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RÉALISÉ PAR | DARIO ARGENTO.
ÉCRIT PAR | DARIO ARGENTO, DARIA NICOLODI A PARTIR DE L'OEUVRE DE THOMAS DE QUINCEY.
MUSIQUE COMPOSÉE PAR | GOBLIN.

JESSICA HARPER | Suzy Benner.
ALIDA VALLI | Miss Tanner.
STEFANIA CASINI | Sara.

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Inutile de passer par quatre chemins : SUSPIRIA est ce que l'horreur européenne a produit de mieux. Il est pourtant rare qu'un film soit authentiquement parfait, mais avec SUSPIRIA, nous tenons véritablement une petite perfection, un chef d'oeuvre qui n'a d'égal dans le genre que les oeuvres les plus exceptionnelles qui l'ont façonné... SUSPIRIA se range dès les premiers instants dans les meilleurs films d'horreurs jamais faits, ce qui est d'autant plus éloquent lorsqu'on sait que c'est un genre qui a été le terrain de prédilection de nombreux auteurs talentueux l'ayant utilisé pour y poursuivre expérimentations visuelles et narratives et avancées cinématographiques... Parmi ceux-ci, on compte bien évidemment John Carpenter, George A. Romero, Lucio Fulci, mais aussi et surtout Dario Argento, pionnier du cinéma d'horreur italien, qui inventa tout avant tout le monde et façonna presque à lui seul l'horreur telle qu'on la connaît aujourd'hui. Et si la fin de carrière du monsieur est loin d'être aussi magnifique (c'est le cas de le dire), il est bon de se rappeler qu'il maestro a révolutionné au moins par trois fois le cinéma d'horreur contemporain : une fois avec PROFONDO ROSSO, une autre avec INFERNO, et pour finir, et pas des moindres, avec ce qui est à son jour son chef d'oeuvre absolu (et c'est pas prêt de changer) : SUSPIRIA.

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Dès les premières minutes du film, il devient très clair que nous sommes face à une oeuvre qui atteint un niveau de perfection visuelle et auditive que rarement une oeuvre d'art a atteint avant. Ce n'est en rien éxagérer que de dire que SUSPIRIA est certainement l'un des plus beaux films jamais réalisés, tant chaque plan est une preuve supplémentaire du soin visuel incroyable apporté au film dans sa globalité... Impossible de ne pas voir l'influence du baroque et du maniérisme, mais Argento pousse ses influences tellement loin et tellement fort qu'il les détourne pour finalement rendre la grandiloquence et l'exubérance encore plus grandiloquente et exubérante qu'auparavant... Tout respire l'artifice dans ce film, pour notre plus grand plaisir, tant chaque plan, par ses éclairages rouges-bleus-verts complètement surréalistes, ses décors démesurés, colorés et imposants, ou même par le mouvement de caméra délirant qui le constitue, s'avère être un plaisir visuel d'une grande intensité. Vous l'aurez compris, la grande force de SUSPIRIA, c'est avant tout ses visuels, tous plus magnifiques les uns que les autres, tous prouvant encore plus à chaque instant la maîtrise incomparable d'un grand réalisateur au sommet de son art. Celui-ci, d'ailleurs, n'oublie jamais une seconde que des visuels ne suffisent jamais à faire un film, aussi beaux soient-ils, et se rappelle constamment de les utiliser dans un but précis, c'est-à-dire constituer une ambiance superbe, tantôt angoissante, tantôt onirique et poétique mais toujours surréaliste au possible. Dans SUSPIRIA, l'ambiance est étouffante, mais paradoxalement, chaque nouvel effet de lumière, chaque nouveau décor, constitue une bouchée d'air frais. En effet, SUSPIRIA est avant toute chose une oeuvre novatrice, qui réinvente constamment le genre par son visuel et redéfinit les standards qui le constitue toutes les dix secondes. Pour preuve, après 1977, seuls les très grands maîtres, tels que Carpenter (et encore), parviendront à se défaire de l'influence inévitable de la pièce maîtresse d'Argento, qui, avant d'être une expérience sensorielle incroyable, s'avère surtout être une leçon de cinéma d'une importance qui peut constamment être mesurée. Il n'y a qu'a voir les oeuvres, pourtant très récentes, de l'excellent James Wan (en particulier DEAD SILENCE) pour se convaincre que SUSPIRIA est une oeuvre capitale, sans laquelle le cinéma contemporain ne serait sans doute pas le même et dont l'influence peut encore être mesurée aujourd'hui.

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Malgré cette influence, SUSPIRIA, dans son domaine, reste quasiment insurpassée. La raison est simple et explique également pourquoi Argento n'a jamais retrouvé le même niveau de génie par la suite, c'est parce qu'il a versé dans ce film tout son génie et tout son savoir faire. Le résultat est puissant : SUSPIRIA se range tout simplement dans les films à l'atmosphère la plus géniale. Celle-ci remue les sens, et ceci n'englobe pas seulement la vue mais aussi (et plus particulièrement) l'ouïe, mise à l'épreuve maintes fois pendant les 90 minutes de bobine mais se régale également constamment. Au-delà de la sublime bande-son des Goblin, que tout le monde connaît déja probablement par coeur, il y a dans SUSPIRIA un véritable travail sur le son, constamment surprenant mais surtout dérangeant et effrayant, qui s'avère d'autant plus efficace qu'il est perpétuellement en symbiose avec les visuels du film. C'est le principal aspect de SUSPIRIA qui en fait une des oeuvres les plus effrayantes de tous les temps : chaque scène de flippe s'avère en effet d'autant plus tétanisante que l'intelligence des visuels est souvent renforcée par une musique complètement surréaliste aux élans de barbarie et de terreur incroyables... Le tout s'avère une fois de plus d'autant plus efficace qu'il est doublé par la maîtrise du suspense incroyable d'Argento, qui, à ce niveau, s'inspire comme à son habitude du meilleur (à savoir Hitchcock, dont l'influence sur le cinéma d'horreur italien n'est plus à prouver.) pour produire le meilleur... A ce titre, il y a dans SUSPIRIA plusieurs des scènes les plus tendues et les plus tétanisantes qu'il m'ait été donné de voir. Celles-ci le sont encore plus une fois que l'on en arrive à la crystallisation de toutes les peurs accumulées pendant le film : cela donne lieu a l'un des climax les plus intenses et les plus flippants vus dans un film d'horreur, d'autant plus fort qu'il atteint un sommet d'inventivité incroyable et finit de faire définitivement de SUSPIRIA une oeuvre universelle.

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En effet, aussi artificielle soit elle, la mise en scène de SUSPIRIA va bien au-dela de la vacuité et de la prétention que l'on pourrait facilement lui attribuer. Réalisateur maniériste en soi, Argento en fait constamment des tonnes certes mais toujours dans une optique précise, et ici, son traitement grandiloquent de son histoire s'inscrit dans une méthode de traitement très précise de l'histoire. En effet, Argento détourne habilement cette histoire, typique des conte de fées classiques (impossible de ne pas voir en la très mignonne Jessica Harper une représentation moderne de la fée), en l'inscrivant dès le départ dans une esthétique surréaliste et étrange. Ce n'est pas un hasard si cette esthétique ne quitte jamais les murs de l'école de danse ou se passe la majorité du film, mais bien parce que celle-ci est le berceau de toute cette magie propre aux contes de fées... Dès lors qu'on entre dans les murs de cet endroit maudit, SUSPIRIA prend une portée universelle, dans la mesure ou par son traitement surprenant du conte de fée traditionnel, il touchera tout le monde et restera dans la mémoire de tous... Dès lors que les sorcières oublient leurs pommes empoisonnées et décident d'employer des cadavres pour faire leur basse besogne, vous savez que vous êtes en train de regarder un conte de fée d'un genre nouveau. C'est une vision macabre d'oeuvres traditionnelles, qui, si elle laisse de la place à l'innocence et a la beauté (en témoigne son actrice principale), n'a aucune limite morale. Ici, la violence est tout aussi inventive qu'elle est atroce, et les personnages sont constamment sujet à un sadisme effrayant, qui en plus d'être inattendu, n'est pas toujours la ou on le croit et dépasse très largement les scènes de meurtre qui font le coeur de tout film d'horreur...

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La ou SUSPIRIA inspire le respect, c'est également dans sa narration. Celle-ci est exceptionnelle dans la mesure ou l'histoire ne fait qu'un avec le reste du film. Les dialogues sont ici secondaires : c'est par la mise en scène et les visuels qu'Argento raconte son histoire, d'une simplicité exemplaire qui nécessitait un tel traitement pour demeurer intriguante. Il est à ce titre assez surprenant de constater que la narration est aussi maitrisée que la mise en scène, et en laissant cette dernière s'occuper de la majeure partie de l'histoire à elle toute seule, Argento laisse paradoxalement une encore plus grande place à l'intrigue. Cette banale histoire de sorcières préserve alors un sens du mystère exceptionnel et est intriguante du début à la fin... Si ce serait mentir que de dire qu'elle reste toujours imprévisible, tant les visuels sont évocateurs, et ce dès le début, de ce que l'on va voir, l'histoire de ce SUSPIRIA reste prenante et immersive, et demeure suffisamment intriguante pour garder le spectateur sur les nerfs pendant une heure et demi. Le tout est d'autant plus exceptionnel que les réponses souhaitées ne sont jamais réellement apportées, pour notre plus grand plaisir, tant cela laisse de place à l'interprétation et à l'imagination, qui ici joue également un rôle important dans la réception de la peur. En effet, ce qui fait de SUSPIRIA un film si terrifiant, c'est que la peur y est constamment invisible : on ne sait jamais d'ou elle va sortir, ni quand, ni comment, et rien ne peut être prévu. La démarche est d'autant plus prodigieuse qu'elle fonctionne pendant l'intégralité du film et gagne même en intensité au fur et à mesure que celui-ci avance. SUSPIRIA est terrifiant, et cela se voit sur le visage des actrices, qui n'y vont pas de main morte et se donnent corps et âme a leurs performances, et apportent un dernier atout de taille à ce qui est l'un des plus grands films des années 70.

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SUSPIRIA est un film exceptionnel, mais c'est également, et surtout, un film d'une importante majeure qui a réinventé de bout en bout un genre alors à son apogée et qui continue d'influencer de nombreux cinéastes, encore aujourd'hui. En même temps, qu'y a t-il d'étonnant, face à cette démonstration de maîtrise et de beauté visuelle? SUSPIRIA est une oeuvre aussi novatrice et originale qu'elle est magnifique pour la vue et l'ouïe, et en plus, elle se range très facilement parmi les films les plus terrifiants jamais réalisés. Au-delà de l'investissement évident de Dario Argento dans ce film, on sent aussi un véritable génie dans la création d'ambiance et dans la narration. Toutes deux sont exceptionnelles et reposent constamment l'une sur l'autre, menant à une symbiose incroyable entre ce qui est vu et ce qui est raconté, qui se confondent aussi pour renforcer l'immersion auprès du spectateur, le prendre encore plus au dépourvu et lui envoyer un uppercut a travers la tronche d'autant plus fort qu'il est alors bien plus terrifiant et puissant. SUSPIRIA est une oeuvre majeure, autant d'un point de vue historique qu'artistique. C'est un chef d'oeuvre que seuls les très grands maîtres de l'horreur peuvent se vanter d'avoir surpassé, et encore. C'est le chef d'oeuvre de Dario Argento, c'est indiscutable, et si vous êtes encore la à lire cette critique, c'est que vous n'avez rien compris... Si vous n'avez jamais vu SUSPIRIA, vous n'avez rien vu.

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-ZE RING-

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