 50-60, période durant laquelle le genre connut son âge d'or, notamment avec les productions Shaw Brothers telles que LA RAGE DU TIGRE de Chang Cheh ou le sublime L'HIRONDELLE D'OR de King Hu, deux films avec lesquelles toute la génération Film Workshop (le plus gros studio hong-kongais des années 80-90, dirigé par l'illustre Tsui Hark) ont grandi et/ou affermi leur cinéphilie... Parmi ceux-ci, Tsui Hark, le plus fou et ambitieux d'entre eux, lance le projet SWORDSMAN en le produisant et en proposant à King Hu, considéré comme un des plus grands maîtres du cinéma hong-kongais, de le réaliser. Avec en plus Ching Siu-Tung à la chorégraphie, SWORDSMAN s'impose d'office comme un projet extrêmement alléchant... Imaginez un peu A TOUCH OF ZEN avec l'ambition et la folie furieuse d'un mec comme Tsui Hark pour soutenir le tout.

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Seulement voilà, quelque part en route, le bât blesse, et King Hu doit quitter le tournage au bout de quelques jours à peine. Maladie ou désaccord artistique avec le barbichu le plus mégalo de l'industrie cinématographique hong-kongaise? Allez savoir. Le résultat reste le même : pas moins de cinq réalisateurs, à savoir Tsui Hark, Andrew Kam, Ann Hui, Raymond Lee, et enfin, le plus important sur ce film, Ching Siu-Tung s'attèleront à essayer de sauver le film de la débacle totale. Financièrement, c'est raté, puisque le film sera un échec commercial cuisant. Pour autant, on pourrait plus facilement attribuer le crédit de cet échec à son ambition visionnaire qu'à sa production difficile. En effet, si tourner SWORDSMAN n'a sans doute été une partie de plaisir pour personne (Ann Hui n'a eu de cesse de tenter de réduire sa responsabilité sur le film depuis), une question légitime se pose : si le film avait été tourné par King Hu d'un bout à l'autre, comme cela était prévu, le film aurait-il été mieux acceuilli par le public? J'en doute fort. N'oublions pas que le public hong-kongais est extrêmement conservateur (leurs réactions par rapport à BUTTERFLY MURDERS, HISTOIRES DE CANNIBALESL'ENFER DES ARMES sont assez révélatrices), et que tout ce qui ne s'inscrit pas précisément dans les modes du moment n'échappe là-bas que très rarement à l'échec. Or, SWORDSMAN reflète brillamment l'intégralité de la carrière de Tsui Hark : c'est une tentative de bouleverser les codes du Wu Xia Pian en profondeur, ambitieux au point de tenter de s'imposer comme le nouveau standard de qualité en la matière. Une ambition que le film ne parvient jamais à concrétiser, au contraire d'IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, mais et alors? La qualité artistique du film ne change aucunement, et à bien des égards, SWORDSMAN s'impose comme une oeuvre cinématographique majeure, un grand film plein d'ambitions louables, d'une générosité sans précédent et qui pose les bases pour un des plus grands Wu Xia Pian de tous les temps : le majestueux SWORDSMAN II, sur lequel Tsui Hark n'a pas réalisé les mêmes erreurs, puisque le film sera tourné d'un bout à l'autre par le fou furieux Ching Siu-Tung.

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Celui-ci, déjà responsable à l'époque de l'excellent mais complètement niqué de la tête DUEL TO THE DEATH, semble par ailleurs avoir tenu un rôle prédominant sur ce SWORDSMAN. Outre le fait qu'il ait réalisé seul SWORDSMAN II et qu'il ait co-réalisé SWORDSMAN III : THE EAST IS RED avec Raymond Lee, impossible de ne pas avoir l'impression de regarder DUEL TO THE DEATH par moments, tant le film, dans la manière dont il aborde les combats notamment, évoque le furieux, le sur-découpage, la folie furieuse et cette volonté de repousser les codes du genre (et du cinéma) à l'extrême déjà présente dans DUEL TO THE DEATH. SWORDSMAN, dans sa quasi-intégralité, fait preuve d'un style visuel propre à Ching Siu-Tung et à son foutraque DUEL TO THE DEATH, la seule différence majeure étant que le film pète à mille coudées au-dessus de ce dernier formellement, merci aux grands artistes dont s'entoure Tsui Hark et le Film Workshop à l'époque. Formellement, SWORDSMAN touche au sacré, et se range haut la main parmi les films hong-kongais les plus beaux visuellement... Joyau d'esthétique, sa photographie est magnifique, le travail sur les couleurs (réutilisé par Hark dans SEVEN SWORDS) est déconcertant de beauté et la reconstitution historique est tout simplement à tomber par terre. Seulement voilà, quand se cotoient dans le même film un excellent artisan comme Ching Siu-Tung et des génies visuels sans égaux comme Tsui Hark ou King Hu, il est inévitable que la mise en scène ait des hauts et des bas, et malheureusement, d'un point de vue visuel (et pas que), SWORDSMAN est bel et bien inégal... Le film parvient toutefois à garder une certaine cohérence esthétique, et même les bas du film restent sacrément hauts, les autres réalisateurs ayant travaillé étant tous au moins d'excellents metteurs en scène. Rien de bien dramatique en somme, toutefois, cette inégalité se ressent aussi dans la narration, et c'est là que le film échoue véritablement.

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Au risque de me répéter, ce genre de défauts est inévitable sur un film tel que SWORDSMAN, mais tout de même, il est extrêmement regrettable que la narration soit si inégale. Celle-ci est en effet parfois extrêmement difficile à suivre, certains personnages sortant manifestement de nulle part, et d'autres étant parfois mal caractérisés, et le film est malheureusement trop long, le rythme pêchant sur la fin. Le tout donne au film un air d'inachevé, d'inabouti qui, parfois, peut déranger, d'autant plus que le tout manque, il faut être honnête, un petit peu de cohérence... A ces défauts déjà frustrants se rajoute Sam Hui, qui interprète le personnage principal de manière correcte mais manque singulièrement de charisme, et tous les personnages ne sont pas forcément très bien exploités. Et pourtant, malgré ces défauts évidents, SWORDSMAN, chef d'oeuvre raté s'il en est, s'impose comme un grand film. On tient là un objet cinématographique d'une teneur émotionnelle incroyable et d'une puissance sans précédent, qui amène à plusieurs reprises le spectateur aux larmes, notamment au travers d'une séquence musicale de toute beauté, ou les visuels éclatants des chinois fous derrière le film se marient avec une grâce sans pareille à la composition sublime de l'illustre James Wong. Si vous ne lâchez pas votre petite larme avant la fin de SWORDSMAN, vous n'avez pas de coeur. Le coup de génie, à ce niveau-là, et simple, et réside dans les personnage secondaires mais néanmoins importants du vieux Kuk et de Lau l'ancien, deux personnages touchants et émouvants qui apparaissent en milieu de film pour le quitter brusquement au bout de 20 minutes dans une scène dans une scène d'une importance narrative qui n'a d'égal que son impact émotionnel sur le spectateur démuni face à tant de beauté, de générosité, et de pureté émotionnelle. Chef d'oeuvre en elle-même, toute la séquence mettant au centre du film ces deux personnages excellents est de loin ce qu'il y a de mieux dans SWORDSMAN, et si la suite n'est pas en reste, impossible de ne pas penser, pendant l'heure qui reste, à ces deux bouleversants vieils hommes, qui passent le flambeau aux plus jeunes Lingwu Chung et à Gamin, son sidekick, un peu comme King Hu passe avec ce SWORDSMAN le flambeau du wu xia pian aux deux malades mentaux sans limites que sont Tsui Hark et Ching Siu-Tung.

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A la vue d'un film tel que celui-ci, il est néanmoins évident que ce qui nous intéresse le plus, c'est l'action, et c'est dans ce domaine que SWORDSMAN brille le plus. C'est une oeuvre spectaculaire qui fait preuve d'une générosité dans l'action presque déconcertante, tant celle-ci va constamment en recherche de l'excès le plus total et du chaos visuel le plus fou. Tous les combats du film sont des monuments de spectacle : une fois que ça commence à se battre, ça s'arrête jamais, et ça le fait toujours de la façon la plus portnawakesque et mangaesque possible. Dans SWORDSMAN, les chevaliers se bastonnent en se lançant des serpents ou en balançant des moulins à eau à travers les murs... Et ce ne sont que quelques unes des surprises complètement folles qui vous attendent dans ce film de fou, ou l'apreté des combats se mêle au foutraque et au comique de certaines situations, où tout est prétexte à une baston de folie supplémentaire et ou on passe avec brio de la noirceur à la bonne humeur et à l'humour gras bien propre aux hong-kongais... Des pratiques qui reflètent une fois de plus une volonté évidente de la part des créateurs de SWORDSMAN de transgresser les règles établies et de bouleverser le genre même dans ses codes les plus fondamentaux (le choix du format 1.85 au lieu du traditionnel 2.35 cinémascope est révélateur de cette démarche). La place que le film laisse aux femmes va d'ailleurs dans ce sens, et est la preuve évidente de l'investissement de Tsui Hark au scénario et à la réalisation, celles-ci étant constamment magnifiées, sublimées, mises en avant par la narration. Une place d'ailleurs importante est également laissée aux deux grandes vedettes du film, la magnifique et excellente Fennie Yuen et la superbe Sharla Cheung (qui sera remplacée dans le deuxième opus par l'encore plus magnifique Rosamund Kwan), qui livrent ici deux magnifiques prestations dans des rôles de chevalières héroïques intrépides, une preuve supplémentaire, si on en avait besoin, du féminisme aigu de Tsui Hark et de l'amour que portent les cinéastes de la Film Workshop à des oeuvres comme L'HIRONDELLE D'OR ou A TOUCH OF ZEN.

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Par certains aspects, SWORDSMAN est un film raté. Il ne parvient pas à aller au bout de ses grandes ambitions, et l'ampleur du projet, avec les problèmes de production qui l'ont entouré, en font un chef d'oeuvre raté. Mais malgré tous ses défauts narratifs, SWORDSMAN reste tout de même un excellent film qui mérite un coup d'oeil bien attentif, tant ses défauts s'effacent face à ses grandes qualités. Grand divertissement avant tout, SWORDSMAN est une oeuvre forte qui, malgré ses échecs, est un jalon important dans l'avancée cinématographique du Wu Xia Pian. C'est un grand film d'une beauté formelle et esthétique rarement égalée, aussi ambitieux qu'épique et émouvant, qui, en dépit de tout, assène au spectateur un uppercut cinématographique dans le menton et le laisse KO. Si on peut être déçu du résultat final, impossible de ne pas crier au génie face à la virtuosité de certaines séquences et à l'audace furieuse de ce qui est un des meilleurs films de Ching Siu-Tung, -car c'est bel et bien son film-, qui poussera le tout encore plus loin avec SWORDSMAN II, moins ambitieux certes, mais plus maîtrisé, plus magnifique, et en regard de ses objectifs, tout de même plus réussi que ce premier opus d'une saga magnifique qui se range, avec les IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, dans ce que le cinéma hong-kongais à fait de mieux.

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • SWORDSMAN II DE CHING SIU-TUNG.
  • DUEL TO THE DEATH DE CHING SIU-TUNG.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE DE TSUI HARK.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE II DE TSUI HARK.
  • THE BLADE DE TSUI HARK.
  • ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE DE TSUI HARK.
  • IRON MONKEY DE YUEN WOO-PING.
  • L'HIRONDELLE D'OR DE KING HU.
  • A TOUCH OF ZEN DE KING HU.

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13 février 2013

A TOUTE ÉPREUVE

A toute épreuve
RÉALISÉ PAR | JOHN WOO.
ÉCRIT PAR | JOHN WOO ET BARRY WONG.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | MICHAEL GIBBS ET JAMES WONG.

CHOW YUN-FAT | Tequila Yuen.
TONY LEUNG CHIU-WAI | Long.
ANTHONY WONG CHAU-SANG | Johnny Wong.
PHILIP KWOK | Mad Dog.
TERESA MO | Teresa Chang.
PHILIP CHAN | Superintendant Pang.

Tequila Yuen, un flic tête brulée, jure de venger la mort de son partenaire et s'allie pour cela à un flic infiltré dans l'organisation du traffiquant d'armes Johnny Wong.

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En 1992, John Woo est dans une sale situation après l'échec radical de son plus gros film en date : UNE BALLE DANS LA TÊTE. Il décide alors de tourner un dernier film avant de s'exiler à Hollywood pour tourner l'affreux mais fun HARD TARGET avec Jean-Claude Van Damme. A la même époque, la rétrocession d'Hong Kong à la Chine se rapproche de plus en plus, et la situation criminelle empire radicalement : des fusillades ont lieu dans lesquelles des innocents sont tués. Enragé par la situation, John Woo, comme à son habitude, décide d'utiliser sa caméra comme catharsis et de balancer tout ce qu'il à a offrir dans un dernier film avant de tirer sa révérence et de partir vers des contrées artistiquement moins riches. Et si la suite lui donna clairement tort, puisque son escapade à Hollywood fut un désastre innomable, il faut être clair : on ne fait pas de meilleur cadeau de départ qu'A TOUTE ÉPREUVE, qui, sans égaler les incursions de Woo dans le film de guerre et dans le polar, THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, s'impose très rapidement ce qui devient en fin de film une évidence : c'est le film d'action ultime, l'actionner définitif et insurpassable, une oeuvre qui encore aujourd'hui continue d'influencer les plus grands, et à permis a John Woo d'ajouter à son palmarès pour la deuxième fois l'exploit d'avoir démodé tout ce qui se faisait ailleurs en matière d'action d'un coup.

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Aussi étonnant cela puisse t-il paraître, il n'y a en réalité rien de bien surprenant tant A TOUTE ÉPREUVE révplutionne d'un bout à l'autre les codes communément admis du film d'action. Faisant preuve d'une grâce visuelle dont il n'avait jamais fait preuve auparavant, John Woo signe non seulement son film le plus abouti en matière de mise en scène mais pousse aussi son style et son genre, -l'heroic bloodshed-, dans ses retranchements les plus incroyables. Si vous croyiez que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER étaient visuellement incroyables, alors sachez que vous n'avez encore rien vu, tant A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'aboutissement ultime et définitif de toutes les expérimentations visuelles du grand John Woo. Celles-ci sont ici d'autant plus marquantes que Woo les pousse suffisamment loin pour qu'elles soient encore plus éloquentes que n'importe quel dialogue. Un plan suffit ici pour iconiser définitivement un personnage et s'inscrire à long terme dans la mémoire du spectateur, et la manière dont le maître filme ses personnages en dit long sur leurs personnalités et leurs motivations, en plus de magnifier leur charisme et leur présence chaque fois qu'ils apparaissent à l'écran. Racontant son histoire à l'aide de ses visuels, Woo fait aussi évoluer ceux-ci en les faisant sortir des codes esthétiques posés dans THE KILLER. Plutôt que de placer son film dans un contexte baroque, Woo mêle l'éxubérance de sa mise en scène à la violence, la froideur et le réalisme d'une cité en pleine décadence. Les décors y sont poisseux et crades, et lorsqu'ils ne le sont pas, ils sont froids et glauques... L'étonnant mélange entre les maniérismes magnifiques du maître et sa façon singulière de filmer Hong Kong crée une esthétique détonnante, tantôt presque naturaliste pour être à d'autres moments d'un insolite exemplaire, lorsque le film plonge dans des décors à la teinte bleutée déconcertante. A TOUTE ÉPREUVE à été pendant très longtemps le film le plus maîtrisé de John Woo, et pour cause, outre son esthétique, sa maîtrise se ressent également dans le scénario et, c'est une évidence, dans les fusillades.

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Impossible de ne pas parler de John Woo et encore moins d'A TOUTE ÉPREUVE sans parler des fusillades, car ne nous voilons pas la face, on ne regarde pas un film comme A TOUTE ÉPREUVE pour son scénario (même si celui-ci est très réussi, mais j'y reviendrai), mais parce que ça tire dans tous les sens... Ceux qui ne sont pas familiers avec le film vont être servis de ce point de vue, car non seulement ça tire dans tous les sens, mais en plus ça commence dans le feu de l'action et ça s'arrête jamais. John Woo enchaine ici les scènes d'action d'anthologie, qu'il s'agisse de cette fusillade incroyable dans une maison de thé ou la fusillade de 45 minutes dans un hopital, toutes sont filmées avec la même virtuosité, la même fluidité et la même exigeance... Outre son sens du cadre sidérant et sa capacité évidente à former des plans magnifiques, Woo se fait ici maître du montage, en faisant évoluer ses nombreux personnages au milieu de ses scènes d'action spectaculaires sur des plans différents en permanence sans jamais perdre le spectateur... Tout cela, il le doit à sa gestion de l'espace, très rarement surpassée, et à sa maîtrise du rythme. Chaque fusillade, chaque gunfight à son rythme propre et immerge le spectateur dans un véritable ballet de balles ou ça tire en permanence de tous les côtés sans jamais que cela soit too much : tout est parfaitement dosé, et mieux encore, Woo prend son spectateur à contrepied en amenant le climax de chaque scène la ou il n'attend pas, ainsi, si la mythique et culte glissade sur la rambarde de Chow Yun-Fat peut apparaître comme le sommet de la scène en question, il est en fait largement surpassé deux minutes après. Surprenant, A TOUTE ÉPREUVE l'est constamment, notamment grâce aux idées et délires visuels divers mais toujours inventifs et sublimes auxquels s'adonne le grand John pour notre plus grand plaisir de spectateur. D'ailleurs, d'un point de vue strictement sensoriel, A TOUTE ÉPREUVE apparaît comme l'un des films les mieux chorégraphés de tous les temps, et si les personnages se tirent mutuellement dessus à coups de pistolets plus gros qu'eux en faisant exploser la totalité de décors bel et bien modernes, impossible de ne pas penser au wu xia pian et au kung fu pian tant chaque plongeon, chaque saut de côté, chaque acrobatie mise en scène ici est la preuve de la grâce presque martiale du film.

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Cette grâce est toutefois constamment contrebalancée par la brutalité et la violence propre à John Woo, qui livre ici une oeuvre brute et profondément enragée. Si on connait tous le traitement ultra-stylisé de la violence propre à John Woo, on ne peut qu'être surpris lorsque celui-ci se met à descendre sans aucune concession des innocents dans une maison de thé ou à dégommer des infirmières à coups de mitraillette, et en cela, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme l'un des films les plus ultra-violents du maître... Si la plupart de ses précédents films s'échignaient à infliger la violence uniquement à ceux qui étaient profondément impliqués dans les histoires qu'il dépeignait, ici, personne n'est épargné, et si, derrière le meurtre brutal de nombreux innocents, il ne semble n'y avoir que de la vacuité, chaque plan est en fait le témoin direct de la rage envers le crime organisé et les Triades qu'animait alors John Woo. Assurémment subversif, A TOUTE ÉPREUVE est d'autant plus brutal qu'il tranche radicalement avec les autres films de John Woo dans la mesure ou le côté shakespearien et romancé qui en étaient la grande marque est ici presque totalement absent et laisse davantage la place à la démonstration pure et simple de toute la brutalité d'une époque... Pour autant, ce qui demeure le plus intéréssant ici c'est la manière dont Woo dépeint et stylise la violence avec beauté et exubérance. Il est juste de parler pour ce film de chorégraphie de la violence, tant chaque tir et chaque mort est "sublimé" a grands coups de ralentis et de jeux de montage, sans pour autant perdre leurs dimensions profondément viscérales et leur violence. Celle-ci à d'ailleurs un rôle très important dans le film dans la mesure ou c'est constamment à travers les scènes d'action que les personnages évoluent en même temps que l'histoire. Les épreuves physiques qu'endurent les personnages poussent en permanence le film vers l'avant, jusqu'a un climax ou tous reviennent soit profondément changés soit ne reviennent pas du tout.

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Et c'est bel et bien en ce sens qu'A TOUTE ÉPREUVE est une baffe technique et visuelle. John Woo y renouvelle tellement bien les codes du genre qu'il investit et pousse sa mise en scène tellement loin qu'il est capable de supplanter presque tous les moyens de narration classique, -a savoir la grande majorité des dialogues-, par des scènes visuellement spectaculaires, mais aussi par conséquent de livrer une oeuvre plus mature. Le fort de John Woo n'est pas les dialogues, et ceux-ci, dans certaines de ses précédentes oeuvres, sont parfois assez naïfs et à la limite de la niaiserie. Ce n'est aucunement le cas ici, dans l'image prend le pas sur la parole, parfois au risque de prendre le pas sur l'histoire et le scénario... Et malheureusement, c'est bien ce qui arrive, car si A TOUTE ÉPREUVE est bel et bien une baffe absolue, il peine à se hisser au niveau des monuments inégalables que sont THE KILLER et UNE BALLE DANS LA TÊTE, notamment parce que le film est hélas loin d'être aussi abouti scénaristiquement qu'il ne l'est visuellement. Si on ne reprochera pas au film la simplicité de son scénario, qui est suffisamment efficace pour qu'on oublie ses tares, il est difficile de ne pas en venir à reprocher au film son manque de véritable souffle épique et sa sécheresse émotionnelle... C'est dommage, mais dans le même temps, Woo signe un film d'une complexité rare, en abordant avec classe et virtuosité des sujets aussi complexes que la double identité et amenant avec plus de maturité les amitiés viriles à la Chang Cheh qui lui sont si chères. Pourtant, malgré ces qualités objectives évidentes, la déçeption à ce niveau est bien là : A TOUTE ÉPREUVE n'agit bel et bien pas comme une baffe émotionnelle, et ce, en dépit des acteurs, qui font un travail incroyable sur leurs personnages en plus de faire preuve d'un charisme rarement égalé (Chow Yun-Fat vole la vedette, comme d'habitude, Tony Leung est sidérant, quand à Anthony Wong et Philip Kwok, ils composent deux badass mother fuckers d'anthologie comme on les aime). Le film n'est jamais touchant d'une quelconque façon, et c'est bien dommage.

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Pourtant, peut-on décemment reprocher à un grand réalisateur d'évoluer comme il le devrait? UNE BALLE DANS LA TÊTE était lui-même bien moins romancé que LE SYNDICAT DU CRIME et THE KILLER, et, en ce sens, on peut bel et bien voir une évolution logique et inévitable au sein de l'oeuvre de Woo avec A TOUTE ÉPREUVE. Il semble en plus clair que l'ambition de ce dernier avec ce film n'était pas de toucher à l'émotion, mais plutôt de déchainer sa rage dans un monument visuel filmique, de donner tout son génie au genre qu'il avait fondé avant de passer définitivement à autre chose, Woo n'étant jamais revenu à l'heroic bloodshed. A TOUTE ÉPREUVE est d'ailleurs l'un des derniers films du genre, et paradoxalement, c'est la dernière grande évolution que celui-ci ait vécu... Et, en quelque sorte, ne peut-on pas voir dans ce film un véritable chant du cygne du genre? Ne peut-on pas voir dans ces figures qui n'ont d'héroïque que leurs ambitions (Tequila est l'équivalent chinois de l'inspecteur Harry et Long, en tant qu'infiltré, doit tuer des innocents) la déchéance du genre en plus de sa dernière évolution marquante? Pour toutes ces raisons, les quelques reproches que je peux faire à A TOUTE ÉPREUVE sont pour moi tout à fait insignifiants, d'autant plus que ce que le film manque en souffle épique et en émotion, il le rattrape en spectacle, en divertissement, et en génie visuel quasi-orgasmique.

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A TOUTE ÉPREUVE
est le film d'action définitif. John Woo y fait preuve d'un génie visuel et d'une propension à innover sans jamais de faire concession qui n'a jamais été égalée par l'avenir. Avec TIME AND TIDE, A TOUTE ÉPREUVE s'impose comme le chant du cygne du polar hong-kongais et de l'heroic bloodshed, un genre qui, malgré toutes ses qualités, n'a réellement vécu que 6 ans au travers d'une figure importante : John Woo, qui est ensuite parti aux Etats-Unis ou sa carrière à été littéralement sabordée. Quel dommage, surtout quand on pense à tout ce que le cinéma hong-kongais avait à offrir : de l'inventivité artistique, de l'émotion, et de la générosité à foison. Ce cinéma est désormais fini, en dépit des efforts de réalisateurs comme Tsui Hark pour le ressusciter, et c'est bien dommage. Personne n'a jamais fait mieux que les hong-kongais dans les genres qu'ils ont investi par la suite, et si on a maintenant accès à bon nombre de leurs films, malgré cela, ce cinéma me manque. Dans tous les cas, A TOUTE ÉPREUVE est un indispensable, un film que tout cinéphile se devrait de voir et de posséder, une oeuvre majeure qui va révolutionner votre vision du cinéma d'action et qui va surtout vous exploser les rétines. Un plaisir sensoriel rarement surpassé. Un chef d'oeuvre.

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17 novembre 2012

SHANGHAI BLUES

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
TSUI HARK
.
ÉCRIT PAR | CHEUK-HON SZETO ET RAYMOND TO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

SYLVIA CHANG | Shu Pei-Lin.
KENNY BEE | Dorémi.
SALLY YEH | Escabeau.

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En 1984, Tsui Hark est au plus bas. Son dernier film, ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE, s'est méchamment planté et, pour se maintenir à flot, Hark a été forcé de tourner deux films de commandes sur lesquels il a detesté travailler. Notre génie barbichu favori pense alors arrêter le cinéma pour se consacrer a un autre domaine ou il pourrait donner libre cours a sa créativité... Mais la déprime ne dure pas longtemps avec Hark, et plutôt que de lâcher les bras et abandonner la réalisation, son prochain film va en réalité marquer le début de la résurrection d'un cinéma mort depuis déja quelques temps. SHANGHAI BLUES est en effet le premier film de la Film Workshop, qui, quelques années plus tard, sera le plus gros studio hong-kongais de l'époque, auquel on doit quasiment tous les grands films de la grande époque hong-kongaise (LE SYNDICAT DU CRIME, PEKING OPERA BLUES, THE KILLER...). Alors que Tsui Hark croit toucher a la fin de sa carrière de réalisateur, il est en réalité en train de faire entrer le cinéma hong-kongais dans la légende et dans son âge le plus important. C'est la fin de la nouvelle vague, mais c'est le début de quelque chose de bien mieux, et quoi de plus approprié pour ce début qu'un des plus grands films réalisés à Hong Kong? Vous avez bien lu. De toutes les perles et chefs d'oeuvres qui sont sortis de Hong Kong, SHANGHAI BLUES se range facilement dans le haut du panier. Quelques explications...

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Première comédie de Tsui Hark, SHANGHAI BLUES, en plus de marquer le commencement d'une grande époque, marque également le commencement d'une nouvelle période dans la carrière de son réalisateur. Aux oeuvres violentes, subversives, hardcore et sans concession que sont L'ENFER DES ARMES et HISTOIRES DE CANNIBALES succèdent SHANGHAI BLUES et par la suite PEKING OPERA BLUES, les deux premières comédies du maître. Pourtant, malgré les apparences et ce qu'on pourrait penser, SHANGHAI BLUES part du même principe que les oeuvres précédentes du bonhomme : mêler chronique sociale et pur divertissement, qui se complémentent, sans jamais que l'un ne fasse de l'ombre à l'autre. Ainsi, derrière ses apparences de comédie romantique burlesque, SHANGHAI BLUES cache un propos on ne peut plus sérieux sur une multitude de sujets tous plus intéréssants les uns que les autres... Pour la première fois, on retrouve ici une thématique qui va devenir par la suite plus ou moins récurrente chez le monsieur : l'amour, tout simplement. Hark traite son sujet avec une sincérité incroyable, mais surtout avec une grande intelligence, celui-ci n'hésitant jamais à explorer la thèse opposée à la sienne pour imposer la véracité de son propos. A la vision de SHANGHAI BLUES et des autres comédies romantiques du maître, il est évident qu'Hark voit l'amour comme une force indestructible, qui ne peut pas être entravé, ni par la société (THE LOVERS), même pas par la mort (DANS LA NUIT DES TEMPS) et encore moins par la guerre, comme c'est le cas ici... Ainsi si les deux amants sont séparés le jour même de leur rencontre par la guerre avec le Japon, ce n'est que pour mieux les réunir des années après. Certains qualifieront cette thèse de naïve, mais l'est-elle vraiment? Dans SHANGHAI BLUES, c'est l'amour qui fait avancer les personnages et qui les empêche de se laisser se faire écraser par la misère de leur époque. Ce n'est pas un hasard si Hark choisit de situer sa romance dans l'entre deux-guerres (On parle ici de la guerre sino-japonaise de 1937 et de la guerre civile chinoise de 1947) mais plutôt un choix logique si l'on considère les intentions d'Hark... On peut aller encore plus loin dans cette logique si l'on part du principe que SHANGHAI BLUES est avant tout un film sur un bouleversement historique, la force que Tsui Hark veut donner à l'amour se voit alors amplifiée et le propos s'en retrouve d'autant plus fort. Mais la force du film ne s'arrête pas la, et en bon auteur engagé, Hark voit toujours plus loin que les apparences et signe une chronique sociale traitant autant de l'amour que du choc des traditions avec la modernité. Impossible en effet de ne pas voir dans le personnage excentrique complètement folle qu'interprète Sally Yeh une incarnation des valeurs traditionnelles chinoises. Outre sa folie comique, Escabeau n'est ni plus ni moins qu'une représentation ambulante d'une société perdue face a un monde qui avance trop vite et trop fort. Les valeurs traditionnelles ne sont rien face au progrès et comme d'habitude chez Hark (sa saga IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE tourne autour de cette thématique), le choc social est difficile.

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Mais la différence majeure entre SHANGHAI BLUES et les oeuvres précédentes d'Hark se trouve ici : si dans les anciens films du bonhomme, la crise sociale était aussi difficile pour les personnages que pour les spectateurs, ici, elle est seulement dure pour les personnages. Hark dédramatise en effet toutes les situations vécues par ses protagonistes. Même les évènements les plus dramatiques ne sont qu'un prétexte supplémentaire à un gag burlesque complètement débile... On pourrait craindre que ce comique omniprésent prenne le pas sur le sérieux du propos, mais en réalité, la est la grande force de SHANGHAI BLUES : Hark fait preuve d'un talent incroyable pour mêler les deux sans qu'ils se contredisent ou s'entravent mutuellement. De par son absence totale de cynisme, SHANGHAI BLUES est une oeuvre aussi profonde thématiquement qu'elle est drôle... En effet, les gags s'enchainent a un rythme infernal, avec une créativité toujours incroyable et un enthousiasme palpable. Bien sur, le côté excessivement burlesque de la chose pourra rebuter certains, mais en même temps, il n'y a rien de nouveau. Ils ne seront pas les premiers (ni les derniers) a être rebutés par la débilité pipi-caca de l'humour hong-kongais, et qui peut leur reprocher? Pour autant, ne voir que ça serait une erreur. Cette forme d'humour est nécessaire à la démarche du film et même s'il rebute, impossible de ne pas être au moins egayé par l'équipe du film qui s'éclate sans doute tout autant que le spectateur dans des gags tous aussi portnawakesques les uns que les autres, ou les quiproquos divers se mêlent perpétuellement à tous les registres de comique, eux-mêmes renforcés par des acteurs qui en font tous plus des tonnes que les autres et récitent leurs répliques comme si leur vie en dépendait. Vous l'aurez compris : SHANGHAI BLUES, c'est généreux, et ça s'arrête jamais, mais une fois de plus les apparences sont trompeuses et derrière ce monument de portnawak non-stop, on trouve en réalité un scénario magnifique écrit par deux des scénaristes les plus ingénieux de l'âge d'or hong-kongais, Raymond To (PEKING OPERA BLUES) et Cheuk-Hon Szeto (L'ENFER DES ARMES). Chaque gag, du plus soft au plus improbable, servent la progression d'un scénario en béton, au rythme constant, qui s'il se base énormément sur le comique, laisse également une grande place à d'autres formes d'émotion.

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La grosse surprise de ce SHANGHAI BLUES se trouve ici : la façon dont Hark voyage littéralement d'une gamme d'émotions a une autre et comment il change de tonalité en un plan (je n'exagère rien, il le fait vraiment en un plan a un moment donné.)... Une fois de plus, préparez vos mouchoirs, car aussi drôle soit-il, SHANGHAI BLUES est aussi une oeuvre extrêmement émouvante, d'une rare poésie, ou l'image et le son se mélangent pour donner une symbiose émotionnelle renversante. Première oeuvre véritablement bouleversante du maître, il est également prodigieux d'y remarquer que toutes ses scènes comiques amènent volontairement, inévitablement, et toujours avec fun, un dénouement aussi bouleversant qu'il est enthousiaste et noir... Hark maîtrise de toute évidence l'art de mêler les paradoxes sans les faire entrer en conflit, mais c'est surtout son talent pour faire chialer le spectateur que l'on retiendra. Ainsi, si l'histoire est perpétuellement dédramatisée, Hark n'en oublie néanmoins pas la gravité, ce qui lui permet donc de passer d'un registre à l'autre sans trop de difficultés... Sa maîtrise des personnages est également d'une grande aide dans cette démarche, les portraits qui sont dressés de ceux-ci sont aussi complets qu'ils sont précis. Ainsi, chaque personnage est touchant a un moment donné. Même les personnages les plus secondaires (comme c'est par exemple le cas du propriétaire du cabaret) s'avèrent être émouvants. Hark ne passe jamais de jugement sur ses personnages (même les plus gros enculés) et les maîtrise, comme à son habitude, de bout en bout... Ainsi, il peut se permettre facilement de passer d'une situation à une autre. Le comique laisse souvent place à des situations plus dramatiques, ou, a défaut de celles-ci, a des scènes monumentalement poétiques... A ce titre, SHANGHAI BLUES compte une des plus belles scènes musicales jamais réalisées, un sommet poétique et musical dans lequel tout le talent du légendaire James Wong explose littéralement! Par ailleurs, SHANGHAI BLUES est également une date majeure dans la filmographie de Hark dans la mesure ou c'est sa première collaboration avec son compositeur fétiche, James Wong, justement. Double musical du maître, celui-ci complète les visuels à tomber par terre du film et capture tous les aspects du film avec sa bande-son, sublime et travaillée, qui se range d'office parmi les meilleures compositions entendues à Hong Kong.

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Du point de vue technique, SHANGHAI BLUES est magnifique, tout simplement. Tsui Hark fait preuve d'une créativité visuelle comme toujours impressionnante. Il joue ici surtout sur la couleur et les éclairages, certains qui ne sont pas sans rappeler AUTANT EN EMPORTE LE VENT d'ailleurs (qu'Hark a souvent cité comme influence), mais aussi sur sa reconstitution historique impressionnante de la Shanghai des années 40. Les décors crient le réalisme, et l'ambiance urbaine est filmée avec une énergie et un panache qui inspirent le respect. La maîtrise de l'espace du bonhomme est également impressionnante, celui-ci parvenant à faire oublier dans des espaces a l'organisation complexe parfois jusqu'a 6 personnages dans des gags pleins de vivacité. Qui plus est, celui-ci capture et magnifie la prestation de chacun de ses acteurs. Tous se donnent clairement a fond, par conséquent, leurs prestations sont hilarantes, et Hark n'en rate pas une miette... Chaque expression, chaque grimace, est capturée puis magnifiée par la caméra de Hark. Chaque acteur du film, d'ailleurs, fait preuve d'un grand talent, passant sans difficulté d'un registre à un autre et surtout créant avec enthousiasme l'hilarité chez le spectateur... Impossible de ne pas exploser face aux grimaces de Sally Yeh, ou a la gestuelle excessive de Kenny Bee. Mais surtout, ils animent avec brio leurs personnages respectifs, et de ce point de vue, impossible de ne pas rester ébahi devant la performance de Sylvia Chang, qui interprète Shu Pei-Lin avec autant de naturel qu'elle n'emploie de registres.

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Malgré tout ça, SHANGHAI BLUES fut néanmoins un flop de plus pour Tsui Hark... Ce qui fut loin de le décourager. Deux ans plus tard, il retournait le cinéma hong-kongais sur la gueule en réalisant PEKING OPERA BLUES et en produisant LE SYNDICAT DU CRIME, par la même, offrant la plus belle période de sa carrière a John Woo, le réalisateur le plus reconnu de ces contrées. Tout cela n'aurait pas été possible sans SHANGHAI BLUES, premier film de la Film Workshop mais surtout premier chef d'oeuvre de l'âge d'or hong-kongais, première comédie romantique d'un auteur engagé qui en a fait un de ses genres de prédilection, première collaboration entre deux artistes de grand talent (Tsui Hark et James Wong) et une baffe supplémentaire a travers la tronche. SHANGHAI BLUES est un grand film, aussi drôle qu'il est bouleversant, aussi profond qu'il est divertissant, réalisé et écrit d'une main de maître avec une rare générosité. Un chef d'oeuvre fondateur a voir et a revoir...

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12 octobre 2012

THE LOVERS

Jaquette
RÉALISÉ PAR
|
TSUI HARK
.
ÉCRIT PAR | TSUI HARK, SHARON HUI ET SA-LONG HUI.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

CHARLIE YEUNG | Chuk Ying-Toi.
NICKY WU | Luang Shan-Pak.
CARRIE NG | Mère de Ying-Toi.
ELVIS TSUI | Père de Ying-Toi.
SHUN LAU | Cheung-Kwai.

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Faire une chronique d'un de ses films préférés est toujours un exercice peu aisé. Un exercice que je compte toutefois entreprendre aujourd'hui avec cette chronique de THE LOVERS, qui, au fur et à mesure des revisions, s'impose de plus en plus à mes yeux comme l'un des meilleurs films jamais réalisés... Les lecteurs assidus du blog connaissent sans doute déja mon amour immodéré pour l'oeuvre fascinante du génial Tsui Hark, mais de toutes celles que j'ai pu chroniquer sur le blog, THE LOVERS reste de loin ma favorite. Pourquoi avoir mis tant de temps pour la chroniquer, me direz-vous? Et bien parce que je veux que ce film ait la chronique qu'il mérite, plus que ça, je veux qu'il ait la galerie d'illustrations qu'il mérite, et avant tout, je veux qu'il ait les spectateurs qu'il mérite, et non pas la poignée de visionneurs que touchent actuellement les films de Tsui Hark... C'est d'autant plus étonnant que THE LOVERS, au même tître que les autres comédies du bonhomme, est une oeuvre s'adressant à absolument tous : petits, grands, vieux, femmes, hommes, en soit peu importe, c'est un film dont la portée est universelle et dont le mélange d'éléments cinématographiques qu'il propose rend encore plus accessible. Accessible dans une certaine mesure cependant, en effet, aussi universel soit-il, THE LOVERS attire souvent les foudres d'abrutis n'y voyant qu'un TITANIC du pauvre. Ceux-la n'ont rien compris. Pas besoin d'être un cinéphile particulièrement assidu pour le comprendre, THE LOVERS, derrière ses extérieurs comiques et quelque peu naifs, cache en réalité une profondeur, une noirceur et une subversion incroyable, faisant de ce grand divertissement une oeuvre d'une importance majeure pour le cinéma hong-kongais... Oui vous avez déja lu ça quelque part sur ce blog, mais que voulez-vous, Tsui Hark a encore frappé et c'est pas moins véridique que d'habitude!

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THE LOVERS reprend une légende chinoise célèbre, celle des amants papillons, histoire d'amour impossible mettant en scène une jeune fille qui se travestit en homme pour pouvoir étudier dans une école n'acceuillant que des élèves masculins. Bien évidemment, l'inévitable arrive et celle-ci tombe amoureuse d'un jeune homme la-bas, mais sa famille s'oppose et le tout part sérieusement en vrille... Cette histoire, qui avait déja été reprise au cinéma dans l'introuvable THE LOVE ETERNE est ici une base à la démarche de Tsui Hark, qui n'est ni plus ni moins que de retourner cette histoire sur sa gueule et s'en servir à ses avantages. Cette histoire quelque peu basique, Tsui Hark en fait très rapidement une chronique sociale sur les entraves à la sexualité dans la société hong-kongaise des années 90... En effet, à cette époque, et depuis longtemps avant ça, l'homosexualité était sévèrement punie par la loi. Une fois de plus, le maître ne laisse rien au hasard, et si en 1994 il se lance dans THE LOVERS, un projet qui en apparence dénote complètement avec le reste de son oeuvre, c'est parce qu'il a des choses à dire et d'autres à montrer qui elles s'insèrent parfaitement dans sa filmographie. Dans toute la première partie de son film donc, ce dernier s'acharne à démonter les contraintes sociales hong-kongaise en faisant de cette relation entre ces deux amants et de tout ce jeu de déguisement sexuel un rapport extrêmement proche de l'homosexualité. Subversif? Carrément oui, surtout quand on voit comment étaient traités les films traitant ouvertement du sujet à l'époque à Hong Kong (HAPPY TOGETHER n'a pas trainé avant de finir en Catégorie III), mais le propos du film est d'autant plus subversif que son sujet est traité de manière très subtile : au travers de tout un jeu de gags complètement débiles mais très ingénieux, Hark fait douter son personnage sur sa propre sexualité et leur relation prend un tour d'autant plus ambigu lorsque celle-ci atteint son climax... Si, dans l'oeuvre originale, les deux amants s'embrassaient après que la féminité de Ying-Toi éclate au grand jour, ici, Shan-Pak se jette corps et âme dans cette relation ambigue et ce avec la certitude que son compagnon est un homme... Le propos ne peut être plus clair : l'amour va bien au-dela des contraintes sociales, qui ne sont pour Tsui Hark que des futilités qui bloquent les hommes dans un cadre trop ridige. Il le démontre encore plus clairement dans sa deuxième partie, bien plus sombre et pessimiste, mais en même temps encore plus optimiste dans son propos que le reste du film. Et lors de ce plan final magnifique, lors de la transformation imagée des deux amants en papillons (quelle ironie quand on sait que Tsui Hark avait réalisé THE BUTTERFLY MURDERS 15 ans plus tôt) que Tsui Hark va encore plus loin dans son propos : l'amour n'a aucune limite, rien ne peut l'arrêter et rien ne peut l'entraver... Un message simple voire naïf mais puissant, et traité avec une telle force et une telle subtilité qu'il ne peut qu'être bouleversant.

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Il est souvent reproché à THE LOVERS la prétendue naïveté de son message, renforcée par ailleurs par une première partie dont l'aspect comique omniprésent n'évitera pas de déranger certains (il faut être honnête, l'humour hong-kongais n'est pas fait pour tout le monde), mais en soit, peut-on vraiment qualifier de naïve une idée aussi forte? Peut-être celle-ci ne s'insère pas vraiment dans notre réalité, mais la force de la démarche de Tsui Hark est la : il ne questionne pas, il répond a des problèmes épineux, et la réponse qu'il donne à celui-ci, c'est celle-la : si nous n'étions pas bloqués par des contraintes sociales, familiales, politiques (Hark les démonte une par une dans le film), si nous laissions libre cours à nos désirs, alors il n'y aurait plus de limite a ce que l'homme pourrait accomplir. Un constat très réaliste, bien que rêveur, se cache donc derrière cette idée supposée naïve, d'ailleurs bien illustrée par ces papillons, qui selon la chanson principale du film, peuvent aller au-dela des villes et au-dela des montagnes... Vous l'avez compris, Hark ne laisse strictement rien au hasard, et ceux qui croyaient qu'il n'était bon qu'a foutre le bordel et le chaos à l'écran (comme il le fait magnifiquement dans THE BLADE et TIME AND TIDE) risquent de réviser leur opinion a la vision de ce THE LOVERS, oeuvre révolutionnaire par son audace subversive mais aussi par sa construction irréprochable et ses visuels sublimissimes que même la basse qualité de la copie originale (la conservation des films n'a jamais été la spécialité des hong-kongais.) ne parvient pas à entacher. Tsui Hark laisse en effet ici libre cours à son génie visuel mais l'applique d'une façon très différente de celle a laquelle il nous a habitué... Ici, au lieu de participer au chaos ambiant, les visuels participent à reconstituer l'harmonie et a la grâce naturelle au milieu de laquelle les protagonistes évoluent. A travers des visuels très poétiques, Hark montre l'évolution d'une relation a la base harmonieuse qui évolue pour devenir tumultueuse au fur et a mesure qu'une société bridée (pardon x) ) s'y oppose. Décors majestueux, costumes superbes, magnifiques éclairages colorés... C'est simple, THE LOVERS, malgré les défauts de son support technique (le DVD HK VIDEO est ceci dit impeccable, comme d'habitude) s'impose très vite comme une des oeuvres les plus abouties visuellement jamais réalisées. Hark filme la beauté de la nature et de l'amour aussi bien qu'il met en scène la violence et la crasse et le résultat est tout simplement époustouflant : de la constitution des plans irréprochable au montage sidérant, tout est fait ici d'une main de maître et est soutenu prodigieusement par la bande-son magnifique de James Wong, double musical du maître qui lui permet de revenir directement aux origines cinématographiques de cette légende chinoise : l'opéra. Véritable opéra filmé, THE LOVERS entraine son spectateur dans son rythme grâce à la symbiose parfaite entre les images et la musique, qui retranscrit autant que les visuels les émotions des personnages et l'harmonie ou le chaos des lieux différents dans lesquels ils évoluent.

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Au-dela du tour de force technique et artistique que Tsui Hark construit, ici, ce qu'on retiendra le plus c'est avant tout la puissance émotionnelle du film. Véritable baffe intergalactique, THE LOVERS vous fera chialer comme une petite fille pendant 1 heure et demi et vous laissera K.O. longtemps après. Tsui Hark enchaine les scènes d'une puissance poétique incroyable, et mêle à ses visuels incroyables une histoire poignante qui n'aura de cesse de vous émouvoir jusqu'a son final apocalyptique et bouleversant. Cette force émotionnelle, le film le doit avant tout à la maîtrise incroyable des registres de Tsui Hark, qui en l'espace de deux plans passe d'une tonalité comique a une tonalité profondément tragique. En effet, pendant sa première heure, Hark s'éclate littéralement à mettre en scène divers quiproquos, jeux de déguisement, et gags débiles hautement comiques pour finalement faire revenir ses personnages sur Terre dans une deuxième partie sombre, nihiliste et déprimante... Ce changement brutal de ton étonne, et une fois de plus, on sera surpris de voir à quel point Hark parvient à faire fonctionner au sein d'une même oeuvre deux choses qui peuvent paraître absolument incompatibles. Mais avant tout, ce changement de ton soudain et brutal, ce passage de la poésie de la première heure a la dureté et au tragique de sa deuxième rend le film encore plus bouleversant qu'il ne l'est déja. Un tour de force? Carrément oui, surtout en regard de la limpidité et de la fluidité de la narration, qui n'oublie aucun de ses personnages, les exploite à très bon escient et avance à un rythme régulier et maîtrisé. Cette narration, magnifiée par le traitement poétique qu'Hark y apporte, en plus de témoigner d'une maîtrise cinématographique rarement égalée, s'avère également être très équilibrée dans son jeu avec les différents registres et s'impose, de minute en minute, comme véritablement incroyable. Hark et ses scénaristes évitent sans aucun problème tous les pièges inhérents à ce genre d'histoire : miévrerie et niaiserie ne sont vraiment pas de la partie et le peu de niaiserie que l'on trouve dans ce bijou est très agréable et rafraichissant... Hark dose parfaitement chaque élément de son scénario, cependant, il ne faut pas cacher que THE LOVERS demeure un film quelque peu exigeant par son jusqu'au boutisme. En effet, il va jusqu'au bout dans tout ce qu'il entreprend. Son aspect comique plaira donc, ou ne plaira peut-être pas, mais en soit peu importe, cela relève de l'appréciation personnelle et ceux qui sauront apprécier cet humour particulier se trouveront face à un chef d'oeuvre absolu de grande ampleur. Au milieu de toute cette maîtrise, on trouve également des acteurs talentueux. Nicky Wu et Charlie Yeung, interprétant les amants papillons, trouvent ici leur premier et meilleur rôle. Tout comme le film, ceux-ci passent d'un registre à l'autre en un clin d'oeil et se montrent capables d'être très drôles comme ils se montrent capables d'être émouvants. Ils donnent vie a leurs personnages avec talent et animent le récit entier par leur présence et la qualité de leur interprétation. Admirablement dirigés, ces acteurs, qui en sont a l'époque pourtant à leur premier film, s'en sortent clairement avec les honneurs.

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Vous l'aurez compris, THE LOVERS c'est pas nimporte quoi. C'est une oeuvre audacieuse au propos subversif dans laquelle Tsui Hark fait preuve d'une maîtrise du langage cinématographique tout simplement incroyable. Tout y est magnifique : les acteurs sont excellents, la musique est magnifique, le scénario est superbement écrit et le film est parmi les plus beaux visuellement jamais réalisés... Seuls les trop cyniques pourront passer à côté de ce bijou, véritable révolution artistique d'une inventivité incroyable et d'une puissance inégalable. Si vous croyez que vous ne pleureriez jamais à la vision d'une comédie romantique, alors vous savez ce qu'il vous reste à faire : regardez THE LOVERS, qui se range haut la main parmi les oeuvres les plus bouleversantes jamais réalisées en plus d'être certainement une des meilleures comédies de tous les temps. Un chef d'oeuvre absolu, tout simplement. Mais les images parlent mieux que les mots et pour cette raison, je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous, pour accéder a la galerie complète que j'ai faite pour ce film... Enjoy!

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • SHANGHAI BLUES de Tsui Hark.
  • PEKING OPERA BLUES de Tsui Hark.
  • DANS LA NUIT DES TEMPS de Tsui Hark.
  • GREEN SNAKE de Tsui Hark.

-ZE RING-

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17 mai 2012

HISTOIRES DE CANNIBALES

Jaquette

RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | TSUI HARK ET ROY SZETO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | FRANKIE CHAN.

NORMAN CHU | Agent 999.
EDDY KO | Le chef.
MELVIN WONG | Rolex.
KWOK CHOI HON | Pickpocket.
MO-LIN CHEUNG | Eileen.

Un agent secret (Norman Chu) traque un voleur (Melvin Wong) jusque dans un village peuplé de cannibales.

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Si THE BUTTERFLY MURDERS, le tout premier long-métrage de Tsui Hark, fut un grand succès critique, il en demeura un échec commercial retentissant. Cet échec parait évident à la vision du film en question, ce dernier étant une oeuvre radicale, violente et subversive, détournant sans gêne les codes du Wu Xia Pian pour mieux les renouveller... Hark poussera ce concept encore plus loin avec HISTOIRES DE CANNIBALES, dont le tître original, WE'RE GOING TO EAT YOU, annonce dès le départ la couleur. HISTOIRES DE CANNIBALES est une oeuvre profondément subversive et provocatrice, complètement irrévérencieuse vis-à-vis des codes narratifs des genres que Tsui Hark y exploite (et tant mieux) et, une fois de plus, un échec commercial mais aussi critique retentissant... Oeuvre jugée scandaleuse et de très mauvais goût en son temps, HISTOIRES DE CANNIBALES est pourtant à bien des égards un authentique chef d'oeuvre qui a fini de tailler a Tsui Hark sa place au panthéon, dont c'est pourtant seulement le deuxième film.

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Des deuxièmes films aussi couillus, on aimerait sans doute en voir plus souvent! Dénoncant sans détour et sans pitié la société consumériste hong-kongaise au travers de personnages cannibales affamés de chair fraiche (et tous aussi cons les uns que les autres), le propos de Tsui Hark a vite fait de dépasser les frontières de Hong Kong et tape la ou ça fait mal. Rien de bien étonnant dans le fait qu'HISTOIRES DE CANNIBALES ait causé scandale à son époque, Tsui Hark gerbant littéralement dans la gueule de la société qui l'entoure leur propre nature. La métaphore est simple et il faudrait être complètement débile pour ne pas la voir, mais elle a le mérite d'être suffisamment claire pour déranger, Hark montrant, au travers de ces cannibales, une société qui s'entre-déchire et dont les habitants semblent tous prêts à se bouffer entre eux, impossible de ne pas voir dans ce village d'idiots une représentation, peu subtile certes mais efficace, de notre société. HISTOIRES DE CANNIBALES à 30 ans, mais c'est un film qui est d'autant plus intéréssant aujourd'hui que son propos est extrêmement actuel en plus d'être profondément véridique. Hark, non content d'être un cinéaste visionnaire dans sa mise en scène l'est également dans son propos politique, RESPECT. Cependant, contrairement aux apparences, HISTOIRES DE CANNIBALES ne puise pas tant sa force dans son propos subversif mais davantage dans sa facette de pur divertissement.

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Divertissant, HISTOIRES DE CANNIBALES l'est tout autant qu'il est subversif. Oeuvre survoltée et profondément référentielle, Tsui Hark s'éclate à défragmenter les codes de sa banale histoire de cannibales pour y introduire des éléments de films d'arts martiaux et de comédie. Basant son film sur un nombre réduit de personnages loufoques (et tous complètement à côté de la plaque la plupart du temps), Hark peut se permettre tout et nimporte quoi, notamment un mélange des genres des plus fous, provoquant un effet de surprise permanent. On ne sait jamais quel tour de force narratif Hark va encore nous sortir pour rendre son film encore plus délirant qu'il ne l'est déja, mais avant tout, HISTOIRES DE CANNIBALES, tout comme THE BUTTERFLY MURDERS, est un manifeste évident de la cinéphilie de Tsui Hark. Il n'y a qu'a voir pour s'en convaincre cette scène de baston finale dantesque ou vient se glisser la musique à la base du thème principal de la mythique série des IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE, musique qui illustrait le plus souvent des films mettant en scène Huang Fei-Hung, petit chouchou du cinéma hong-kongais avec lequel Hark à grandi... Une fois de plus, ce dernier enchaine les hommages et impossible de ne pas voir dans cette volonté de détruire les codes pour les révolutionner un amour du cinéma incroyable, un amour qui n'a d'égal que la rage du monsieur. En effet, Tsui Hark signe avec HISTOIRES DE CANNIBALES une deuxième oeuvre enragée ou tout le monde se prend sa baffe dans la gueule : politiciens véreux, villageois affamés... Tous dans le film sont aussi cons et mauvais les uns que les autres, et Hark déverse une fois de plus tout ce qu'il à révendre sur ce morceau de pélicule bien schtarb, et ce jusqu'au plan final, pris comme une insulte de plus a l'époque mais qui en réalité témoigne surtout de toute l'énergie, l'amour et la rage que Hark y a investi.

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Dans cette mesure, HISTOIRES DE CANNIBALES est une oeuvre viscérale ou les choses ne semblent jamais s'arrêter. Hark livre une fois de plus une "intrigue à tiroirs", dans la mesure ou chaque péripétie ouvre le chemin à une autre, toutes par ailleurs plus délirantes que les autres et s'enchainant avec un rythme survolté. Dans ce rythme se mèlent de (très) nombreuses scènes de bastons superbement chorégraphiées par un Corey Yuen en folie. Très gores et très funs, ces bastons sont une fois de plus la preuve du génie et de l'inventivité de Tsui Hark, qui fait ici preuve d'une maitrise formelle qui n'a d'égale que la folie de l'entreprise, le maître sème le chaos dans chaque scène de combat sans pour autant que le tout soit désagréable à suivre, au contraire, HISTOIRES DE CANNIBALES absorbe dès les premières minutes son spectateur dans la folie, l'absurdité et le comique profondément slapstick de la moindre de ses scènes de baston... Au milieu de tout ce bordel, Hark et Szeto ne font pas l'erreur, pourtant récurrente dans le genre, d'oublier leurs personnages. Bien conscient qu'ils sont les piliers du film, ces deux fous donnent a ces derniers des personnalités excentriques mais passionnantes et surtout très amusantes, et glissent dans leur récit des personnages secondaires à mourir de rire (L'énorme, à tous les sens du terme, Vietnam Rose...), ayant tous quelque chose à apporter au film et l'amenant petit à petit vers un final REN-VER-SANT ou tous les enjeux du film se regroupent et donnent lieu a une des scènes de baston les plus dingues et spectaculaires vues sur un écran.

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HISTOIRES DE CANNIBALES bénéficie bien évidemment de la mise en scène magistrale de Tsui Hark, très inspirée, c'est une évidence, mais qui s'avère plus sobre (enfin, dans une certaine mesure) que d'ordinaire. Cela n'empêche pas à la mise en scène d'HISTOIRES DE CANNIBALES de lui donner une énergie et une pêche incroyable, et une fluidité tout simplement exceptionnelle. Qui plus est, HISTOIRES DE CANNIBALES comporte, comme nimporte quel film de Tsui Hark qui se respecte (autrement dit, tous.) des idées visuelles absolument incroyables, en témoigne ce plan final, bien connu, du coeur qui bat donné à la caméra (il est par ailleurs visible au tout début de l'article)... Génial, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, Hark se livrant à des délires visuels gores, assez rares en regard de la réputation du film, mais tous très classes et très drôles... Hark parvient à trouver l'équilibre délicat entre bon et mauvais goût et ne tombe jamais dans le ridicule involontaire, un exploit prodigieux en regard du genre exploité par HISTOIRES DE CANNIBALES et de la façon dont il l'aborde!

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Jugé horrible et irregardable par la critique hong-kongaise en 1980, HISTOIRES DE CANNIBALES est pourtant à bien des égards un très grand film, une oeuvre divertissante et comique mais qui présente un propos subversif clair, concis, mais efficace et dérangeant. Dans cette mesure, il serait bien dommage de passer à côté de ce chef d'oeuvre intergalactique, brillant et savant mélange de film d'horreur, de kung-fu et de comédie... Contre toute attente, et bien qu'HISTOIRES DE CANNIBALES soit un divertissement de très grande qualité, il se mangera méchamment la gueule dans les salles, tout comme THE BUTTERFLY MURDERS, et n'y restera que quelques jours. Échec commercial auréolé d'un échec critique, HISTOIRES DE CANNIBALES marquera un tournant pour Tsui Hark, qui se lancera alors dans un projet encore plus radical : L'ENFER DES ARMES. Échec ou pas, en soit peu importe, passer à côté d'HISTOIRES DE CANNIBALES c'est passer à côté d'un grand film. Un indispensable donc.

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • L'ENFER DES ARMES de Tsui Hark.
  • THE BUTTERFLY MURDERS de Tsui Hark.
  • THE BLADE de Tsui Hark.
  • EVIL DEAD de Sam Raimi.
  • EVIL DEAD II : DEAD BY DAWN de Sam Raimi.
  • BRAINDEAD de Peter Jackson.

-ZE RING-

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16 mai 2012

THE BUTTERFLY MURDERS

Jaquette

RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | FAN LIN ET CHI-MING LAM.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | FRANKIE CHAN.

SIU-MING LAU | Fong Hong-Ye.
SHU TONG WONG | Tian Feng.
MICHELLE YIM | Ombre Verte.
KUO-CHU CHANG | Shem Qing.

Une nuée de papillons meurtriers envahit un château féodal.

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A la fois dans l'histoire du cinéma hong-kongais et dans la filmographie du très grand Tsui Hark, THE BUTTERFLY MURDERS s'impose comme une date très importante. Premier film de son réalisateur, qui depuis s'est avéré être un véritable maître avec des oeuvres magnifiques comme THE BLADE, PEKING OPERA BLUES ou DANS LA NUIT DES TEMPS, THE BUTTERFLY MURDERS marque un tournant dans l'histoire du cinéma HK dans la mesure ou il s'agit très certainement du premier de la nouvelle vague hong-kongaise, composée de réalisateurs comme Patrick Tam, Ann Hui, et bien sur Tsui Hark. THE BUTTERFLY MURDERS est un film véritablement intéréssant, d'autant plus intéréssant aujourd'hui qu'il témoigne de l'évolution formelle des oeuvres du cinéaste le plus important de l'histoire de Hong Kong, mais en plus, s'avère être une alternative hardcore au dernier film en date du monsieur... DETECTIVE DEE. Alternative hardcore que l'on doit d'ailleurs entièrement à l'éditeur HK VIDEO, qui à réuni dans un superbe coffret ce film et deux raretés, HISTOIRES DE CANNIBALES et L'ENFER DES ARMES, quasiment introuvables en dehors de la France... Je doute que les gens dont il est question puissent me lire, mais un merci est la moindre des choses, d'autant plus que leurs éditions sont d'une grande qualité.

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Dès les premières images, THE BUTTERFLY MURDERS s'annonce comme un pur film de jeune énervé. En effet, Tsui Hark, en 1979, n'a que 28 ans. Il ne sait pas comment il va faire son film, ni même ce qu'on attend de lui. THE BUTTERFLY MURDERS est le résultat étonnant de ces frustrations. Tsui Hark fait dès son premier film preuve d'une inventivité que l'on retrouvera par la suite dans toutes ses oeuvres... Plaçant pour commencer son oeuvre dès le départ dans un univers visuel violent et craspec (par ailleurs renforcé involontairement par la mauvaise qualité de la copie originale... D'aussi bonne qualités soient les éditions d'HK VIDEO, on ne peut pas tout restaurer.) et dans un contexte novateur dans la mesure ou il comporte autant d'éléments historiques avérés que d'éléments relevant limite de la science-fiction. Tsui Hark le dit lui-même, ne sachant pas quoi faire, il s'est laissé aller sur ce film, le résultat est un mélange des genres extravaguant mais cohérent et solide, une relecture radicale du Wu Xia Pian classique ou se mélangent combats de sabre, enquête policière, et scènes d'horreur renvoyant inévitablement aux OISEAUX d'Alfred Hitchcock. Toutefois, Tsui Hark ne se base pas sur le suspense pour faire fonctionner, bien que ce soit très certainement ce qui est attendu de lui, mais signe en réalité une fable subversive ultra-violente dont l'univers visuel particulier à vite fini de faire de THE BUTTERFLY MURDERS un ovni des plus fous. Sans aucune retenue, Tsui Hark balance tout ce qu'il a avec panache dans la gueule du spectateur, que ce soit sa hargne ou ses frustrations ou bien son amour évident du cinéma.

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En effet, il faudrait être le roi des bigleus ou le dernier des cons pour ne pas se rendre compte très vite que THE BUTTERFLY MURDERS est avant tout une véritable déclaration d'amour au cinéma, rendant hommage à moults classiques, à commencer par LES OISEAUX, et détournant sans aucun complexe le Wu Xia Pian dans le seul but de le révolutionner et donc, par conséquent, de le renouveler, Hark fout tout ce qu'il a revendre dans cet ovni surréaliste... Il en va de même pour sa colère, par conséquent, THE BUTTERFLY MURDERS s'avère être une oeuvre méchamment subversive dans laquelle tout le monde se prend sa petite baffe. Dénoncant l'hypocrisie et, bien évidemment, la violence de l'être humain, il n'y va pas de main montre pour montrer son propos simple mais virulent. Ultra-violent, THE BUTTERFLY MURDERS l'est assurémment, ici pas de bouffons qui se tapent à coups de feuilles mortes et d'écharpes mais de la violence qui claque et pète a la gueule d'un spectateur démuni... A ce titre, si le film fut très bien reçu par la critique hong-kongaise de l'époque, il en demeura un bide commercial, et pour cause! On connait sans doute tous la sensibilité exacerbée du peuple hong-kongais, rien de bien étonnant du coup, à la vision de ce BUTTERFLY MURDERS, à ce qu'il se soit méchamment mangé... Car cette oeuvre n'est ni plus ni moins le premier pas vers la révolution si longtemps voulue par Tsui Hark, jusqu'a ce qu'il finisse par retourner sur sa gueule toute l'industrie du cinéma hong-kongais, notamment avec l'aide de son vieux pote John Woo, et ce n'était qu'un début. HISTOIRES DE CANNIBALES et L'ENFER DES ARMES, les deux oeuvres suivantes du monsieur, vont encore plus loin que THE BUTTERFLY MURDERS, qui n'y va déja pas avec le dos de la cuillère!

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Vous l'aurez compris, THE BUTTERFLY MURDERS est un film subversif et hardcore, mais ce n'est pas la sa seule qualité. Et oui, car avant tout, ce qui est magnifique avec Hark, c'est sa capacité à réinventer perpétuellement le cinéma tout en fournissant des oeuvres particulièrement divertissantes. Cette première oeuvre ne fait pas exception. Si THE BUTTERFLY MURDERS reste une oeuvre étrange et singulière, elle demeure très accessible et surtout très agréable à regarder... On s'en prend plein la gueule pendant 1 heure et demi. Que ce soit au travers de bastons majestueusement chorégraphiées et reposant sur des artifices classes et novateurs, ou d'une enquête policière magnifiquement écrite et narrée, THE BUTTERFLY MURDERS ne cesse de surprendre et de divertir le spectateur. On ne s'y ennuye jamais une seule seconde, il y a toujours quelque chose pour capter l'attention. L'histoire, construite en "tiroirs" multiplie les enjeux et les mystères, et si le tout peut parfois s'avérer assez confus, en soit peu importe, THE BUTTERFLY MURDERS reste très compréhensible. Pourtant, l'enquête policière du film est assez étrange, et complexe, et n'est pas sans rappeler, comme je le disais, la dernière oeuvre de Tsui Hark, DETECTIVE DEE. Les deux films sont d'ailleurs assez comparables, leurs histoires ont pas mal de points communs, mais surtout, ils partagent le même mélange des genres complètement loufoque... Dee est ici remplacé par Fong Hong-Ye, personnage aux motivations floues mais au large intellect dont il est toujours agréable de suivre les raisonnements et les déductions. Par ailleurs, concernant les personnages, si les interprétations des divers acteurs du film sont honnêtes, elles sont toutefois loin d'être transcendantes, mais les personnages demeurent crédibles et vivants, merci a un scénario bien conçu et très bien écrit qui n'échappe malheureusement pas, par courts instants, aux éceuils de longueurs, dont on se serait sans doute bien passés...

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Dans tout cela, la mise en scène de Tsui Hark est aussi magistrale que d'ordinaire. Celle-ci se distingue et ce malgré tous les défauts d'images clairement visibles sur la copie et le manque de moyens évidents... Si la narration du film est innovante, ce n'est rien en regard de son visuel, Hark enchaîne les trouvailles qui dégomment et signe des plans absolument sublimes (comme le plan final, sans doute l'un des plus beaux qu'il m'ait été donné de voir). Mais son génie éclate avant tout dans des scènes de baston renversantes, magnifiquement chorégraphiées par ailleurs, dans lesquelles Hark s'amuse, comme à son habitude, à semer le chaos à l'écran. Le résultat : THE BUTTERFLY MURDERS est un film plus ou moins bordélique mais ou tout est lisible et les scènes d'action se suivent sans aucune difficulté. Le film avance d'idées loufoques en idées encore plus loufoques, comme c'est bien souvent le cas chez Tsui Hark, jusqu'au final, qui vous trouera assurément le cul par son nihilisme et les idées visuelles délirantes qui y sont développées...

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Dans la catégorie "premiers films de réalisateurs renommés", THE BUTTERFLY MURDERS place la barre très haut. On y ressent déja la patte de Tsui Hark, qui expérimente, détourne, cherche et le plus souvent trouve des idées complètement délirantes et magnifiques... Le tout a vieilli, bien sur, notamment au niveau de l'image mais cela n'entâche jamais le génie visuel du maître, de paire avec un scénario solide... THE BUTTERFLY MURDERS est un film suffisamment novateur et important pour qu'on s'y attarde, d'autant plus que Hark y développe un propos subversif intéréssant... Hark prendra d'ailleurs le bide commercial du film comme un échec personnel et ira encore plus loin dans la provocation et la subversion avec les très controversés HISTOIRES DE CANNIBALES et L'ENFER DES ARMES... Mais ceux-la, on y reviendra plus tard. En l'état, THE BUTTERFLY MURDERS reste un excellent film, loin d'être dépourvu de défauts certes, mais pourvu de suffisamment de qualités pour qu'on jette un coup d'oeil attentif. A voir!

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • L'ENFER DES ARMES de Tsui Hark.
  • HISTOIRES DE CANNIBALES de Tsui Hark.
  • THE BLADE de Tsui Hark.
  • DETECTIVE DEE de Tsui Hark.

-ZE RING-

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01 mai 2012

PEKING OPERA BLUES

Jaquette

RÉALISÉ PAR | TSUI HARK.
ÉCRIT PAR | RAYMOND TO.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | JAMES WONG.

BRIGITTE LIN | Tsao Wan.
CHERIE CHUNG | Sheung Hung.
SALLY YEH | Pat Neil.
MARK CHENG | Ling Pak-Hoi.
KWOK KEUNG CHEUNG | Tung Man.
KENNETH TSANG | General Tsao.
FENG KU | Commandant Liu.

En 1913, la fille d'un seigneur de guerre (Brigitte Lin) rejoint un mouvement de liberation clandestin et rencontre une chanteuse cupide (Cherie Chung).

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On assimile bien souvent Tsui Hark a des oeuvres violentes et nihilistes comme THE BLADE ou L'ENFER DES ARMES. Toutefois, c'est un cinéaste a la carrière bien plus variée qu'elle n'y parait puisqu'au milieu de ces oeuvres violentes se tiennent d'autres, en contraste total avec ces dernières. C'est notamment le cas de PEKING OPERA BLUES, film on ne peut plus déconcertant, même dans la carrière d'un cinéaste comme Tsui Hark, puisque ce dernier s'amuse (et prend son pied, à la vision du film cela en devient évident) à mélanger les genres sans aucun complexe ou retenue... PEKING OPERA BLUES est une comédie mélangeant élément du film d'espionnage, d'arts martiaux, mais aussi d'importants hommages à tout un pan de la culture populaire chinoise, à commencer par l'opéra de Pékin, comme son titre l'indique... Mais la ou PEKING OPERA BLUES s'avère être une oeuvre véritablement exceptionnelle, c'est que tout ce pot pourri narratif fonctionne à merveille et ce, en permanence, mais en plus, Tsui Hark fait preuve d'une inventivité sans égal en détournant sans aucune limite les règles inhérentes a son genre et son sujet.

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En effet, si PEKING OPERA BLUES est une oeuvre profondément comique, c'est indéniable, c'est également une oeuvre qui s'avère surprenante dans la mesure ou en réalité elle ne tranche pas radicalement avec les films antérieurs de Tsui Hark... En effet, elle demeure une oeuvre ultra-violente qui ne lésine pas sur l'hémoglobine, ou ça se bastonne sans arrêt et sans aucune pitié (à ce titre, les chorégraphies de Ching Siu-Tung sont aussi fluides qu'elles sont brutales) mais qui ne manque pas de moments hilarants et de situations cocasses... Jouant avec sa narration dans le seul but de créer les situations les plus drôles possibles, Hark n'oublie cependant pas de rester fidèle à la grande force de son film : la façon dont il mélange des genres qui pourraient sembler radicalement opposés... Ainsi, dans la logique interne a PEKING OPERA BLUES, il n'est guère surprenant de trouver une scène profondément dramatique au milieu d'une autre profondément comique. Tsui Hark l'a compris, le seul moyen de faire marcher tout cela, c'est en dressant de manière précise le portrait de plusieurs personnages, tous aussi loufoques qu'ils sont différents, afin de jouer par la suite avec leurs personnalités et états d'âmes. De cette façon, Hark peut se permettre très facilement de jouer avec des registres très différents, chaque personnage ayant des enjeux dramatiques (ou comiques, c'est selon) qui lui sont propres. Les personnages sont indéniablement la grande qualité de ce PEKING OPERA BLUES, et tous ont droit a leur heure de gloire, aucun n'étant laissé en retrait, ce qui au vu du nombre de personnages dans le film, est un véritable exploit.

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L'exploit narratif se poursuit lorsqu'une première partie hilarante laisse place à une deuxième partie qui recentre de manière explicite les enjeux les plus dramatiques du film... Ainsi la cocasse histoire d'espionnage de la première partie laisse place a une deuxième partie bien plus violente et tendue, ou la vengeance tient une place évidente. Qui plus est, dans tout ce mélange de genre, Hark détourne avec brio tous les codes inhérents a l'opéra de Pékin, -suffisamment explicités dans le film pour être compris par un public occidental-, au travers d'un tour de force narratif dont je tairai les détails, bien trop ingénieux et drôles pour que je les dévoile ici sans aucune finesse... La narration, c'est sans doute une des plus grandes qualités de PEKING OPERA BLUES, le screenplay de Raymond To multipliant les personnages et les enjeux pour mieux les faire converger vers un point précis. Le film, brillament construit en crescendo, fait preuve d'un rythme non-stop absolument incroyable. De temps morts, PEKING OPERA BLUES est absolument exempt, tout s'enchaine avec une fluidité qui inspire et a laquelle la mise en scène fait énormément honneur. En effet, à la vision du film, il est évident que peu de metteurs en scène auraient pu réaliser PEKING OPERA BLUES, Tsui Hark s'avère être un choix on ne peut plus judicieux dans la mesure ou sa gestion de l'espace et du temps hors du commun lui permettent de donner vie a des moments de bravoure cinématographique relevant purement et simplement du jamais vu, c'est notamment le cas de la deuxième scène "d'opéra" ou les enjeux se multiplient en même temps que les genres présents dans la même scène... Le tout s'avère tellement fou mais aussi tellement maîtrisé que cela inspire forcément le respect. Tsui Hark perd littéralement le spectateur dans tout ce florilège de genres et de situations dingues mais ce dernier ne perd jamais ses marques. Une fois de plus, le chaos propre a Tsui Hark s'avère tout aussi renversant et fou qu'il est organisé et minutieusement pensé (je vais devoir arrêter de chroniquer des Tsui Hark, j'ai vraiment l'impression de radoter.).

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Dans tout ça, on retrouve un trio d'actrices tout bonnement exceptionnel, donnant vie a des personnages pas nécessairement faciles à interpréter de façon toujours différentes et inventives, le trio Lin - Yeh - Chung participe activement à la réussite qu'est PEKING OPERA BLUES, donnant une intensité dramatique ou comique, encore une fois c'est selon, aux scènes qu'elles animent. Toutefois, la palme revient très clairement à Kenneth Tsang, excellent acteur bien trop souvent rélégué a l'arrière plan, qui ici livre le portrait magnifique d'un personnage bourru et touchant, le bonhomme vole la vedette a chaque apparition et fait preuve d'un charisme pour le moins insolite. Tsang trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, voire, tout simplement, son meilleur... A tout ce beau monde se rajoutent des seconds couteaux tous aussi talentueux les uns que les autres qui donnent vie a l'univers déjanté de ce PEKING OPERA BLUES pour le moins exceptionnel.

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Vous l'aurez compris, PEKING OPERA BLUES est un grand film... Mais, car il y a un mais, c'est un grand film qui demeure difficilement trouvable. Il n'y a pas d'édition disponible en France et le film n'existe sans doute qu'en VO sous-titrée anglais, disponible sur le Blu-Ray chinois (qu'il est possible "d'acquérir" sur le net.). Mais ce PEKING OPERA BLUES vaut la peine et l'effort. En effet, il s'agit d'une des meilleures oeuvres de Tsui Hark, tour à tour drôle, émouvant, ahurissant, violent... Une alchimie des genres et des registres absolument incroyable, qui, si vous avez la chance, vous laissera a coup sur un souvenir indélébile et vous marquera a vie la rétine. Un chef d'oeuvre, tout simplement.

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SI VOUS AVEZ AIMÉ CE FILM, VOUS AIMEREZ...

  • THE LOVERS de Tsui Hark.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE de Tsui Hark.
  • IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE II de Tsui Hark.

-ZE RING-

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